Histoire des Patriarches d’Alexandrie

Livre I — des origines du siège d’Alexandrie à Benjamin Ier

Sévère ibn al-Muqaffaʿ

Source principale : Sévère ibn al-Muqaffaʿ, Kitāb siyar al-ābāʾ al-baṭārika (Historia Patriarcharum Alexandrinorum), édition critique de Christian Friedrich Seybold, Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, Scriptores Arabici, série III, t. IX, Beyrouth-Paris, 1904.

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Cette édition s'appuie sur le texte arabe édité par Christian Frédéric Seybold (1904, CSCO Scriptores Arabici, Series III, Tomus IX) et sur la traduction anglaise annotée de B. Evetts publiée dans la Patrologia Orientalis (tome I, fasc. 2, Paris, Firmin-Didot).

 

 

À la mémoire des Pères et Patriarches

de la grande cité d'Alexandrie,

héritiers de l'évangéliste saint Marc,

gardiens fidèles de la foi orthodoxe.

 

 

Table des matières

Préfaces

Première préface

Deuxième préface

Troisième préface (par Sévère, évêque d'al-Achmounaïn)

Quatrième préface

 

Le Sacerdoce du Christ

 

Première partie — Les premiers Patriarches

Chapitre I — Saint Marc, l'évangéliste

Chapitre II — Le martyre de saint Marc à Alexandrie

Chapitre III — D'Anien à Julien (2e au 11e patriarche)

Chapitre IV — Démétrius, 12e patriarche

Chapitre V — Héraclas, 13e patriarche

Chapitre VI — Denys, Maxime et Théonas (14e-16e)

 

Deuxième partie — De Pierre le Martyr à Benjamin Ier

Chapitre VII — Pierre Ier le Martyr et Achillas (17e-18e)

Chapitre VIII — Athanase l'Apostolique (20e)

Chapitre IX — Pierre II (21e)

Chapitre X — Timothée Ier (22e)

Chapitre XI — Théophile (23e)

Chapitre XII — Cyrille Ier et le concile d'Éphèse (24e)

Chapitre XIII — De Dioscore Ier à Théodose Ier (25e-33e)

Chapitre XIV — De Pierre IV à Benjamin Ier (34e-38e)

 

À propos de l'auteur

 

 

PREMIÈRE PRÉFACE

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Voici le livre des vies des Pères et des Patriarches. Que Dieu nous accorde la bénédiction de leurs prières.

Ces patriarches furent les successeurs du père et missionnaire, saint Marc l'évangéliste, qui annonça le saint Évangile et la bonne nouvelle du Seigneur Christ dans la grande ville d'Alexandrie, en Égypte, en Éthiopie, en Nubie et dans la Pentapole d'Occident, appelée aussi Afrique, ainsi que dans les régions voisines. Toutes ces terres lui revinrent par tirage au sort, sous l'inspiration du Saint-Esprit, pour y porter sa prédication.

Après avoir prêché et proclamé la bonne nouvelle, et avoir écrit son Évangile en grec, il acheva sa course et reçut la couronne du martyre dans le Césarium, un quartier d'Alexandrie nommé en hébreu la cité d'Ammon[1]. Sa vie, qui rapporte ce qui lui advint, comment il prêcha et ce qu'il endura, est exposée dans la première des histoires contenues dans ce livre.

Après lui, nos pères orthodoxes, les patriarches, furent les héritiers de ses enseignements qui sauvent les âmes de l'enfer. Ils demeurèrent fidèles à ce qu'il leur avait transmis, gardant la foi orthodoxe et y restant attachés, patients sous la persécution endurée pour elle, à tout instant, jusqu'à leur dernier souffle, c'est-à-dire jusqu'à la mort. Ils s'assirent sur son trône épiscopal l'un après l'autre, chacun succédant à son prédécesseur. Ainsi furent-ils tous ses représentants, les pasteurs de son troupeau et les imitateurs de sa foi en Christ.

Ces histoires ici présentées ont été rassemblées en divers lieux par les soins de l'illustre père Abba Sévère, fils d'al-Muqaffaʿ, évêque de la ville d'al-Achmounaïn. Il rapporte les avoir réunies au monastère de saint Macaire, au monastère de Nahya et dans d'autres monastères, ainsi que parmi des fragments épars qu'il trouva entre les mains des chrétiens. Quand ces documents furent rassemblés par votre pauvre frère en un seul volume, après bien des recherches et des peines, Dieu lui accorda une longue vie, jusqu'au jour où il put écrire cette histoire et la mettre en ordre. Mais l'œuvre ne fut achevée qu'à la fin de sa quatre-vingtième année.

Aujourd'hui, j'implore l'aide de Dieu afin que nous puissions comprendre ce que nous y lisons, obéir à ces saints patriarches, suivre leurs préceptes, marcher dans leurs traces et demeurer attachés à leur foi. Car c'est Lui le Dieu qui entend et exauce nos prières. À Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

DEUXIÈME PRÉFACE

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Louange à Dieu, origine et source de la connaissance, créateur de toutes choses, qui forme et fait exister tout ce qui est, qui guide et élit ceux qu'il veut, et qui choisit parmi ses serviteurs ceux qu'il prend pour ses élus et son peuple saint. Il relève le pauvre de la poussière et l'indigent du fumier pour en faire le chef de son peuple, le prince qui gouverne ses serviteurs et ses terres, et il lui donne en héritage le trône du pouvoir, afin qu'il règne sur la terre avec justice et parmi les hommes avec vérité, qu'il délivre le faible du puissant et sauve l'opprimé de l'oppresseur. Tels sont le jugement et la sagesse de Dieu, que nulle de ses créatures ne saurait comprendre, car ses mystères sont cachés aux sages et aux savants. En tout temps il suscite des bergers pour conduire avec douceur son peuple.

Le Seigneur Christ, miséricordieux et compatissant, se livra par le mystère de son Incarnation pour sauver ses créatures, et vainquit les puissants par l'humilité et la faiblesse. Il parle par la bouche de ses prophètes au moyen du Saint-Esprit. Quand il lui plut de se manifester sur la terre et de prendre chair pour sauver ses créatures qu'il avait faites à la ressemblance de l'image de sa majesté, il parut parmi elles dans un corps humain, né de la Vierge Marie, la plus excellente des femmes de la création. Car il l'avait choisie d'entre la descendance d'Adam, le pécheur qui s'était rebellé contre son Seigneur, qui avait obéi à son ennemi et transgressé le commandement de son Créateur. Adam devait mourir, comme Dieu l'avait averti : « Ne désobéis pas. » Mais Adam refusa d'écouter, désirant être un dieu semblable à son Créateur, et il tomba dans le filet de la chute. Pourtant, même alors, Dieu le Verbe eut pitié de lui et s'incarna — Lui l'incréé selon sa divinité, l'homme selon son humanité, pur de tout péché. La Vierge Marie le porta en son sein et l'enfanta, par un mystère que l'intelligence des créatures ne peut atteindre, mystère par lequel elle fut élevée au-dessus de tous les êtres créés au ciel et sur la terre : au-dessus des Anges, des Vertus, des Principautés, des Chérubins et des Séraphins, et de tout ce que Dieu a fait au ciel ou sur la terre. Car elle devint le trône de Celui qui est le Seigneur du premier et du dernier, sans division ni changement — de Celui que nul espace ne peut contenir et que nul temps ne saurait enfermer.

Et quand, dans sa sagesse insondable, il établit son économie et l'union de son humanité à sa divinité — mystère caché à tous au ciel et sur la terre —, il choisit ses disciples, les apôtres, et leur donna la grande mission, leur conférant le pouvoir de lier et de délier. De même leurs successeurs après eux héritent de ce don dans toutes les régions du monde, chacun marchant à la suite de son prédécesseur. Ainsi l'héritage de ce pouvoir, que le Christ donna au grand père et évangéliste Marc, l'apôtre, est-il transmis à son successeur : le patriarche qui siège sur son trône épiscopal dans la grande ville d'Alexandrie, au cœur des régions où il prêcha.

Saint Marc fut donc le premier patriarche à mener paître le troupeau du Christ. Après lui, dans la suite des temps, vinrent les pères inspirés et les patriarches, génération après génération. Ce siège qui est le sien est indépendant et séparé de tous les autres sièges. Et aucun patriarche n'y est élevé, nul n'obtient de Dieu cette glorieuse position ni ce degré sublime, sinon celui qu'il a éprouvé, qui a connu de tels troubles, de telles adversités, la résistance des ennemis et les attaques des hérétiques, qu'il ressemble par là aux disciples et apôtres du Christ, soutenus par son Saint-Esprit — ces purs, ces hérauts de la bonne nouvelle, qui souffrirent mépris, coups, flagellations, lapidations, crucifixion, naufrages, brûlures par le feu, blessures, précipitations du haut des hauteurs, et la mort par l'épée, et toutes sortes de tourments dont la description, si nous voulions la détailler, ferait notre récit trop long et son exposé trop copieux. Les auditeurs trembleraient à l'entendre, et les livres ne suffiraient pas à en contenir même une petite partie. Pourtant ils vécurent dans la patience, supportant toutes ces souffrances et imitant leur Seigneur, leur Maître et leur Christ, qui les avait envoyés baptiser tous les hommes et toutes les nations, et les attirer à la foi en lui.

Ils enseignèrent aux hommes ce dont ils pourraient profiter à travers tous les âges, toutes les générations et tous les temps jusqu'à la fin du monde : les moyens de sauver leurs âmes en ce monde et dans l'autre. Et ils transmirent leurs doctrines à leurs successeurs, les pères et les patriarches, dans toute région où leur prédication s'étendit, car les patriarches sont véritablement leurs successeurs et leurs continuateurs. Ainsi donnèrent-ils leur vie pour préserver ceux qui leur étaient confiés parmi les baptisés, les fidèles et les orthodoxes. Comme le dit le grand apôtre et excellent docteur Paul, l'élu et lampe de l'Église de Dieu[2] « Nous nous glorifions dans la tribulation que nous endurons, car nous savons que la tribulation produit en nous la patience, la patience l'épreuve, et l'épreuve l'espérance. Or, l'espérance ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit. » Et il dit ailleurs[3] : « En vérité, si vous êtes laissés sans correction, sans la marque dont furent marqués les élus amis de Dieu avant vous, alors vous êtes devenus étrangers à Dieu et n'êtes plus près de lui. » De semblables témoignages abondent dans les livres de l'Église, venant de Paul et d'autres apôtres inspirés, ainsi que des pères, des docteurs et des prophètes vénérés.

Les patriarches ne cessèrent jamais de repousser les doctrines des hérétiques, s'efforçant de les réfuter, de les combattre, de renverser leurs faux principes, et de révéler aux hommes leur incrédulité et la corruption de leurs croyances. Ils composèrent une homélie sur chaque texte, jusqu'à remplir l'Église de Dieu de leurs sermons et de leur enseignement spirituel. Jamais ils n'abandonnèrent l'étude des Écritures, des écrits et des commandements de Dieu. Ils lisaient tous les livres ecclésiastiques et autres ouvrages nécessaires à la composition de leurs homélies, et cherchaient chaque joyau de la Parole divine et de la littérature. Ainsi atteignirent-ils leur désir et obéirent-ils à l'appel de leur Créateur qui les appela, chacun disant à son tour[4] : « Me voici, avec les fils que tu m'as donnés ; aucun d'eux n'a péri. » Ainsi obtinrent-ils les degrés élevés et les demeures éclatantes de bonheur et de lumière, dont les biens sont éternels et impérissables.

Pendant tout leur pastorat, ils ne craignirent pas les princes orgueilleux. Leur cœur et leurs intentions ne faiblirent jamais dans l'amour de Dieu, ni dans l'enseignement, secret et public, des moyens de sauver les âmes. Tandis qu'ils gouvernaient l'Église, jamais ils ne furent négligents ni frivoles, jamais ils n'acquirent rien qui appartînt à ce monde passager. Ils obéirent aux commandements de leur Seigneur, s'appliquèrent à leurs devoirs d'enseignement et de discipline, et observèrent les canons et les préceptes de Dieu. Aux yeux de leur troupeau, ils étaient grands et savants. Quand un disciple, ou même l'un de leurs adversaires, les voyait agir, il glorifiait Dieu pour leurs œuvres, et s'accomplissait la parole du Christ dans l'Évangile[5] : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville bâtie sur une montagne ne peut être cachée, et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. »

Comme dit l'un des sages : « Celui qui gravit les degrés du savoir et des affaires publiques devient grand aux yeux des multitudes ; celui dont la nature est noble voit ses droits reconnus ; vers celui qui méprise l'argent se tournent les espérances des hommes ; celui qui est raisonnable cesse d'être injuste ; les jugements du juste sont exécutés ; le vrai chef est celui qui défend sa foi par ses biens et non l'inverse. » Et l'on trouve plus belle parole encore dans l'un des joyaux de la littérature : « Le bon pasteur fait du bien à son troupeau et gouverne la création avec justice. Celui qui est juste dans son gouvernement n'a pas besoin d'auxiliaires. Celui qui excelle parmi les hommes par son rang de gouverneur et sa supériorité de chef se doit de protéger ce rang par une bonne administration, afin que sa prospérité dure et qu'il soit favorisé dans les choses spirituelles comme dans les temporelles. Celui à qui Dieu a confié son pays, son peuple et ses serviteurs, et dont il a élevé la dignité, doit rendre grâces à Dieu dans la foi, garder sa religion, embellir sa vie, purifier ses pensées, faire de la vertu son habitude et du salut son but. Mais l'injustice glisse, attire la vengeance, détruit le bonheur et fait périr les nations. L'homme précipité échoue même quand il gagne, tandis que l'homme réfléchi réussit même quand il perd. Celui qui s'appuie sur sa seule opinion tombe dans le filet de ses ennemis. Qui chevauche la hâte chute. Qui fait ce qui lui plaît récolte le mal. La chute des dynasties vient de l'emploi des plus médiocres. Qui demande conseil aux sages obtient ce qu'il espère ; qui suit l'avis des prudents marche dans la droite voie. Le bon gouvernement est la lumière de la souveraineté, mais la mauvaise administration est la source de la ruine. Favoriser le sot est la pire des bassesses ; employer les sages, le meilleur des mérites. Tout homme s'accorde avec son semblable, et chaque oiseau se perche avec ses pareils. Sachez que la cause de la ruine des princes est dans le rejet des vertueux, l'emploi des indignes, le mépris de l'avis du conseiller et la confiance trompeuse placée dans le flatteur. Mais Dieu, par sa bonté, sa gloire, sa puissance et sa majesté, soutient le droit. En vérité, il peut faire tout ce qu'il veut. À Lui la gloire pour toujours. »

TROISIÈME PRÉFACE
par Sévère, évêque d'al-Achmounaïn

L'auteur de cette histoire, Sévère, fils d'al-Muqaffaʿ, le compilateur, parle ainsi :

Moi, le misérable et pécheur, noyé dans les mers de mes transgressions, le pénitent qui gaspille ses jours dans le péché, qui s'afflige de sa négligence et de la perte des mois et des années de sa vie en vains espoirs et atermoiements ruineux pour sa foi et son état, j'ai appris quelles grâces le Seigneur Christ, le Sauveur, dont le nom est adorable, a accordées à tous les baptisés qu'il a rachetés par son sang précieux. Comment il a remis son autorité et donné le Saint-Esprit à ses disciples et à ses suivants, les douze élus et les soixante-dix, ainsi qu'à ceux qui vinrent après eux comme Paul, le docteur de l'Église, que Dieu appela spécialement en raison de sa foi vigoureuse et de son zèle. Comment encore il choisit ceux qu'il établit sur le trône épiscopal de son martyr, disciple et évangéliste, envoyé comme apôtre à son peuple et premier des patriarches d'Égypte, de la Pentapole — qui est Barca, le Fezzan, al-Kairouan, Tripoli d'Occident et l'Afrique —, d'Éthiopie et de Nubie, toutes ces contrées étant tombées sous sa prédication par l'ordre du Saint-Esprit. Son martyre eut lieu dans la ville d'Alexandrie, après qu'il eut prêché le nom du Seigneur Christ, selon le témoignage de sa biographie. De ses doctrines qui sauvent les âmes de l'enfer, nos pères les patriarches devinrent les héritiers, s'asseyant sur son trône épiscopal l'un après l'autre, en succession, tous successeurs de saint Marc, se transmettant son autorité de l'un à l'autre, bergers de son troupeau et imitateurs de sa foi en Christ — de saint Marc, l'évangéliste pur qui vit la face du Christ. De ses successeurs, les patriarches qui vinrent après lui, nous viennent la connaissance de leur histoire, de leurs noms, et des vicissitudes de chacun en son temps et en son âge, et les épreuves, les douleurs et les combats qui furent le lot de chacun pour le nom de son Seigneur et de son Christ, et pour la garde de son troupeau d'année en année et d'âge en âge.

Parce que je suis de ceux qui ne sont pas dignes d'écrire de leurs mains misérables et périssables aucune de ces histoires de patriarches, j'ai sollicité l'aide de frères chrétiens dont je connaissais la compétence, et je les ai priés de m'aider à traduire en langue arabe, courante aujourd'hui chez les habitants d'Égypte, les histoires que nous trouvions écrites en copte et en grec — la plupart des fidèles ignorent désormais le copte et le grec —, afin qu'ils puissent en tirer profit à la lecture.

Et j'ai imploré Celui qui rend l'éloquence au bègue, qui ouvre la bouche des lents et qui appelle à lui ceux qui ploient sous les charges, comme moi, selon la parole de l'Évangile sortie de sa propre bouche sainte[6] : « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes chargés, et je vous donnerai du repos. Apprenez de moi car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Prenez mon joug sur vous, car mon joug est facile et mon fardeau léger. » Je l'ai imploré de pardonner mes faux pas et d'excuser le progrès que je fais dans l'indulgence envers mes propres actes blâmables, mes fautes et mes péchés fréquents.

J'ai copié ce que j'ignorais des anciens, en accord avec les canons de l'Église, selon ce qui va suivre, en plus de ce que la tradition et l'histoire nous apprennent. Et j'ai ajouté au reste ce que je savais des histoires des pères et patriarches que j'ai moi-même connus. Je demande à Dieu — dont la puissance est glorieuse — de me pardonner l'éloquence superflue et le langage embelli que contiennent ces histoires, et tout ce que je peux revendiquer comme l'œuvre de mon être pécheur dans le récit de ceux dont je ne suis pas digne d'être le plus humble disciple, ainsi que ma description des vertus des saints moines inspirés par la grâce du Saint-Esprit, d'après ce que j'ai vu de mes yeux et d'après des traductions d'histoires.

Je multiplierai mes prosternations en faveur de ceux qui liront ce que j'ai écrit, afin qu'ils prient pour moi, qu'ils demandent pour moi pardon et indulgence pour ce que j'ai entrepris, par l'intercession de l'élue Dame du premier et du dernier, Trône du Seigneur des mondes ; par l'intercession des anges qui se tiennent près de Lui, des ordres spirituels, des prophètes inspirés annonciateurs de vérité, des apôtres purs et élus, des martyrs militants, des saints et justes pères, des vertueux anciens, et de tous ceux parmi la postérité d'Adam dont Dieu a agréé les œuvres. Amen.

Ô Dieu, je te prie d'ouvrir les yeux de mon cœur et de ma vue, que je comprenne tes paroles ; et mon ouïe, que j'entende et fasse ce qui est juste. Dans ta miséricorde, ne sois pas en colère contre moi pour ce que j'ai écrit, mais pardonne et excuse les fautes qui s'y trouvent par ma négligence. Et fais grâce à celui qui parle ici, comptant sur ton pardon.

QUATRIÈME PRÉFACE

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Grand est le Seigneur et infiniment digne de louange, grandes sont ses œuvres et insondables ses mystères et sa sagesse. Aucun homme ne peut comprendre les desseins de Dieu, qui dépassent l'entendement même de ceux qui comprennent et des savants dans la Loi. Quand ceux-ci sont interrogés, ils s'humilient et disent : « Ô Dieu, toi qui nous as créés et favorisés, qui nous as donné des commandements et des interdictions, qui par des châtiments nous as fait craindre de faire ce que tu as défendu, et qui nous as guidés vers le salut de nos âmes et la bonne voie : nous avons glissé dans nos pensées et nous nous sommes rebellés dans notre libre arbitre. C'est pourquoi nous t'implorons, ô patient, bienfaisant, puissant et gracieux, toi qui pardonnes à tous ceux qui viennent à toi avec un cœur droit, d'être miséricordieux envers nous, d'être notre point de départ, notre aide et notre perfection finale dans le chemin par lequel nous avançons vers toi. Ouvre les yeux obscurcis de nos cœurs et nos pensées embrumées, afin que nous observions et accomplissions ce que nous lisons dans tes saints livres, et dans les histoires de ceux que tu as aimés, choisis et élus parmi tes suivants — ces militants qui ont vaincu leurs désirs, qui ont abandonné le monde par amour pour toi et par obéissance à tes commandements. Accorde-nous une bonne fin, afin que notre sortie de ce monde soit celle de tes élus, sauvés des péchés et des iniquités dont nul homme n'est exempt, et que nous soyons délivrés du lieu redoutable et terrible. Aie pitié de nous et libère-nous du pouvoir du Démon et de l'esclavage du péché. Donne-nous la sagesse spirituelle pour fouler aux pieds les désirs mondains en gardant tes commandements. Fais-nous sortir de ce monde périssable avec les provisions de la vie éternelle, et donne-nous des paroles d'accueil devant ton tribunal redoutable. Et parmi tes bienfaits envers nous, dirige le cours de notre vie en ce monde, afin qu'elle se passe à faire ce qui te plaît et à t'obéir, suivant ta Loi qui guide et donne la vie. »

Tu dis, Seigneur[7] : « Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. » Je te demande donc, plein de confiance en ta parole, sans aucune action digne de te plaire, ni aucune bonne œuvre à t'offrir, mais pour l'amour de ton nom dont nous portons le nom, comme le dit le bienheureux David dans un psaume[8] :
« Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta miséricorde et de ta vérité, afin que les nations ne disent pas : Où est leur Dieu ? Notre Dieu est dans le ciel et sur la terre, il fait tout ce qui lui plaît. » Ô Dieu, délivre-nous et sauve-nous ; sois pour nous, en ce monde, un Protecteur et un Sauveur dans toutes nos affaires, petites ou grandes, glorieuses ou humbles. Sois miséricordieux, ô compatissant ; daigne, ô miséricordieux, nous conduire à ce qui te plaît et nous éloigner de ce qui t'offense. Car tu dis, Seigneur : « Revenez à moi et je vous pardonnerai, vos péchés fussent-ils aussi nombreux que les sables de la mer et les étoiles du ciel. » Accomplis donc ta promesse envers nous pécheurs : ne nous demande pas repentance ou œuvres, mais par ta miséricorde, ta pitié et ta bonté, aide la prière de ton serviteur pécheur qui négligea tes commandements — c'est-à-dire celui qui écrit ces histoires glorieuses et commence ainsi :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Commençons, avec l'aide de Dieu et son secours béni, à écrire les histoires de la sainte Église. L'auteur dit : Ce que moi, le pécheur, j'ai écrit, je l'ai recueilli au monastère de saint Macaire et aux monastères de Haute-Égypte. Le pieux diacre Michel, fils d'Apater, fut chargé de traduire certains documents du copte en arabe, comme il sera mentionné en son lieu. Cela s'ajoute à ce qui fut trouvé dans la grande ville, et aux résumés de certaines histoires découvertes — la première étant celle qui concerne le Christ, mon Secours, mon Espérance, mon Défenseur et mon Salut. Car le premier de ces documents est celui qui fut traduit au monastère de Notre-Dame à Nahya, sur le sacerdoce du Christ Seigneur, dont le nom est glorieux, et sur son entrée dans le temple. Dans la paix de Dieu. Amen. Amen. Amen.

LE SACERDOCE DU CHRIST

Au temps de Julien[9], le prince mécréant, vivait un Juif qui était prêtre de son peuple, nommé Théodose, et d'un rang élevé. Il y avait aussi un chrétien orfèvre[10] qui le connaissait, et entre eux régnait une vive amitié. Le nom du chrétien était Philippe. Un jour, Philippe se rendit dans l'une des villes de Syrie et amarra son navire au port pour y vendre des marchandises. Il y rencontra son ami, le prêtre juif Théodose. Engageant avec lui une conversation affectueuse, il lui dit : « Mon frère, je voudrais que tu deviennes chrétien, afin que notre amitié soit véritable et que tu en tires profit dans ce monde et dans l'autre. »

Théodose lui répondit avec affection : « J'ai pris soin de mon salut, et il y a une chose que je veux te révéler ; car je ne te laisserai pas sans la connaissance du Dieu très-haut, qui est témoin de ce que je vais te dire. Ne doute donc pas, car je te le dis parce que tu m'as montré ton amour. Mais je préfère que tu gardes dans ton cœur ce que je dis et que tu ne le répètes à personne. Voici : celui qui fut annoncé par le Saint-Esprit et les prophètes est le Messie que vous, chrétiens, adorez, confessant qu'il est venu. Je le crois d'un cœur droit et pur, sans aucun doute. Parce que tu es mon frère et mon ami, je te divulgue ce secret et le certifie en ta présence : ton amour et ton désir du bonheur pour moi me sont si évidents. Crois-moi donc maintenant, mon frère. Mais mes pensées charnelles m'empêchent d'être baptisé. Je ne suis pas humble, je ne suis pas digne, je suis faible. Je suis prêtre de ce peuple, j'ai acquis une grande renommée, des honneurs et un haut rang, par lesquels j'ai gagné trésor et richesse ; et si je les abandonnais, je perdrais tout. Non seulement les miens m'abandonneraient, mais les chrétiens eux-mêmes — selon ce que j'ai observé à propos des Juifs qui se font baptiser et de la position qu'ils acquièrent. J'ai même entendu dire que vous dites : Quand un Juif est baptisé, c'est comme si l'on baptisait un âne. Comment donc pourrais-je maintenant être baptisé ? De plus, je vois des chrétiens pécher, irriter Dieu et négliger la loi, au lieu de marcher dans le droit chemin de la discipline et dans la vérité qu'ils ont reçue. J'en ai vu d'autres dont la foi s'est affaiblie en les regardant, et qui ont imité ces chrétiens insouciants. Quand nous examinons le salut qui vous est venu par nous, nous reconnaissons le Messie ; les apôtres devenus vos docteurs sont aussi de notre race ; mais vous négligez la bonne nouvelle qu'ils vous ont apportée et la doctrine qu'ils vous ont enseignée. Et comme les autres nations n'ont pas été baptisées et n'ont pas cru jusqu'à ce jour, ainsi moi non plus je n'ai pas été baptisé, à cause de la gloire mondaine et des honneurs que je reçois de mon peuple, et parce que je vous vois négliger les commandements et les exhortations que le Christ vous a donnés. Je n'ai pas voulu perdre ma gloire et mon honneur, ni devenir, comme vous, négligent envers ce qui vous a été donné. C'est ce qui m'empêche de recevoir le baptême. Car la plus grande partie de notre communauté juive croit en la vérité du Messie et en ses miracles, et plus fermement que vous, alors même qu'ils sont éloignés du salut qui vous est advenu. Et maintenant je te félicite des glorieux mystères que nous possédons depuis le commencement. Je te déclare ceci : nous connaissons et croyons aux miracles du Christ et à ses œuvres plus fermement que vous chrétiens, et nous savons en vérité qu'il est le Messie qui est venu. »

« Apprends donc de moi ce mystère qui eut lieu dans les temps anciens, alors que le temple se tenait encore à Jérusalem. Les Juifs avaient la coutume d'établir vingt-deux prêtres dans le temple par une loi obligatoire. Il y avait dans le temple un livre où l'on inscrivait la généalogie de chaque homme devenu prêtre, ainsi que les noms de son père et de sa mère, afin que l'on sache qu'il suivait l'ordre du Dieu très-haut. Les Juifs gardaient cette coutume. »

« Or, en ce temps où Jésus-Christ vivait en Judée — ce livre existant avant son apparition —, l'un des vingt-deux prêtres mourut. Les autres se réunirent pour choisir qui ils élèveraient à sa place. Mais leurs avis ne s'accordèrent pas et ils persistaient à s'opposer les uns aux autres. À chaque nom proposé, l'homme était rejeté. Ils tirèrent alors au sort, dans l'intention d'élire celui sur qui le sort tomberait, puis de l'établir s'il n'avait ni défaut ni infirmité, et si rien dans sa famille ne s'y opposait. Car même s'ils trouvaient un homme de généalogie correcte mais peu instruit, ils le rejetaient. Telle était la disposition du Dieu très-haut, à cause de leurs disputes, pour que nul ne fût élevé sinon le Seigneur du sacerdoce, digne de cette place : Jésus-Christ. Et voici qu'après cela, le Saint-Esprit agita l'un des prêtres ; il devint zélé pour Dieu, se leva au milieu d'eux et dit : « Voilà dix jours que nous nous assemblons et nous ne pouvons désigner personne. Je sais avec certitude que notre discussion se prolonge ainsi à cause de celui que le Dieu très-haut va désigner ; c'est la raison de la dispute parmi nous et du renversement de nos intentions. Et cela sera manifesté par la volonté du Dieu très-haut. »

Alors ils lui dirent : « Si tu connais quelqu'un, mentionne-le-nous franchement, et nous t'en saurons grand gré. » Il leur répondit : « Pas avant que vous ne vous engagiez à ne pas rejeter ce que je dirai, mais à l'accepter de moi. Alors je vous dirai qui est digne de la place, mais je sais que vous ne pourrez le rejeter. » Quand tous les prêtres entendirent cela, ils jurèrent par la Vérité et la Sincérité[11] que, si l'on leur montrait un homme digne, ils l'accepteraient et l'établiraient. Quand il fut assuré d'eux, il leur dit : « Mes frères, le Dieu très-haut m'a mis dans l'esprit que celui qui est digne de cette place est Jésus, appelé fils de Joseph ; c'est un homme parfait par sa lignée, sa personne et sa conduite, capable de parler et d'agir devant Dieu et devant les hommes. Sachez que vous ne trouverez nul de pareil dans ce peuple, sans tromperie ni défaut corporel. »

Quand les prêtres entendirent cela et comprirent son discours, ils furent confondus et perplexes à cause du serment. Ils lui dirent alors avec ruse, croyant pouvoir rejeter sa proposition : « Celui que tu nommes est digne, car nous cherchons un homme de bien ; mais il n'est pas de la lignée des prêtres, et le peuple parle avec calomnie de sa naissance, à cause des enfants qu'Hérode fit tuer par l'épée à son sujet. » Il leur répondit sans colère : « Tenez-vous à la vérité ; je vais vous guider sur le bon chemin à son sujet, afin que vous ne vous détourniez pas du Dieu très-haut. Car alors nous nous éloignerions de la vérité et nous croirions des mensonges. Je sais que, si nous cherchons la vérité, Dieu nous la révélera. » Ils dirent : « Apaise nos esprits, comme tu sais, concernant sa naissance et sa famille, et nous consentirons à ce que tu nous dis. » Il leur dit : « Enquêtez, et vous apprendrez qu'aux jours d'Aaron le prêtre il y eut une alliance par mariage entre Aaron et la tribu de Juda, ce dont témoigne le prophète David. J'ai longuement enquêté sur Jésus, sa tribu et sa généalogie ; et je trouve que sa mère Marie est liée aux deux tribus. Et elle est aussi innocente du péché, par un autre grand mystère. C'est pourquoi je désire que vous enquêtiez, afin de savoir avec certitude que ce que je dis est vrai, et de reconnaître que je vous parle honnêtement. »

Mais les prêtres pensèrent que par cette idée ils réduiraient à néant son conseil. Ils commencèrent donc à enquêter sur la famille de Jésus et trouvèrent que Marie unissait les deux tribus, de sorte qu'à cause du serment ils ne pouvaient se dérober. Ils se mirent alors à disputer de la généalogie de Jésus, disant : « Il y a une opinion différente sur ce point. Nous voulons savoir comment sa naissance ne fut pas adultère, puisqu'on accusa sa mère Marie quand elle fut donnée à Joseph. » Et tous convinrent de ce sujet. Ils envoyèrent chercher sa mère Marie au Temple, et la pressèrent avec douceur de leur déclarer le mystère de sa conception de Jésus et d'où il venait. La Loi était entre leurs mains, témoignant contre eux avec elle, afin qu'ils ne pensassent pas mal d'elle si elle disait la vérité ; et ils lui prêtèrent serment en ce sens.

Ils lui dirent : « Ô femme, voici que tu nous vois tous assemblés pour le bien et non pour le mal, mais pour l'affaire de Dieu très-haut que nous tranchons. Nous sommes parvenus à une seule conclusion concernant ton fils, que nous trouvons agréable à Dieu et aux hommes. Il est admirable parmi les hommes, et tous glorifient Dieu très-haut à cause de lui. Il est en ce temps parmi eux comme Salomon, fils de David, que lui donna la femme d'Urie le Hittite. C'est pourquoi nous l'avons choisi et désigné par le sort, pour l'établir prêtre à cause de ses vertus. Mais sur un seul point nous doutons encore : nous voulons savoir de toi d'où il vient, et de qui tu l'as conçu et enfanté, afin que la vérité soit connue par toi, afin qu'aucune mauvaise parole ne soit dite de toi ni du sacerdoce. C'est pour cela que nous t'avons fait venir : pour connaître la vérité et ne pas demeurer dans le doute. Tu mettras alors fin au débat sur ce qui nous occupe. Voici la Loi devant nous, et nous déclarons devant le Dieu très-haut, l'Invisible, qu'aucun mal ni blâme ne te viendra de nous, mais au contraire nous te remercierons grandement de ne pas nous avoir caché la vérité. »

Marie pensa que, si elle leur révélait le mystère caché de sa maternité miraculeuse, ils n'y croiraient pas en raison de la difficulté du sujet, et que leur esprit ne pourrait admettre qu'une vierge devînt mère et qu'un fils existât sans père. Elle leur dit : « Si je vous dis ce que je sais, l'accepteriez-vous ? Si je vous révèle le mystère de ma conception et de ma merveilleuse maternité, vous ne croirez pas mes paroles. Le mieux pour moi est donc de me taire. » Mais les prêtres, mus par leurs mauvaises pensées, lui dirent : « Ô Marie, en vérité, nous désirons entendre de toi de qui Jésus est fils. Car son père Joseph est mort, et nos cœurs doutent qu'il ait été son père ; c'est pourquoi nous te demandons le récit véridique. En le donnant, tu arrêteras toute la dispute sur ta maternité. Nous te prions de nous révéler ce mystère sincèrement et clairement ; ne crains personne, car le bon parti ne nous est pas caché ; mais si tu caches la chose, la Loi prononce contre toi une malédiction éternelle. » Ils lui parlèrent ainsi et d'autres choses semblables.

Marie fut troublée et dit : « Je suis perplexe de toutes parts à cause de l'Incompréhensible que j'ai porté ; et voici que le jour est venu pour moi de le déclarer. Je comprends maintenant le secret de ma maternité que vous me pressez de révéler. Mais quand vous l'entendrez, vous ne le croirez pas et n'accepterez pas ce que je vous dirai. Même Joseph qui, comme vous le dites, est mort, douta de ma conception comme vous le faites et me demanda : Qui a été avec toi ? Je jurai qu'aucun homme ne m'avait jamais touchée ; pourtant il ne me crut pas avant que l'ange de Dieu ne lui apparût et n'apaisât son esprit. Mais il ne vit plus pour témoigner devant vous de la vérité de ce que je dis. Or la Loi accepte le témoignage de deux témoins plus volontiers que celui d'un seul. Toutefois j'affirme, devant Dieu et cette Loi, que j'ai enfanté mon fils Jésus, bien que je sois vierge ; et je vais vous raconter comment je l'ai conçu. »

Ils dirent : « En vérité, la chose est manifeste, et nous reconnaissons devant Dieu et sa sainte Loi que tu as vraiment mis ce fils au monde ; cela n'est pas à cacher, car la femme qui conçoit et endure les douleurs de l'enfantement est celle qui se réjouit plus que les autres à la naissance. Tu as confessé véridiquement que tu l'as enfanté ; ainsi, nous qui depuis longtemps n'avons parlé à personne, voici que nous siégeons à converser avec une femme. Mais nous t'avons dit que nous ne te reprendrions pas, si tu nous racontes ce qu'il nous est permis d'entendre et d'accepter de toi. » Marie, perplexe et craintive, baissa son visage vers la terre en pleurant. Enfin elle dit : « Je sais maintenant que j'ai mis Jésus au monde comme vous le dites, et je le confesse. Mais quant à votre suggestion qu'un homme m'aurait violée, le sceau de ma virginité témoigne pour moi que je vous dis la vérité. »

Quand ils l'entendirent, ils furent troublés et dirent : « C'est là un dire que nous n'accepterons pas, car c'est un conte merveilleux. Comment écrire le nom de ton fils dans la généalogie sans le nom de son père et de sa tribu, selon la coutume en vigueur ? » Quand Marie entendit cela, elle leur dit : « Je vous l'ai dit dès le commencement : je ne sais rien de ce que vous avez dit ; faites donc ce que vous voulez, car je ne vous dirai pas ce qui ne m'est pas arrivé. » Aussitôt qu'elle eut parlé, aucun d'eux ne la contredit. Mais, mus par la providence divine, ils envoyèrent quérir des femmes dignes de confiance parmi leurs sage-femmes, et les supplièrent avec ardeur d'éclaircir la chose : était-elle vierge, comme elle le disait, devant Dieu et la Loi ? Les sage-femmes l'examinèrent et dirent aux prêtres : « Elle dit la vérité ; c'est une vierge intacte, comme elle l'a dit ; sa virginité ne fut pas perdue lorsqu'elle mit Jésus au monde, car comme vous le savez tous, il naquit d'elle. » Ils enquêtèrent ensuite parmi ses voisins et connaissances pour voir si quelqu'un nierait la naissance ; mais ils ne trouvèrent personne, car tous confirmèrent qu'elle avait mis au monde un fils, et le temps de cette merveilleuse maternité, par un mystère que nul ne comprenait. Ainsi les prêtres ne trouvèrent rien à alléguer contre elle, ni rien qui pût la convaincre de fausseté, mais seulement la vérité manifeste.

Ils la firent revenir, contraints par la nécessité et la crainte, et lui dirent : « Nous avons enquêté et nous n'avons rien trouvé de contraire à tes paroles ni à ton récit. Mais il n'est pas juste que nous écrivions ce que tu dis. Nous t'adjurons donc par Dieu tout-puissant de nous faire connaître qui est le père de Jésus, par qui tu l'as enfanté, afin que nous écrivions son nom dans le registre[12]et dans la généalogie. » Marie fut remplie du Saint-Esprit et dit : « Je ne dirai rien avec ruse ni fausseté, et Dieu, par le nom duquel vous m'avez adjurée, m'en est témoin. » Elle commença à leur raconter : « L'ange Gabriel vint à moi et m'annonça la bonne nouvelle. » Et elle leur expliqua tout ce qui lui était arrivé. Alors ils furent confondus et s'émerveillèrent grandement, et prièrent Dieu de leur pardonner les paroles injustes qu'ils avaient prononcées contre elle. L'un d'eux dit : « En vérité, c'est là le Messie dont les prophètes ont prophétisé qu'il viendrait de la maison de David, et de Bethléem de la tribu de Juda. » Ils appelèrent alors Jésus, lui firent prêter le serment du sacerdoce, et écrivirent son nom dans la généalogie avec le jour, le mois et l'année, le décrivant ainsi : « Jésus, fils de Dieu et fils de Marie la vierge, qu'elle enfanta tout en demeurant vierge. Il est vraiment prêtre et digne de cette charge. »

Et ce fut là une disposition providentielle, comme le dit Luc l'évangéliste — qui, dit-on, était médecin — dans un passage de son Évangile[13] : « Lorsque Jésus revint dans la Galilée par la puissance de l'Esprit, sa renommée se répandit dans tout le pays. Il enseignait dans leurs synagogues et tous lui rendaient gloire. Il vint à Nazareth où il avait été élevé, et selon sa coutume entra dans leur synagogue le jour du sabbat. Le servant lui donna le livre du prophète Isaïe, où il est écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m'a oint et m'a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, proclamer la liberté aux captifs, le retour de la vue aux aveugles, mettre en liberté les opprimés, et annoncer l'année favorable du Seigneur. Puis il roula le livre, le rendit au servant, et s'assit ; et les yeux de tous les assistants étaient fixés sur lui. Il commença à leur dire : Aujourd'hui cette prophétie s'est accomplie à vos oreilles. Et tous lui rendaient témoignage, s'émerveillant des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. »

Quand Philippe le chrétien entendit ces paroles de Théodose le Juif, il se réjouit grandement. Théodose ajouta : « Je connais ces choses et n'en ai parlé que parce que je suis l'un des maîtres et lecteurs de la Loi ; c'est la Loi qui m'a confirmé dans le cœur que celui qu'enfanta Marie est le Messie, et qu'en lui — et en aucun autre — s'accomplit la prophétie de Jacob à son fils Juda, et qu'aucun autre Messie ne viendra après lui. Car il nous est assuré que c'est lui que les nations attendaient, lui qui devait venir au monde et délivrer ceux qui croient en lui. Et après lui, il n'y aura plus en Israël ni chef, ni guide, ni prêtre, selon les paroles du prophète David à son sujet dans le Psaume 109[14] : Le Seigneur a juré et il ne se repent pas : Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. Or, qui parmi la postérité d'Adam est prêtre qui vive éternellement ? Car David dit aussi au Psaume 88[15] : Quel est l'homme qui vivra sans voir la mort ? C'est donc du Messie que David a dit qu'il est le prêtre vivant et éternel. »

Philippe répondit : « Il convient que tu saches que la dissimulation de cette affaire te rendra passible du jugement au grand Jour ; et je préférerais révéler ce que j'ai entendu de toi à notre prince religieux, afin qu'il fasse apporter la généalogie écrite dans le registre, et qu'ainsi l'incrédulité des Juifs soit ouvertement condamnée. » Le Juif lui répondit : « Tu sais que tu attireras sur toi un jugement en rompant la promesse qui nous lie. De plus, ce que tu penses réussir à faire, tu n'en seras pas capable. Car lorsque les Juifs en entendront parler, ils susciteront une grande guerre, des événements auront lieu par lesquels beaucoup d'hommes perdront la vie. Si on les force à montrer la généalogie et ce qui y est écrit, ils préféreront la brûler au feu, ou se faire tuer tous par l'épée, plutôt que de la montrer. Tu seras alors à blâmer, et la généalogie sera finalement perdue. Les chrétiens n'en ont pas besoin, car c'est le registre des prêtres juifs ; mais vous croyez en Jésus et vous le connaissez par les paroles des prophètes et des apôtres, et vous êtes déjà assurés des faits de votre religion. Mais ce registre condamnera les Juifs pour toujours, tant qu'il restera avec eux. Pourquoi désires-tu donc le leur enlever ? Crois-moi, mon ami, chaque livre que j'ai lu de la Loi et des Prophètes au sujet du Messie est en accord littéral avec la généalogie à mes yeux, et par lui je confirme ma foi au Messie que vous adorez. Cela est manifeste pour tous les docteurs de la Loi. Et je sais que si tu le mentionnais, tu causerais sa destruction. »

Moi, Philippe, malgré bien des supplications, je cédai à ses injonctions de ne pas révéler la chose au prince ; car il m'effrayait, et je me retins. Il m'avait assuré au nom de Dieu que ce témoignage prouve suffisamment que Jésus est le Messie pour condamner les Juifs et nous confirmer dans notre foi. Moi, Philippe, j'écrivis ce rapport et le présentai à l'assemblée de l'Église, ainsi qu'à certains saints évêques et moines élus. Quand ils l'apprirent, ils en furent étonnés et furent assurés de la vérité des paroles du Juif et du témoignage de son peuple en faveur du Seigneur Christ touchant le sacerdoce, comme cela était écrit dans le registre. Les évêques et les moines écrivirent alors des traités sur le sacerdoce du Christ. Ils trouvèrent qu'Eusèbe de Pamphile mentionne cette affaire en plusieurs passages des histoires de l'Église[16]. Car Flavius Josèphe la met en lumière dans les livres de la Captivité[17] ; ce Josèphe rapporte que Jésus fut vu entrer dans le temple avec les prêtres au moment de la sanctification. On y mentionne aussi le témoignage de Luc l'évangéliste sur l'incident que nous avons rapporté, et le fait que le Seigneur Christ fit un fouet de cordes et chassa les marchands du temple. Ce fait et tous ces témoignages prouvent que les paroles du Juif sont vraies, et qu'à cause de son amitié sincère avec Philippe il lui révéla ce secret et lui en porta témoignage.

Quand le Juif Théodose eut achevé ce véridique discours à son ami Philippe, il fut baptisé et devint chrétien, scellé du sceau du baptême, et reçut les saints Mystères. Tous furent stupéfaits de la solidité de sa foi au Seigneur Christ, dont la puissance est glorieuse. Et moi, Philippe, j'eus une grande joie avec Théodose, le néophyte. Quand beaucoup de Juifs virent cela — sachant qu'il était l'un de leurs maîtres de la Loi, qu'il les dirigeait, qu'il avait acquis de grands honneurs parmi eux et qu'il avait pourtant tout abandonné pour devenir chrétien —, beaucoup d'entre eux crurent et furent baptisés. Aussi, moi Philippe, je glorifiai le Dieu très-haut, parce que j'avais gagné l'âme de mon ami, qui était juif et qui est maintenant chrétien. Et gloire au Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant, en tout temps et pour les siècles des siècles. Amen. Amen. Amen.

CHAPITRE I
SAINT MARC, PREMIER PATRIARCHE

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Première biographie de l'histoire de la sainte Église : la vie de saint Marc, disciple et évangéliste, archevêque de la grande ville d'Alexandrie et premier de ses évêques[18].

Au temps de l'économie miséricordieuse du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, alors qu'il s'était choisi des disciples pour le suivre, vivaient deux frères dans une cité de la Pentapole d'Occident, appelée Cyrène. L'aîné se nommait Aristobule, et l'autre Barnabé. Ils étaient cultivateurs de la terre, semant et moissonnant, car ils possédaient de grands biens. Ils comprenaient à merveille la Loi de Moïse et savaient par cœur beaucoup de livres de l'Ancien Testament. Mais de grands troubles s'abattirent sur eux, causés par les deux tribus des Berbères et des Éthiopiens, qui les dépouillèrent de toutes leurs richesses au temps d'Auguste César, prince des Romains. À cause de la perte de leurs biens et des épreuves qui les frappaient, ils s'enfuirent de cette province, dans leur souci de sauver leur vie, et se rendirent en terre de Judée. Or Aristobule avait un fils nommé Jean. Quand ils s'établirent dans la province de Palestine, près de la ville de Jérusalem, l'enfant Jean grandit et se fortifia par la grâce du Saint-Esprit.

Ces deux frères avaient pour cousine la femme de Simon Pierre, qui devint le chef des disciples du Seigneur Christ ; et ce Jean — surnommé Marc — fréquentait Pierre et apprenait de lui, par les saintes Écritures, les doctrines chrétiennes. Un certain jour, Aristobule emmena son fils Marc au Jourdain, et tandis qu'ils marchaient, un lion et une lionne vinrent à leur rencontre. Voyant approcher ces fauves et percevant la violence de leur rage, Aristobule dit à son fils : « Mon fils, vois la fureur de ce lion qui vient nous détruire. Sauve-toi maintenant, mon fils, et laisse-les me dévorer, selon la volonté de Dieu tout-puissant. » Mais le disciple du Christ, le saint Marc, répondit : « Ne crains pas, mon père. Le Christ en qui je crois nous délivrera de tout danger. » Quand les lions approchèrent, Marc cria contre eux d'une voix forte : « Le Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, ordonne que vous soyez déchirés en deux, que votre espèce disparaisse de ces montagnes et qu'il n'y ait plus jamais ici de descendance pour vous. » Aussitôt le lion et la lionne éclatèrent en deux et périrent sur-le-champ ; et leurs petits furent détruits.

Quand Aristobule, père de Marc, vit ce grand miracle accompli par son fils, par la puissance invincible du Seigneur Jésus-Christ, il dit à son fils : « Je suis ton père qui t'ai engendré, Marc mon fils ; mais aujourd'hui tu es mon père, mon sauveur et mon libérateur. Et maintenant, mon cher fils, mon frère et moi te prions de faire de nous des serviteurs du Seigneur Jésus-Christ que tu prêches. » Dès ce jour, le père de saint Marc et son oncle commencèrent à apprendre les doctrines du Christ. Et Marie, la mère de Marc, était la sœur de Barnabé, le disciple des apôtres.

Après cela survint l'épisode suivant. Il y avait dans ces régions, en une localité nommée Azotus, un olivier de très grande taille, dont les dimensions étaient fort admirées. Les habitants de cette cité adoraient la lune et priaient cet olivier. Voyant qu'ils priaient ainsi, saint Marc leur dit : « Cet olivier que vous adorez comme un dieu, après avoir mangé son fruit et brûlé ses branches pour vous chauffer, que peut-il ?

Voici : par la parole du Dieu que j'adore, je commanderai à cet arbre de tomber à terre sans être touché par aucun outil. » Ils répondirent : « Nous savons que tu uses de la magie du Galiléen ton maître, et que tout ce que tu veux, tu le fais. Mais nous invoquerons notre dieu la lune, qui a élevé pour nous cet olivier afin que nous le priions. » Saint Marc répliqua « Je vais le jeter à terre ; et si votre dieu le relève, alors je le servirai avec vous. » Cette parole les satisfit. Ils éloignèrent tous les hommes de l'arbre, en disant : « Veille à ce qu'aucun homme n'y soit caché. » Alors saint Marc leva la face au ciel, se tourna vers l'orient, ouvrit la bouche et pria :

« Ô mon Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, exauce ton serviteur, et commande à la lune, cette seconde servante du monde qui éclaire la nuit, de faire entendre sa voix par ton décret et ton autorité devant ces hommes qui n'ont point de Dieu, et de leur faire connaître qui l'a créée, qui a créé toute la création et qui est Dieu, afin qu'ils le servent. Je sais bien, ô mon Seigneur et mon Dieu, qu'elle n'a ni voix ni puissance de parole, et qu'elle n'a pas coutume de parler à quiconque. Mais que ses paroles soient entendues en cette heure par ta puissance irrésistible, afin que ces hommes sans Dieu sachent que la lune n'est pas un dieu, mais une servante sous ton autorité, et que tu es son Dieu. Commande aussi à cet arbre, qu'ils prient, de tomber à terre, afin que tous reconnaissent ta domination et qu'il n'y a de Dieu que toi, avec le Père bon et le Saint-Esprit, donateur de la vie éternelle. Amen. »

À cet instant même, à peine eut-il achevé sa prière, qu'une grande obscurité survint en plein midi, et la lune apparut éclatante dans le ciel. Ils entendirent de la lune une voix qui disait : « Hommes de peu de foi, je ne suis pas Dieu pour que vous m'adoriez ; je suis serviteur de Dieu et l'une de ses créatures. Je suis la servante du Christ mon Seigneur, que ce Marc, son disciple, prêche ; c'est lui seul que nous servons et auquel nous obéissons. » Au même moment, l'olivier tomba. Une grande crainte saisit tous ceux qui virent ce miracle. Mais le peuple qui servait et adorait l'arbre se mit en colère, déchira ses vêtements, saisit saint Marc, le frappa et le livra aux Juifs incrédules, qui le jetèrent en prison. Cette nuit-là, saint Marc vit en songe le Seigneur Christ disant à Pierre : « Je ferai sortir tous ceux qui sont en prison. » Quand il s'éveilla, il vit les portes de la prison ouvertes. Lui et tous ceux qui étaient avec lui sortirent, car les geôliers de la prison dormaient comme morts. Mais les multitudes qui avaient été témoins dirent : « Il n'y a pas de fin à nos peines avec ces Galiléens, car ils font ces choses par Béelzébul, le chef des démons. »

Marc était l'un des Soixante-Dix Disciples. Il fut parmi les serviteurs qui versèrent l'eau que notre Seigneur changea en vin aux noces de Cana en Galilée. C'est lui aussi qui portait la cruche d'eau dans la maison de Simon le Cyrénéen au moment de la Cène sacramentelle. C'est encore lui qui hébergea les disciples dans sa maison au temps de la Passion du Seigneur Christ, et après sa Résurrection d'entre les morts, où le Christ entra auprès d'eux alors que les portes étaient closes. Après l'Ascension, Marc se rendit avec Pierre à Jérusalem, et ils prêchèrent la parole de Dieu aux foules. Le Saint-Esprit apparut à Pierre et lui commanda d'aller dans les villes et villages de cette région. Pierre et Marc avec lui se rendirent au district de Béthanie et prêchèrent la parole de Dieu ; Pierre y demeura plusieurs jours.

Pierre vit en songe l'ange de Dieu, qui lui dit : « En deux endroits il y a une grande disette. » Pierre demanda : « Quels endroits ? » L'ange répondit : « La ville d'Alexandrie avec la terre d'Égypte, et la terre de Rome. Ce n'est pas une disette de pain et d'eau, mais une disette née de l'ignorance de la parole de Dieu que tu prêches. » À son réveil, Pierre raconta à Marc ce qu'il avait vu. Ils se rendirent ensuite dans la région de Rome et y prêchèrent la parole de Dieu. Et la quinzième année après l'Ascension du Christ, le saint Pierre envoya saint Marc, père et évangéliste, dans la ville d'Alexandrie[19], pour y annoncer la bonne nouvelle et y prêcher la parole de Dieu et l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ, à qui sont dus gloire, honneur et adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, le Dieu unique pour toujours. Amen.

CHAPITRE II
LE MARTYRE DE SAINT MARC
ET SA PRÉDICATION À ALEXANDRIE

Au temps de l'économie du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, après son Ascension au ciel, toutes les régions furent réparties entre les apôtres par l'inspiration du Saint-Esprit, afin qu'ils y prêchent les paroles de la bonne nouvelle du Seigneur Jésus-Christ[20]. Quelque temps plus tard, le sort désigna Marc l'évangéliste pour se rendre dans la province d'Égypte et la grande ville d'Alexandrie, par l'ordre du Saint-Esprit, afin qu'il fasse entendre au peuple les paroles de l'Évangile du Seigneur Christ et qu'il l'y affermisse. Car ils étaient dans l'erreur, plongés dans le culte des idoles et dans l'adoration de la créature au lieu du Créateur. Ils avaient de nombreux temples consacrés à leurs dieux méprisables, qu'ils servaient en tout lieu avec toute iniquité et tout art magique, et auxquels ils offraient des sacrifices entre eux.

Saint Marc fut le premier à prêcher dans la province d'Égypte, en Afrique, dans la Pentapole et dans toutes ces régions. Quand il revint de Rome, il se rendit d'abord en Pentapole et prêcha la parole de Dieu dans tous ses districts. Il accomplit de nombreux miracles : il guérit les malades, purifia les lépreux, chassa les démons par la grâce de Dieu qui était sur lui. Beaucoup crurent au Seigneur Christ par lui, brisèrent les idoles qu'ils adoraient ainsi que tous les arbres que les démons hantaient et par lesquels ils s'adressaient au peuple. Il les baptisa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu unique.

Alors le Saint-Esprit lui apparut et lui dit : « Lève-toi et va dans la ville d'Alexandrie, pour y semer la bonne semence, qui est la parole de Dieu. » Le disciple du Christ se leva et partit, fortifié par le Saint-Esprit, comme un combattant en guerre. Il salua les frères, prit congé d'eux et leur dit : « Le Seigneur Jésus-Christ aplanira ma route pour que j'aille à Alexandrie y prêcher son saint Évangile. » Puis il pria : « Seigneur, fortifie les frères qui ont connu ton saint nom, afin que je revienne vers eux en me réjouissant en eux. » Les frères lui firent leurs adieux.

Marc se mit en route pour Alexandrie. Comme il entrait dans la ville, la lanière de sa sandale se rompit. À cette vue, il pensa : « Maintenant je sais que le Seigneur a aplani ma route. » Il se tourna alors et vit un cordonnier ; il alla vers lui et lui donna la sandale à réparer. En la recevant et en saisissant l'alène pour travailler, le cordonnier se transperça la main avec l'outil.

Il s'écria alors : « Heis ho Theos », ce qui se traduit par : « Dieu est Un. » Quand saint Marc l'entendit mentionner le nom de Dieu, il se réjouit grandement, tourna son visage vers l'orient et dit : « Ô mon Seigneur Jésus, c'est toi qui aplanis ma route en tout lieu. »

Puis il cracha à terre, en prit de l'argile, l'appliqua sur la plaie de la main du cordonnier, et dit : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le Dieu vivant et éternel, que la main de cet homme soit guérie à l'instant, afin que ton saint nom soit glorifié. » Aussitôt la main devint entière. Saint Marc lui demanda : « Si tu sais que Dieu est Un, pourquoi sers-tu cette multitude de dieux ? » Le cordonnier répondit : « Nous mentionnons Dieu de nos bouches, et c'est tout ; car nous ne savons pas qui il est. » Et le cordonnier resta émerveillé de la puissance de Dieu descendue sur saint Marc, et lui dit : « Je te prie, ô homme de Dieu, de venir dans la demeure de ton serviteur, pour t'y reposer et y manger du pain ; car je trouve qu'aujourd'hui tu m'as fait un grand bienfait. » Saint Marc répondit avec joie : « Que le Seigneur te donne le pain de vie dans les cieux ! » Et il alla avec lui dans sa maison. Comme il entrait dans la demeure, il dit : « Que la bénédiction de Dieu soit sur cette maison ! » et fit une prière. Après le repas, le cordonnier lui dit : « Mon père, fais-moi connaître qui tu es, toi qui as accompli ce grand miracle. » Le saint répondit : « Je sers Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant. » Le cordonnier s'écria : « Je voudrais le voir ! » Saint Marc lui dit : « Je te le ferai contempler. » Alors il commença à lui enseigner l'Évangile de la bonne nouvelle et la doctrine de la gloire, de la puissance et de la domination qui appartiennent à Dieu depuis le commencement. Il l'exhorta longuement, comme en témoigne son histoire, et conclut en disant : « Le Seigneur Christ, dans les derniers temps, s'est incarné de la Vierge Marie, est venu dans le monde et nous a sauvés de nos péchés. » Et il lui expliqua, passage après passage, ce que les prophètes avaient prophétisé à son sujet.

Le cordonnier lui dit : « Je n'ai jamais entendu parler de ces livres dont tu parles ; mais les livres des philosophes grecs sont ce qu'on enseigne ici aux enfants, comme le font aussi les Égyptiens. » Saint Marc lui répondit : « La sagesse des philosophes de ce monde est vanité devant Dieu. » Après avoir entendu la sagesse et les paroles des Écritures de la bouche de saint Marc, et après avoir vu le grand miracle accompli sur sa main, le cœur du cordonnier s'inclina vers lui. Il crut au Seigneur et fut baptisé, lui, tous les gens de sa maison et tous ses voisins. Et son nom était Anien.

Quand ceux qui crurent au Seigneur se multiplièrent, et que les habitants de la ville apprirent qu'un homme juif et galiléen était entré dans la cité, désirant renverser le culte des idoles, leurs dieux, et qu'il avait persuadé beaucoup d'abandonner leur service, ils le cherchèrent partout. Ils chargèrent des hommes de le guetter. Sachant qu'ils conspiraient contre lui, saint Marc ordonna Anien évêque d'Alexandrie. Il ordonna également trois prêtres et sept diacres, et leur confia, à ces onze, le soin de servir et de réconforter les frères fidèles. Mais lui-même les quitta et se rendit dans la Pentapole, où il demeura deux ans, prêchant et ordonnant évêques, prêtres et diacres dans tous leurs districts.

Saint Marc, en plus, institua la liturgie eucharistique aujourd'hui connue sous le nom de liturgie de saint Cyrille — c'est la forme la plus ancienne de la liturgie alexandrine, transmise oralement avant d'être mise par écrit par saint Cyrille au Ve siècle. Et il confia l'école théologique qu'il avait fondée à saint Juste, qui devait devenir le sixième patriarche d'Alexandrie.

Puis Marc revint à Alexandrie. Il trouva que les frères s'étaient affermis dans la foi et s'étaient multipliés par la grâce de Dieu, et qu'ils avaient trouvé moyen de construire une église en un lieu appelé Boucalia, le Pâturage des bœufs[21], près de la mer, près d'un rocher d'où l'on extrayait la pierre. Saint Marc s'en réjouit grandement ; il tomba à genoux et bénit Dieu d'avoir affermi les serviteurs de la foi, qu'il avait lui-même instruits dans les doctrines du Seigneur Christ, et parce qu'ils s'étaient détournés du service des idoles.

Mais quand les incrédules apprirent que saint Marc était revenu à Alexandrie, ils s'enflammèrent de fureur à cause des œuvres que les croyants au Christ accomplissaient : guérir les malades, chasser les démons, délier la langue des muets, ouvrir les oreilles des sourds, purifier les lépreux. Ils cherchèrent saint Marc avec une grande rage, mais ne le trouvèrent point. Ils grinçaient des dents contre lui dans leurs temples et dans les lieux de leurs idoles, en disant : « Ne voyez-vous pas la méchanceté de ce magicien ? »

Le premier jour de la semaine, jour de la fête de Pâques du Seigneur Christ, qui tomba cette année-là le 29 de Baramouda — date qui coïncidait avec une fête des païens incrédules —, ils le cherchèrent avec zèle et le trouvèrent dans le sanctuaire. Ils se ruèrent, le saisirent, lui passèrent une corde autour de la gorge et le traînèrent par terre en criant[22] : « Traînons le serpent à travers le pâturage des bœufs ! » Mais le saint, tandis qu'on le traînait, ne cessait de louer Dieu et de dire : « Merci, Seigneur, parce que tu m'as rendu digne de souffrir pour ton saint nom. » Sa chair se déchira et s'attacha aux pierres des rues, et son sang coula sur le sol.

Le soir venu, ils l'emmenèrent en prison pour délibérer de quelle mort le tuer. À minuit, les portes de la prison étant closes et les geôliers endormis aux portes, il y eut un grand tremblement de terre et un puissant tumulte. L'ange du Seigneur descendit du ciel, entra auprès du saint et lui dit : « Marc, serviteur de Dieu, voici ton nom inscrit dans le livre de vie. Tu es compté parmi l'assemblée des saints. Ton âme chantera les louanges avec les anges dans les cieux ; et ton corps ne périra ni ne cessera d'exister sur la terre. » À son réveil, il leva les yeux au ciel et dit : « Je te rends grâce, ô mon Seigneur Jésus-Christ, et je te prie de me recevoir auprès de toi, afin que je sois heureux dans ta bonté. » Ayant achevé ces paroles, il s'endormit de nouveau. Le Seigneur Christ lui apparut sous la forme où les disciples le connaissaient, et lui dit : « Salut, Marc, l'évangéliste et l'élu ! » Le saint répondit « Je te rends grâce, ô mon Sauveur Jésus-Christ, parce que tu m'as rendu digne de souffrir pour ton saint nom. » Le Seigneur et Sauveur lui rendit son salut et disparut.

Au matin, la multitude se rassembla, fit sortir le saint de prison, lui passa de nouveau une corde au cou, et dit : « Traînons le serpent à travers le pâturage des bœufs ! » Ils traînèrent le saint sur le sol, tandis qu'il rendait grâce au Seigneur Christ, le glorifiant et disant : « Je remets mon esprit entre tes mains, ô mon Dieu ! » Ayant dit ces paroles, le saint rendit l'âme.

Alors les ministres des idoles impures rassemblèrent beaucoup de bois en un lieu nommé Angélion[23], pour y brûler le corps du saint. Mais par l'ordre de Dieu, il y eut un épais brouillard et un vent violent, et la terre trembla. Une forte pluie tomba, et beaucoup parmi le peuple moururent de peur et de terreur. Ils disaient : « En vérité, Sérapis l'idole vient chercher l'homme tué aujourd'hui. »

Alors les frères fidèles se rassemblèrent et retirèrent le corps du saint Marc des cendres, rien en lui n'avait été changé. Ils le portèrent à l'église où ils célébraient la liturgie, l'ensevelirent et prièrent sur lui selon les rites établis. Ils creusèrent une place pour lui et y déposèrent son corps, afin de garder sa mémoire à tout instant avec joie, supplication et bénédiction, à cause de la grâce que le Seigneur Christ leur avait accordée par son moyen dans la cité d'Alexandrie. Ils le placèrent à la partie orientale de l'église, le jour de son martyre — saint Marc étant le premier des Galiléens à être martyrisé pour le nom du Seigneur Jésus-Christ à Alexandrie. C'était le dernier jour de Baramouda selon le comput des Égyptiens, ce qui correspond au huitième jour avant les calendes de mai dans les mois des Romains, et au vingt-quatrième de Nisan dans les mois des Hébreux.

Et nous aussi, fils des orthodoxes, nous offrons gloire, sanctification et louange à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui sont dus louange, honneur et adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, Donateur de la vie et consubstantiel, maintenant et pour toujours.

CHAPITRE III
DES PATRIARCHES II À XI

Anien, deuxième patriarche (62-85 ap. J.-C.)

Quand l'évangéliste Marc, l'apôtre du Seigneur Christ, fut mort, Anien fut intronisé patriarche à sa suite[24]. De son temps, le nombre des frères et des croyants au Christ s'accrut. Il en ordonna plusieurs prêtres et diacres. Il occupa le siège pendant vingt-deux ans, et entra dans le repos le 20 de Hator, en la deuxième année du règne de Domitien, prince de Rome.

Avilius, troisième patriarche (85-98)

Le peuple orthodoxe s'assembla alors, délibéra, prit un homme nommé Avilius et l'élit patriarche sur le trône épiscopal de Marc l'évangéliste, à la place d'Anien[25]. Cet Avilius était un homme de vie chaste, et il affermit le peuple dans la connaissance du Christ. De son temps, le peuple orthodoxe s'accrut en nombre en Égypte, en Pentapole et dans la province d'Afrique. Il demeura douze ans sur son siège, et l'Église fut en paix sous son pastorat. Il entra dans le repos le 1ᵉʳ de Thout, en la 15ᵉ année du règne du prince précité. Quand les prêtres et les évêques, ses suffragants du pays, apprirent la mort du patriarche, ils prirent le deuil. Ils se rassemblèrent à Alexandrie, prirent conseil avec le laïcat orthodoxe de cette ville, et tirèrent au sort pour savoir qui était digne de siéger sur le trône de saint Marc l'évangéliste à la suite du Père Avilius. Leur choix tomba d'un commun accord, par l'inspiration du Seigneur Christ notre Maître, sur un homme élu, craignant Dieu, dont le nom était Cerdon.

Cerdon, quatrième patriarche (98-109)

Ils prirent donc Cerdon et l'établirent sur le siège d'Alexandrie[26]. Il fut chaste, humble et innocent tout au long de sa vie. Il exerça sa charge pendant onze ans et entra dans le repos le 21ᵉ jour de Baounah, en la neuvième année du règne du prince Trajan.

 

 

Primus, cinquième patriarche (109-122)

Il y avait alors, parmi le peuple orthodoxe du Christ, un homme nommé Primus, chaste comme les anges, accomplissant pieusement de nombreuses bonnes œuvres[27]. Ils prirent donc conseil à son sujet, le choisirent et l'établirent comme patriarche sur le siège évangélique. Il demeura douze ans en possession de la charge, et il y eut paix dans l'Église en ses jours. Il entra dans le repos le 3 de Mesra, en la cinquième année du règne d'Hadrien le prince.

Juste, sixième patriarche (122-130)

Le peuple s'assembla ensuite, et son choix se porta sur un homme excellent et sage parmi eux, nommé Juste, qu'ils établirent patriarche[28]. Il demeura onze ans en charge et entra dans le repos le 12 de Baounah, en la seizième année du règne d'Hadrien, et il fut enseveli avec ses pères.

Eumène, septième patriarche (130-142)

Après lui, ils établirent Eumène patriarche sur le siège d'Alexandrie[29] ; il demeura treize ans en charge, agréable à Dieu et à l'Église. Il entra dans le repos le 10 de Paopi, en la sixième année du prince Antonin.

Marc II, huitième patriarche (143-154)

Quand le patriarche susdit fut parti, le peuple s'assembla et prit un homme qui aimait Dieu et qui se nommait Marc[30], et l'établirent patriarche, le plaçant sur le trône de l'évangéliste saint Marc. Il l'occupa pendant neuf ans et quelques mois, menant une vie admirable, et entra dans le repos le 6 de Toubah, en la quinzième année du prince Antonin.

Célaïdion, neuvième patriarche (157-167)

Il y avait en ces jours-là, parmi le peuple, un homme qui aimait Dieu, nommé Célaïdion[31]. Le laïcat orthodoxe se rassembla, avec les évêques qui se trouvaient à Alexandrie en ce temps, prit Célaïdion et l'établit patriarche en le plaçant sur le trône évangélique. Il était aimé de tout le peuple. Il demeura quatorze ans et mourut sous le règne d'Aurélius et de Vérus, les deux fils des princes, le 9 d'Abib. Il fut enseveli et inhumé avec ses pères les patriarches dont les noms ont été mentionnés plus haut.

Agrippin, dixième patriarche (167-180)

Le peuple se rassembla de nouveau d'un commun accord et imposa les mains à un homme de la communauté qui craignait Dieu, du nom d'Agrippin[32] ; ils l'établirent patriarche et le placèrent sur le trône évangélique. Il siégea douze ans et mourut le 5 d'Amshir, en la dix-neuvième année du règne des princes susnommés.

Julien, onzième patriarche (180-189)

Il y avait un homme qui était un prêtre sage, ayant étudié les livres de Dieu, et son nom était Julien[33]. Il marchait dans la voie de la chasteté, de la religion et de la tranquillité. Un groupe d'évêques du synode s'assembla, avec le laïcat orthodoxe, dans la cité d'Alexandrie, et chercha parmi le peuple, mais ne trouva personne de pareil à ce prêtre. Ils lui imposèrent donc les mains et l'établirent patriarche. Il composa des homélies et des sermons sur les saints, et demeura en charge dix ans. Après ce patriarche, l'évêque d'Alexandrie ne demeura plus toujours dans cette ville : il en sortait secrètement et ordonnait des prêtres en chaque lieu, comme saint Marc l'évangéliste l'avait fait. Julien entra dans le repos le 8 de Baramhat — ou le 12 de Paopi, selon d'autres —, en la cinquième année du règne de Sévère le prince.

Ainsi, depuis Anien — premier successeur de saint Marc — jusqu'à Démétrius, douzième patriarche, le christianisme s'étendit pendant deux siècles, finissant par évangéliser tout le pays. Avilius, successeur d'Anien, puis Cerdon, Primus, Juste, Eumène, Marc II, Célaïdion, Agrippin et enfin Julien — prédécesseur de Démétrius — se succédèrent ainsi de 63 à 188 sur le trône épiscopal et accompagnèrent l'Église copte dans son expansion.

CHAPITRE IV
DÉMÉTRIUS, DOUZIÈME PATRIARCHE
(189-231)

Quand le patriarche Julien fut mourant, un ange du Seigneur lui apparut en songe la nuit qui précéda sa mort et lui dit : « L'homme qui te rendra visite demain avec une grappe de raisin sera patriarche après toi[34]. » Au matin, un paysan vint à lui, un homme marié, qui ne savait ni lire ni écrire ; et son nom était Démétrius. Cet homme, sorti pour tailler sa vigne, y avait trouvé une grappe de raisin, bien que ce ne fût pas la saison des raisins. Il l'apporta donc au patriarche. Et le patriarche Julien dit à l'assistance : « Cet homme sera votre patriarche, car ainsi me l'a déclaré la nuit dernière l'ange du Seigneur. » Ils le saisirent donc par force, et le lièrent de chaînes de fer. Julien mourut ce jour-même, et Démétrius fut consacré patriarche.

La grâce de Dieu descendit sur cet homme, et il fut semblable à Joseph, fils de Jacob ; et même plus excellent que Joseph, car bien que Démétrius fût marié, il ne connut pas sa femme. Et si quelqu'un objecte : « Comment est-il licite qu'un patriarche soit marié ? », nous répondons que les apôtres déclarent dans leurs canons que si un évêque est uni à une seule femme, cela ne lui est pas interdit ; car la femme croyante est pure, sa couche sans souillure, et aucun péché ne peut être imputé à l'évêque de ce fait. Le patriarche n'est en effet que l'évêque d'Alexandrie, avec un droit de primauté sur les évêques des différentes provinces qui dépendent de cette ville. Il est le successeur de saint Marc, apôtre et évangéliste, qui avait juridiction sur toute l'Égypte, la Pentapole, l'Éthiopie et la Nubie, parce qu'il y avait prêché l'Évangile ; l'évêque d'Alexandrie a donc lui aussi nécessairement juridiction sur ces pays. Mais le peuple fut injuste envers ce patriarche Démétrius, disant qu'il était le douzième des patriarches en comptant depuis Marc l'évangéliste, et que tous avaient été célibataires sauf Démétrius ; et ils déploraient sa déchéance supposée.

Il avait un don de Dieu : quand il avait achevé la liturgie, avant de communier à quiconque parmi le peuple, il voyait le Seigneur Christ donner l'Eucharistie par sa main. Et quand approchait une personne indigne de recevoir les Mystères, le Seigneur Christ lui révélait le péché de cet homme, de sorte qu'il refusait de le communier. Il disait alors à cette personne la raison du refus, et celle-ci confessait son offense. Démétrius le reprenait et lui disait : « Détourne-toi du péché que tu commets, et reviens ensuite recevoir les saints Mystères. » Cette pratique ayant duré longtemps, les fidèles d'Alexandrie cessèrent de pécher par crainte du patriarche, redoutant la honte publique. Chacun disait à son ami ou à son parent : « Prends garde de pécher, de peur que le patriarche ne te dénonce devant l'assemblée. » Mais certains du peuple disaient : « C'est un homme marié. Comment peut-il nous reprendre, alors qu'il a déshonoré ce siège ? Car nul jusqu'à ce jour n'y avait siégé sans être célibataire. » D'autres répondaient : « Son mariage n'amoindrit pas ses mérites, car le mariage est pur et sans souillure devant Dieu. »

Mais c'était la volonté de Dieu de manifester ses vertus, afin qu'il fût glorifié et que ce grand secret ne demeurât pas inconnu. Comme il l'a dit dans son saint Évangile, par sa bouche très pure : « Une ville bâtie sur la montagne ne peut être cachée. » Ainsi Dieu rendit manifestes les mérites de ce patriarche, afin que son peuple s'accrût en vertu par eux. Une certaine nuit, un ange du Seigneur vint à Démétrius et lui dit : « Démétrius, ne cherche pas ton propre salut en négligeant ton prochain ; rappelle-toi ce que dit l'Évangile : Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. » Démétrius dit à l'ange : « Mon Seigneur, enseigne-moi ce que tu me commandes de faire. Si tu m'envoies au martyre, je suis prêt à verser mon sang pour le nom du Christ. » L'ange dit : « Écoute-moi, Démétrius, et je te le dirai. Le Christ ne s'est incarné que pour sauver son peuple ; il n'est pas juste que tu sauves maintenant ta propre âme et que tu laisses ce peuple rempli de scrupules à cause de toi. » Démétrius répondit : « Quel est mon péché contre le peuple ? Enseigne-le-moi, mon Seigneur, afin que j'en fasse pénitence. »

L'ange dit : « Ce secret qui est entre toi et ta femme, à savoir que tu ne t'es jamais approché d'elle. Fais-le donc maintenant connaître au peuple. » Démétrius dit : « Je préférerais mourir devant toi plutôt que tu ne révélasses ce secret à un homme ! » L'ange répondit : « Sache que l'Écriture dit : Le désobéissant périra. Demain donc, après la fin de la liturgie, rassemble les prêtres et le peuple, et fais-leur connaître ce secret qui est entre toi et ta femme. » Le patriarche s'émerveilla et dit : « Béni soit le Seigneur qui n'abandonne pas ceux qui se confient en lui. » L'ange le quitta alors.

Le lendemain — c'était la fête de la Pentecôte —, le patriarche célébra la liturgie et ordonna à l'archidiacre de prescrire au clergé et au peuple qu'aucun d'eux ne quittât l'église, mais qu'ils se rassemblassent autour du trône patriarcal. L'archidiacre annonça donc à l'assemblée : « Le souhait du patriarche est de vous parler à tous. Que personne ne s'en aille sans avoir entendu ce qu'il dira. » Quand ils furent assis, le patriarche ordonna aux frères de rassembler beaucoup de bois ; et ils le firent, étonnés, en se disant : « Qu'est-ce que le patriarche va faire ? » Puis il leur dit : « Levez-vous, prions ! » Ils prièrent, puis se rassirent. Il dit alors : « Je vous prie, par votre amour pour moi, de permettre que ma femme soit présente devant vous, afin qu'elle reçoive de votre bénédiction. » Ils s'étonnèrent et pensèrent : « Qu'est-il en train de faire ? » Et tous dirent : « Tout ce que tu nous demandes de faire sera fait. »

Le patriarche ordonna alors à l'un de ses serviteurs : « Appelle ma femme, la servante des saints, afin qu'elle reçoive leur bénédiction. » La sainte femme entra et se tint au milieu de l'assemblée. Son mari le patriarche se leva, là où tous pouvaient le voir, se tint près des bûches enflammées déjà allumées, étendit son manteau, prit avec la main des charbons ardents du feu et les mit dans son manteau. Tous les spectateurs furent stupéfaits de la quantité de braise ardente dans son vêtement, qui pourtant ne brûlait pas. Il dit alors à sa femme : « Étends ton voile de laine que tu portes sur toi. » Elle l'étendit ; et le patriarche y transféra les charbons sous ses yeux, mit de l'encens sur le feu, et lui ordonna d'encenser toute l'assemblée. Elle le fit, et pourtant son voile ne brûla pas. Le patriarche dit encore : « Prions ! », alors même que les braises continuaient de flamber dans le voile de sa femme, qui pourtant ne brûlait pas.

Vous avez maintenant entendu, mes amis, ce grand prodige. Cet homme s'était fait eunuque de son propre vouloir, plus glorieux donc que ceux qui sont eunuques de naissance, c'est pourquoi le feu n'eut aucun effet sur ce saint, ni sur ses vêtements, ni sur ceux de sa femme, parce qu'il avait éteint les flammes du désir. Mais abrégeons ici notre discours et revenons à l'histoire, glorifiant Dieu pour les siècles des siècles. Quand le clergé eut prié, ils dirent au patriarche : « Nous prions ta Sainteté de nous expliquer ce mystère merveilleux. »

Il répondit : « Soyez tous attentifs à ce que je vais dire. Sachez que je n'ai pas fait cela en cherchant la gloire des hommes. J'ai maintenant soixante-trois ans. Ma femme qui se tient devant vous est ma cousine. Ses parents moururent et la laissèrent enfant. Mon père me l'amena, car il n'avait pas d'autre enfant que moi, et elle était la seule enfant de mon oncle. Je grandis ainsi avec elle dans la maison de mon père, et nous vivions ensemble. Quand elle eut quinze ans, mes parents résolurent de me marier avec elle, pour que leurs biens ne passassent pas à un étranger, mais que nous les héritions. Les noces furent célébrées, comme on fait pour les enfants ; et j'entrai auprès d'elle. Quand on nous laissa seuls, elle me dit : Comment ont-ils pu te donner à moi, alors que je suis ta sœur ? Je lui répondis : Écoute ce que je te dis. Il faudra nécessairement que nous demeurions ensemble dans cette chambre sans nous séparer toute notre vie, mais il ne doit y avoir entre nous aucune autre union, jusqu'à ce que la mort nous sépare ; et si nous demeurons ainsi dans la pureté, nous nous retrouverons dans la Jérusalem céleste et nous jouirons l'un de l'autre dans la béatitude éternelle. Quand elle entendit cela, elle accepta ma proposition, et son corps demeura inviolé. Mais mes parents ne savaient rien de notre pacte. Les invités des noces réclamèrent la preuve coutumière de la consommation du mariage, comme vous savez que le font les hommes ignorants ; mais ma mère leur dit : Ces deux-là sont jeunes, et les jours devant eux sont nombreux. Ainsi gardâmes-nous notre pureté ; et après que mes parents comme les siens furent morts, nous restâmes orphelins ensemble. »

« Il y a maintenant quarante-huit ans que j'ai épousé ma femme, et nous dormons sur un seul lit, sur un seul matelas et sous une seule couverture. Et le Seigneur, qui connaît et juge les vivants et les morts, et comprend les secrets de tous les cœurs, sait que je n'ai jamais appris qu'elle est femme, ni elle qu'elle a appris que je suis homme : nous voyons l'un l'autre nos visages, et rien de plus. Nous dormons ensemble, mais les étreintes de ce monde nous sont inconnues. Quand nous nous endormons, nous voyons une forme aux ailes d'aigle, qui vient en volant et se pose entre elle et moi sur notre couche, qui étend son aile droite sur moi et son aile gauche sur elle, jusqu'au matin où elle part ; et nous la voyons jusqu'à son départ. Ne pensez pas, mes frères et vous, peuple qui aimez Dieu, que je vous ai divulgué ce secret pour la gloire de ce monde qui passe, ni que je vous l'ai dit de mon propre vouloir ; mais c'est l'ordre du Seigneur qui m'a fait agir ainsi, car il veut le bien de tous les hommes ; et il est le Christ notre Sauveur. »

Quand Démétrius eut achevé ce discours, le peuple se prosterna tout entier face contre terre, en disant : « En vérité, notre père, tu es plus excellent que beaucoup de saints ; et Dieu nous a manifesté sa miséricorde en te plaçant à notre tête. » Ils lui rendirent grâces et le supplièrent de leur pardonner leurs mauvaises pensées sur lui. Il leur donna sa bénédiction et pria pour eux, puis ils se dispersèrent dans leurs demeures en louant Dieu. Après cela, Démétrius dit à sa femme de retourner chez elle.

N’avez-vous jamais entendu, vous qui m'écoutez, parler de telles merveilles ?

Ce saint père vécut si longtemps avec sa belle et vertueuse épouse, et résista pourtant à l'épreuve. Où sont maintenant les hommes mariés qui commettent l'adultère tout en se disant chrétiens ? Qu'ils viennent écouter le père Démétrius le patriarche disant : « Je n'ai connu de ma femme que le visage et rien de plus », afin qu'ils soient confondus de honte ! Ô vaillant saint, combattant ses désirs corporels ! Ô prodige ! Comment son cœur peut-il demeurer impassible devant la beauté de sa femme, et ses sens demeurer non émus devant son charme ? Combien admirable fut ton discours, ô saint, dans ta chambre nuptiale ! L'archer dont les traits frappent tous les hommes — Satan — fut incapable de t'atteindre. Démétrius disait : « Je suis homme et j'ai un corps comme tous les autres hommes ; mais je vais vous enseigner comment répondre aux suggestions du Démon. Quand mon cœur était troublé par de mauvaises pensées, je me rappelais le pacte conclu avec le Christ, et si je le rompais, je craignais qu'il ne me rejetât du Royaume des Cieux, devant le Père et ses saints anges. De plus, quand je voyais la beauté et la grâce de la forme de mon épouse, je pensais aux cadavres gisants dans leurs tombeaux et à la puanteur de leur odeur, pour me garder de paroles étranges, par crainte du feu qui ne s'éteint pas et du ver qui ne s'endort pas dans l'autre monde, où nul ne peut ouvrir la bouche. »

Ô mes amis, ce père fut choisi par Dieu ; et dans son courage et sa vaillance, il fut plus brave que ceux qui tuent les lions ; comme dit l'un des docteurs : « Le brave n'est pas celui qui tue les bêtes sauvages, mais celui qui meurt pur des étreintes et des pièges des
femmes. » Béni soit ce saint, car son degré est élevé ! Comme Joseph dans la maison de l'Égyptienne, qui le sollicita en toute occasion, ainsi Démétrius lutta contre ses désirs jour et nuit, jusqu'à ce que son combat fût achevé, conservant chasteté et droite foi tout au long de sa vie.

Démétrius demeura patriarche quarante-trois ans. De son temps, il y eut un trouble à Alexandrie, et l'empereur Sévère l'exila dans un lieu appelé le quartier du Musée ; il y mourut le 12 de Baramhat, qui, je crois, fut le jour même de la manifestation de sa virginité.

Les martyrs du règne de Sévère et l'apparition d'Origène

Sous le règne de l'empereur Sévère, beaucoup devinrent martyrs pour l'amour de Dieu. Parmi eux, le père d'un homme nommé Origène[35], qui apprit les sciences païennes, abandonna les livres de Dieu, et se mit à parler avec blasphème à leur sujet. Le Père Démétrius, ayant entendu parler de cet homme et voyant qu'une partie du peuple s'était égarée à la suite de ses mensonges, le retrancha de l'Église.

En ces jours-là, les martyrs Plutarque et Sérénus furent brûlés vifs, et Héraclide et Héron eurent la tête tranchée[36]. De même un autre Sérénus, ainsi que la femme Héraïs et Basilide ; et Potamiène, avec sa mère Marcelle, qui souffrirent de nombreux tourments et de cruelles agonies. Vinrent aussi Anatolios, qui était père des princes ; Eusèbe ; Macaire, oncle de Claudius ; Justus ; et Théodore l'Oriental. Tous ces martyrs étaient parents. Une autre vierge, nommée Thècle, y figurait également. Basilide était soldat et se présenta de son propre gré ; quand on l'interrogea, il dit : « Je suis chrétien parce que j'ai vu, il y a trois jours, en songe, une femme qui m'est apparue et qui posa sur ma tête une couronne envoyée par Jésus-Christ. » Ainsi Basilide obtint la couronne du martyre. Un grand nombre furent ainsi martyrisés, car Potamiène leur apparaissait en songe et les encourageait à avoir foi au Seigneur Christ, jusqu'à ce qu'ils reçussent la couronne du martyre.

Il était venu à Alexandrie, à la place de Pantène, un nouveau gouverneur de l'école[37] dont le nom était Clément ; et il demeura à la tête de l'école jusqu'à ces jours. Ce Clément composa de sa propre initiative des livres dans lesquels il renversait la chronologie reçue. Ensuite un scribe juif, nommé Judas[38], ayant lu dans le livre des Visions de Daniel — en la dixième année du règne de Sévère —, expliqua mystiquement les années et les dates jusqu'à l'époque de l'Antéchrist selon un système de son cru, et déclara que ce temps était proche, à cause des actes de Sévère, le prince ennemi.

Quand Origène, que Démétrius avait retranché à cause de la composition de livres illicites de magie et de l'abandon des livres des saints écrivains, vit cela, il écrivit de nombreux traités contenant beaucoup de blasphèmes. Parmi eux, sa doctrine selon laquelle le Père aurait créé le Fils, et le Fils aurait créé le Saint-Esprit ; il niait ainsi que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu, et que les Personnes de la Trinité ne sont inférieures en rien les unes aux autres mais ont la même puissance et la même majesté. À cause de cette croyance impie, l'Église l'abandonna, parce qu'il lui était devenu étranger, n'était plus un de ses fils et enseignait des doctrines corrompues. Déposé de sa charge, il partit d'Alexandrie pour la Palestine et y intrigua jusqu'à obtenir le rang sacerdotal : il fut ordonné prêtre par l'évêque de Césarée en Palestine[39]. Puis Origène revint à Alexandrie, croyant qu'il y serait reconnu prêtre et qu'il pourrait y agir à sa guise. Mais le saint Père Démétrius refusa de le recevoir et lui dit : « Selon le canon apostolique, un prêtre ne doit pas être déplacé de l'autel pour lequel il a été ordonné. Retourne donc au lieu où tu as été ordonné, et sers-y en toute humilité selon le canon ; car je ne briserai pas les canons de l'Église pour gagner l'approbation des hommes. » Ainsi Origène demeura rejeté. C'était avant que le patriarche n'eût connaissance des blasphèmes et de la mécroyance d'Origène ; et la chose fit scandale pour tous, parce qu'il s'était fait maître alors qu'il n'était pas digne d'être même disciple.

Or Sévère le prince régna dix-huit ans, puis mourut. Antonin, son fils, régna après lui. Après ce temps vécurent beaucoup d'hommes que le Christ rendit forts, par l'économie de Dieu. L'un d'eux fut Alexandre le confesseur, évêque de Jérusalem, qui succéda à Narcisse[40].

Le miracle de l'évêque Narcisse

Ce Narcisse accomplit de nombreux miracles durant sa vie. Une fois que l'Église manquait d'huile, Narcisse, lors du service vigile de Pâques, leur ordonna même de remplir les lampes d'eau[41]. Il pria ; et l'eau fut changée en huile, et les lampes s'allumèrent. Il accomplit ainsi maintes merveilles par sa foi en l'unité du Christ, et tous lui rendaient témoignage. Nous avons appris son histoire de personnes dignes de foi. Mais certains hommes, dans leur méchanceté, le détestèrent et voulurent le tuer ; ils inventèrent des mensonges à son sujet en jurant qu'il faisait le mal. L'un de ces méchants se mit à allumer un feu, et fut consumé par lui ; un autre, ses entrailles se répandirent au point qu'il en mourut ; un autre tomba malade et son corps se consuma ; un autre devint aveugle ; de sorte que les hommes comprirent que leurs paroles contre Narcisse étaient mensongères, par les preuves données de sa sainteté.

Narcisse fut alors fait évêque, et aucun mal ne lui survint, parce qu'il était pieux et sage, et confessait le Seigneur Christ. Il advint qu'il s'enfuit de l'église pour se retirer au désert, parce que le peuple était en désordre et que certains l'accusaient d'intrigue. Mais l'œil qui voit tout ne souffrit pas cela ; car Dieu punit ceux qui tenaient sur son compte une croyance erronée et hérétique : le premier d'entre eux mourut avec toute sa maison dans un feu causé par une étincelle qui tomba sur eux ; un autre fut affligé de douleurs de la tête aux pieds, avec une fièvre violente ; un troisième essaya de fuir à cause de sa mauvaise conscience, mais Dieu le saisit : il fut frappé d'un aveuglement soudain ; il reconnut devant tous sa mauvaise conduite envers le saint évêque, fut dévoré de remords, se repentit et pleura sur sa cécité.

Quant à l'évêque Narcisse, il demeura caché au désert, et personne ne sut où il se trouvait pendant bien des jours. Mais les églises sur lesquelles il était évêque étant laissées sans gouvernement, les circonstances exigèrent qu'on établît à sa place un homme nommé Dius[42], qui n'occupa cependant ce siège que peu de temps avant de mourir. On ordonna à sa place un autre, nommé Germanion[43]. Après cela, le glorieux Père Narcisse fut retrouvé, comme quelqu'un ressuscité d'entre les morts. On le supplia de retourner à son siège, et le peuple se réjouit grandement à son sujet. Mais il s'était voué à la philosophie et à la culture des grâces que Dieu lui avait accordées, et ne voulut pas revenir servir son diocèse.

Quant à Alexandre — déjà mentionné —, il possédait un autre siège ; mais il vit en songe l'ange de Dieu qui lui ordonna d'aller aider Narcisse et de servir Dieu[44], car il avait été consacré évêque en Cappadoce. Il se rendit donc à Jérusalem à ce moment pour y prier, il vit les saintes églises qu'il avait désiré contempler et visita tous les lieux saints. Il se disposait à retourner en Cappadoce, son pays natal, mais les frères l'en empêchèrent ; et un songe l'avertit. Car ils entendirent tous une voix dans l'église qui disait : « Sortez à la porte, et le premier homme que vous y verrez entrer, faites-en votre évêque. » Ils firent ainsi et y trouvèrent Alexandre, dont ils s'emparèrent. Mais il refusait d'être leur évêque, disant : « Je n'y consentirai pas. » Ils l'établirent donc de force, en présence d'une assemblée d'évêques, dans la cité de Jérusalem, sur leur ordre, d'un seul accord et d'une seule intention. Dans les lettres qu'Alexandre écrivit et envoya à Antinoé, il parla de Narcisse et dit qu'ils avaient une seule foi commune et qu'ils s'accordaient en toutes choses dans l'Église de Jérusalem. Dans toutes les lettres d'Alexandre, il disait : « Narcisse, qui m'a précédé dans cet épiscopat, vous salue. Il est maintenant avec moi ; il m'encourage et me fortifie par ses prières, afin que je sois fort dans ce ministère. Il continue à servir Dieu ainsi depuis cent seize ans[45]. Je vous prie de demeurer d'un seul cœur et d'une seule pensée. »

Parmi les saints hommes de ce temps figurait aussi Sérapion, qui était patriarche d'Antioche ; à sa mort, Asclépiade le confesseur fut établi à sa place, et sa dignité s'éleva. Alexandre écrivit au peuple d'Antioche au sujet d'Asclépiade : « Alexandre, serviteur de Dieu et croyant en Jésus-Christ, salue dans le Seigneur, avec joie, la sainte Église qui est à Antioche, par la main du chaste prêtre Clément. Mes frères, je désire que vous éleviez Asclépiade, qui est digne de ce poste. » Il fut donc ordonné sur le siège.

Sérapion aussi écrivit au peuple d'Antioche une lettre[46] où il disait qu'un Juif nommé Marcien avait écrit des livres qu'il attribuait à Pierre, le chef des apôtres, et dans lesquels l'auteur disait des mensonges. « Méfiez-vous, poursuivait Sérapion, de ces écrits. Nous recevons Pierre et le reste des disciples, comme nous recevons les commandements du Christ, parce qu'ils l'ont vu et qu'ils ont entendu ses paroles. Mais ces livres mensongers, nous ne les acceptons pas et nous les rejetons, parce qu'ils ne contiennent rien de la doctrine de nos pères. » Quand le prêtre arriva à Antioche avec ces lettres, il leur dit : « Soyez affermis dans la vraie foi, et ne vous détournez pas vers les écrits apocryphes attribués à Pierre ; car ils sont faux et trompeurs, et l'on y trouve le commencement de l'hérésie. C'est pour cela que je suis venu vers vous en hâte, car nous avons appris que ce Marcien le Juif a égaré des multitudes par ses livres, jusqu'à les rendre hérétiques. » Cet hérétique écrivit en effet de nombreux livres, et l'histoire dont nous tirons ce récit en donne quelque idée. Mais comme cela rendrait notre narration trop longue, je crois inutile d'en écrire les titres.

Or Démétrius, saint patriarche d'Alexandrie, manifesta beaucoup de science et de sagesse, alors même qu'il avait été auparavant ignorant et incapable de lire ou d'écrire ; tous ses enfants spirituels recevaient continuellement de lui des avertissements. Quand il se sentit vieillir dans ses recherches sur les doctrines et les Écritures divines, au point qu'on le portait à l'église en litière, il ne cessa pourtant pas d'enseigner du matin au soir, tandis que les frères allaient et venaient pour profiter de son enseignement. Il désigna alors Héraclas comme son adjoint et successeur. Héraclas était un homme élu, savant dans les Écritures de Dieu[47], enseignant les doctrines de l'Église et la science de la parole de Dieu ; il savait par cœur les canons de l'Église.

Quand Origène, qu'avait excommunié Démétrius, vit que l'Église l'avait rejeté, il alla vers les Juifs, et leur exposa selon une nouvelle manière une partie des livres hébreux. Il cachait les prophéties qu'ils contiennent au sujet du Seigneur Christ, de sorte que, lorsqu'il en arrivait à la mention du buisson dans lequel le bélier d'Abraham, l'ami de Dieu, fut pris par les cornes — interprété par les Pères comme un type du bois de la Croix —, Origène cachait et abandonnait même cette interprétation. Il écrivit des livres pleins de mensonges et ne contenant aucune vérité.

Il y avait avec Origène un autre hérétique nommé Symmaque, qui fut cause de bien des dissensions. Il disait que le Christ était né de Marie par Joseph[48], et rejetait le miracle de la merveilleuse naissance ; niant aussi que le Christ, né sans douleur — comme il naquit en effet de la Vierge —, est vrai Dieu et Homme, un seul à partir de deux. Il contredisait ainsi le véritable Évangile selon Matthieu et ce qu'il dit de la Nativité. Mais les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir contre lui. Cet hérétique prétendait être chrétien, et en un endroit il dit qu'il était philosophe et qu'il avait lu les livres des Sabéens et des schismatiques. Plus tard, il contracta amitié avec Origène, et égara beaucoup de femmes simples.

En ce temps vivait un homme saint et excellent, doué de la sagesse divine, nommé Ammonius. Il réfuta l'un et l'autre, exposa leurs explications fausses et iniques des Écritures, et leurs mensonges. Après quoi, Origène alla à Césarée de Palestine, où il avait été fait prêtre, et ramena à Alexandrie des livres en grand nombre. Mais le Père Démétrius refusa de le recevoir et le bannit, parce qu'il connaissait sa conduite. Origène se rendit alors dans un lieu nommé Thmouis en Augustamnique, et inventa une histoire plausible pour l'évêque, nommé Ammonius. Ce dernier le plaça dans l'une des églises. Mais quand Démétrius l'apprit, il se rendit lui-même à Thmouis sur-le-champ, bannit Origène, et déposa l'évêque Ammonius qui l'avait reçu. Dans son indignation, il nomma à sa place un autre évêque ; car, s'étant convaincu que l'évêque avait reçu cet hérétique en pleine connaissance de son histoire et de sa fausse doctrine, il établit à sa place un évêque nommé Phileas, homme craignant Dieu et plein de foi. Mais Phileas dit : « Je ne siégerai pas sur le trône épiscopal tant qu'Ammonius vivra. » À la mort d'Ammonius, l'évêque Phileas siégea donc à sa place ; il fut martyrisé longtemps après[49] et passa au Seigneur en paix.

Et Origène l'excommunié alla à Césarée de Palestine, et commença à y exercer ses fonctions sacerdotales comme s'il y était évêque. Le Père Démétrius écrivit donc à Alexandre, évêque de Jérusalem : « Nous n'avons jamais entendu parler d'un homme prodigue et hérétique enseignant en un lieu où existaient des évêques dûment établis[50]. » Il blâma ensuite l'évêque de Césarée, nommé Théoctiste, et réprimanda Origène qui résidait dans son diocèse, condamnant sa conduite : « Jamais je n'aurais pensé qu'une telle chose se ferait à Césarée, sous cet évêque. » Car ils avaient trouvé cet Origène disant dans certains livres que le Fils et le Saint-Esprit sont créés. L'évêque de Césarée lut alors la lettre du Père Démétrius dans l'église — l'évêque de Jérusalem la lui ayant envoyée —, suspendit Origène, et le chassa du diocèse de Césarée. Origène, sans honte, retourna à Alexandrie.

À cause des nombreux changements parmi les princes et les patriarches de Rome et d'Antioche, nous avons cru inutile d'en donner le détail, pour la brièveté et l'évitement de la prolixité. Philétos devint patriarche d'Antioche ; de son temps parut un hérétique qui écrivit des livres étranges. Puis Philétos mourut, et Zébinus fut établi patriarche d'Antioche à sa place. Zébinus ordonna que ni les œuvres de cet hérétique ni celles d'Origène — banni d'Alexandrie — ne fussent lues, car les écrits de ce dernier étaient devenus célèbres[51].

Voici les paroles d'Origène[52] sur les livres à lire dans les Écritures :

« Que celui qui veut lire les Écritures lise les livres ci-dessous nommés. Les livres de l'Ancien Testament sont : les cinq livres de la Loi ; le livre de Josué fils de Noun ; le livre des Juges ; le livre de Ruth la Moabite ; les livres des Rois ; les Paralipomènes ; le livre d'Esdras ; les Psaumes du prophète David ; la Sagesse de Salomon ; le livre d'Isaïe ; le livre de Jérémie ; le livre d'Ézéchiel ; le livre de Daniel ; le livre de Job ; le livre d'Esther ; le livre de Samuel ; le livre des Maccabées ; le livre des Douze petits prophètes. Les livres du Nouveau Testament sont : l'Évangile de Matthieu, qu'il écrivit en hébreu sur un rouleau, alors qu'il était à Césarée, dans la maison d'un homme dont les descendants le conservent de génération en génération ; il fut traduit en grec et rendu en toutes langues par la puissance du Seigneur Christ. Puis l'Évangile de Marc, qu'il écrivit en grec, alors que Pierre, le chef des apôtres, était avec lui, et qui fut lu dans l'assemblée des princes. Puis l'Évangile de Luc, disciple de Paul, qu'il écrivit en grec à Antioche. L'Évangile de Jean, fils de Zébédée, que ses disciples — devenu vieux — sollicitèrent fréquemment jusqu'à ce qu'il l'écrivît en grec à Éphèse. Le livre des Actes des Apôtres et des Disciples, nommé Praxeis. Le livre des Épîtres de Paul l'élu, qui contient quatorze épîtres. Le livre de la Révélation de Jean l'évangéliste, ou l'Apocalypse. »

Il y a aussi le livre de la Didascalie ou Enseignement des apôtres, et les Canons de l'Église, écrits par les apôtres avant qu'ils ne se dispersent pour prêcher l'Évangile. Tels sont les livres remis à l'Église catholique et apostolique. Après eux viennent les livres des Pères et des docteurs, composés sous l'inspiration du Saint-Esprit — comme les homélies et autres écrits — ; car ils n'ajoutèrent rien aux Écritures et n'en retranchèrent rien. Mais les livres de l'hérétique Origène sont méprisés par Dieu, et rien en eux n'est écrit avec l'esprit du Saint-Esprit. Comme il l'a dit par Paul l'apôtre[53] : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde, mais l'Esprit que Dieu nous a donné. »

Le glorieux père Démétrius demeura patriarche quarante-trois ans, et entra dans le repos comme nous l'avons rapporté.

Chapitre V

Héraclas, treizième patriarche (231-247)

Ce père avait été, au temps du patriarche Démétrius, un maître dans l'Église, et s'était distingué dans les sciences divines[54]. À cette époque, Firmilien[55], évêque de Césarée en Cappadoce, découvrit qu'Origène s'était associé aux Juifs en ce lieu et avait vécu parmi eux pendant un temps. Quand Alexandre eut régné treize ans à Rome, Maximin César régna après lui. Et ce prince suscita une grande persécution, dirigée uniquement contre les chefs de l'Église[56], parce qu'ils étaient les maîtres de ceux qui recevaient le baptême ; beaucoup périrent en ses jours. À la mort de Maximin, Gordien régna à Rome. Le patriarche de cette ville était alors Pontien, qui siégea six ans[57] ; à sa mort, Antéros[58] devint patriarche après lui et n'occupa le siège qu'un mois. On chercha alors qui l'on établirait à sa place.

On trouva un homme aux champs sur qui s'était manifesté un prodige : car le Saint-Esprit descendit sur lui[59] sous la forme d'une colombe. On le prit donc, et on en fit le patriarche de Rome. Zébinus aussi mourut à Antioche, et Babylas fut établi à sa place.

Ainsi Héraclas fut fait patriarche d'Alexandrie après Démétrius, et fut compté digne de servir dans le sanctuaire. Héraclas confia la direction des études à Alexandrie à Denys, et lui remit toutes les affaires du patriarcat. Cet homme appartenait à une noble famille et était un maître distingué ; il avait grandi à Alexandrie. Voici comment il fut appelé et entra dans la foi orthodoxe.

La conversion de Denys

Ce Denys avait d'abord été adorateur des idoles, selon la religion des Sabéens, parmi lesquels il était un chef et un philosophe. Tandis qu'il était assis un jour, voici qu'une veuve âgée passa, tenant à la main un livre contenant quelques-unes des épîtres de saint Paul, l'apôtre ; elle lui dit : « Veux-tu m'acheter ceci ? » Il prit le livre, l'étudia, et il en fut rempli d'admiration ; le livre lui plut grandement et prit possession de son cœur. Quand il en eut compris le sens, il s'en émerveilla et s'en réjouit excessivement. Il dit donc à la vieille femme : « Quel prix demandes-tu pour ce livre ? » Elle répondit : « Un carat d'or. » Il lui en donna trois et lui dit : « Va et fouille l'endroit où tu as trouvé ce livre, et tout ce que tu y découvriras, apporte-le-moi : je t'en donnerai plus que le prix juste. » La vieille femme s'en alla et lui apporta trois livres ; il les prit et lui donna neuf carats. Mais ayant lu ces livres, il vit qu'il manquait encore une partie du contenu. Il dit donc à la femme : « Si tu retrouves le reste de ce livre, je te donnerai six deniers. »

La vieille femme, voyant sa foi et son courage, et reconnaissant qu'il avait reçu la grâce du Saint-Esprit en lisant ces écrits, répondit : « Ne te donne pas tant de peine. Va à une église, et demande aux clercs le livre entier : ils te le donneront pour que tu le lises. Je n'ai trouvé ces feuillets que dans les livres de mes pères, qui étaient lecteurs et chantres à l'église. » Denys dit : « Mais les gens de l'Église me confieront-ils ce livre ? » La vieille femme répondit : « Oui. Ils ne refusent pas la connaissance à qui la demande. Ils donnent à tous ceux qui cherchent, sans exiger paiement. »

Denys alla donc chez Augustin, l'un des diacres de l'Église, qui lui remit l'intégralité des épîtres de Paul. Denys les lut et les apprit par cœur, grâce à la vivacité de son intelligence. Il alla ensuite chez Démétrius — dont nous avons rapporté la mort plus haut — et lui demanda la seconde Naissance ; Démétrius le reçut, le baptisa, et lui donna la grâce qu'il sollicitait. Denys s'attacha au patriarche et vécut à l'église. Ainsi, après avoir été maître chez les Sabéens idolâtres, il devint maître dans l'Église[60], et beaucoup de disciples vinrent à lui. Au lieu d'enseigner ses anciennes erreurs et de recevoir une rémunération passagère, il fut plus tard transporté par le Seigneur sur le grand siège, en récompense de ses labeurs ; sa maison fut transformée en une église qui existe encore aujourd'hui et porte son nom.

Les noms de ses disciples étaient Théodore, Grégoire et Athénodore[61]. À ceux-ci, il avait jadis communiqué sa philosophie étrangère ; mais lorsqu'il fut baptisé et élevé au sacerdoce, il les convertit à la sagesse de l'Église, en sorte qu'ils furent remplis de la grâce du Saint-Esprit. Ils vécurent avec lui pendant cinq ans après son ordination, et accédèrent eux aussi au rang sacerdotal. Denys eut encore un autre disciple, nommé Africanus[62], qui écrivit cinq livres avec grand labeur ; et lorsqu'il entendit parler de la sagesse du patriarche Héraclas, il vint à Alexandrie pour apprendre de lui. Denys avait coutume de lui dire :
« Sache qu'aucune bête qui mange la bryone n'en tire profit ni stimulation ; de même tout homme qui ne mange pas de nourriture spirituelle périt. Autrefois je m'occupais d'une nourriture passagère et passagère, et négligeais le pain de la vie éternelle, jusqu'à ce que le Seigneur me conduisît. » Par ces paroles, il attira son disciple aux doctrines célestes, jusqu'à ce que, par ses talents, celui-ci apprît la véritable harmonie des généalogies dans les Évangiles de Matthieu et de Luc, et n'y trouvât plus aucune discordance.

Or Héraclas occupa le siège pendant treize ans, et entra dans le repos le 8 de Kihak, et fut rassemblé à ses pères.

Chapitre VI

Denys le Sage, quatorzième patriarche (247-264)

De Denys, qui fut désigné patriarche après Héraclas, nous avons déjà rapporté quelque chose. Les églises devinrent plus nombreuses, et les fidèles se multiplièrent en ses jours. Et les églises se remplirent des doctrines divines ; et tout se faisait ouvertement et en public. À cette époque, certains hommes en Arabie[63] enseignèrent une hérésie selon laquelle l'âme mourrait avec le corps et ressusciterait avec lui au jour de la Résurrection. Mais la sainte Église rejeta cette hérésie après la tenue d'un concile pour examiner la question. Une autre hérésie surgit aussi[64], qui enseignait des doctrines corrompues ; mais elle fut éteinte et réduite à néant par l'aide de Dieu sous le règne de Philippe[65], qui gouverna l'empire pendant sept ans.

La persécution de Dèce

Après Philippe régna Dèce ; il y avait eu entre Philippe et Dèce une grande inimitié, et c'est pourquoi ce dernier infligea une grande persécution à l'Église. Le patriarche Fabien fut martyrisé, et Corneille devint patriarche après lui. De même Alexandre, patriarche de Jérusalem, confessa deux fois le Christ et manifesta sa foi devant les mécréants ; il fut jeté en prison, où il entra dans le repos après bien des souffrances. Alexandre avait reçu de Dieu un grand don de sainteté, de patience et de courage ; on l'entendait dans son cachot confessant et glorifiant Dieu jusqu'à sa mort. Après lui, un patriarche du nom de Mazabane s'assit sur le trône épiscopal. Le patriarche d'Antioche aussi, Babylas, confessa le Christ, fut emprisonné, et mourut dans son cachot ; Fabius siégea après lui.

Quant au patriarche Denys[66], il dit : « Je rapporterai ce que j'ai enduré, en prenant Dieu à témoin. Dèce, prince de Rome, me cherchait diligemment, mais Dieu me cacha à lui, et il ne put découvrir mon refuge. Après quatre jours, Dieu m'ordonna de quitter ce lieu ; je m'enfuis donc avec mes disciples et une troupe de frères, et nous errâmes au loin. Après quatre jours encore, comme la lumière déclinait et que nous approchions de Taposiris, les soldats nous prirent ; et cela après quatre jours de cachette. Mais Timothée, l'un de mes disciples, échappa à nos preneurs ; et il revint à la maison où nous étions, après avoir rencontré un paysan qui lui demanda quelle nouvelle il avait à lui donner ; et il lui rapporta ce qui était arrivé au patriarche. » Ce paysan rassembla ses compagnons ; ayant délivré le patriarche Denys des soldats, ils le firent monter sur un âne au dos nu, comme il le raconte lui-même ; mais ses disciples allaient à pied.

Lettre de Denys à Fabius : les martyrs d'Alexandrie

Denys envoya aussi une lettre[67] à Fabius[68], patriarche d'Antioche, et lui raconta l'histoire des martyrs qui souffrirent sous Dèce à Alexandrie. Il rapporta qu'un vieillard nommé Métras fut saisi ; ses preneurs lui dirent : « Veux-tu adorer les idoles ? » Il refusa ; ils lui infligèrent alors une bastonnade douloureuse, lui blessèrent le visage avec des poinçons[69], puis le menèrent hors de la ville et le lapidèrent jusqu'à la mort. De même, une certaine femme croyante[70] fut conduite pour offrir le culte aux idoles ; elle refusa ; on la battit, on la dépouilla, on lui lia les pieds ensemble et on la traîna sur les pierres, jusqu'à ce que sa chair fût déchirée et que son sang coulât dans les rues sur le sol ; on continuait à la fouetter tandis qu'on la traînait hors de la ville. Puis on la tua et l'on jeta son corps de côté. On rentra ensuite dans les maisons des fidèles, on les pilla, on les saccagea et on emporta tout l'or, l'argent et le mobilier qu'on y trouva.

À cette époque, Paul[71] d'Alexandrie fut martyrisé et reçut sa couronne avec joie. Et nul ne pouvait professer ouvertement la connaissance de Dieu. En ces jours-là aussi, une vierge fidèle nommée Apollonia reçut la couronne du martyre. Tous ses membres furent brisés, et elle fut brûlée vive sur le feu, hors de la ville, parce qu'elle refusait de leur obéir en abandonnant sa foi, et de renier le Seigneur Christ. Elle regarda la flamme du feu pendant qu'on la brûlait ; et la flamme ne la terrifia pas, mais elle l'endura patiemment et rendit l'âme.

On prit aussi un homme nommé Sérapion, qu'on tortura cruellement et qu'on jeta du troisième étage, en sorte que ses os furent rompus ; ainsi souffrit-il le martyre. Les fidèles n'avaient ni lieu de refuge ni lieu de repos où se rendre, ni de jour ni de nuit ; et ils demeurèrent longtemps dans cet état. Tel fut l'ouvrage de Dèce, le prince. Et beaucoup furent martyrisés dont les noms ne furent pas notés. Le bienheureux Julien aussi fut pris ; il était corpulent et robuste, et ne pouvait marcher : aussi avait-il deux hommes avec lui. On les conduisit tous au palais ; l'un des deux apostasia, mais l'autre confessa la foi avec le vieux Julien. On les traîna[72] tous deux par la ville et on les brûla dans le feu. Beaucoup de soldats avaient été préparés pour le supplice des chrétiens ; ils saisirent un autre homme[73] qui cria à haute voix : « Seigneur, prends-moi vite à toi ! » Sa tête fut coupée et il fut brûlé dans le feu. Avec lui, deux autres furent encore martyrisés ; et un autre nommé Alexandre, avec plusieurs autres qu'on chassa en prison et qu'on en tira ensuite pour les mettre à mort. Il y eut une femme[74] qui quitta ses enfants et fut tuée. Une autre femme croyante[75], dans la grandeur de son zèle pour la foi, défia le gouverneur, qui par conséquent la fit mettre à mort. Une grande multitude sans nombre se présenta pour souffrir le martyre au nom du Seigneur Christ avec une grande joie, comme un homme qui se hâte à ses noces ; et de même beaucoup d'habitants des villes et des villages.

Une grande multitude sans nombre erra dans les montagnes, fuyant les mécréants ; et beaucoup d'entre eux moururent de faim, de soif et de chaleur. Un vieil évêque[76], de la ville appelée Malidj dans la province d'Égypte, prit la fuite avec une femme qui le suivait ; on ne put les retrouver, ni recueillir aucune nouvelle d'eux. Beaucoup furent capturés par les soldats, qui acceptèrent ensuite d'eux des présents et les relâchèrent. Beaucoup errèrent au hasard et ne revinrent jamais.

« Moi, Denys, le patriarche, je n'ai pas dit toutes ces choses sans dessein ; mais je les ai faits connaître à ta Paternité, mon frère Fabius, ainsi que toutes les épreuves qui nous ont assiégés, et ce que nous avons enduré et affronté. Et toutes les personnes que je t'ai mentionnées, mon frère, ont mérité le royaume par leurs souffrances et leurs combats pour le nom du Seigneur Christ. Beaucoup de ceux qui ont apostasié dans la persécution sont revenus à nous, et nous les avons reçus avec joie, parce que nous connaissions la joie de Celui qui désire la repentance du pécheur, et non sa mort, afin qu'il se convertisse et vive.

Et parce que je suis assuré de ta communion avec moi, frère bien-aimé, je t'ai exposé ce qui nous est arrivé ; car nous sommes d'un seul esprit et d'une seule foi. À vous aussi, mes frères et mes fils, je veux raconter ces choses, à cause de mes bienheureux enfants et de leur patience ; afin que vous connaissiez les luttes de vos frères fidèles pour la foi orthodoxe, et le bonheur où ils sont allés par leur endurance pour Celui qui a souffert pour nous et pour eux, et nous a tous rachetés par son sang. Car ils ont été patients pour son nom et n'ont voulu le renier devant l'assemblée des mécréants ; et dans leur amour pour lui, ni le tranchant du glaive, ni le pillage de leurs biens, ni la brûlure du feu n'ont pu les épouvanter. Car Dieu a manifesté leurs vertus en ce monde, et dans l'autre ils ont une grande récompense, et un glorieux retour à lui. »

Le schisme de Novat

Or il y avait un certain prêtre[77] originaire de Rome qui disait dans son orgueil[78] : « Il n'est pas permis que nous ne recevions aucun de ceux qui ont renié le Christ au temps de l'épreuve et de la persécution, même s'il revient maintenant au Seigneur ; car il est tombé et n'a pas tenu, mais s'est fait l'un des mécréants. » Ce prêtre appelait ceux qui étaient demeurés fermes « les Purs »[79], et il était à la tête de leur communauté. Un concile s'assembla donc à Rome, composé de soixante évêques outre des prêtres et des diacres, pour juger la cause de cet homme et de ses adhérents ; ils écrivirent en tout lieu un récit de ce qui s'y était passé. Il y avait un homme nommé Novat qui assistait ce prêtre dans sa haine des pénitents et l'aidait à repousser de l'Église tous ceux qui désiraient y revenir.

Il commença donc à interdire à ses adhérents d'administrer au peuple le remède divin qui consiste en la repentance, la pénitence, le jeûne, la veille, les pleurs et l'humble imploration du pardon de Dieu. Le clergé de Rome écrivit alors au clergé d'Antioche pour relater ce qui se passait ; et celui-ci leur fit réponse ; et tous s'accordèrent à recevoir ceux qui revenaient à l'Église, à les absoudre et à les aider à la repentance, parce que Dieu lui-même les reçoit. Ils excommunièrent alors le prêtre orgueilleux qui méprisait ces apostats pénitents ; ils firent envoyer chercher les lettres de Novat sur la conciliation de ces hommes, et apprirent ce qu'il en écrivait. Après cela, Novat[80], indigne qu'il était, usurpa le titre d'évêque et demeura dans cette charge pendant trois ans, ordonnant comme prêtres des hommes ignorants qui ne savaient rien ; il fit croire à ses adhérents qu'il était le chef des évêques, et ils l'honoraient en conséquence — jusqu'à ce que le bruit de ses actes parvînt à Rome ; il y eut alors un trouble entre les deux partis dans l'Église et un grand schisme.

Après cela, un synode d'évêques s'assembla, annula tout ce que Novat avait fait par ses mensonges, et prouva à tous ceux qui l'avaient accepté qu'ils étaient des hommes simples sans connaissance, et que toutes ses ordinations et autres actes étaient invalides. Alors l'un de ceux que Novat avait ordonnés se présenta, confessa son péché et pleura ; les évêques le reçurent et lui pardonnèrent. Et ils écrivirent au sujet de Novat aux divers sièges, avertissant les chrétiens de ne recevoir aucune de ses doctrines. Le nombre de ceux qui publièrent son enseignement, et qu'il avait ordonnés, était le suivant : quarante-sept prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, sept lecteurs et sept portiers[81]. Il avait fait beaucoup de choses invalides, qu'il est inutile de rapporter.

Alors le patriarche Denys écrivit des lettres en tout lieu, ordonnant qu'on reçût ceux qui revenaient de leur apostasie ; il en fit un canon permanent pour ceux qui se repentiraient de leur égarement. Il écrivit aussi une lettre particulière à Conon, évêque d'al-Achmounaïn[82], contenant la même matière, outre celles qu'il envoya au reste des évêques.

Et Denys avertit le peuple qui demeurait avec lui à Alexandrie de tout ce qu'Origène avait fait dans toutes les églises, et le mit en garde contre lui. Puis il écrivit des canons qu'il rendit perpétuels dans l'Église et qui contenaient une exposition des doctrines et des règles de discipline légale.

Puis Denys, le grand patriarche de la grande cité d'Alexandrie, mit par écrit ce qui lui était arrivé et ce qu'il avait souffert durant son patriarcat ; et nous avons appris ces choses par ses épîtres et ses instructions, que nous avons vues dans toutes les églises, en tout lieu. En somme, Dèce ne régna pas deux ans ; et à cause de sa persécution contre les enfants de l'Église et de leur mise à mort, il fut tué avec ses fils et son pouvoir princier lui fut ôté.

Après lui, Gallus fut intronisé prince. Denys lui écrivit une lettre. Gallus connaissait tout ce qu'avait fait Dèce, car celui-ci avait laissé derrière lui une idole[83] de pierre qu'il avait coutume d'adorer, disant que cette idole lui avait donné l'empire ; il fit tuer les prêtres qui priaient Dieu pour son salut et pour la consolidation de son pouvoir.

Denys écrivit aussi une lettre au patriarche de Rome[84], lui demandant l'établissement d'une correspondance régulière entre eux et l'accueil de ceux qui avaient apostasié pendant la persécution de Dèce mais étaient revenus ; l'informant également de la cessation entière de la persécution dans son diocèse d'Alexandrie et du retour de la paix dans l'Église ; et de la suppression du schisme de Novat, en sorte qu'il ne demeurait plus d'adversaire à l'Église, car celui-ci avait seulement saisi le pontificat pour lui-même et n'était jamais devenu un mécréant. Car Denys avait examiné les adhérents de Novat sur l'unité de la doctrine.

En ce temps, « Démétrien[85] était évêque dans la ville d'Antioche, Théoctiste à Césarée, Mazabane à Jérusalem, c'est-à-dire Aelia, et Marin à Tyr. Alexandre était entré dans le repos à Laodicée. Et toutes les églises étaient en harmonie dans la foi orthodoxe et l'unité du Christ, en tout lieu et en toute région, se réjouissant, magnifiant Dieu, et s'accordant dans les vraies doctrines ; avec gloire à Dieu, le Dieu du ciel, et à notre Seigneur Jésus-Christ le Verbe, et au Saint-Esprit, un seul Dieu, partout où règnent l'accord en une même croyance et l'amour des frères. » Telles sont les paroles de Denys.

Puis il écrivit aussi à Étienne au sujet du baptême de ceux qui étaient revenus de leur reniement du Christ pendant la persécution, disant qu'il fallait régler cette affaire, parce qu'elle était de grande importance ; que le concile des évêques réunis avait parlé de cette question, comme nous l'avons entendu ; et que ceux qui accepteraient l'instruction et abandonneraient le schisme et l'hérésie devaient être lavés, afin qu'ils devinssent nouveaux par l'immersion et fussent purifiés de leur mélange avec les souillés.

Denys parle aussi dans sa lettre du schisme et de l'hérésie de Sabellius, parce qu'il fut la cause des maux qui menèrent au blasphème contre Dieu Tout-Puissant. Et Denys dit dans sa lettre : « Il m'a envoyé dire que certains désirent rebaptiser tous les hérétiques ; et ceux-ci sont Helenus et Firmilien et beaucoup d'autres avec eux[86]. »

La persécution de Valérien

L'Église demeura dans la tranquillité pendant un court temps, jusqu'à ce que le prince mourût et qu'un prince mécréant nommé Valérien régnât après lui. Par son commandement, ses lieutenants se saisirent de Denys et l'emprisonnèrent. Ils tuèrent un nombre innombrable de martyrs ; allant jusqu'à ouvrir les corps des nourrissons, à prendre leurs entrailles et à les enrouler autour d'instruments de musique faits de roseaux, dont ils jouaient en l'honneur des démons[87]. Ils torturèrent ensuite le patriarche Denys et exigèrent qu'il adorât leurs idoles. Il leur dit : « Nous adorons le Dieu très-haut ; mais vous, vous adorez ce que vous aimez. Notre culte est offert au Seigneur Christ, Créateur du ciel et de la terre, que nous aimons. »

Le gouverneur dit alors à Denys : « Tu ne connais pas la mesure de la patience des princes à ton égard. Car si tu adores nos dieux, nous t'honorerons et te ferons monter. Mais si tu ne le fais pas, et désobéis au commandement, et refuses d'adorer les dieux, alors tu verras ce qui t'arrivera. » Le gouverneur prit beaucoup de compagnons du patriarche et les tua, après l'avoir longuement exhorté ; puis il le chassa et le bannit dans un lieu appelé le district de Coluthion, dont l'interprétation est « Chambellan »[88]. Mais les habitants de ce lieu traitèrent hospitalièrement Denys et tous ses compagnons qui refusaient d'adorer les idoles. Après quoi on le ramena pour le condamner à mort ; on le mena devant le gouverneur, qui lui dit : « Nous avons entendu dire que tu vas en un lieu retiré et que tu y célèbres la liturgie avec tes compagnons. » Denys répondit : « Nous ne cessons jamais de prier, ni nuit ni jour. » Le gouverneur l'exhorta longuement puis le laissa ; et le patriarche retourna vers ses compagnons et leur dit : « Allez en tout lieu, priez et célébrez la liturgie, et si je suis absent de vous corporellement, je suis avec vous en esprit. » Le patriarche fut alors renvoyé au lieu de son exil, et ses compagnons étaient tristes parce qu'il était séparé d'eux ; mais ils disaient : « Nous savons que le Seigneur Christ est avec lui en toutes ses voies. »

Une multitude innombrable de frères furent martyrisés en ces jours-là pour le nom du Seigneur Jésus-Christ, parce qu'ils refusaient d'adorer les idoles. Et Valérien le prince fit beaucoup de martyrs en toute région et en tout lieu. Plus tard, une multitude de Barbares l'attaqua et lui causa grande détresse. Mais il avait un fils très sage, qui demeura en possession du gouvernement et avait été élevé aux jours de la persécution. Il donna à Denys et à ses compagnons une lettre de libération, et commanda qu'on y écrivît ces mots[89] :
« Publius César, le prince régnant, qui aime Dieu, écrit à Denys le patriarche, et à Démétrius et au reste des évêques, et ordonne qu'on les traite avec bonté. Que ceux qui les haïssent s'éloignent d'eux, et que leurs églises leur soient ouvertes. Qu'ils prennent courage par notre lettre ; et qu'aucun châtiment ne les touche après ce jour, ni tristesse ni chagrin après ce temps ; afin qu'ils accomplissent leur service et leurs prières à Dieu ; car nous les avons mis en liberté. Et j'ai désigné Aurelius Cyrenius, et lui ai commandé de garder les évêques en sûreté et de les traiter avec bienveillance. Qu'ils disent leurs prières et célèbrent leurs liturgies. »

Cette lettre fut écrite en grec. Et le prince écrivit une autre lettre aux évêques, leur ordonnant de reprendre possession de tous leurs monastères et lieux d'habitation.

À ce moment, Sixte[90] était évêque de Rome, Démétrien évêque d'Antioche, Firmilien évêque de Césarée en Cappadoce, Grégoire évêque du Pont et son frère Athénodore évêque de Césarée en Palestine ; Hyménée était évêque de Jérusalem ; c'est lui dont on coupa la tête parce qu'il confessait le Christ.

Or, comme Denys avançait en âge, son corps s'affaiblit à cause des grandes épreuves qu'il avait endurées ; mais il ne cessa pas pour autant, ne fût-ce qu'une seule nuit, de lire les saintes Écritures. Car le Dieu très-haut, connaissant son amour pour les saintes Écritures, lui accorda la faculté de la vue, en sorte qu'il pouvait voir aussi bien qu'aux jours de sa jeunesse.

Et comme il ne pouvait se rendre au concile[91] qui s'assembla pour régler les affaires concernant Paul de Samosate, il envoya ses émissaires avec une lettre pleine de sagesse et d'instruction aux évêques réunis à ce sujet ; car Paul était comme le loup qui hurle contre les brebis. Les évêques du concile se rendirent donc en hâte à Antioche, pour la gloire du Seigneur Christ. Parmi les présents au concile se trouvaient Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce, et Grégoire déjà nommé, et son frère Athénodore, et Helenus évêque de Tarse, et Nicomas évêque d'Iconium, et Hyménée évêque de Jérusalem, et Maxime évêque de Bostra ; et avec eux une multitude d'évêques, de prêtres et de diacres. Ils mandèrent Paul, l'interrogèrent sur ce qu'il avait dit, et le réprimandèrent parce qu'il avait blasphémé contre le Seigneur Christ ; comme il refusait de rétracter ses opinions, ils l'excommunièrent et le bannirent.

À cette époque, Denys, patriarche d'Alexandrie, entra dans le repos, après être resté dix-sept ans en son siège ; il mourut le 13 de Baramhat. Mais dans un exemplaire conservé au monastère du Père Macaire, il est dit qu'il resta sur le trône épiscopal sept ans. Saïd, fils de Batrik, atteste cependant dans son livre des annales que la durée fut de dix-sept ans ; et cela concorde avec la biographie d'où a été traduite la présente copie.

Maxime, quinzième patriarche (264-282)

Après Denys, Maxime fut placé sur le trône de saint Marc dans la grande cité d'Alexandrie, en la dix-septième année du règne de Gallien et Valérien ; et il aida les frères dans les affaires de l'Église en tout lieu. Il chassa de l'Église Paul le Samosatène, lorsqu'il apprit qu'il était hérétique ; car un compte rendu de tout ce qui s'était passé au concile d'Antioche au sujet de Paul fut rédigé et envoyé à Denys, patriarche de Rome, et à Maxime, patriarche d'Alexandrie, lorsqu'il prit son siège après Denys. Car le concile tout entier souscrivit, par un consentement spirituel, à l'excommunication de Paul, déclarant qu'il n'était pas séant qu'il fût nommé du nom de l'apôtre Paul. Ils écrivirent à Denys, patriarche de Rome, à Maxime, patriarche d'Alexandrie[92], et à tous les évêques du monde habité, aux prêtres, aux diacres, à tous les baptisés et à toute l'Église orthodoxe sous le ciel, nommant les évêques, et disant dans leur lettre :

Lettre du concile contre Paul de Samosate

« Helenus, Hyménée, Théophile, Théotecne, Maxime, Proclus, Nicomas, Élianus, Paul, Protogène, Bolanus, Hiérax, Eutyche, Théodore, Malchion, Lucius et les autres, qui demeurons dans les villes proches de la nôtre. Nous vous écrivons, à vous nos frères les saints évêques, et aux laïcs qui aiment le Seigneur Christ, Fils de Dieu, vous appelant à prier le Seigneur afin qu'il fasse cesser parmi vous les opinions de Paul le Samosatène, qui enseigne des doctrines engendrant la mort, pour lui plus que pour tout autre ; afin que vous soyez d'un même esprit avec nous, comme Denys, patriarche d'Alexandrie, et Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce, qui nous ont écrit à Antioche, de sorte que nous avons renversé le chef de l'erreur, dont ils ne connaissaient pas les enseignements pervers ; car c'est nous qui avons lu en concile ses écrits, contenant sa foi corrompue ; et nous et ceux qui étaient avec nous en avons rendu témoignage. Après cela, il nous promit de se repentir ; mais ce ne fut qu'une moquerie et une perfidie de sa part, car son cœur était endurci et il ne voulut pas se repentir, mais demeura dans son erreur, imaginant de vaines choses au sujet du Seigneur dans ses discours. Ainsi il apostasia et renia le Seigneur dans sa profession de foi.

La condition de ce Paul fut telle qu'il passa de la foi à la mécréance, à l'erreur et à la perdition. Il était notoirement pauvre par naissance, parce qu'il n'avait rien hérité de ses ancêtres et n'avait rien gagné par le travail de ses mains ; mais il s'enrichit avec la richesse de l'Église, dépouillait les sanctuaires par la loi et prenait des pots-de-vin des frères en les jugeant ; et si leurs adversaires lui offraient de plus gros pots-de-vin, il se retournait contre les premiers et prenait leur parti. Ainsi il s'acquit pour lui-même de vaines richesses par toutes sortes d'injustices. Et pourtant, malgré cela, il professait servir Dieu. Il marchait avec une escorte, tyrannisait les pauvres et paradait dans les rues principales ; il aimait être appelé évêque, et troublait les hommes par la multitude de ses serviteurs. Il portait des lettres avec lui qu'il lisait en marchant, comme s'il collectait des impôts ; et il faisait sentir au peuple qu'il était un magistrat ; il était accompagné d'hommes armés devant et derrière lui. Il haïssait l'enseignement spirituel et aimait les doctrines étrangères. Il négligeait les étrangers en entrant dans l'église. Il recherchait la gloire des magistrats et faisait des projets pour toutes sortes de pompes vaines : il alla jusqu'à se faire installer un trône sur une haute estrade ; feignant d'être un disciple du Christ, alors qu'en réalité il était étranger à l'Église. Il faisait chanter aux femmes des chants pendant les nuits des fêtes et à l'assemblée pascale, au lieu des Psaumes et des hymnes ; mais les frères fidèles se bouchaient les oreilles en les entendant chanter. Et il refusait d'accepter aucune des Écritures, ni de confesser que le Christ était le Fils de Dieu, ni qu'il était descendu du ciel et s'était incarné de la Vierge Marie ; mais il prononçait de nombreux blasphèmes et déclarait que le Christ était l'un d'entre nous. C'est à cause de ces choses qu'il a fallu que nous nous assemblions en concile pour le retrancher. Et nous avons désigné à sa place un homme qui craint Dieu, nommé Domnus, fils du bienheureux Démétrien, qui est maintenant dans l'Église et mérite sa louange. Nous vous avons donc écrit ces choses afin que vous écriviez à ce nouvel évêque et receviez ses lettres en paix selon la coutume de l'Église. Paul le Samosatène a donc déchu de la foi, et Domnus a reçu son évêché en notre présence à Antioche. »

Et le prince Aurélien commença à susciter une persécution contre l'Église[93] ; mais l'aide du Seigneur ne fut pas avec lui dans son dessein ; et après six ans, il mourut. Après lui régna Probus, le prince.

L'apparition de Manès l'hérétique

En son temps parut un homme méchant nommé Manès, qui manifesta des œuvres mauvaises, et blasphéma le Père Tout-Puissant, et le Fils unique-engendré, et le Saint-Esprit qui procède du Père. Et il osa dire qu'il était lui-même le Paraclet.

Cet homme avait été esclave[94] d'une veuve qui avait beaucoup de biens. Avait jadis vécu chez elle un grand magicien, originaire de Palestine, qui était tombé du toit de la maison et avait péri. Après cela, la femme acheta ce méchant esclave, le fit enseigner à l'école d'écriture ; et quand il fut grand, elle lui donna les livres de ce magicien. Les ayant lus et y ayant appris la magie, il alla en Perse et visita le lieu où demeuraient les magiciens, devins et astrologues. Quand il fut fort dans les doctrines du péché, Satan lui apparut, le fortifia et encouragea en lui la haine de l'Église. Il égara ainsi beaucoup de gens par sa magie ; et l'argent affluait à lui ; il avait des jeunes gens et des jeunes filles qui manipulaient pour ses désirs pervers, et qu'il avait asservis par sa magie. Il égara une multitude, en leur disant qu'il était le Paraclet que le Seigneur Christ avait promis d'envoyer dans l'Évangile de Jean.

Marcellus rachète les captifs des Perses

Or il y avait un riche chrétien nommé Marcellus, chef d'une cité dans la province de Syrie où était un évêque nommé Archélaüs. Sur ce chef reposait l'esprit et la bénédiction d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; il était disciple de l'Église et assidu à ses visites, matin et soir, comme un pauvre qui ne possède rien. Il écoutait les sermons de l'évêque, comme il était de son devoir de le faire, et accomplissait de bonnes œuvres avec son argent parmi le peuple de cette cité. Sa porte était ouverte à quiconque venait à lui, qu'ils fussent pauvres ou opprimés par les impôts, ou autres ; en sorte qu'il était semblable au saint Job.

À cette époque, les Perses prirent captifs les habitants d'un village proche de la maison de Marcellus, ravagèrent le village et tuèrent beaucoup de gens. Les prisonniers envoyèrent alors vers lui et lui demandèrent d'accomplir un acte de miséricorde envers eux. Il consentit à leur demande par charité, intercéda auprès du chef des Perses et obtint de lui beaucoup de ceux qui avaient été pris. Comparaissant devant le chef perse, Marcellus lui offrit de l'argent ainsi qu'à plusieurs qui l'accompagnaient, leur disant : « Prenez ce qu'il vous plaira en paiement de ces captifs. » Mais voyant sa bonne œuvre, les Perses refusèrent de faire comme il proposait et lui dirent : « Nous ne ferons pas cela, mais donne-nous ce que tu voudras en rançon des hommes qui sont avec nous. » L'affaire fut donc réglée entre les parties à trois deniers par personne. Ainsi Marcellus délivra tous ceux qui étaient aux mains des Perses, leur paya l'argent, et leur offrit en gratification quelque chose au-delà du prix convenu ; il reçut d'eux les captifs et demeura avec eux sept jours. Il soigna les malades parmi ces prisonniers comme s'ils étaient ses propres enfants ; il envoya à leur ville et fit ensevelir ceux des leurs que les Perses avaient massacrés. Puis il rebâtit les maisons des vivants qu'il avait rachetés, et le cœur de ceux qui demeuraient dans la ville fut soulagé ; il leur reconstruisit toutes les églises et les fit habiter dans leur ville. Et quand les Perses repartirent de son pays vers leur terre, ils racontèrent tout ce qu'il avait fait, la grandeur de sa richesse, et l'amour que les gens de sa ville lui portaient.

La lettre de Manès à Marcellus

Or, quand Manichée, le malin, entendit ce que cet homme, Marcellus, avait fait, il y pensa et se dit : « Si je pouvais gagner cet homme et le recevoir dans ma secte, alors la Syrie entière serait sous mon influence. » Il lui écrivit donc une lettre dans laquelle il disait « Le Paraclet, Manès, écrit ainsi à Marcellus. En vérité j'ai entendu parler de l'excellence de tes œuvres ; je sais donc que tu seras pour moi un disciple choisi, afin que je te fasse connaître la voie droite que le Christ m'a envoyé enseigner aux hommes. Mais maintenant vos maîtres vous ont égarés, puisqu'ils disent que Dieu, dont le Nom est glorieux, est entré dans le sein d'une femme. Et les prophètes ont dit des paroles fausses du Christ ; car le Dieu de l'Ancien Testament est mauvais et ne veut pas qu’on n’obtienne rien de lui. Mais le Dieu du Nouveau Testament est bon, et lorsqu'on lui prend quelque chose, il ne refuse pas. » Et il dit du Christ encore beaucoup de paroles blasphématoires qu'il n'est pas permis de répéter, et Satan lui-même n'a jamais dit la pareille !

Manès donna la lettre à un homme semblable à lui-même, et l'envoya à Marcellus. Mais lorsque le messager vint en Syrie, personne sur la route ne le reçut pour l'héberger ; et il souffrit grandement de la faim, ne se nourrissant que d'herbes, jusqu'à ce qu'il arrivât à la maison de Marcellus. Quand celui-ci eut reçu la lettre et l'eut lue, il l'envoya à l'évêque Archélaüs ; et ayant procuré au messager un logement, il attendit. Quand l'évêque eut lu la lettre, il s'arracha les cheveux de la tête en disant : « Plût à Dieu que je fusse mort avant de lire cette lettre blasphématoire ! » Et il envoya chercher Marcellus, qui amena le messager devant lui. L'évêque l'interrogea sur l'histoire de ce Manès et dans quelle condition il vivait ; et le messager renseigna Archélaüs sur ces matières. Ce messager désira demeurer auprès de ces deux hommes, en entendant leurs paroles et en voyant leurs vertus et leur excellence. Marcellus lui demanda alors de retourner vers Manès avec une réponse à la lettre, et lui donna trois deniers. Mais le messager dit : « Pardonne-moi, mon seigneur, mais je ne retournerai pas vers lui. » Et ils se réjouirent du salut de son âme arrachée aux pièges de la mort. Marcellus écrivit à Manès une réponse à sa lettre et la lui envoya par un de ses esclaves. Le Père Archélaüs dit à cet esclave : « Ne prends rien de lui, et ne mange ni ne bois avec lui. » Puis il l'envoya en route.

Le débat de Manès et de l'évêque Archélaüs

Après sept jours, Manès arriva chez Marcellus, vêtu d'un habit de fin lin, avec une tunique rayée d'étoffe précieuse en dessous ; il était enveloppé d'un manteau descendant jusqu'aux pieds, orné de figures par-devant et par-derrière ; et avec lui marchaient trente-deux jeunes gens et jeunes filles. Entré dans la maison de Marcellus, il alla droit à une chaise et s'y assit au milieu de la maison ; et il pensait qu'on le prierait de leur dispenser un enseignement.

Marcellus envoya chercher l'évêque Archélaüs, qui, voyant Manès assis sur la chaise, fut étonné de son impudeur. L'évêque l'interrogea et lui dit : « Quel est ton nom ? » Manès répondit : « Mon nom est Paraclet. » Archélaüs lui dit : « Es-tu le Paraclet dont le Seigneur Christ dit qu'il nous l'enverrait ? » Il dit : « Oui ; c'est moi. » L'évêque lui demanda :
« Combien comptent les années de ta vie ? » Il répondit : « Trente-cinq ans. »

Archélaüs, l'évêque, lui dit : « Le Sauveur Christ dit à ses disciples : Demeurez à Jérusalem, et ne vous en éloignez pas, et ne prêchez pas l'Évangile avant d'être revêtus de la puissance d'en haut, qui est le Paraclet, le Saint-Esprit. Et dix jours après son Ascension au Ciel, comme il l'avait dit, le Paraclet descendit le jour de la Pentecôte, qui marque l'accomplissement des cinquante jours après Pâque. Mais selon tes paroles, les disciples t'attendent toujours à Jérusalem ; et pourtant, par le commandement du Christ, il y a près de trois cents ans qu'ils ont commencé à prêcher, et leur voix est sortie par toute la terre et leurs paroles ont atteint les confins du monde. Si la chose s'était passée comme tu le dis, ils n'auraient pas prêché, mais seraient demeurés en vie jusqu'à présent. Et où as-tu vu le Seigneur Christ, ton âge étant de trente-cinq ans ? Et il leur a interdit de prendre les premières places aux assemblées ; mais toi, voici que tu as pris le siège le plus élevé dans la maison. »

Manès demanda : « L'Évangile ne dit-il pas : Je vous enverrai le Paraclet ? » Archélaüs répondit : « Si tu crois à l'Évangile, il dit à notre Dame Marie, la Vierge : Le Saint-Esprit descendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; et celui que tu enfanteras est Saint, et sera appelé le Fils de Dieu. » L'évêque produisit alors la lettre de Manès qu'il avait envoyée à Marcellus, dans laquelle il niait la naissance du Christ d'une femme, et déclarait son incrédulité touchant la mort et la résurrection d'entre les morts du Christ. Manès se mit alors à exposer ses fausses doctrines, disant qu'il y avait deux dieux, l'un Lumière et l'autre Ténèbres, et professait d'autres impiétés du même genre. L'évêque Archélaüs lui dit : « Si je te réfute selon tes mensonges, tu insisteras encore sur tes doctrines devant moi. Mais voici, je vais envoyer chercher devant toi des gens qui ne connaissent pas Dieu, le Dieu du Ciel, afin qu'ils te confondent dans tes paroles. » Il envoya donc chercher deux hommes : un philosophe et médecin, et un scribe. Il leur dit : « Écoutez ce que dit cet homme. Y a-t-il dans vos livres des paroles que vous acceptez, et d'autres que vous rejetez ? » Ils répondirent : « Non ; mais nous acceptons tout ce qui est dans nos livres et nous n'y rejetons rien. Car si nous séparions une partie de nos livres du reste, nous ne saurions plus ni les lire ni les recevoir. »

L'évêque répondit alors et leur dit : « Cet homme prêche et dit qu'il est le Paraclet envoyé par le Christ, et pourtant il néglige les commandements du Christ. » Ils dirent :
« Nous n'acceptons pas le Christ et ne touchons à rien qui le concerne. » Mais quand Manès parla et que l'assemblée entendit ses paroles pleines de blasphème, elle se rua sur lui pour le tuer ; mais l'évêque leur défendit de le faire et leur dit : « Il sera tué par la main d'un autre que nous. » Puis il bannit Manès de la ville en lui disant : « Prends garde qu'on ne te retrouve dans notre province, de peur que tu ne meures ! »

La fin de Manès

Quand Manès s'en alla, il se rendit à un village où vivait un prêtre hospitalier, chez qui il s'établit. Et Manès demeura un mois dans la maison de ce prêtre, qui ne savait pourtant pas qui il était. Enfin, il parla au prêtre de ses doctrines pernicieuses. Le prêtre dit : « Je n'ai jamais entendu ces paroles auparavant ; mais je vais envoyer chercher l'évêque Archélaüs pour qu'il vienne entendre de toi ce que tu dis ; alors, si c'est bon, nous l'accepterons. » Mais quand Manès entendit le nom d'Archélaüs, il en fut troublé, parce qu'il connaissait sa valeur et la sagesse de Dieu qui était en lui. Aussi retourna-t-il sans délai au pays des Perses, où il continua, selon sa coutume, à proférer ses blasphèmes. Mais le véritable Paraclet le condamna par sa sagesse ; car il le livra au pouvoir du roi des Perses, qui le fit écorcher vif et le jeta aux bêtes sauvages, qui le dévorèrent.

 

 

Les successions à Rome et à Antioche

À cette époque mourut Félix[95], patriarche de Rome ; Eutychien fut intronisé après lui. La durée du patriarcat de Félix avait été de cinq ans. Eutychien resta dix mois, puis entra dans le repos. Et après lui siégea Marcellin. À cette époque, Timée reçut le patriarcat d'Antioche après Domnus.

Quand Aurélien le prince mourut, Probus reçut l'empire après lui ; il régna six ans et mourut. Puis, après lui, régnèrent Carus, Carin et Numérien ; ils gouvernèrent trois ans et moururent. Après eux régna Dioclétien, par qui une grande persécution descendit sur l'Église, plus grande que celles de ses prédécesseurs ; car il détruisit les églises, brûla les livres, et tua les évêques, les prêtres et beaucoup de fidèles.

Anatolius d'Alexandrie et le siège de la ville

Socrate mourut à Laodicée, et Eusèbe fut désigné évêque de cette ville à sa place. Cet homme était venu d'Alexandrie en raison du concile qui s'était assemblé à Antioche au sujet de Paul le Samosatène. Son successeur fut Anatolius, qui était aussi arrivé en Syrie depuis Alexandrie, où il avait émigré et fixé sa demeure pour y enseigner aux jeunes gens. Car il était habile dans les sciences, en sorte que sa renommée parvint jusqu'à Rome. Et quand une armée marcha de Rome vers la cité d'Alexandrie et l'assiégea, Anatolius le maître ne cessa de négocier entre les deux parties, avec une parfaite équité, jusqu'à ce qu'il améliorât l'état des choses, établît la paix et fît cesser la guerre. Et les grands de la cité s'irritèrent contre lui parce qu'il les pressait de faire ce qu'ils ne voulaient pas. Il leur dit donc : « Que les vieillards, les vieilles femmes et les jeunes enfants sortent de la ville, car on n'a pas besoin d'eux ici ; mais faites de votre ville ce que vous voudrez, car ainsi vous garderez les provisions amassées entre vos mains. » Ainsi leurs cœurs furent apaisés par ce conseil ; le lendemain, les soldats et les capitaines de la ville s'assemblèrent, prirent conseil sur l'affaire et décidèrent qu'il était juste d'agir ainsi. Ils firent donc sortir les vieillards, les vieilles femmes et les enfants ; et beaucoup d'autres s'échappèrent par les portes durant la nuit. Après cela, l'empereur Claude commanda qu'on tuât les troupes de la ville, parce qu'elles avaient aidé le peuple à en sortir ; et la ville fut ravagée. Et Eusèbe lui aussi agissait entre les deux partis comme un médecin ou un père qui guérit également les deux côtés. Cet homme était évêque de Laodicée, et il vint à son siège avec l'autre évêque venu d'Alexandrie dans un parfait accord. Après le combat qui se déroula à Alexandrie, Anatolius rédigea de nombreuses instructions, dont les gens de la ville profitèrent. Il écrivit aussi pour eux un comput de Pâques.

Et le premier jour du mois qui suivit le concile tenu à Antioche pour juger Paul le Samosatène, Théotecne fut établi évêque sur le trône épiscopal de Césarée en Palestine, et le susdit Eusèbe sur Laodicée. Eusèbe était un homme puissant auprès du Seigneur, comme l'était aussi Anatolius ; car ils étaient tous deux inspirés par le Saint-Esprit pour communiquer la doctrine spirituelle. Puis ils entrèrent dans le repos, l'un après l'autre ; et Étienne devint évêque de Laodicée. C'était un homme plein de sagesse, et chacun s'émerveillait à son sujet ; et ce n'était pas seulement une sagesse de paroles, mais la vraie foi orthodoxe ; et il rebâtit les églises qui avaient été détruites dans sa ville et les renouvela avec l'aide de Dieu qui lui était donnée. Et son successeur, l'évêque Théodote, vécut au temps de la persécution et fut digne des deux noms par lesquels on l'appelait ; car l'interprétation de son nom propre est « Don de Dieu », outre le titre d'évêque. Et il aimait le peuple, il en fut le pasteur et le médecin, habile à faire du bien à leurs âmes, en sorte qu'on dit qu'il n'y avait personne d'égal à lui dans sa charité. Et Agape, évêque de Césarée en Palestine, lui ressemblait aussi, et avait travaillé parmi son peuple en grande charité ; car il aimait les pauvres et menait son peuple comme un serviteur fidèle de Dieu ; après quoi il mérita la couronne du martyre avec beaucoup de prêtres d'Alexandrie. Furent aussi martyrisés avec eux Piérius, et Mélèce qui était devenu évêque du Pont, et qu'on appelait « Le Miel » à cause de la douceur de sa langue qui était pleine de la doctrine et de la grâce de Dieu. Mélèce aimait à donner l'aumône aux pauvres et n'épargnait rien ; tout son enseignement venait de l'Évangile ; et il vécut au temps où les hommes étaient dispersés et persécutés, et néanmoins il était constant en la doctrine.

Lorsque Hyménée, évêque de Jérusalem, entra dans le repos, Zambdas fut désigné à sa place ; et à la mort de Zambdas vint après lui Hermon, qui souffrit des duretés au temps de la persécution.

Et Maxime, patriarche d'Alexandrie, entra dans le repos le 14 de Baramouda, après être resté dix-huit ans en son siège.

Théonas, seizième patriarche (282-300)

Quand Maxime entra dans le repos, Théonas siégea après lui sur le trône épiscopal d'Alexandrie, après que le peuple se fut assemblé et fut tombé d'accord sur sa convenance à la charge. On l'éleva donc la première année du règne de Numérien, Carus et Carin, les princes. Il bâtit une belle église au nom de notre Dame Marie, qu'on appela l'Église de la Mère de Dieu[96]. Car jusqu'à ce temps, le peuple avait célébré la liturgie dans des cavernes, des lieux souterrains et des retraites secrètes. Depuis saint Marc l'évangéliste jusqu'à la troisième année du patriarcat de Théonas, il y eut deux cent dix-neuf années. Et il entra dans le repos le 2 de Toubah, après être resté dix-neuf ans en son siège.

L'enfant Pierre, fils du prêtre stérile

Il y avait, aux jours de ce Père, le patriarche Théonas, un saint prêtre qui avait une épouse pure ; ces deux marchaient ensemble dans la voie du Seigneur, gardant ses commandements et agissant selon ses préceptes, attachés aux canons de leur religion, fermes dans la foi. Mais ils n'avaient pas d'enfant, et ils en avaient le cœur attristé. Ils multiplièrent les jeûnes, les prières et les aumônes, afin que le Seigneur leur fût miséricordieux et leur accordât un enfant dont la vue rafraîchirait leurs yeux.

Quand vint la fête des deux glorieux disciples Pierre et Paul, le cinquième jour d'Abib, et que tous les fidèles étaient présents à l'église pour célébrer leur fête, l'épouse de ce prêtre, étant présente près du lieu où se trouvait l'image des deux saints, vit les fidèles qui apportaient leurs enfants et les oignaient de l'huile de la lampe allumée devant les deux images. Elle soupira, le cœur blessé, et pria ces deux saints d'intercéder auprès du Seigneur pour elle. Elle reçut les saints Mystères et la paix de Dieu, et s'en retourna chez elle en rendant grâce au Seigneur de gloire. Cette nuit-là, elle vit en songe deux personnages vêtus en patriarches qui lui dirent : « Ne sois pas triste, car le Seigneur a entendu ta demande et te donnera un enfant qui rafraîchira tes yeux. Il sera père d'un peuple nombreux ; son nom et sa sainteté seront semblables à ceux de Samuel le prophète, car il est fils d'une promesse. Lorsque viendra donc le matin, va de bonne heure au Père Théonas, le patriarche, et fais-lui connaître ces choses, afin qu'il te bénisse ; car Dieu, par sa miséricorde, te donnera un enfant qui sera béni. »

Quand vint le matin, elle parla à son mari le prêtre, qui lui dit : « Va et fais connaître cette chose à Théonas le patriarche, comme il t'a été commandé. » Elle se rendit donc à lui et lui exposa le songe ; il la bénit et lui dit : « Le Seigneur accomplira ta requête et exaucera ta prière ; car le Seigneur est fidèle à sa parole, et ses œuvres sont admirables parmi ses saints. » Et elle s'en retourna chez elle. Et peu de temps après, elle conçut ; elle se garda en toute pureté, dans les jeûnes et les prières continuels, nuit et jour, jusqu'au jour de la fête de Pierre et Paul, le cinquième d'Abib, où elle enfanta un fils. Le messager de bonne nouvelle alla trouver Abba Théonas, le patriarche, et lui annonça qu'elle était devenue mère d'un fils ; et il s'en réjouit grandement. Son mari l'archiprêtre s'en réjouit aussi. Abba Théonas, le patriarche, leur dit : « Nommez-le Pierre. » Et il en fut fait ainsi. L'enfant grandit et croissait comme Jean-Baptiste, jusqu'à atteindre l'âge de trois ans. Alors ses parents l'apportèrent au patriarche en lui disant : « Voici le fils de tes prières. » Théonas les bénit, et l'enfant, et le baptisa. Quand l'enfant eut cinq ans, ses parents le mirent à l'instruction. Il apprit la sagesse en très peu de temps, et eut une meilleure mémoire que tous ses compagnons qui étaient dans l'Église. Et dans sa septième année, le patriarche le fit lecteur ; et il fut rempli de grâce spirituelle. Quand il eut douze ans, il en fit un diacre accompli ; et il surpassait les autres diacres en science et en piété, et en cette grâce spirituelle et céleste que Dieu lui donnait. Quand il eut seize ans accomplis, il fut élevé à la prêtrise, à cause de la chasteté, de la modestie, de la science, de la piété, de la vraie foi, de la saine doctrine et du service assidu des églises, nuit et jour, que le patriarche voyait en lui.

Pierre confond l'hérétique Sabellius

En ces jours-là, un homme blasphémateur avait paru, nommé Sabellius, qui prêchait une doctrine divergente de la foi : il croyait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, la sainte Trinité, ne formaient qu'une seule Personne, et non trois Personnes, mais seulement trois noms. Sabellius rejetait l'Évangile et ne voulait pas écouter ce qui y est écrit, que notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il fut baptisé par Jean, vit le Saint-Esprit descendre sur lui comme une colombe, et entendit la voix du Père du ciel disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance. » Beaucoup, en entendant l'enseignement de Sabellius, le suivirent, et il les égara par son impiété. Il rassembla alors les membres de sa secte et vint à l'église où était présent le père et patriarche Abba Théonas, le jour d'une grande fête ; il se tint à la porte et envoya au patriarche un messager qui lui dit : « Sors et débats avec moi aujourd'hui ; si tu es dans le vrai, je te suivrai ; sinon, je ferai savoir au peuple que tu es dans l'erreur. »

Alors le père et patriarche dit à Pierre, le prêtre : « Sors vers ce mécréant et fais-le taire, afin qu'il ne nous trouble plus. » Pierre sortit donc ; mais quand Sabellius le vit, il dit : « Voyez la hauteur et l'orgueil de Théonas : il ne m'a envoyé que le moindre des jeunes gens qui le servent. » Pierre lui dit : « Bien que je sois jeune avec toi, avec mon Père Théonas, je suis vieux. Et le Seigneur manifestera ta mécréance par mon entremise en ce jour, car il me donnera la victoire sur toi, comme il rendit David victorieux de Goliath le géant. Car le Seigneur amènera sur toi ton sort, il te punira, te détruira avec tes compagnons, réduira à néant ta doctrine et renversera ton opinion, en sorte qu'il ne demeurera de toi ni mot ni syllabe. » Il n'avait pas achevé ses paroles que le visage de Sabellius fut convulsé, son cou se renversa en arrière, et il tomba mort à terre. Ses adeptes prirent la fuite en hâte, et tous ceux qui étaient avec lui. Ainsi il périt, sa mémoire fut perdue, son enseignement coupé, et il n'en resta plus de souvenir. Ce fut la fin de Sabellius.

 

 

Pierre exorcise un démoniaque

Le Seigneur manifesta encore un autre signe par la main du saint Pierre, qui fut le suivant. Une grande fête se célébrait dans la cité d'Alexandrie ; le Père Théonas, tout le clergé et le peuple étaient présents, glorifiant Dieu et faisant fête. Or un homme parmi eux, dans lequel était un démon rebelle, se tint à la porte, se mit à jeter des pierres contre les fidèles, à écumer de la bouche et à grogner comme un chameau. Le peuple s'enfuit de lui à l'intérieur de l'église et fit savoir au patriarche l'état de ce furieux. Théonas dit donc au saint Pierre : « Sors vers lui et chasse de lui ce démon. » Pierre prit un bassin, y versa de l'eau et le présenta au patriarche, le priant d'y faire le signe de la croix ; ce qu'il fit. Et Pierre sortit, portant le vase d'eau, jusqu'au lieu où se tenait le furieux. Et il dit : « Au nom de mon Seigneur Jésus-Christ qui a chassé la Légion des démons et a guéri les hommes de toute maladie et infirmité, sors de lui, Satan, par les prières de mon père Théonas le patriarche, et ne reviens plus en lui ! » Et aussitôt le démon sortit de l'homme, qui fut guéri, devint sain, raisonnable et calme.

Si nous voulions décrire les merveilles manifestées par ce saint homme, Pierre, leur exposition serait trop longue et les livres seraient trop petits pour les contenir.

Et quand Théonas approcha de la mort, lorsqu'il allait être rassemblé à ses pères, tout le clergé et le peuple étaient présents auprès de lui, pleurant et disant : « Hélas, notre Père, tu nous laisses comme des orphelins ! » Il leur dit alors : « Vous n'êtes pas des orphelins ; mais ce Pierre est votre père, et il sera patriarche après moi. » Ainsi Abba Théonas, avant sa mort, le désigna à cette charge.

Pierre Ier le Martyr, dix-septième patriarche (300-311)

Quand Abba Théonas, le patriarche, entra dans le repos, le clergé d'Alexandrie s'assembla avec le peuple, imposa les mains à Pierre, le prêtre, son fils et disciple, et l'assit sur le trône épiscopal d'Alexandrie, comme Théonas, le saint père, le leur avait commandé ; et c'était la seizième année du règne de Dioclétien. Quand Pierre vit qu'Arius le pervers avait rempli tout le pays de confusion par sa mécréance, il le retrancha et le bannit de l'Église.

La dix-neuvième année du règne de Dioclétien, les édits de cet empereur parvinrent à Alexandrie et en Égypte ; il fit subir des épreuves aux chrétiens, détruisit les églises de Dieu, et tua beaucoup de personnes par l'épée ; ceux qui croyaient au Christ s'enfuirent dans le désert, dans les cavernes et les grottes. Dioclétien établit alors des gardes et des veilleurs dans tous les lieux de la province d'Égypte et de la Thébaïde jusqu'à Antinoé, et leur ordonna de tuer tous les chrétiens qu'ils trouveraient. Ces gardes saisirent enfin le bienheureux Pierre[97], patriarche d'Alexandrie, le jetèrent en prison, et firent savoir au prince qu'ils l'avaient pris et lié ; et l'empereur mécréant commanda qu'on lui tranchât la tête.

La femme d'Antioche et le baptême de ses enfants

Or la raison pour laquelle le prince ordonna de rechercher et de faire mourir ce père et patriarche fut la suivante. Il y avait à Antioche un homme nommé Socrate, qui commandait des troupes au palais et qui avait été le compagnon d'Apater, lequel fut martyrisé avec sa sœur Irène. Ce Socrate était de naissance chrétienne et avait été baptisé ; mais il renia sa religion et se mit à haïr les chrétiens. Or il avait une femme bonne, charitable et chrétienne, par qui Dieu lui avait donné deux enfants.

Quand ceux-ci eurent grandi et furent en âge d'être baptisés, la femme dit à son mari : « Je t'en prie, mon frère, voyage avec moi à Alexandrie afin que nous y baptisions nos enfants, qu'ils ne meurent pas sans baptême, de peur que le Seigneur Christ ne s'irrite contre nous à cause de notre négligence à leur égard. » Le mécréant répondit : « Tais-toi ; tu ne sais pas les épreuves qui sont tombées sur nous en ces jours-ci ; de peur que le roi ne l'apprenne et ne se courrouce contre nous. » Son intention, par cette parole, était de l'effrayer, afin qu'elle laissât ses enfants sans baptême. Mais voyant qu'il ne consentait ni à voyager avec elle, elle prit ses deux enfants et deux serviteurs de confiance qu'elle avait, sortit vers le rivage de la mer et pria, disant : « Seigneur tout-puissant, Père de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, si tu veux rendre mon voyage facile, prépare-moi un navire dans lequel je puisse partir. » Tandis qu'elle priait, elle vit un navire prêt à partir. Elle appela un des matelots et lui dit : « Où allez-vous ? » Il répondit : « À Alexandrie. » Elle dit : « Emmenez-moi avec vous, et je vous paierai un fort prix. » Il y consentit. Et elle s'embarqua avec ses deux enfants et ses deux serviteurs.

Après deux jours, un vent violent se leva contre eux, et tous, sur le navire, furent dans l'angoisse. La femme croyante pensa : « Le Seigneur n'écoutera pas une pécheresse comme moi ; mais ce qui m'est venu à l'esprit, je le ferai. » Elle se leva, étendit les mains, tourna son visage vers l'Orient et pria : « Ô Dieu, qui connais toute chose avant qu'elle n'arrive, tu sais ce qui est dans mon cœur, et que je t'aime plus que la vie ou les richesses, plus même que mes enfants et que ma propre âme. Voici, nous mourons au milieu des flots pour ton saint nom. Ô Sauveur, ô Seigneur, ô mon Dieu et Sauveur de mon âme et de mon corps, prends soin de mes enfants devenus orphelins à cause de ton saint nom, et ne les laisse pas mourir sans baptême. » Et ayant fini, elle prit un couteau et dit : « Seigneur tout-puissant, tu connais mon cœur. »

Elle se coupa le sein droit avec le couteau, en tira trois gouttes de sang, et avec elles fit le signe de la croix sur le front de ses deux enfants et sur leur cœur, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; puis elle les plongea dans la mer en disant : « Je vous baptise, mes enfants, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et elle les embrassa, disant : « Si la mort doit venir à nous, qu'elle vienne à moi maintenant, à moi et à mes deux enfants. » Quand le Seigneur vit sa foi ainsi ferme, il apaisa ce vent tempétueux, et il y eut un grand calme. Après trois jours, ils arrivèrent à Alexandrie.

Quand ils entrèrent dans la ville par l'aide du Dieu miséricordieux — ce jour-là étant dans la semaine du Baptême, qui est la sixième semaine du Carême, où l'on baptise les enfants — la femme se rendit aussitôt chez un diacre et lui dit : « Mon père, je désire un entretien avec le patriarche. » Il répondit : « Quelle est ton affaire avec le patriarche ? » Elle dit : « Mon père, je suis étrangère, et je veux baptiser mes deux enfants. » Le diacre demanda : « N'as-tu pas d'autre affaire ? » Elle répondit : « Non. » Il dit : « Prends place dans l'église ; le patriarche va venir et baptiser les nourrissons, et il baptisera tes enfants avec eux. » Elle fit comme il le lui dit. Quand le moment fut venu et que le patriarche eut achevé la liturgie, on lui présenta les enfants à baptiser, et il les baptisa. Puis on lui amena les deux enfants de la femme d'Antioche ; mais quand le patriarche prit ces deux petits pour les baptiser, l'eau se figea et devint comme de la pierre. Le saint patriarche Pierre s'en émerveilla et ordonna qu'on mît ces deux-là à part, sans révéler à personne le prodige. Il fit présenter les autres enfants ; quand on les lui amena, l'eau redevint liquide comme auparavant, et il les baptisa. Puis il fit présenter à nouveau les deux enfants de la femme ; quand on les lui amena, l'eau se figea de nouveau et devint comme de la pierre. Il les fit renvoyer ; on lui présenta encore les enfants de la ville, et l'eau redevint fluide, et il les baptisa. Il demanda une troisième fois les deux enfants de la femme ; et l'eau se figea encore. Alors le patriarche ordonna à l'archidiacre de l'église d'aller chercher leur mère ; on l'amena, et il lui dit : « Fais-moi connaître, femme, ta situation, et dis-moi quelle est ta religion. » Elle répondit : « Je suis d'Antioche, et ma famille est chrétienne. » Le patriarche lui dit : « Qu'as-tu donc fait ? Car voici, le Seigneur ne veut pas accepter tes enfants pour le baptême. »

Elle répondit : « Écoute-moi, mon Seigneur et père, et sois patient avec moi. Car ta Paternité sait comment les chrétiens sont persécutés dans le monde entier en ces jours-ci, et que le pire de l'épreuve est à Antioche. Quand ces deux enfants à moi eurent grandi et que je n'eus pas le moyen de les faire baptiser là-bas, je demandai à leur père de voyager avec moi à cette ville pour les faire baptiser ici, mais il ne le voulut pas. Je pris donc mes deux enfants, allai avec eux au rivage de la mer, et nous nous embarquâmes ; quand nous fûmes au milieu des flots, une tempête s'éleva contre nous, en sorte que le navire fut sur le point de sombrer. Je pris alors un couteau, je me blessai le sein droit, j'en tirai trois gouttes de sang, je fis avec elles le signe de la croix sur le visage et le cœur de mes petits, et je les plongeai trois fois dans la mer, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est pourquoi le Seigneur les retient du baptême. Et cela, par la vérité de ta sainte Paternité, est ce que j'ai fait. » Le patriarche lui dit : « Que ton cœur soit consolé, ma fille ; ne crains rien, car le Seigneur est avec toi. Quand tu as blessé ton sein, en as tiré le sang, et fait le signe de la croix sur le visage de tes deux enfants, dans la foi en Dieu le Verbe Incarné, dont le côté fut percé sur la croix par la lance, quand il en sortit l'eau et le sang, c'est lui-même qui a tracé la croix sur tes deux enfants de sa main divine. » Le patriarche bénit alors ces deux enfants parmi les baptisés, mais ne leur fit rien de plus ; car il ne pouvait les baptiser une seconde fois, le Seigneur les ayant déjà reçus sur la mer. Il dit en effet : « Nul ne peut être baptisé deux fois, car il n'y a qu'un seul baptême ; et ces deux ont déjà été baptisés une fois par l'intention et la foi de leur mère, et par ce qu'elle a fait. »

Le patriarche composa à ce sujet une homélie commençant ainsi : « La miséricorde de Dieu qui descend sur les hommes. » Il donna aux deux enfants les saints Mystères. Et il prit avec lui les enfants et leur mère, dans sa maison, jusqu'à ce qu'ils eussent fêté la sainte Pâque. Puis ils retournèrent dans leur ville en paix.

Le martyre par dénonciation du mari

Mais lorsque le mari apprit ce qu'elle avait fait, il alla trouver Dioclétien le mécréant et lui dit : « Sache, mon seigneur le prince, que ma femme a commis l'adultère dans cette ville ; et quand je l'en ai empêchée, elle est partie pour Alexandrie, où elle a commis l'adultère avec les chrétiens pendant plusieurs jours ; elle a pris mes enfants, et leur a fait subir un rite appelé baptême. Et voici qu'elle est revenue. Que penses-tu que je doive faire d'elle ? » Dioclétien commanda à Socrate de l'amener devant lui avec ses deux enfants ; ce qu'il fit. Quand elle se tint devant lui, il lui dit : « Ô femme digne de mort, pourquoi as-tu quitté ton mari, es-tu allée à Alexandrie, et y as-tu commis l'adultère avec les chrétiens ? » La sainte femme répondit : « Les chrétiens ne commettent ni adultère, ni idolâtrie ; mais fais ce que tu voudras, car tu n'entendras pas un mot de plus de ma bouche. » Le prince lui dit : « Fais-moi savoir ce qui t'est arrivé à Alexandrie. » Mais elle ne voulut pas lui répondre. Alors le prince commanda qu'on lui liât les mains derrière le dos, qu'on plaçât ses deux enfants sur ses genoux, et qu'on les brûlât tous les trois au feu. La sainte femme tourna son visage vers l'Orient, et ses enfants avec elle ; et ainsi ils rendirent leurs âmes et reçurent la couronne du martyre.

Le prince demanda alors à son mari Socrate : « Qui est-ce qui fait ces choses à Alexandrie ? » Il répondit : « C'est Pierre, le patriarche des chrétiens. » Quand il entendit cela, le prince fut rempli de colère, parce qu'il était plein d'indignation contre le saint patriarche Pierre, à cause des écrits qu'il avait composés pour réfuter le culte des idoles. Il écrivit donc à ses lieutenants à Alexandrie, leur commandant de lui prendre la tête.

La vision : la robe déchirée du Christ

Tandis que les soldats exécutaient avec zèle les ordres du prince, et que Pierre était en prison, comme nous l'avons dit, Arius le mécréant apprit qu'on voulait tuer le patriarche. Arius craignit alors que Pierre n'entrât dans le repos tandis qu'il demeurerait, lui, lié par sa sentence d'excommunication. Il alla donc trouver des prêtres, des diacres et beaucoup de laïcs, et les pria de visiter la prison afin qu'ils se jetassent aux pieds du patriarche et le suppliassent de délier Arius de ses liens d'excommunication.

Pensant qu'Arius faisait cette requête par piété, ils consentirent à sa demande. Ils entrèrent dans la prison, se prosternèrent devant Pierre, et prièrent : ils firent des prostrations devant lui, le suppliant de délier Arius. Mais le patriarche s'écria d'une voix forte : « Intercédez-vous auprès de moi pour Arius ? » Puis il leva les mains et dit : « Arius sera, en ce temps et dans le temps à venir, exclu de la gloire du Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ. » À ces paroles, une grande crainte les saisit, et aucun n'osa répondre un mot. Mais quand il vit qu'ils étaient effrayés, il consola leurs âmes. Puis il se leva du milieu d'eux et prit avec lui les deux vieillards Achillas et Alexandre, ses deux disciples, alla à l'écart avec eux et leur dit :

« Dieu, le Dieu du ciel, m'aidera à accomplir mon martyre. Alors toi, Achillas, le prêtre, tu siégeras sur ce trône après moi ; et ton frère Alexandre après toi. Ne dites pas qu'il n'y a pas de miséricorde en moi, car je suis un homme pécheur ; mais Arius est plein de fraude cachée ; et ce n'est pas moi qui l'ai excommunié, c'est le Christ. Je vous dis que cette nuit, comme j'avais achevé mes prières et m'étais endormi, j'ai vu venir vers moi un jeune homme dont le visage brillait comme la lumière du soleil, vêtu d'un vêtement qui le couvrait jusqu'aux pieds, mais qui était déchiré ; il prenait dans ses mains la partie déchirée et couvrait avec elle sa poitrine et sa nudité. Quand je le vis, je me levai en hâte, criai d'une voix forte et dis : Ô mon Seigneur, qui a déchiré ton vêtement ? Il répondit : Arius l'a déchiré. C'est pourquoi ne le reçois pas et n'aie point de communion avec lui. Aujourd'hui viendront vers toi des gens qui intercéderont pour lui auprès de toi ; mais que ton cœur ne le reçoive pas, car je te l'ai défendu. Charge de même tes disciples, Achillas et Alexandre, qui siégeront après toi sur le trône épiscopal, de ne pas le recevoir. Là cessa mon entretien avec lui. Et maintenant j'accomplirai mon martyre, vous ayant chargés selon qu'il me l'a commandé. »

Et après cela, le saint père exhorta longuement les deux disciples, leur rappela toutes les épreuves qu'il avait endurées — comment il s'était caché de Mésopotamie en Syrie, en Palestine, à Ramleh, dans les îles — comment il avait toujours écrit aux deux Églises, et veillé sur Phileas, Hésychius, Pachome et Théodore en prison ; comment plus de six cent soixante âmes étaient devenues martyres. Il les avertit aussi de se garder de Mélèce d'Assiout, qui divisait l'Église, et leur dit : « Désormais vous ne verrez plus mon visage dans la chair après ce jour. » Achillas et Alexandre baisèrent ses mains et lui firent leurs adieux en pleurant.

Pierre se livre lui-même à la mort

Quand le Père Pierre apprit le conflit qui s'était élevé à son sujet entre les troupes et le peuple de la ville — lequel empêchait les soldats d'approcher de la prison où il se trouvait — il craignit que quelques-uns ne fussent tués pour lui, résolut de préserver son peuple fidèle et de le racheter de sa propre vie. Il envoya donc secrètement aux soldats ce message « Venez cette nuit au mur de la prison, à l'endroit où je frapperai pour vous de l'intérieur ; faites-y un trou, et faites ce que le prince vous a commandé. » Ils acceptèrent ses paroles. Cette nuit-là, ils allèrent secrètement à l'endroit indiqué — une cellule où il était séparé des autres prisonniers, sans que nul du peuple le sût ; il frappa au mur de l'intérieur ; ils entendirent, percèrent le mur et y firent une ouverture. Il fit le signe de la croix sur son visage, et passa sa tête par le trou en disant : « Il vaut mieux que je donne ma vie plutôt que le peuple ne périsse à cause de moi. » Là-dessus, les soldats lui tranchèrent la tête et s'en allèrent. Voici certes l'acte le plus admirable !

À cette heure-là se leva un vent violent, en sorte qu'aucun de ceux qui gardaient la porte de la prison n'entendit le bruit de ceux qui perçaient le mur ; aucun des prisonniers non plus. Ainsi ce bienheureux père accomplit les paroles du saint Évangile, et celles des Juifs qu'il rapporte[98] au jour de la bienheureuse crucifixion : il vaut mieux qu'un seul meure pour le peuple plutôt que tout le peuple ne périsse ; et il fut semblable à son Seigneur, le Bon Pasteur, qui donna sa vie pour ses brebis.

Dans une autre copie, cependant, il est dit qu'il sortit par le trou du mur, et que les soldats le prirent et le menèrent à un endroit appelé Boucalia, dont l'interprétation est « cour à bétail » ; et c'est l'endroit où s'accomplit le martyre du glorieux père saint Marc l'évangéliste. Quand les soldats virent le saint Pierre se livrer ainsi à la mort, ils furent saisis de crainte et la terreur tomba sur eux. Il leur dit : « Je vous prie de me laisser aller recevoir une bénédiction du corps du père, saint Marc l'évangéliste. » Ils y consentirent et lui dirent avec honte et les yeux baissés : « Tout ce que tu désires, père, fais-le rapidement. » Il se rendit donc au lieu où reposait le corps de saint Marc, l'évangéliste et porteur de bonne nouvelle ; il pria, reçut la bénédiction des reliques, s'agenouilla auprès d'elles, et parla au saint comme s'il devisait avec lui : il rappela toute la lignée des patriarches, depuis Anien jusqu'à Théonas son père, et conclut : « Intercède pour moi, afin que je sois martyr en vérité, si du moins je suis digne d'imiter la crucifixion et la résurrection du Christ. Et voici, je te rends le troupeau que tu m'avais confié, et que tu avais remis avant moi à ceux qui m'ont précédé, car tu es notre maître, ô notre seigneur. »

Pierre se leva alors d'auprès du tombeau, leva les mains au ciel et dit : « Ô Fils de Dieu, Jésus-Christ, Verbe du Père, je te prie et te supplie de faire cesser parmi nous cette persécution qui pèse sur ton peuple, et d'accorder que l'effusion du sang de ce ton serviteur mette fin à l'oppression de ton troupeau raisonnable. » Or il y avait, dans le voisinage du tombeau, une habitation où vivait une jeune vierge avec son père âgé ; elle se tenait à ce moment debout pour prier ; quand elle eut fini, elle entendit une voix du ciel disant :
« Pierre était le premier des apôtres ; et maintenant Pierre est le dernier des martyrs. » Quand le saint père eut fini son invocation, il baisa le tombeau de l'apôtre, et les tombeaux des pères qui s'y trouvaient aussi. Puis il monta auprès des soldats, qui virent son visage comme le visage d'un ange de Dieu et eurent peur de lui ; aucun n'osait lui parler. Il leva les mains au ciel, remercia le Seigneur, fit le signe de la croix sur son visage et dit :
« Amen. » Il ôta son pallium, dénuda son cou — qui était pur devant le Seigneur — et leur dit : « Faites comme il vous a été commandé. » Mais les soldats craignaient qu'un malheur ne leur arrivât à cause de lui. Ils se regardèrent les uns les autres, et aucun n'osa lui couper la tête, à cause de la terreur tombée sur eux. Alors ils se concertèrent : « À celui qui lui coupera la tête, chacun de nous donnera cinq deniers. » Ils étaient six ; et l'un d'eux, qui avait quelque argent, sortit vingt-cinq deniers de ses pièces et dit : « Celui qui ira jusqu'à lui et lui coupera la tête recevra cette somme de moi et des quatre autres. » L'un des hommes s'avança, prit son courage, et trancha la tête du saint martyr et patriarche Pierre — ce jour-là étant le 29 de Hator. Pierre avait siégé onze ans sur le trône évangélique. Quant à ce soldat qui jeta son sort avec Judas l'Iscariote, il prit l'argent et s'enfuit, lui et ses compagnons, par crainte du peuple.

Le corps du saint demeura étendu où il était fort avant dans la journée, jusqu'à ce que les gens assis devant la prison apprissent ce qui s'était passé et virent le trou dans le mur. Ils se rendirent en hâte à l'endroit où il était, et trouvèrent son corps couvert de son vêtement, avec le vieillard et la jeune vierge qui le gardaient. Ils joignirent la tête au corps, étendirent dessus un linge, recueillirent son sang, et restèrent là à pleurer. La ville fut bouleversée et profondément troublée à la vue de ce martyr du Seigneur Christ. Les principaux de la cité vinrent, enveloppèrent son corps dans la natte de cuir sur laquelle il avait coutume de dormir, le portèrent à l'église et le placèrent sur le siège patriarcal jusqu'à la célébration de la liturgie. La liturgie achevée, ils l'inhumèrent avec les pères. Que ses prières soient avec nous et avec tous les baptisés ! Amen.

Achillas, dix-huitième patriarche (311-312)

Quand le Père Pierre entra dans le repos et que le peuple d'Alexandrie fut ainsi privé de sa présence, on envoya assembler les évêques. On fit Achillas, le prêtre, patriarche à la place de Pierre, comme celui-ci l'avait commandé avant sa mort. Quand Achillas eut pris son siège sur le trône apostolique et évangélique, un groupe du peuple vint à lui et le pria de recevoir Arius. Il accéda à leur demande et fit Arius diacre. Mais parce qu'il avait reçu Arius et désobéi ainsi à l'injonction de son père Pierre, il ne demeura sur le siège que six mois. Et il entra dans le repos le 19 de Baounah.

Chapitre VII

Alexandre Ier, dix-neuvième patriarche (312-326)

Quand Achillas le patriarche entra dans le repos, le peuple s'assembla et imposa les mains au Père Alexandre, le prêtre, comme le Père Pierre, le dernier des martyrs, l'avait ordonné ; et il s'assit sur le trône épiscopal. Quelques-uns vinrent vers lui et le prièrent de recevoir Arius. Quand Alexandre l'excellent vit Arius, il le rejeta et refusa de le recevoir, et dit à ceux qui intercédaient pour cet homme : « Le Père Pierre, alors qu'il était en prison, dit à moi et à mon frère Achillas : Le Seigneur Christ a anathématisé Arius ; ne le recevez donc pas. Et quand Achillas mon frère désobéit à l'injonction du Père Pierre, il ne demeura que six mois sur le trône épiscopal. C'est pourquoi je ne recevrai pas du tout Arius, puisqu'il est séparé de nous. »

Arius demeura donc en exil sous la sentence d'excommunication pendant de nombreuses années. Puis il alla à Constantinople et déposa une plainte devant Constance, fils du bienheureux prince Constantin, décrivant comment on l'avait traité, déclarant qu'il s'était repenti et avait renoncé à sa fausse doctrine ; il en jura. Il continua ainsi à cacher sa fraude dans son cœur, jusqu'à ce que Dieu lui révélât sa puissance sur lui : ses entrailles s'échappèrent de son corps, et il périt ainsi, comme il sera raconté ci-après. Car c'est à cause d'Arius qu'eut lieu le saint concile de Nicée, où il fut anathématisé, la foi orthodoxe établie, les jours du jeûne et le jour de la fête de Pâques fixés. Notre Père, le patriarche Alexandre, présida ce concile. Après cela, il entra dans le repos, attaché à la foi orthodoxe. Sa mort eut lieu le 22 de Baramouda ; et la durée de son occupation du siège fut de seize ans.

Chapitre VIII

Athanase Ier l'Apostolique, vingtième patriarche (326-373)

Quand le bienheureux Père Alexandre entra dans le repos, l'Église demeura veuve pendant quelques jours. Puis le peuple s'assembla, prit conseil, et nomma le Père Athanase, qu'il assit sur le trône évangélique. Il écrivit d'excellents traités et de nombreuses homélies, il fut appelé pendant son patriarcat « l'Apostolique », à cause de la noblesse de ses œuvres qui étaient semblables à celles des Apôtres.

De son temps eut lieu le concile de Galatie, auquel assista Basile le Grand, auteur de la Liturgie, et où l'on excommunia les Ariens, sous le règne du prince mécréant Julien ; le patrice Jovien présidait ce concile. Julien fut tué par la main du glorieux martyr Mercure ; après lui Jovien le patrice fut intronisé prince, et donna le repos à l'Église pendant son règne. Athanase, lui, endura beaucoup d'épreuves et fut envoyé en exil ; car de mauvais complots furent tramés contre lui, et les persécutions fréquentes qu'il subit le forcèrent à quitter son siège : il s'enfuit en Haute-Égypte, y demeura plusieurs années, se déguisa en ouvrier journalier et ne révéla pas qu'il était patriarche. Et les princes mécréants, Valens et Valentinien, régnèrent onze ans. Quand il plut au Seigneur, par les saintes prières acceptées de ce patriarche, de le restaurer sur son siège, il fit périr ces princes par une mauvaise mort à cause de ce qu'ils avaient fait contre l'orthodoxie. Et le Seigneur établit un prince croyant, nommé Théodose ; l'Église se réjouit en ses jours, et il y eut tranquillité, sécurité et paix.

Quand Athanase revint à son siège, il y eut joie et allégresse dans le pays d'Égypte au retour de leur berger, parce que le Seigneur avait jugé le peuple digne du retour de leur pasteur. Et ce bon pasteur spirituel demeura quarante-sept ans sur le trône de saint Marc l'évangéliste, jusqu'à son entrée dans le repos le 8 de Bashans, gouvernant l'Église, soumettant ceux qui se rebellaient contre la vérité et résistaient à la religion orthodoxe, et portant comme un vêtement l'honneur du Seigneur Christ. Et le peuple pleura ce pasteur apostolique dont il était privé. Il avait quitté son diocèse trois fois, à cause des persécutions qui le traquaient quand les hérétiques s'emparaient de son siège ; son absence la troisième fois dura onze ans.

Lettre d'Athanase aux vierges : la modération en toute chose

Il écrivit de son exil à certaines vierges de la ville d'Alexandrie, leur disant : « Votre époux est le Christ, l'invisible et l'immortel ; aussi longtemps que vous resterez obéissantes à son amour, vous ne serez pas veuves. Sachez que j'ai servi de scribe à mon père Alexandre, et il ne lisait jamais l'évangile dans sa cellule ou ailleurs en étant assis, mais toujours debout, avec la lumière devant lui ; car le Dieu très-haut lui avait donné l'amour de la lecture des Écritures. Un soir donc, comme il était debout, priant et lisant dans l'évangile, voici que des religieuses vinrent et demandèrent à le voir. Elles s'avancèrent et se prosternèrent devant lui en disant : Il y a dans notre couvent certaines vierges qui jeûnent six jours de la semaine continuellement ; mais elles ne font aucun travail de leurs mains, par lequel elles pourraient gagner de quoi nourrir les pauvres. Nous désirons, notre père, que tu leur ordonnes de travailler, et que tu fixes leur jeûne avec modération. Il leur répondit Croyez-moi, mes sœurs, je n'ai jamais jeûné deux jours entiers d'affilée sans rompre mon jeûne au cours de la journée ; je mangeais seulement avec modération, et ne fatiguais point mon âme ni ne châtiais mon corps. Il est bon que le jeûne soit avec modération, et la boisson avec modération, et le sommeil avec modération. Car si un homme mange comme il faut, il est fort pour la prière ; et de même s'il dort avec modération ; mais il faut une limite à la nourriture, une limite à la boisson, et une limite au sommeil. Dis-leur donc de rompre leur jeûne avec modération, et de travailler, car tout est bon avec mesure, afin que les paroles ne se multiplient pas, et que le commencement ne soit pas oublié. »

L'enfance et l'éducation d'Athanase

Alexandre avait excellemment élevé Athanase. Il était le fils d'une dame de qualité, adoratrice des idoles, très riche, et orphelin du côté de son père. Quand il grandit, elle voulut le marier, mais lui ne le désirait point. Elle complota alors pour qu'il tombât avec une femme pécheresse, afin de l'enfoncer dans la boue du mariage ; mais il ne le voulut pas, car le Seigneur le gardait pour de grandes choses. Elle prenait de belles jeunes filles, les parait et les parfumait, les faisait entrer dans sa chambre, dormir près de lui et le solliciter ; mais quand il s'éveillait, il les battait et les chassait. Car son désir constant était de le marier et de l'établir dans les possessions et la richesse de son père, mais il n'y consentait jamais.

Elle envoya chercher un magicien d'Alexandrie, un sage parmi les Sabéens, et l'informa de sa situation à l'égard de son fils. Il lui dit : « Permets-moi de manger le pain avec lui aujourd'hui. » Elle se réjouit et prépara un grand festin. Le philosophe accompagna son fils, ils mangèrent et burent. Mais quand vint le matin, il alla la trouver et lui dit : « Ne te tourmente pas, car tu ne peux avoir aucune prise sur ton fils, car il est devenu Galiléen selon la doctrine des Galiléens ; et il sera un grand homme. » Elle dit : « Qui sont les Galiléens ? » Il répondit : « Le peuple de l'Église, qui a ruiné les temples et détruit les images. » Quand elle entendit cela, elle se dit en elle-même : « Si je le néglige, il s'en ira loin de moi, et je serai laissée seule. » Aussitôt elle se leva, le prit avec elle, et alla avec lui chez Alexandre, à qui elle exposa la situation de son fils Athanase et toute son histoire. Puis elle fut baptisée, et son fils aussi.

Après un certain temps, elle mourut, et Athanase demeura comme un fils auprès du Père Alexandre, qui l'éduqua tranquillement dans toutes les branches du savoir. Athanase apprit les évangiles par cœur, lut les divines Écritures ; et quand il fut adulte, Alexandre l'ordonna diacre, en fit son scribe, et il devint comme l'interprète de son père et le ministre de la parole qu'il voulait prononcer.

La controverse avec Arius devant Constance

Quand Constantin le pieux mourut dans une bonne vieillesse, son fils Constance fut intronisé après lui, mais ne demeura pas ferme dans la foi orthodoxe, craignant et respectant seulement le peuple. Arius trouva alors son heure, visa à saisir le prince, l'attira à son sentiment, corrompit son cœur et l'amena à incliner l'empire vers sa doctrine ; il l'égara jusqu'à ce qu'il envoyât quérir Alexandre d'Alexandrie à Constantinople. Car le prince ignorait la puissance d'Alexandre et la cause pour laquelle il avait anathématisé Arius et l'avait retranché de l'Église. Or Alexandre avait vieilli et avancé en âge, bien qu'il fût encore fort de sens et sain de facultés ; et Athanase était son interprète, son scribe et sa bouche, par la puissance du Saint-Esprit, à cause de sa connaissance de la foi orthodoxe.

Le Père Alexandre prit donc séance en présence du prince, qui fit alors mander Arius. Arius prononça son discours impie et multiplia ses phrases viles. Mais Athanase le réfuta par les arguments qu'il déploya, et réduisit son discours à néant. Arius en fut troublé et rompit l'assemblée en disant : « Nous aurons une autre séance. » Sachant qu'il n'avait aucun pouvoir contre Athanase, il donna de l'argent aux serviteurs des portes royales et convint avec eux qu'ils empêcheraient Athanase d'entrer avec les autres dans l'assemblée suivante. Quand le lendemain vint, le prince ordonna de les faire entrer ; mais quand Alexandre entra, les portiers empêchèrent Athanase l'Apostolique d'entrer. Quand le prince eut pris séance — le patriarche étant présent — Arius parla et tint un long discours. Le Père Alexandre tourna les yeux à droite et à gauche, mais ne pouvait voir Athanase, son scribe ; il garda donc le silence. Le prince lui dit : « Pourquoi ne parles-tu pas ? » Alexandre répondit :
« Comment parlerai-je sans langue ? » Le prince comprit qu'il désignait Athanase, et ordonna de le faire entrer. Mais quand Arius vit qu'Athanase était entré, il sortit en hâte et ne voulut pas demeurer.

Alexandre dit alors au prince : « Sache, ô prince, que le retranchement de cet Arius eut lieu au concile ; et ce n'est pas moi seul qui l'ai retranché, mais ton bienheureux père, le prince, et tous les membres du concile l'ont retranché ; et le prince écrivit son anathème de sa propre main. Si donc tu veux regarder la lettre de ton père, tu trouveras qu'elle est de son écriture. Dirai-je donc de celui qui fut excommunié par le prince Constantin et les membres du concile que je vais l'absoudre ? Non, ce serait de ma part un acte d'hérésie. Car ton père écrivit véritablement son anathème et son excommunication de sa propre main, au concile qui se tint à Nicée. » À ce discours, le prince craignit son frère : s'il violait l'ordre de son père, son frère y trouverait prétexte à comploter contre lui ; aussi congédia-t-il le Père Alexandre et le rendit-il à son siège. Ainsi Arius demeura justement anathématisé, lié par les censures de l'Église, lui qui avait supposé pouvoir atteindre ses désirs par son pouvoir sur le prince et par l'argent donné aux serviteurs.

Athanase devient patriarche ; la mort terrible d'Arius

Le Père Alexandre entra dans le repos auprès de ses pères, après avoir chargé les prêtres et le peuple, au moment de sa mort, d'asseoir Athanase après lui sur le trône. Ils s'en réjouirent à cause de leur amour pour Athanase. Quand il fut sur le trône apostolique, il chassa la secte d'Arius hors de l'Église, produisit la lettre d'excommunication qui était de la main de Constantin et des membres du saint concile, et la lut dans l'église devant l'assemblée. Mais quand Arius l'apprit, il en fut excessivement irrité, son orgueil s'embrasa comme un feu, et il alla trouver le prince en lui disant : « Si Alexandre, patriarche de Constantinople, me reçoit par ton ordre, j'atteindrai mon but. » Le prince fit donc venir le patriarche et lui dit : « Voici, le patriarche d'Alexandrie a refusé de recevoir Arius, et a désobéi à notre ordre. Mais tu sais que nous t'avons élevé, et assis comme patriarche sur le trône de Constantinople ; il ne te convient donc pas de nous résister comme d'autres font, puisque tu es bon, mais de prendre Arius auprès de toi et de le recevoir. » Le patriarche répondit : « Non, l'Église ne le recevra pas, et il n'est pas juste que nous ne recevions personne, or ceux qui s'accordent avec sa foi. Car cet homme a déclaré qu'un des Trois de la Trinité est une créature, et il a été à bon droit retranché de l'Église. » Le prince répliqua « Mais il ne dit pas cela ; au contraire il reconnaît la Trinité. » Le patriarche dit : « Qu'il m'écrive donc de sa propre main une confession de sa foi, afin que je sache ce qu'il croit. » Le prince fit chercher Arius ; et — chose qui venait du Dieu très-haut — celui-ci écrivit une confession de foi de sa propre main, dissimulant son hérésie dans son âme. Le patriarche lui demanda alors de jurer qu'aucun doute sur la vérité ne demeurait dans son cœur ; et il le jura. Le prince dit alors au patriarche : « Quelle objection te reste-t-il contre Arius après cela ? » Et le Père Alexandre, patriarche de Constantinople, dit au roi : « En vérité, le Père Athanase, patriarche d'Alexandrie, a lu de nouveau à Alexandrie l'anathème prononcé contre Arius, écrit de la main du prince Constantin ton bienheureux père et des Pères du concile de Nicée, et il a banni sa secte de son église. Mais si aucun malheur n'arrive à cet Arius d'aujourd'hui à dimanche, alors je le recevrai et l'inviterai à la communion avec les prêtres. »

Arius s'en alla et attendit le dimanche. Quand dimanche vint, il entra dans l'église, ayant revêtu des habits splendides, parfumé et oint d'aromates, et s'assit près de la porte du sanctuaire, parmi les rangs des prêtres. Mais le patriarche et ses amis avaient passé toute la semaine en jeûne, debout devant le Seigneur Jésus, le suppliant de ne pas leur imputer le péché d'Arius ; car le prince avait juré à Alexandre : « Si tu ne reçois pas Arius dimanche après son serment, j'exigerai de l'Église une grosse somme d'argent. » Quand le clergé et le peuple furent rassemblés ce jour-là dans l'église, Arius étant présent, le père et patriarche célébra la liturgie, quoique attristé. Mais comme le lecteur lisait, les entrailles d'Arius furent émues ; il sortit vers un coin à l'écart pour se soulager, et toutes ses entrailles s'échappèrent de son corps. Comme il restait absent de l'assemblée, on le chercha sans le trouver. On finit par le découvrir assis, raide, vide, ratatiné, avec tous ses organes internes étalés devant lui. On apporta la nouvelle au père et patriarche, qui s'en émerveilla, garda le silence, remercia le Seigneur Jésus-Christ, et glorifia Celui qui avait jugé Arius et l'avait détruit promptement, à cause de son faux serment et de sa foi corrompue. Il montra alors au prince et à l'assemblée toute la vérité des paroles du Père Pierre le Martyr, patriarche d'Alexandrie.

Alexandre, patriarche de Constantinople, acheva ainsi la liturgie ce jour-là dans la joie, la gloire et la louange, et envoya à Athanase, patriarche d'Alexandrie, ce message : « Nous glorifions Dieu et te faisons savoir, frère, qu'Arius est mort d'une mort merveilleuse, que sa doctrine est retranchée et sa secte dispersée. » Mais le prince n'en fut pas satisfait, à cause des amis d'Arius, à savoir Syrianus, Georges et leurs partisans. Ce sont eux qui menèrent l'assaut contre l'église d'Alexandrie.

La persécution arienne et la fuite d'Athanase

Car le prince donna à Georges cinq cents cavaliers de son armée, et l'envoya avec eux pour qu'on le fît patriarche d'Alexandrie. Il écrivit à chaque ville des lettres dans lesquelles il répétait la doctrine d'Arius — que le Fils de Dieu était créé ; mais nul, dans le pays d'Égypte, ne voulut l'accepter, et le peuple continua à recevoir la communion de prêtres ordonnés par Athanase. Ce Georges entra par ruse dans l'église d'Alexandrie ; et nombre de fidèles chrétiens qui suivaient la doctrine d'Athanase furent tués par les soldats venus avec Georges, jusqu'à ce que le sang dans l'église leur montât aux genoux. Ils pillèrent les vases sacrés et violèrent les vierges qui s'y trouvaient.

Cependant Athanase se tenait caché ; et le peuple continua longtemps à communier dans des cavernes, des déserts et des champs, dans toutes les provinces d'Égypte jusqu'à la Thébaïde ; car les Ariens, amis du prince, étaient répandus partout. Et Sérapion, évêque de Thmouis, écrivit au patriarche Athanase et à tout le peuple de se garder des Ariens. Après six ans, Athanase se manifesta et alla auprès du prince, pensant qu'il le tuerait et qu'il recevrait ainsi la couronne du martyre. Le prince commanda qu'on le mît dans un petit bateau, qu'on ne lui donnât ni pain ni eau, qu'il n'y eût avec lui ni matelot ni pilote, mais qu'il y embarquât seul et fût lancé en mer ; ainsi fut-il fait. Les vagues le portèrent, tandis que Dieu le gardait et le guidait, jusqu'à ce qu'il arrivât à Alexandrie à l'improviste le troisième jour. Les prêtres et le peuple sortirent à sa rencontre avec joie et chants, et l'accompagnèrent jusqu'à ce qu'il entrât dans l'église, d'où il expulsa Georges et ceux qui croyaient à sa foi corrompue. Athanase célébra ce jour-là une fête au Seigneur, et le peuple se réjouit dans toutes les provinces d'Égypte.

Sept ans après, vint un homme nommé Grégoire avec deux mille soldats ; il pilla l'église et demeura quatre ans en possession du siège. Athanase fut arrêté ; le prince le livra à un homme nommé Philagrius, mécréant et idolâtre, car il voulait le tuer, ainsi que Libère, patriarche de Rome, et Denys, patriarche d'Antioche, parce que ces trois étaient les pères de la foi orthodoxe ; mais le Seigneur les arracha à sa main et les sauva. Athanase partit avec Libère à Rome, et ne cessa de demeurer avec lui jusqu'à la mort de Constance ; son fils Constant régna après lui, et il était orthodoxe. Dès que Constant prit place sur le trône, il commanda de restaurer Athanase à son siège.

Le miracle de la colonne de lumière à Jérusalem

À cette époque, Cyrille était patriarche de Jérusalem ; un grand miracle se manifesta par sa main : une colonne de lumière apparut près du tombeau du Seigneur Christ notre Sauveur. Une multitude de Romains en témoigna, car tous ceux qui étaient dans la ville et son voisinage vinrent la contempler. Elle demeura de la troisième heure à la neuvième ; et le peuple accourut pour la voir de partout. Cyrille écrivit à Constance le prince et l'informa de cette merveille. Or Constant le prince aimait Athanase ; et quand il revint à son siège, il y demeura vingt-cinq ans dans la tranquillité et la paix, après avoir passé auparavant vingt-deux ans sur le siège dans l'exil, le combat et la persécution.

Julien l'Apostat et Basile

Constant mourut, et Julien, le païen mécréant et idolâtre, régna après lui, étant fils de la sœur de Constantin le Grand. Il commença immédiatement à rouvrir les temples païens. Julien vivait à Antioche parce qu'il était indigne d'habiter la résidence du grand Constantin, quand il alla au lieu des idoles, il prit un faucon qu'il donna au prêtre des idoles, qui l'offrit à Satan, et Julien prit son cœur et le mangea. Il avait un neveu, fils de sa sœur, nommé aussi Julien, mécréant comme son oncle, qui prit le pieux prêtre Théodoret, le tua, puis vint informer son oncle qu'il l'avait fait mourir. Mais Julien fut irrité contre lui et lui dit : « Je ne désirais pas que tu le tuasses ; car les chrétiens se font une gloire d'être tués et disent qu'ils sont devenus martyrs. Mais je suis résolu, si je reviens de combattre les Perses, à exiger de chacun des chrétiens trois onces de tribut » — voulant dire qu'il opprimerait les chrétiens en sorte qu'ils adoreraient ses idoles, ne pouvant payer le tribut.

Or l'Église en ces jours était riche et avait quatre colonnes pour la soutenir : Athanase le patriarche, Antoine et Pacôme les deux moines en Égypte, et Basile, évêque de Césarée en Cappadoce ; Libère était patriarche de Rome. Et ce Basile était ami de Julien le prince, et avait été élevé avec lui à l'école ; quand donc il entendit sa mauvaise doctrine, il prit avec lui deux évêques et alla le visiter. Julien regarda leurs vêtements et leurs barbes, puis leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Nous cherchons un bon souverain pour nous gouverner. » Julien dit à Basile : « Où as-tu laissé le fils du charpentier quand tu es venu ici ? » Basile répondit : « Je l'ai laissé fabriquer ton cercueil pour t'y mettre. » Le prince lui dit : « Si tu n'étais pas mon ami, et si je n'avais de l'affection pour toi, je te ferais trancher la tête sur-le-champ. » Basile lui dit : « N'aimais-tu pas la connaissance, et n'y aspirais-tu pas ? Comment donc as-tu abandonné la philosophie ? » Le prince répondit :
« Je l'ai étudiée et apprise par cœur, et je l'ai trouvée vile. »

Basile lui dit : « Tu ne l'as pas bien étudiée ni apprise par cœur ; car si tu l'avais comprise, tu ne l'aurais pas trouvée vile. » Le prince répliqua : « Il faut que je vous emprisonne jusqu'à ce que je revienne de combattre les Perses, pour que vous voyiez ce qui arrivera. » Basile reprit : « Si tu pars et reviens, Dieu n'a pas parlé en moi. » Julien le prince dit : « Qu'ai-je à voir avec ce Galiléen menteur qui a dit : Je détruirai le temple bâti par les Juifs ? Car je le rebâtirai comme les rois bâtissent ; et il sera évident à tous que ses paroles, “il ne sera pas rebâti”, sont fausses. » Et il jeta Basile et les deux qui étaient avec lui en prison.

La tentative de reconstruire le Temple

Julien marcha donc en Perse ; et passant par Jérusalem, il vit le Temple en ruines, sans qu'aucun mur subsistât, car Vespasien le prince l'avait démoli en détruisant les Juifs et en les emmenant captifs. Julien commanda qu'on déblayât le terrain et qu'on reconstruisît le Temple à neuf, et poursuivit sa marche en laissant un homme pour superviser le chantier. Celui qui dirigeait l'ouvrage de reconstruction commença par démolir les restes du Temple, en sorte qu'il n'y resta pas pierre sur pierre, comme dit le saint Évangile ; puis il commença à le reconstruire en temple païen. Les ouvriers travaillaient toute la journée jusqu'à la tombée de la nuit, puis partaient chez eux ; mais quand ils revenaient le matin, ils trouvaient tout ce qu'ils avaient bâti détruit — non par des mains d'hommes ; ils trouvaient même les murs déracinés de leurs fondations et jetés à terre. Ils continuèrent ainsi deux mois sans pouvoir rebâtir quoi que ce soit. Les Juifs leur dirent alors : « Brûlez ces tombeaux où reposent les chrétiens, et alors votre construction tiendra. » Ils suivirent ce conseil et mirent le feu aux tombeaux, en commençant par deux où se trouvaient le corps du prophète Élisée et le corps de Jean-Baptiste ; mais le feu n'eut sur eux aucun pouvoir, et ils s'émerveillèrent grandement. Bien que le feu fût alimenté pendant plusieurs jours, il ne les touchait pas. Quelques fidèles allèrent alors trouver le gouverneur, lui offrirent de l'argent pour qu'il les autorisât à enlever les deux corps qui étaient dans les deux tombeaux ; il accepta l'argent et leur donna la permission. Ils emportèrent les deux saints corps et les envoyèrent au Père Athanase, patriarche d'Alexandrie ; quand on les lui apporta, il s'en réjouit comme s'il les voyait vivants devant lui ; il les prit et les cacha en un certain lieu, jusqu'à ce qu'il trouvât moyen de bâtir sur eux une église.

Et tandis qu'Athanase était assis un jour, et que beaucoup de fidèles étaient avec lui pour entendre ses discours qui donnaient la vie à leurs âmes, voici qu'il leva les yeux et remarqua certains monticules en face du lieu où il était. Il dit : « Si je trouve l'occasion, je bâtirai sur ces monticules une église à Jean-Baptiste et à Élisée le prophète. » Et Théophile, le scribe d'Athanase, était assis avec lui à table, avec d'autres fidèles, et entendit ces paroles, qui demeurèrent dans sa mémoire.

La mort de Julien et la vision de saint Mercure

Quant à Julien le mécréant, il marcha en Perse ; et Dieu le livra entre les mains de ses ennemis, à cause des saints qu'il avait emprisonnés et menacés avant son départ. Sa mort fut ainsi. Il vit dans la nuit une armée qui descendait sur lui des airs ; un des soldats le frappa d'une lance à la tête, le traversant de part en part. Sachant alors que c'était l'un des martyrs, il emplit sa main de son sang et le jeta vers le ciel en disant : « Prends cela, Jésus, car tu as conquis le monde entier. » Et après ce blasphème, il tomba mort. Ainsi Dieu délivra son peuple ; et les Romains retournèrent dans leur pays.

Et Basile, le saint homme, trois jours avant la mort de Julien, étant en prison, s'était éveillé de son sommeil et avait dit aux deux qui étaient avec lui : « J'ai vu cette nuit le martyr saint Mercure entrant dans son église, prenant sa lance et disant : En vérité, je ne souffrirai pas que ce mécréant blasphème mon Dieu. Et ayant dit cela, il a disparu et je ne l'ai plus revu. »

Ses deux compagnons dirent : « En vérité moi aussi j'ai vu la même chose. » Ils se dirent l'un à l'autre : « Nous croyons fermement qu'il en est ainsi. » Ils envoyèrent à l'église du martyr saint Mercure chercher sa lance qui y était conservée, pour voir si elle y était encore ou non ; et comme ils ne purent trouver la lance, ils furent assurés de la vérité du songe. Trois jours après, les lettres annonçant la mort de Julien arrivèrent à Antioche.

Jovien et le retour des Pères

Les grands de l'empire s'assemblèrent et placèrent sur le trône un homme nommé Jovien, croyant et saint, craignant Dieu dès sa jeunesse. Dès le moment de son élection, il fit sortir les pères de prison ; ainsi s'accomplit ce que cette colonne de la vérité, Basile, avait dit à Julien le mécréant en prédisant qu'il ne reviendrait pas — comme le prophète Michée l'avait prédit à Achab, le roi mécréant des enfants d'Israël ; car Dieu, l'opérateur de miracles, était le Dieu de ces deux hommes — du prophète et de ce saint père — et il accepta leurs paroles.

Jovien le prince fit sortir les trois pères, les honora, leur fit de nombreux présents et les renvoya à leurs sièges. Il assistait assidûment aux prières dans les églises. Il écrivit à Athanase, patriarche d'Alexandrie, une lettre où il disait : « Ô véritable père et fidèle berger, Athanase, martyr du Christ qui est Dieu, mon empire espère beaucoup de toi ; sois donc plein de courage, prends le bâton sacerdotal et chasse avec lui les loups ravisseurs d'au milieu du troupeau raisonnable, à savoir ceux dont la bouche est pleine de malédictions et de l'amertume du venin des aspics, car ce sont des tueurs d'âmes. » Cette lettre fut lue dans l'église à Alexandrie, et Athanase l'envoya dans les provinces d'Égypte, où elle fut lue dans leurs églises, pour consoler et fortifier les fidèles. Les partisans d'Arius furent ainsi chassés parce qu'ils étaient haïs ; ils furent remplis de tristesse. Quelques-uns d'entre eux allèrent ensuite trouver Jovien et firent appel contre le Père Athanase, mais il ne voulut pas les écouter, car il connaissait leur méchanceté.

Les écrits et les dernières années d'Athanase

Athanase vieillit, avança en âge, après avoir écrit beaucoup d'homélies et de traités ; il écrivit sur Melchisédech, sur le Père Antoine dont il rapporta la biographie, ainsi que quarante-sept Lettres festales. Il écrivit aussi sur la sainte croix : comment le Seigneur Christ y était méconnu par le diable, qui le croyait simple homme ; quand celui-ci s'approcha de lui, le Seigneur lui perça les narines avec son doigt qui est près du petit doigt, et son pouce, en les mettant derrière lui — ce qui signifie qu'il déchira, brisa et anéantit la puissance de Satan ; nous montrant qu'il avait vaincu la force du diable par la faiblesse, car le doigt voisin du petit doigt est celui dont l'homme ne se sert jamais, et le plus faible des doigts ; car il ne le tua pas en hâte mais affaiblit sa puissance, comme dit l'Écriture, au Psaume 67[99] : « Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient détruits. » Athanase écrivit aussi de nombreux traités sur la doctrine, et des choses qu'on ne saurait compter. Il avait coutume d'écrire à Basile, et Basile lui répondait, l'appelant « Mon père ». Il écrivit aussi une épître à Arsène pour le consoler de la mort de son frère Théodore et lui dit : « Que tous, nous ayons obtenu la place de ton frère Théodore, et que notre navire mouille dans son havre ! » Il écrivit aussi un traité où il démontre que le mal vient du diable (que Dieu le confonde !) et qu'il n'y a aucun mal en Dieu.

On dit que ce Père Athanase, le patriarche, fut porté par un ange du Seigneur en l'un de ses voyages, alors qu'il fuyait les princes mécréants, jusqu'à ce qu'il l'amenât au lieu où il désirait aller, comme l'ange porta Habacuc le prophète de Jérusalem à Babylone, et comme Ézéchiel le prophète fut porté de Babylone à Jérusalem ; car cela n'est point difficile au Dieu très-haut. Il y avait à Alexandrie une idole nommée Sérapis ; et quand Athanase fut consumé par la fièvre et que sa mort approchait, il dit : « Si je trouve miséricorde auprès de mon Seigneur Christ, je me prosternerai devant lui, et je ne lèverai pas mon visage avant que la porte de cette idole ne soit fermée. » Les prêtres d'Alexandrie attestèrent qu'au septième jour après sa mort, le prince envoya bloquer la porte du temple où était l'idole.

Chapitre IX

Pierre II, vingt et unième patriarche (373-380)

Quand le patriarche Athanase l'Apostolique entra dans le repos, les évêques, le clergé et le peuple orthodoxe s'assemblèrent ; ils imposèrent les mains à un prêtre nommé Pierre et le firent patriarche. De grandes épreuves lui vinrent par un mécréant nommé Lucius, le menteur aux oreilles sourdes, qui fut désigné par le scribe Palladius sans autorisation du prince. Mais au bout de quelque temps, l'affaire parvint aux oreilles du prince, qui dépêcha un officier ; celui-ci saisit Lucius le mécréant et Palladius le scribe, et les envoya tous deux en exil ; ils y demeurèrent jusqu'à leur mort. Et le Père Pierre demeura patriarche pendant huit ans, et entra dans le repos le 20 d'Amshir.

Chapitre X

Timothée Ier, vingt-deuxième patriarche (380-385)

Le peuple s'assembla avec les évêques après la mort du Père Pierre, et imposa les mains à un prêtre nommé Timothée, qu'on fit patriarche. De son temps eut lieu le concile de Constantinople, auquel le nombre des évêques qui y prirent part fut de cent cinquante ; ils excommunièrent Macédonius le mécréant, patriarche de Constantinople où se tint le concile, et un autre, Eunomius, parce que ces deux-là avaient blasphémé contre le Saint-Esprit en disant, dans leur mécréance, qu'il était créé. Cela se passait au temps de Théodose le prince fidèle. Timothée demeura toute sa vie dans la tranquillité et la paix. La durée de son occupation du trône d'Alexandrie fut de neuf ans et demi ; il mourut le 7 d'Abib, conservant la foi orthodoxe.

Chapitre XI

Théophile, vingt-troisième patriarche (385-412)

Quand le Père Timothée mourut, les évêques et le peuple s'assemblèrent et nommèrent Théophile patriarche. Il avait été secrétaire du patriarche Athanase, et était juste dans sa conduite devant Dieu et les hommes. Quand il prit place sur le trône patriarcal, on lui apporta la nouvelle que les idolâtres étaient allés à Jérusalem pour ouvrir la maison de leurs idoles. Il y envoya donc des moines pour les chasser ; mais ils ne purent venir à bout des idolâtres. Théophile envoya alors au monastère de Pacôme en Haute-Égypte, et en fit venir les religieux qu'il dépêcha à Jérusalem. Quand ils arrivèrent dans cette ville, ils offrirent des prières, et les démons s'enfuirent du temple païen ; ce temple devint une habitation pour les moines de Jérusalem. Quand les moines de Haute-Égypte regagnèrent leur pays, le patriarche Théophile les força à demeurer pour manger avec lui à part, et les hébergea pendant la semaine, du dimanche au dimanche suivant ; il leur donna un jardin qui avait appartenu au patriarche Athanase.

La découverte des reliques et la construction des églises

Le Père Théophile se souvint alors des paroles d'Athanase prononcées tandis qu'il mangeait avec Théophile, son scribe — paroles selon lesquelles il désirait déblayer les monticules de gravats qu'il voyait et bâtir à leur emplacement une église aux noms du Baptiste et du prophète Élisée. À cette époque, une femme qui avait deux fils déblaya les monticules ; un dallage de pierre fut découvert, sur lequel étaient gravés trois thêtas, et l'histoire de cette femme est rapportée dans la lettre d'Athanase, outre une histoire de Théophile et de l'ange Raphaël, non transcrite dans cette biographie. Quand Théophile souleva la dalle, il trouva dessous l'argent dont il avait besoin ; il en bâtit les églises. En un certain lieu à côté du jardin il bâtit une église, dans laquelle il transféra le corps de saint Jean-Baptiste et le corps du prophète Élisée ; beaucoup de miracles furent accomplis par les deux saints ce jour-là, et nombre de malades furent guéris.

Théophile écrivit, au cours de sa vie, de nombreuses homélies et de nombreux traités. L'empereur Valentinien était mort après douze ans de règne ; Valentinien et Gratien, ses deux fils, régnèrent après lui ; ils étaient croyants et aimaient Dieu, dont le nom est glorieux. Quand Théophile administrait le sacrement du baptême, il avait coutume de voir un faisceau de lumière en forme de croix au-dessus des fonts devant lui. Mais une certaine année, comme il bénissait les fonts pendant la semaine du baptême, la croix de lumière ne lui apparut pas ; il en fut attristé. Il lui fut révélé que la raison en était qu'il n'avait pas fait venir le diacre Arsène pour prier avec lui, et que s'il ne le faisait pas, la lumière ne lui apparaîtrait pas. Théophile congédia donc l'assemblée ce jour-là, envoya chercher Arsène, le trouva dans le voisinage d'Achmoun et l'amena en hâte à l'église. Le patriarche se réjouit grandement de l'arrivée d'Arsène et fut consolé ; et la croix reparut au-dessus des fonts. Voyant l'humilité et la vertu de ce diacre, Théophile voulut l'ordonner prêtre ; mais Arsène n'y consentit point, pria le patriarche de l'épargner et de le bénir, et de le laisser retourner à son pays natal. Le patriarche y consentit.

L'éducation du jeune Cyrille au désert

Théophile avait un neveu, fils de sa sœur, nommé Cyrille, qu'il avait instruit et élevé du mieux qu'il pouvait. Après quelque temps, le patriarche l'envoya à la Montagne de Nitrie, au désert de saint Macaire. Cyrille y demeura cinq ans dans les monastères, lisant les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ; car Théophile l'engageait à s'appliquer assidûment à ses études et lui disait : « Par ces études tu arriveras un jour à la Jérusalem d'en-haut, qui est l'habitation des saints. » Car Cyrille avait été serviteur de Théophile dans la cellule patriarcale, et avait été ordonné lecteur. En l'envoyant au désert, le patriarche le confia à Sérapion le Sage et le chargea de lui enseigner les doctrines de l'Église, qui sont les vraies doctrines de Dieu ; Cyrille apprit donc toutes les Écritures par cœur. Il se tenait devant son maître à étudier, une épée de fer à la main ; et s'il sentait quelque inclination au sommeil, il s'en piquait et se réveillait ainsi ; et la plupart de ses nuits il lisait, en une seule, les quatre Évangiles, les Épîtres catholiques, les Actes, et la première épître du bienheureux Paul, à savoir celle aux Romains. Au matin, son maître reconnaissait, en regardant son visage, qu'il avait étudié toute la nuit. La grâce de Dieu était avec lui, en sorte que lorsqu'il avait lu un livre une fois, il le savait par cœur ; et durant ces années au désert, il apprit par cœur tous les livres canoniques.

Après cela, le patriarche Théophile envoya le quérir et le ramena à Alexandrie ; là, Cyrille habita avec le patriarche dans sa cellule et y lisait à haute voix. Les prêtres, les savants et les philosophes s'émerveillaient de lui et se réjouissaient à son sujet, à cause de la beauté de sa forme et de la douceur de sa voix qui ne se brisa jamais ; comme il est écrit « J'ai ouvert ma bouche et j'ai aspiré l'air. » Tout le peuple, en l'entendant lire, désirait qu'il ne s'arrêtât jamais, tant il lisait avec douceur et était beau de visage. Son oncle Théophile l'aimait grandement et remerciait Dieu de lui avoir donné un fils spirituel qui avait grandi en grâce et en sagesse. La conduite de Cyrille était excellente, et son humilité grande ; il ne cessait d'étudier la théologie ni de méditer les paroles des docteurs de l'Église orthodoxe, Athanase, Denys, Clément patriarche de Rome, Eusèbe, Basile évêque d'Arménie et Basile évêque de Cappadoce. Ce sont les pères orthodoxes dont il étudia les œuvres. Il ne voulait pas suivre la doctrine d'Origène, ni même prendre ses livres en main un seul jour ; quand il apprenait qu'un fidèle avait lu Origène, il le condamnait et l'excommuniait. Lorsque Cyrille lut dans l'Évangile les paroles : « Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez », il les comprit et pria Dieu pour la connaissance, et Dieu la lui donna. Car il était comme l'abeille qui va se nourrir sur toute plante et tout arbre, et y recueille ce qui lui est profitable, jusqu'à ce qu'elle ait empli sa cellule d'un miel pur et sans mélange.

L'histoire du Père Théophile est très abondante ; elle contient le récit de ses transactions à Alexandrie avec Théodose le grand prince ; les miracles que l'ange Raphaël accomplit pour lui ; l'affaire de la veuve et de ses deux fils qu'il fit évêques ; les trois thêta inscrits sur la dalle de pierre qui couvrait les trésors découverts à Alexandrie ; les merveilles manifestées par l'ange Raphaël dans l'église que Théophile bâtit sur l'île ; et l'autorité qui lui fut donnée par le prince sur les biens des temples païens, depuis Assouan jusqu'aux confins de la Syrie.

Chapitre XII

Cyrille Ier, vingt-quatrième patriarche (412-444)

Quand le patriarche Théophile mourut, le Père Cyrille prit place sur le trône apostolique ; les évêques tinrent les Quatre Évangiles au-dessus de sa tête et prièrent sur lui en disant : « Ô Dieu, fortifie cet homme que tu as choisi pour nous. » La première chose que fit Cyrille fut d'instituer des prêtres pour veiller sur les églises de son diocèse, afin qu'ils ne fussent point détournés de la nourriture spirituelle par laquelle ils pouvaient faire ce qui plaît à Dieu ; et il commença son patriarcat plein de la sagesse qui donne la vie. Et le prince, Théodose le Jeune, qui aimait Dieu, suivait les conseils de ses pères, rassemblait les moines autour de lui et faisait avec eux ses dévotions ; mais il n'avait pas de fils, et sa sœur administrait l'empire. Or le patriarche Cyrille ne se lassait jamais de composer discours et homélies par la puissance du Saint-Esprit qui parlait par lui, en sorte que la plupart des principaux habitants d'Alexandrie engageaient des copistes pour transcrire pour eux ce que le père composait.

La destruction des œuvres de Julien

Certains philosophes lui dirent : « Voici des discours écrits par l'empereur Julien, dans lesquels il jette le mépris sur Moïse et tous les prophètes, et allègue que le Christ n'était qu'un simple homme. Nous lisions ses livres parce que c'était le prince qui les avait écrits. Julien dit : Je rendrai menteuses les paroles du Galiléen ; car le Christ a dit qu'il ne resterait pas pierre sur pierre du temple de Jérusalem qui ne soit renversée. Mais je rebâtirai le temple et démentirai ses paroles. Julien détruisit donc ce qui restait du temple pour le rebâtir, mais il mourut sans en avoir restauré aucune partie. Ainsi les paroles du Sauveur s'avérèrent vraies, et nous avons appris combien sa puissance et sa majesté sont grandes puisqu’aucune de ses paroles n'a été démentie. » Quand Cyrille entendit ces choses, il en fut fort troublé jusqu'à ce qu'il eût trouvé un exemplaire des œuvres de Julien et les eût lues, il les trouva pires encore que les œuvres d'Origène et de Porphyre. Voyant qu'il ne pouvait recueillir tous les exemplaires des œuvres de Julien dispersés ici et là entre les mains de différentes personnes, il écrivit au prince Théodose pour l'informer de cette matière : « S'il te plaît que les œuvres de Julien soient détruites et sa mécréance déracinée, ordonne que ces livres qu'il a composés et par lesquels il a égaré les hommes soient recueillis et brûlés. » Et le prince approuva la lettre de Cyrille, glorifia Dieu, agit selon ses suggestions et écrivit en retour, en lui demandant de bénir son empire. Le Père Cyrille s'en réjouit et composa des homélies et des discours où il réfutait les écrits de Julien et condamnait ses actes.

Nestorius et le concile d'Éphèse

Après cela, la nouvelle concernant Nestorius parvint aux oreilles de Cyrille, qui fut informé de la doctrine corrompue de cet hérétique. Cyrille en fut attristé et dit : « À peine la mécréance de Julien est-elle passée, voici que les blasphèmes de Nestorius, patriarche de Constantinople, ont paru. » Quand il eut constaté combien les opinions de Nestorius étaient fausses, il lui écrivit, en l'appelant son frère, le saluant en la grâce du Dieu véritable. La suite de l'épître est bien connue, et n'a pas été transcrite dans cette histoire. Nestorius rendit une réponse pleine de blasphèmes. Cyrille écrivit alors aux évêques pour les informer du cas de Nestorius ; ils tinrent un synode et dirent au patriarche : « Nous avons entendu les rapports concernant Nestorius, et il y a une difficulté particulière dans sa situation. Car Arius et ses partisans, Paul, Manès et le reste des hérétiques n'étaient pas patriarches, et pourtant ils ont égaré une multitude d'hommes. Comment donc cet homme peut-il demeurer patriarche de Constantinople ? »

Le Père Cyrille écrivit alors à Nestorius une seconde lettre dans laquelle il disait beaucoup de choses, dont les paroles suivantes : « En vérité je ne crois pas pleinement ce que l'on me dit de toi. » Il y ajoutait des exhortations et des avertissements, enseignait à Nestorius quelle est la vraie foi, le priait de revenir de sa doctrine hérétique et l'avertissait qu'il n'était pas assez fort pour s'opposer à Dieu qui a monté sur la Croix pour nous. Voici une transcription de la lettre de Cyrille :

« À mon frère et compagnon dans le ministère. Je n'ai pas cru d'abord ce qu'on rapportait de toi, ni que le contenu des lettres qui me parvinrent, dites écrites par toi, fût réellement de toi. Car les doctrines mensongères qu'elles contenaient étaient attribuées aux saints ; et ce n'étaient que lettres pleines de blasphème. Maintenant je te charge de rejeter ce blasphème et ces disputes ; car tu n'as pas la puissance de combattre Dieu, qui fut crucifié pour nous en vérité et mourut dans la chair, bien qu'il fût vivant dans la puissance de sa divinité. C'est lui qui est assis à la droite du Père, tandis que les anges, les principautés et les puissances l'adorent ; il est le Roi éternel entre les mains de qui le Père a remis toutes choses. Et il est le Créateur de tout ; tu n'as donc pas la puissance de t'opposer à lui. Je t'ai dit ce qui est advenu aux Juifs qui lui ont résisté, en sorte que tu n'es pas ignorant de cela ; et ce qui est advenu aux hérétiques, Simon le Magicien, et le prince Julien, et Arius. Voici ce que dit le véridique Job : Regarde mes plaies, crains, et glorifie Dieu. Je te dis que l'Église n'endurera pas que tu insultes son Dieu ; et c'est elle contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront point ; car tu sais quelles épreuves elle a subi, et que nul jamais n'a eu pouvoir sur elle, parce qu'elle est comme un roc dans sa foi. Prends garde donc à ce que tu fais en ce moment. Porte-toi bien. »

Cette seconde lettre arrivée, Nestorius écrivit une autre réponse comme la première, pleine de blasphèmes. Le Père Cyrille adressa donc à Nestorius une autre épître où il dit notamment : « Si tu n'étais pas évêque, nul ne saurait de toi, hormis tes voisins et tes parents, mais puisque tu sièges sur le trône épiscopal du Fils de Dieu, tous te connaissent par la renommée de l'Église. Tu as attaqué le Seigneur avec des paroles de blasphème, que tu ne peux ni confirmer ni prouver. »

Cyrille y exposait au long les témoignages de l'Ancien et du Nouveau Testament — Jean (« le Fils unique-engendré qui est dans le sein du Père »), Matthieu (« Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous » comme l'avait dit Isaïe), Marc (le Christ devant le grand-prêtre confessant qu'il est le Fils de Dieu), Paul citant la confession de Jésus devant Pilate, Gabriel à Marie (« Celui que tu enfanteras est Saint et sera appelé le Fils de Dieu ») — pour montrer que Jésus n'est pas un simple homme mais Dieu Incarné, Dieu fait Homme.

Quand Nestorius eut lu cette épître, il refusa de recevoir les frères qui la lui apportaient, n'accepta ni le conseil contenu ni d'y répondre. Les messagers demeurèrent donc un mois entier à Constantinople, comme le Père Cyrille le leur avait commandé, et firent de fréquentes visites à Nestorius ; mais celui-ci ne voulait pas leur permettre d'entrer et endurcissait son cœur, comme Pharaon.

Or Nestorius avait été l'ami du prince Théodose depuis le temps où ils étaient ensemble à l'école ; le prince avait coutume de lui dire : « Je n'ai jamais entendu aucun des docteurs de l'Église enseigner selon ta doctrine. » Mais Nestorius ne voulait pas l'écouter. — Les messagers envoyés à Nestorius par Cyrille revinrent à lui et lui rapportèrent ce qui s'était passé. Alors Cyrille saisit les armes de ses pères, Alexandre et Athanase, revêtit la cuirasse de la foi que ses prédécesseurs avaient transmise dans l'Église de Saint Marc l'évangéliste, et sortit à la guerre comme David, le cœur fort dans le Christ qui est Dieu. Il écrivit aux autres évêques, qui adressèrent une lettre au prince le priant de leur permettre de tenir un concile pour examiner l'enseignement de Nestorius, et lui rappelant que ses pères, qui avaient régné avant lui, avaient toujours été les soutiens de l'Église : « Ils ont constamment assisté les évêques à confirmer la foi orthodoxe, afin qu'ils bénissent leur empire. Mais maintenant ce Nestorius a divisé l'Église et n'est pas loin de l'erreur de l'idolâtrie, puisqu'il enseigne par blasphème que le Christ est simple homme et rien de plus qu'un prophète. Beaucoup de prophètes sont venus au monde, mais aucun d'eux n'a jamais été adoré ; en sorte que si Nestorius adore un homme, il est devenu idolâtre. Quand Pierre dit à notre Seigneur Christ : Maître, il est bon que nous soyons ici ; faisons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie — il le disait parce que le Christ était le Créateur de ces deux et leur Dieu, et avait manifesté sa gloire à ses disciples en amenant ces deux-là, l'un du ciel et l'autre de la terre. Nous prions donc ta puissance impériale de nous permettre de tenir un concile pour examiner les doctrines de cet homme. Nous prierons pour toi et pour ton empire afin que tu obtiennes le salut, ô toi qui aimes Dieu ! »

Quand le prince eut lu cette lettre, il fut ému par la puissance du Seigneur ; agissant de concert avec le patriarche, il convoqua un concile d'évêques dans la cité d'Éphèse. Deux cents évêques s'y assemblèrent de toutes les villes, chacun emmenant avec lui deux prêtres et un diacre de son diocèse. On envoya quérir Nestorius pour qu'il y assistât ; on l'attendit plusieurs jours, mais il ne paraissait pas. On écrivit donc à l'empereur, l'informant que Nestorius n'était pas venu mais qu'on l'attendait. Nestorius pria le prince de lui envoyer un officiel pour le protéger, disant : « Les évêques sont nombreux, et je crains qu'ils ne me tuent. » Le prince envoya avec Nestorius un patrice nommé Candidien, dont les opinions s'accordaient avec celles de Nestorius. Quand Candidien arriva au concile, il saisit Cyrille de nuit et l'emprisonna dans un endroit où l'on conservait du blé, avec ses amis. Cyrille dit à ses amis : « Qu'est-ce qui est sous nos pieds ? » Ils répondirent : « C'est du blé. » Il dit : « Grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné la victoire ; car ils nous ont mis dans la maison de la vie. »

Candidien avait fait cela pour soutenir Nestorius et intimider Cyrille et les évêques avec lui, qui s'étaient assemblés à son sujet, afin qu'ils se dispersassent. Mais le but de Candidien ne fut pas atteint : les évêques ne s'étaient pas réunis sans se livrer à la mort, s'il fallait, pour la foi. Quand Candidien en fut convaincu, il libéra Cyrille et ses amis. Craignant que l'affaire ne parvînt aux oreilles du prince qui le ferait exécuter, il se mit à garder les routes et empêcha les messagers de nouvelles d'écrire au prince aucun récit de ce qui s'était passé.

Les Pères continuèrent quelque temps à s'assembler et à prier en compagnie de l'évêque d'Éphèse, tandis que Nestorius demeurait séparé d'eux et refusait de les rejoindre. On lui envoya trois évêques pour le prier d'être présent avec eux à la prière ; mais les soldats sous les ordres de Candidien ne permirent pas à ces évêques d'entrer dans la maison où était Nestorius. Comme il se tenait ainsi à l'écart d'eux et que les transactions duraient si longtemps que les évêques étaient en peine d'être si loin de leurs diocèses, ils furent contraints d'expulser cet ennemi de Dieu de l'Église de Dieu. On apporta les quatre Évangiles ; on produisit aussi les écrits blasphématoires de Nestorius. Et un diacre instruit, Pierre, qui était le scribe de Cyrille et connaissait les passages blasphématoires des compositions de Nestorius, les lut brièvement devant le saint concile ; en les entendant, sa mécréance leur fut démontrée. Les évêques anathématisèrent donc Nestorius et l'excommunièrent ; ils souscrivirent de leur signature à la lettre d'excommunication qui lui fut envoyée. Mais Nestorius ne voulut la recevoir, ni abandonner sa mécréance.

 

La lettre cachée dans le roseau

Les évêques voulurent envoyer une copie de leur lettre au prince, mais ne le purent à cause des gardes que Candidien le patrice avait placés sur la route. Ils prirent donc conseil, et enfin l'un d'eux prit la lettre, la mit à l'intérieur d'un gros roseau, se déguisa et partit pour Constantinople. Là, il remit la lettre à Dalmatius et à Eutychès, les deux moines. Ils la présentèrent au prince ; le prince la remit à un eunuque qui la reçut de lui et la passa au scribe pour qu'il la lût devant le prince. Quand il la lut, son contenu se révéla être ce qui suit :

« Le concile assemblé à Éphèse déclare ainsi. Nous croyons qu'Emmanuel est Dieu Incarné. Mais on dit que Nestorius ne partage pas avec nous cette foi. Il est donc étranger au Père, au Fils et au Saint-Esprit, étranger à la tradition des Apôtres et étranger à l'unique sainte Église. Quiconque nie que Jésus est Emmanuel, c'est-à-dire Dieu Incarné, est anathème. Et quiconque nie que la Vierge Marie est la Mère de Dieu le Verbe vraiment Incarné est anathème. Jésus est le Créateur, Jésus est le Vainqueur, Jésus est le Sauveur de tous. À lui la gloire dans les siècles. Amen. »

Quand cette confession de foi fut lue au prince, lui et tous ceux qui étaient dans son palais s'écrièrent : « Jésus est Emmanuel, Dieu Incarné. » Alors Eutychès le moine dit au prince : « Que ta majesté souscrive à son excommunication, et écris aux évêques en leur commandant de paraître devant toi pour te saluer et bénir ton empire. » Et le prince le fit. L'assemblée des évêques voyagea donc à Alexandrie, puis à Constantinople. Le prince les reçut avec bienveillance, s'assit dans un siège plus bas qu'eux, se prosterna devant eux et reçut leur bénédiction. Mais il commanda que Nestorius fût envoyé en exil. Nestorius fut donc exilé en compagnie d'un chambellan qui le conduisit en Égypte. Les évêques lui adressèrent une lettre avant son départ : « Confesse que le Crucifié est Dieu Incarné, et nous te recevrons de nouveau et obtiendrons la révocation de ta sentence d'exil. » Mais Nestorius endurcit son cœur comme Pharaon et ne leur répondit point.

Quand il dit au chambellan : « Reposons-nous ici, car je suis fatigué », le chambellan répliqua : « Ton Seigneur aussi se fatigua quand il marcha jusqu'à la sixième heure, et il est Dieu. Que dis-tu ? » Nestorius répondit : « Deux cents évêques se sont assemblés pour me faire confesser que Jésus est Dieu Incarné, et je ne l'ai pas voulu. Te dirai-je donc à toi que Dieu a souffert de la fatigue ? » Le chambellan conduisit Nestorius en route jusqu'à Akhmim en Haute-Égypte ; il y demeura en exil, anathématisé et excommunié, jusqu'à sa mort.

Le saint Père Cyrille écrivit de nombreuses épîtres, parmi lesquelles une à Abba Jean, patriarche d'Antioche, commençant : « Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte. »

Il écrivit aussi à Acace, évêque de Mélitène, commençant : « Combien est doux un rassemblement de frères parfaits, qui se rappellent mutuellement les doctrines
spirituelles. ». Il adressa une lettre à Valérien, évêque d'Iconium, commençant : « Le frère bien-aimé et compagnon dans le ministère. » Il envoya une épître aux prêtres, diacres, moines et ascètes demeurés fermes dans la foi orthodoxe après l'excommunication et le bannissement de Nestorius, et une épître à Eulogius, prêtre alexandrin résidant à Constantinople, commençant : « Les hommes sont irrités contre nous au sujet de la foi proclamée par les évêques de l'Orient. » Il écrivit à Anastase, Alexandre, Martinien et Jean, à Parégorios le prêtre et à Maxime le diacre, commençant : « Je loue grandement votre amour pour la connaissance. » Dans chaque épître Cyrille fait mention de la foi orthodoxe et expose les erreurs de Nestorius et la corruption de sa doctrine, montrant qu'elle s'oppose à la foi des saints pères et à ce qui est contenu dans les divines Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testaments ; et il le prouve par d'authentiques témoignages tirés des saints écrits, où le Saint-Esprit parle par les langues des prophètes véridiques, des apôtres élus, et des saints pères et docteurs de la sainte Église catholique et apostolique.

Chapitre XIII

Dioscore Ier, vingt-cinquième patriarche (444-458)

Après que le saint patriarche Cyrille fut entré dans le repos, Dioscore fut fait patriarche dans le siège de la cité d'Alexandrie. Il endura une persécution sévère pour la foi orthodoxe aux mains du prince Marcien et de sa femme, qui le bannirent de son siège par l'action partiale du concile de Chalcédoine et leur asservissement à la volonté du prince et de sa femme. C'est pour cette raison que les membres de ce concile et tous les adeptes de leur croyance corrompue sont appelés Melkites, parce qu'ils suivent l'opinion du prince et de sa femme, en proclamant et renouvelant la doctrine de Nestorius.

C'était une coutume des anciens d'écrire les histoires de leurs prédécesseurs en chaque génération. Au temps des Israélites, Philon le Pharien, Justus, Josèphe et Hégésippe écrivirent une partie de la vie de Jésus-Christ et un récit de la ruine de Jérusalem par Vespasien et son fils Titus, ainsi que de ce qui se passa après eux. Après cela, Africanus et Eusèbe écrivirent ; et Ménas écrivit des épreuves et persécutions endurées par les pasteurs et leurs troupeaux aux jours du patriarche Abba Cyrille le Sage, et de ce qui se passa entre lui et Nestorius ; et aussi de ce que souffrit le Père Dioscore après lui au concile de Chalcédoine. Mais à cette époque, les confessions se séparèrent, les sièges furent déchirés, en sorte qu'il ne resta personne pour écrire les histoires des patriarches, et la pratique de les composer fut interrompue. Mais le Seigneur demeure à jamais. Ainsi aucune biographie du saint patriarche Dioscore après son bannissement n'a été trouvée. Il préserva la foi orthodoxe qui persiste dans le siège de l'évangéliste saint Marc à ce jour et pour toujours, jusqu'à ce qu'il reçût la couronne du martyre dans l'île de Gangres, par ordre du prince Marcien ; car c'est dans cette île que Dioscore mourut.

Timothée II, vingt-sixième patriarche (458-480)

Après que le militant Père Dioscore le patriarche fut entré dans le repos, le Seigneur Christ suscita un patriarche nommé Timothée sur le trône épiscopal d'Alexandrie ; il souffrit des duretés et de la lutte avec les dissidents. Lui et son frère Anatole furent bannis dans l'île de Gangres, comme Dioscore, durant sept années entières ; mais il revint par la grâce de Dieu, sur ordre du prince, à Alexandrie. Son ordination eut lieu aux jours de Léon le prince. Il demeura patriarche vingt-deux ans, et entra dans le repos le septième jour de Mesra.

 

Pierre III Monge, vingt-septième patriarche (480-488)

Quand Timothée alla au Seigneur, Pierre le prêtre fut ordonné par ordre de Dieu en l'église d'Alexandrie et fait patriarche. Mais l'empire des Romains demeurait fondé sur la mémoire toujours renouvelée du concile impur de Chalcédoine, car il n'était pas bâti sur la fondation du Roc ferme qui appartient à Dieu le Verbe Jésus-Christ. Après la consécration de Pierre, Acace, patriarche de Constantinople, lui écrivit de nombreuses épîtres et lettres pour lui demander de l'accueillir auprès de lui ; car il rejetait le concile de Chalcédoine — dont il appelait les membres hérétiques — et le blasphématoire Tome de Léon ; il rejetait de même la doctrine de Nestorius. Pierre écrivit donc des lettres à Acace afin de s'assurer que sa doctrine était saine. Quand elles lui parvinrent, il les reçut avec joie et allégresse, les montra à ceux qui le voulurent parmi les croyants ; puis il écrivit une lettre synodale qu'il envoya au bienheureux Pierre.

Mais il y avait certains évêques qui n'étaient pas présents quand les lettres furent écrites par les deux patriarches Pierre et Acace ; et Satan (que Dieu le confonde !) suscita un trouble dans le cœur de ces évêques. Jacques, évêque de Saïs, en devint le chef, avec Ménas, évêque de Munyat Tâmah. Ils allèrent à Alexandrie et dirent au patriarche :
« Comment as-tu pu recevoir Acace, alors qu'il est l'un de ceux qui étaient présents au concile de Chalcédoine ? » Il leur répondit calmement et paisiblement : « Je l'ai reçu seulement parce qu'il avait abandonné cette doctrine. » Il les informa des épîtres d'Acace venues à lui, qui témoignaient de son retour à la vérité et de sa confession de la foi orthodoxe ; il leur rappela qu'il avait envoyé des évêques à Acace pour qu'ils entendent ses expressions, selon le canon de l'Église. Mais ils ne voulurent pas accepter ses paroles parce que l'orgueil s'était établi dans leurs cœurs ; ils se séparèrent du trône de l'évangéliste, saint Marc l'apôtre, disant dans leur ignorance, comme les enfants d'Israël avaient dit, qu'ils n'avaient pas de portion avec David ni d'héritage avec le fils d'Isaï. Et puisqu'ils étaient divisés du saint patriarche Pierre et ne voulaient pas entrer sous son obéissance, les orthodoxes les appelèrent « ceux qui n'avaient pas de tête », c'est-à-dire les Acéphales.

Ce Pierre, quand il devint patriarche d'Alexandrie, eut du trouble par les hérétiques. Car ils le bannirent et livrèrent son siège à un homme appelé Timothée, qui est aussi nommé Antoine ou Théognoste, et qui appartenait à Canope. Puis vint Jean le Tabennésiote, qu'ils établirent après la mort d'Antoine. Plus tard, le patriarche Pierre revint à son siège dans une grande gloire ; et la période durant laquelle il occupa le trône patriarcal fut de huit ans ; il mourut en paix et en grand honneur le 2 de Hator. Toutes ses épîtres sont conservées au monastère du Père Macaire ; et parmi elles se trouve une épître de Zénon, le bienheureux prince, avec la réponse, où se trouvent des joyaux du langage, des paroles de sainteté et la confession de la foi orthodoxe.

Athanase II, vingt-huitième patriarche (488-494)

Quand le saint Père Pierre entra dans le repos, Athanase fut désigné. Il avait été prêtre, chargé de l'église d'Alexandrie ; il en fut alors fait patriarche. C'était un homme bon, plein de foi et du Saint-Esprit ; il accomplit ce qui lui avait été confié. En ses jours il n'y eut ni désordre ni persécution dans la sainte Église. Il demeura sept ans, et entra dans le repos le 20 de Thout.

Jean Ier le Moine, vingt-neuvième patriarche (494-503)

Quand Athanase le Jeune entra dans le repos, Jean le Moine fut désigné patriarche sur le trône évangélique ; et il marcha selon la vie des excellents pères qui le précédèrent. L'Église, le peuple et les habitants des campagnes furent en ses jours en sécurité et en paix par la grâce du Seigneur Christ. Et il vécut au temps du saint Zénon, le bienheureux prince et à cause de sa foi et de sa bonté, le prince commanda en ses jours qu'on portât au monastère de saint Macaire, au Wadi Habib, tout ce dont les moines avaient besoin en blé, en vin, en huile, et tout ce qu'il leur fallait pour l'équipement de leurs cellules. Abba Jean le patriarche accomplit ainsi son ministère en sécurité et tranquillité aux jours de Zénon le bienheureux et fidèle prince ; il entra dans le repos le 4 de Bashans, après être resté huit ans patriarche, et fut rassemblé à ses pères.

Jean II l'Ermite, trentième patriarche (503-515)

Quand Abba Jean le patriarche entra dans le repos, on désigna à sa place, par ordre de Dieu, un homme qui était ermite et que l'on appelait Jean. Ce Jean était parent du patriarche défunt. Il écrivit de son temps beaucoup de livres et d'homélies. Et Dieu manifesta de son temps une chose merveilleuse : il suscita ensemble pour l'Église la royauté et le sacerdoce, en les personnes du prince Anastase le pieux croyant et du patriarche Sévère l'excellent, vêtu de lumière, occupant le siège d'Antioche, qui fut une corne de salut pour l'Église orthodoxe, et qui s'assit sur le trône du grand Ignace.

Sévère écrivit une lettre synodale au Père Jean le patriarche concernant l'unité de la foi, où il annonçait l'accord entre eux dans l'unique foi orthodoxe des saints pères. Jean le patriarche et ses évêques acceptèrent cette lettre et la lurent dans leurs églises à travers le pays d'Égypte ; ils offrirent des prières et remercièrent le Seigneur Christ qui avait restauré les membres divisés à leurs places. Et c'est avec grande joie et exultation spirituelle que Jean le saint patriarche écrivit au grand Sévère une réponse à sa lettre, en langue canonique, pleine de la foi orthodoxe — celle des docteurs de l'Église — comme le bienheureux Sévère lui avait écrit. Quand les envoyés de Sévère lui revinrent avec ce don, qui était une digne récompense pour son amitié, il se réjouit et fut excessivement heureux. Jean demeura patriarche onze ans, et entra dans le repos le 27 de Bashans.

Dioscore II, trente et unième patriarche (515-517)

Quand le Père Jean le patriarche entra dans le repos, son scribe, dont le nom était Dioscore, et qui était un homme parfait en toutes ses relations, humble et bon, fut ordonné patriarche sur le trône évangélique — et il n'y en avait pas de tel que lui en son temps. Il écrivit alors une lettre synodale au Père Sévère, où il l'informait de la mort du bienheureux Père Jean et lui annonçait qu'il avait pris séance après lui sur le trône apostolique. Sévère lui écrivit une réponse pour le consoler, le confirmer dans la foi orthodoxe et le charger d'enseigner le peuple sans cesse, et l'encourager dans ce travail. Dioscore demeura patriarche trois ans — bien que dans une autre histoire on rapporte qu'il continua un an et demi — et il entra dans le repos le 27 de Babah, et fut rassemblé à ses pères.

Timothée III, trente-deuxième patriarche (517-535)

Alors Timothée prit séance comme patriarche sur le trône d'Alexandrie. Et Anastase le prince fidèle mourut ; on suscita après lui un homme méchant, hérétique, dont le nom était Justinien, pour gouverner l'empire. Quand Justinien prit son siège sur le trône, il employa tous ses efforts à faire revenir les orthodoxes croyants à la foi du concile de Chalcédoine ; et la première chose qu'il commença fut de se saisir du saint patriarche Sévère. Justinien assembla à Constantinople un concile, de sa propre initiative, auquel étaient présents Vigile patriarche de Rome, Apollinaire qu'il avait fait patriarche d'Alexandrie, Eutychius patriarche de Constantinople, et les évêques sous leur juridiction. Justinien envoya en outre quérir le Père Sévère, le patriarche, et les évêques d'Orient ; car il pensait pouvoir concilier l'esprit du saint Sévère et l'incliner à sa doctrine, afin que tous les évêques lui obéissent — puisqu'ils croyaient fermement en Sévère et en sa foi — et reconnaissent ainsi la mauvaise doctrine du prince. Mais le grand Sévère ne prêta nulle attention au prince. Et Sévère, avec ses évêques, alla à Constantinople pour confirmer la foi ; car il pensait que ce prince mécréant se convertirait de sa doctrine corrompue.

Quand le Père Sévère arriva à Constantinople, le prince commença par l'honorer grandement, exalta son rang et lui dit de bonnes paroles, cherchant à obtenir de lui qu'il fît des concessions au sujet du Tome de Léon en adoptant sa foi. Mais Sévère, champion de Dieu, avait placé dans son cœur les paroles que Pierre l'Apôtre dit à Simon le Magicien : « Que ton argent périsse avec toi, car je vois que tu es plein d'amertume, plus encore que le serpent. » Et Justinien le prince était semblable à Nestorius ; un jour il commanda que les évêques — faussement ainsi nommés — s'assemblassent pour le concile. Mais ni le Père Sévère le vaillant, ni aucun de ses évêques ne voulurent être présents avec eux, car il dit : « S'ils n'anathématisent d'abord le Tome de Léon et l'impur et méprisable concile de Chalcédoine, je ne consentirai avec eux à la doctrine de la mécréance. » Des choses furent alors faites par le prince que ce livre est trop petit pour relater, de peur que le récit ne devienne trop long. Quand l'ordre du prince parvint à Sévère et qu'il ne rejoignit pas les évêques en concile, des épreuves et persécutions descendirent sur lui.

Mais après deux ans, à la requête de la croyante princesse Théodora, le prince laissa Sévère tranquille et le lui livra ; elle le renvoya à son siège. En ces jours-là, Timothée était à Alexandrie. Quand Sévère le patriarche et ses évêques venus d'Orient furent chassés d'Antioche et vinrent en Égypte, ces évêques vinrent dans la cité d'Alexandrie. Et de nombreuses moniales vierges furent chassées des monastères.

L'hérésie de Julien le Phantasiaste

Et le Père Sévère, au temps de cette épreuve, fuyait de ville en ville, secrètement ou ouvertement, et de monastère en monastère. Il écrivait aux évêques ses compagnons qui étaient à Alexandrie, les consolait, les encourageait à la patience et les chargeait de supporter les persécutions avec courage. Il y avait avec eux un homme qui n'était pas vraiment évêque, du nom de Julien. Cet homme montra clairement qu'il était participant du concile de Chalcédoine, parce qu'il divisait le Seigneur Christ qui est Un en Deux, et le faisait en Deux Natures après l'ineffable Union. Trouvant occasion en l'absence du Père Sévère, il écrivit un Tomarion à mauvaise intention, adressé à des personnes malades et enivrées, où il exprimait son approbation de la foi d'Eutychès le mécréant, d'Apollinaire, de Manès et d'Eudoxe les mécréants ; il l'emplit aussi de la croyance blasphématoire de ceux qui croient à la doctrine des Phantasiastes et nient la Passion vivifiante du Christ Seigneur. Il envoya ce livre à travers l'Égypte, et aux moines du désert ; ils le reçurent et tombèrent dans le piège, hormis sept personnes dont Dieu illumina les cœurs en sorte qu'ils refusèrent de l'accepter ; car ils entendirent une voix disant : « Ceci est le Tomarion impur. » Ceux qui étaient tombés dans l'erreur de Julien se levèrent contre eux et en tuèrent deux. Les autres furent dispersés et se mirent à célébrer la liturgie dans leurs cellules au monastère de saint Macaire et dans les autres monastères. Telle fut la cause de leur séparation et de la prévalence de l'erreur dans les quatre monastères et les ermitages. Puis, par la puissance et la grâce du Saint-Esprit, du secours vint aux cinq moines qui restaient des sept, et ils empêchèrent les autres moines d'accepter le Tomarion. Mais la source de cette erreur, Julien, ne cessait d'envoyer ses écrits dans le pays pour égarer les hommes et les attirer à lui.

Quand le Père Sévère apprit cela, par la puissance du Saint-Esprit qui demeurait en lui, il écrivit en tout lieu pour qu'un vrai récit des faits fût répandu et que le vrai sens de Julien fût connu. Il informait les hommes dans ses lettres que Julien était un serpent maudit, rempli de blasphème. Sévère prodiguait ses soins à ceux qui étaient affligés de ce fléau pour les guérir, et encourageait ceux qui ne suivaient pas le Tomarion d'où surgissait trouble et opposition.

Cependant le Père Timothée, le bienheureux patriarche, entra dans le repos, établi dans la foi orthodoxe. Car il avait combattu en sa faveur comme le Père Sévère et réfuté Julien et toute sa doctrine. La période durant laquelle Timothée demeura patriarche sur le trône d'Alexandrie fut de dix-sept ans ; il mourut le 13 d'Amshir.

Théodose Ier, trente-troisième patriarche (535-567)

Par l'ordre de Dieu, les évêques et le peuple orthodoxe s'assemblèrent après la mort de Timothée, et, par la dispensation du Seigneur Christ, ils ordonnèrent le saint Père Théodose patriarche. Il était vierge et maître du style littéraire usité dans les écrits ecclésiastiques. Mais peu après, l'ennemi du bien lui suscita une épreuve et excita le trouble parmi de méchantes gens de la cité, maîtres des arts vils. Il y avait un homme âgé, avancé en âge, nommé Gaïanus ; il était archidiacre de l'église d'Alexandrie, et il se tenait debout, lors de l'ordination du Père Théodose comme patriarche, parmi les évêques, les prêtres et les principaux de la ville, jusqu'à ce qu'on eût ordonné Théodose, écrit son diplôme de consécration, et l'eût élevé au degré de primat sur le diocèse apostolique, avec le consentement de tout le peuple chrétien et aimant Dieu. Mais après cela, certaines gens égarèrent l'archidiacre, changèrent ses pensées dans sa simplicité et lui donnèrent ce conseil « Cette dignité et cette élévation te reviennent ; il n'est permis à personne d'être élevé avant toi. » Ils lui insufflèrent leurs mauvaises suggestions, peu à peu, jusqu'à ce qu'il acceptât leur conseil. Ils le prirent et l'amenèrent dans la maison d'un prêtre, nommé Théodore, qui était malfaisant et avait grande richesse ; là, ils ordonnèrent l'archidiacre Gaïanus patriarche. Et il y avait avec eux, les assistant, Julien le corrompu de foi, en accord avec Théodore le prêtre ; car Théodose le bienheureux, devenu patriarche, avait anathématisé Julien comme refuge des hérétiques.

Gaïanus alla alors trouver le gouverneur et le commandant des forces, leur offrit des présents et gagna leurs cœurs par ses nombreux dons, jusqu'à ce qu'on l'amenât à susciter un grand trouble contre le Père Théodose, le patriarche, et contre l'Église, et à chasser le saint Théodose du siège d'Alexandrie à Hiérasycamine, où il demeura six mois. Le gouverneur cacha au prince ce qu'ils avaient fait au patriarche, ainsi que l'ordination d'un autre à sa place, et tout ce qu'avaient fait Julien, Théodore et Gaïanus, qui s'étaient unis contre lui.

Mais le sage Sévère, patriarche, appelait Théodose son frère, son aide et son associé dans l'unique vrai labeur évangélique ; il avait coutume de le consoler et de l'encourager dans ses souffrances pour la foi orthodoxe, le comparant à Paul l'Apôtre lors de son premier choix et de sa première croyance dans le Christ, lui rappelant comment la famille et les amis de Paul le rejetèrent et comment les croyants le descendirent du mur dans un panier afin qu'il pût s'enfuir de Damas. Car le Père Théodose souffrait épreuve et persécution continuelles des hérétiques. Et c'était en l'année 242 de Dioclétien. Or Sévère le patriarche se cachait de Justinien le prince hérétique dans une ville aimant le Christ, appelée Sakhâ en Égypte, dans la maison d'un homme nommé Dorothée, qui prenait soin des affaires des moines âgés ayant rejeté l'erreur de Julien le mécréant. Cet homme avait permission de visiter le gouverneur d'Égypte, Aristomaque ; il le pria d'avoir pitié des âgés parmi les moines qui étaient au désert, en leur accordant la faveur de bâtir églises et tours en place de celles qui leur avaient été prises par Julien et ses compagnons. Aristomaque ordonna donc à Dorothée de faire selon son désir ; et Dorothée rendit grâces au Dieu très-haut.

Le rappel de Théodose et la chute de Gaïanus

Les laïcs d'Alexandrie, le clergé et les officiels de la cité étaient affligés que leur patriarche leur eût été enlevé, et ils dirent au gouverneur : « Pourquoi as-tu retiré de nous le bon pasteur Théodose ? » Le gouverneur en eut peur, redoutant que l'affaire ne fût rapportée au prince ; il chassa donc Gaïanus l'hérétique hors de la cité. Après cela, un des officiels alla traiter une affaire avec le prince ; il fit ainsi connaître à la fidèle princesse Théodora — laquelle était originaire d'Alexandrie — que le bienheureux Théodose avait été banni d'Alexandrie. Elle entra alors auprès du prince calmement, sagement et humblement, et l'informa de tout ce qui était advenu, sans son aval, au Père Théodose patriarche dans la cité d'Alexandrie. Quand le prince entendit cela, il se réjouit en son cœur de l'épreuve et du conflit que les orthodoxes avaient endurés, parce qu'ils ne consentaient pas à partager la foi corrompue et impure de Chalcédoine qu'il professait. Mais voulant ensuite plaire à la princesse et la réjouir, il lui donna pouvoir de faire en cette matière, par son autorité, tout ce qu'elle désirerait. Elle envoya à Alexandrie examiner l'affaire et restaurer le Père Théodose à son siège ; et elle commanda à ses messagers de l'informer de la manière dont son élection comme patriarche s'était faite lors de son ordination, et si elle s'était accomplie selon le canon de l'Église. Quand ses messagers arrivèrent dans la cité, selon ce qu'elle leur avait commandé, ils enquêtèrent ; ils examinèrent les circonstances de son ordination et cherchèrent à découvrir si elle s'était accomplie selon le canon ; ils enquêtèrent aussi sur la manière dont Gaïanus, l'archidiacre, avait été désigné, et lequel des deux avait été le premier consacré. Le gouverneur et le commandant des forces, en retour des présents et pots-de-vin qu'ils avaient reçus, suscitèrent quelques personnes pour crier à haute voix : « Gaïanus a été ordonné le premier. » Mais leurs paroles ne furent pas confirmées ; car cent vingt hommes, prêtres et officiels de la cité, souscrivirent de leur signature à une déclaration affirmant que c'était Théodose qui avait été ordonné le premier.

Ils s'assemblèrent, l'aide du Seigneur Christ étant avec eux, en présence des officiers et chefs militaires du prince ses envoyés et conseillers de confiance, et de tous les Alexandrins, dans la sainte église. On apporta les saints évangiles et le décret du prince auquel étaient attachés son sceau et son image ; on introduisit le Père Théodose le bienheureux patriarche, et le corps des évêques qui avaient été présents à sa consécration ; on les sépara et on les interrogea un à un en écrivant leurs réponses. Leur confession se révéla vraie en chaque cas, car tous déclarèrent sans hésitation ni discordance que c'était Théodose le bienheureux qui avait été ordonné le premier, avec le consentement des évêques et du peuple, selon le canon de l'Église ; et que deux mois plus tard, ils avaient entendu dire que Gaïanus avait été fait patriarche. Gaïanus s'avança alors devant l'assemblée, leur confessa que la déclaration était véridique et demanda pardon pour ce qu'il avait fait. L'assemblée pria le bienheureux Père Théodose de recevoir Gaïanus et d'accepter sa repentance, à condition qu'il écrirait de sa propre main avoir agi contrairement au canon ecclésiastique, qu'il demeurerait dans sa charge de diacre — redevenant archidiacre comme auparavant — et qu'il s'humilierait et se soumettrait au Père Théodose, lui obéissant jusqu'à sa mort ; Gaïanus consentit à tout cela. Tous apposèrent leurs sceaux à cette déclaration comme vraie et véridique ; toute l'assemblée se réjouit, glorifia Dieu et le remercia parce que leur bon pasteur Théodose le patriarche leur était revenu et avait pris séance sur son trône pour gouverner l'Église et le peuple en paix.

Le refus de Théodose et son nouvel exil

Quand les affaires de l'Église furent bien établies, le Père Théodose se réjouit et écrivit des lettres de remerciement au prince et à la princesse, qu'il envoya par leurs messagers Aristénète, Nicétas et Philodore. Quand les envoyés arrivèrent et remirent les lettres au prince, faisant connaître tout ce qui était advenu, ses pensées furent abattues et troublées. Il pensa : « Voici, j'ai cédé le trône d'Alexandrie à Théodose ; et pourtant, même si je lui octroyais en plus toutes les provinces d'Égypte, d'Afrique et tous les autres pays, il ne s'accordera jamais avec moi dans la croyance que je préfère, en sorte que toute l'Église soit d'une seule foi. »

Justinien le prince, après cela, écrivit donc au gouverneur et aux officiels d'Alexandrie, et au Père Théodose, dans le but de l'attirer par l'espoir de récompense, le priant de recevoir le Tome de Léon et de céder sur ce point, lui promettant en ce cas qu'il aurait les deux offices, le patriarcat civil et la charge civile, et que tous les évêques d'Afrique seraient sous son obéissance, et qu'il aurait commandement sur tout ce territoire ; « mais », ajoutait le prince, « s'il refuse d'obéir et de consentir, alors qu'il soit chassé de l'Église et aille où il voudra ; car celui qui ne s'accorde avec moi dans ma foi n'aura aucune prélature, ni sur le peuple ni sur l’Église ». Mais quand le bienheureux Père et patriarche Théodose, le confesseur du Christ, entendit la lettre et les propositions du prince, il s'écria en présence de l'assemblée, du gouverneur et des envoyés : « Le saint Évangile dit que le Diable prit le Seigneur et Sauveur, le conduisit au sommet d'une haute montagne, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire et lui dit : Tout cela est à moi, et si tu m'adores je te le donnerai. Pareillement, ce que vous me promettez sera la destruction de mon âme si j'agis selon votre proposition, et je deviendrai par là un étranger au Christ, le vrai roi. » Et il leva les mains devant l'envoyé du prince, devant le gouverneur et cette grande assemblée, et dit « En vérité, j'anathématise le Tome de Léon et le concile de Chalcédoine ; et quiconque les reconnaît est anathème, désormais et pour toujours. Amen. » Puis il dit au gouverneur et à toute la troupe du prince : « Le prince n'a de pouvoir que sur mon corps ; mais le Seigneur Jésus-Christ, le vrai et grand prince, a pouvoir sur mon âme et mon corps ensemble. Voici donc les églises devant vous avec tout ce qu'elles contiennent : faites donc à leur égard ce que vous voudrez. Mais quant à moi, je suis mes pères qui m'ont précédé, les docteurs de l'Église apostolique, Athanase, Cyrille, Dioscore et Timothée, et ceux qui furent avant eux, dont je suis le député, bien qu'indigne. » Théodose se leva alors et sortit en disant : « Que ceux qui aiment Dieu me suivent. Car je suis venu nu du sein de ma mère, et j'y retournerai nu. Et celui qui perd sa vie en ce moment pour la Foi la sauvera. »

On l'emmena au palais où on le garda un jour et une nuit ; le lendemain on le congédia, comme le prince l'avait commandé dans sa lettre : « Qu'il aille où il voudra. » Il sortit donc de la cité, et la puissance du Seigneur Christ le guida ; car Aristomaque pourvut à ses besoins, lui prépara tout ce qu'il fallait, et le fit transporter en barque en Haute-Égypte, où il demeura à enseigner le peuple et les moines dans les monastères, les affermissant dans la foi orthodoxe et les encourageant à endurer le conflit jusqu'à la mort. L'envoyé du prince revint à lui et lui fit connaître tout ce qui s'était passé : comment Théodose le patriarche était sorti de la cité et n'avait accepté aucune des offres du prince. Justinien et tous ses serviteurs furent étonnés que le patriarche eût rejeté ce poste de gouverneur, eût contesté l'ordre royal et fût demeuré ferme dans la foi. Le prince pensa : « Si je le laisse où il est, alors tout le peuple suivra sa foi, et il ne le laissera pas accepter le Tome de Léon. » Il écrivit donc une lettre pleine d'assurances et de promesses au patriarche Théodose, déclarant que nulle peine ni nul dommage ne lui viendrait de lui, mais toute bonté et bienveillance ; et il envoya cette lettre par un scribe à qui il dit : « Traite-le courtoisement jusqu'à ce que tu me l'amènes, et dis-lui : Le prince désire conférer avec toi. »

Quand le bienheureux patriarche eut lu la lettre du prince, il pria pour le secours de la puissance du Seigneur Christ ; il prit avec lui, parmi le clergé, certains hommes sages, savants et excellents ; ils s'embarquèrent dans un navire et voyagèrent jusqu'à Constantinople. Théodose entra auprès du prince et de la princesse, qui, voyant sa sérénité, son humilité et son excellence, le reçurent avec bonté et le logèrent dans des chambres qu'ils avaient préparées pour lui et ses compagnons. Le prince envoya ensuite le chercher une seconde, une troisième, jusqu'à une sixième fois ; chaque fois il s'adressait à lui courtoisement et désirait qu'il cédât en confirmant le concile de Chalcédoine, et lui donna de nombreuses marques d'honneur, de priorité et de préséance. Mais Théodose dit : « Ni la vie ni la mort, ni la disette ni la nudité ni le glaive ne tourneront mon cœur de la foi de mes pères ; je n'abandonnerai pas un iota ni un trait de ce que mes pères, les docteurs inspirés, ont écrit avant moi — ces pasteurs du troupeau raisonnable du Christ, depuis Marc l'évangéliste jusqu'au jour où je fus fait diacre par le Père Timothée, après qui je devins patriarche par la dispensation de Dieu. »

Quand le prince ne put attirer Théodose à sa doctrine, il le laissa et l'envoya en exil dans la disgrâce. Mais il accorda faveur au clergé d'Alexandrie et fit ordonner par Mennas, patriarche de Constantinople, un homme nommé Paul de Tennès afin qu'il fût patriarche sur le trône d'Alexandrie, et l'y envoya, accompagné d'une troupe de soldats. Mais quand Paul arriva à Alexandrie, pas un des habitants ne voulut le recevoir, car ils disaient : « C'est le nouveau Judas ! » Il y demeura un an pendant lequel personne ne voulut l'écouter, et personne ne communia de sa main, hormis l'envoyé qui l'avait accompagné, les soldats arrivés avec lui, le gouverneur et ses serviteurs seulement. Et les gens de la cité avaient coutume d'insulter Paul en disant : « C'est Judas le traître ! » Il écrivit au prince pour lui faire connaître ce qui lui était arrivé, comment ils le fuyaient comme les brebis fuient le loup ; et il envoya la lettre par un patrice. Le prince fut irrité, et envoya une lettre par un autre patrice, où il commandait que les portes des églises dans la cité d'Alexandrie fussent fermées et scellées de son sceau, et qu'on mît des gardes devant elles, afin que personne n'y pût entrer. Quand cette lettre coupable arriva, il y eut grande tristesse à cause d'elle, angoisse et douleur sans bornes pour le peuple orthodoxe. Ils demeurèrent en cet état une année entière, sans communion, ni église pour prier, ni lieu pour baptiser.

La construction de deux églises en secret

Mais les lettres de leur bienheureux Père Théodose leur parvenaient de son lieu d'exil, leur rappelant la foi, les consolant et les encourageant à la patience. Quand leur épreuve s'accrut, une assemblée d'orthodoxes se réunit, prêtres et laïcs, et délibéra pour bâtir une église où se réfugier, afin de ne pas être comme les Juifs. Ils firent ce qu'ils proposaient et bâtirent une église par la puissance du Christ, dans la partie occidentale d'Alexandrie, au lieu appelé les Piliers ou le Serapeum ; et cette église est l'Angélion qu'ils bâtirent en secret aux cent-cinq degrés. Une autre congrégation du peuple bâtit aussi une autre église, au nom de Cosme et Damien, à l'est de l'amphithéâtre et un peu à l'ouest de la colonnade ; ils l'achevèrent en l'an 278 de Dioclétien. Quand le prince apprit cela, il envoya rouvrir toutes les églises et les remit sous l'autorité des Chalcédoniens. Quand le bienheureux Père Théodose apprit qu'il ne lui restait que ces deux églises nouvellement bâties — l'Angélion et l'église de Cosme et Damien les Martyrs —, il soupira et pleura, car il connaissait les Alexandrins, qu'ils aimaient la pompe et l'honneur, et il craignait qu'ils ne quittassent la foi orthodoxe pour gagner l'honneur du prince. Il avait coutume de prier ainsi : « Ô mon Seigneur Jésus-Christ, tu as acheté ce peuple de ton précieux sang, et tu pourvois à eux ; ne retire donc pas ta main d'eux ; mais que ta volonté soit faite ! »

Théodose demeura vingt-huit ans en exil et autrement, et quatre ans en Haute-Égypte, conservant la foi orthodoxe. Il composa, durant son patriarcat qui dura trente-deux ans, plus d'homélies et de traités de doctrine qu'on ne saurait compter. Théodose fut enlevé, dans la paix du Seigneur Jésus-Christ qu'il aimait, le 28 de Baounah ; et il reçut la couronne de victoire avec l'assemblée des saints au pays des vivants pour toujours. Et que nous, les croyants restés dans la foi orthodoxe et jugés dignes d'être appelés Théodosiens d'après son nom, supplions Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, afin que nous ayons des pensées spirituelles et l'encouragement, gardant la vraie foi sans nous lasser comme la garda ce saint père et prélat qui confessa devant hérétiques, rois, princes et autorités vivant en ces mauvais temps ; et que notre vie devant lui soit sans offense, que nous ne nous détournions point de sa volonté, et que nous ayons pleine part avec lui dans le royaume des cieux, par la grâce de notre Dieu le Christ. Amen.

Chapitre XIV

Pierre IV, trente-quatrième patriarche (567-569)

Quand le patriarche Théodose fut banni par le prince Justinien, on établit à sa place, bien qu'il fût encore vivant, Paul de Tennis, qui fut ordonné à Constantinople. Ainsi commença cette coutume pour les patriarches melkites, d'être ordonnés à Constantinople puis envoyés à Alexandrie. Au bout de peu de temps, le Seigneur fit périr Paul de Tennis d'une mort funeste ; on nomma à sa place Apollinaire, qui prit aussi possession de l'église par l'autorité du prince, et qui ordonna qu'aucun des évêques croyants ne se montrât dans la cité d'Alexandrie. En ce temps-là, il y avait union entre l'Église d'Antioche et l'Église d'Alexandrie dans la foi orthodoxe et la charité chrétienne ; car Théodose avait confessé devant le prince, avec ses compagnons, qu'il était en communion avec le Père Sévère, patriarche d'Antioche, ajoutant : « J'accepte tout ce qui a été dit par saint Jean Chrysostome et par le sage Cyrille. »

Quand Théodose entra dans le repos, Apollinaire l'hypocrite s'en réjouit grandement et donna un grand festin au clergé et au peuple de la cité, pensant qu'ils se conformeraient à sa croyance, parce qu'aucun des pères et évêques ne pouvait se montrer, ni à Alexandrie ni à Antioche, à cause de ce qu'avait commandé le prince hérétique. Mais, par la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ, Alexandrie était gouvernée par un homme excellent et philanthrope, qui s'était rangé du côté des orthodoxes. Il commanda donc qu'on leur ordonnât un patriarche en secret, à la suite du Père Théodose, et leur dit : « Sortez au monastère d'al-Zajaj, comme si vous vouliez y prier, et établissez sur vous comme patriarche celui que vous aurez élu. » Ils rendirent grâces à Dieu, glorifièrent le Seigneur Christ, envoyèrent dans les cités du Nord de la terre d'Égypte mander trois évêques, et sortirent avec eux au monastère d'al-Zajaj, où ils ordonnèrent patriarche un prêtre nommé Pierre[100]. Le peuple reçut consolation par lui, et leur foi en fut affermie ; mais on ne pouvait le faire entrer ouvertement dans la cité, par crainte du prince et d'Apollinaire le patriarche des hérétiques. Sa résidence fut donc hors d'Alexandrie, à neuf milles de distance, à l'église dédiée au nom de Joseph ; et on lui portait tout ce dont il avait besoin ; le prince n'en sut rien.

L'affaire fut ensuite ébruitée : on apprit que Pierre était devenu patriarche en remplacement de Théodose le défunt. Apollinaire, en l'apprenant, fut extrêmement irrité et écrivit au prince pour l'informer. Mais avant que sa lettre n'atteigne Justinien à Constantinople, l'ange du Seigneur frappa l'empereur et il mourut ; sa mort fut funeste, semblable à celle d'Hérode.

Pierre était bien formé et de beau visage, paré de toute bonne œuvre, aimant ceux en qui se trouvait la connaissance de Dieu. Il chercha un homme excellent et savant dans les saints canons pour devenir son scribe. On lui désigna un moine qui était diacre, nommé Damien, au monastère des Tôn Patéron, qui était un écrivain habile. Le Père Pierre alla au monastère, s'entretint avec Damien, et lui demanda de l'aider et de travailler avec lui aux œuvres de l'Église. Damien y consentit. Or il y avait en ce lieu six cents monastères florissants, peuplés comme des ruches, tous habités par des orthodoxes, moines ou moniales ; en outre trente-deux fermes appelées Sakatîna, dont toute la population gardait la vraie foi. Le père et patriarche Pierre était l'administrateur de toutes leurs affaires.

Quand les orthodoxes d'Antioche apprirent ce qu'avaient fait les habitants d'Alexandrie, ils prirent eux aussi un homme du nom de Théophane et le firent patriarche à la suite du bienheureux Père Sévère ; ils l'établirent sur le trône dans un monastère appelé monastère d'Aphtonios, parce que les hérétiques interdisaient aux évêques orthodoxes d'entrer dans la ville d'Antioche, comme on l'avait fait à Alexandrie. Les deux patriarches se trouvaient donc dans une situation analogue, vivant dans deux monastères hors de leurs villes respectives.

Pierre, patriarche de la cité d'Alexandrie, tomba malade et entra dans le repos, après avoir achevé sa course et un ministère agréable à Dieu. Il resta deux ans en sa charge et mourut le 25 de Baounah. Que ses prières soient avec nous ! Amen.

Damien, trente-cinquième patriarche (569-605)

Quand le saint Père Pierre entra dans le repos, on intronisa à sa place son scribe Damien, diacre et moine, fort en œuvres comme en paroles, et dans la grâce du Seigneur qui descendait sur lui. Il avait été moine dès sa jeunesse dans le désert du Ouadi Habib et avait été élevé par des saints au monastère de saint Jean, où il demeura seize ans servant Dieu selon le service des saints ascètes, avant de venir à Pihénaton, au monastère des Tôn Patéron, c'est-à-dire des « Pères ». Ce fut au temps de la reconstruction des quatre monastères du Ouadi Habib, qui grandissaient comme les plantes des champs dans la sécurité et la conduite de Dieu, et auxquels on apportait tout ce dont les habitants avaient besoin, qui travaillaient assidûment à la construction.

Mais il y avait parmi eux les mélitiens — j'entends les disciples de Mélèce[101] — qui avaient coutume de recevoir la Coupe plusieurs fois dans la nuit, avant de venir à l'église. Pour cette raison, lorsque le Père Damien le patriarche fut jugé digne de siéger sur le trône évangélique, il écrivit à la sainte montagne et commanda que les mélitiens en fussent bannis. Peu après, une voix vint du ciel sur ce désert, disant : « Fuyez ! Fuyez ! » Quand les habitants des quatre monastères les eurent quittés, ils tombèrent en ruine. À cette nouvelle, le patriarche Damien fut extrêmement attristé.

Or ce saint père vivait reclus, comme nous l'avons dit en commençant, au monastère des Tôn Patéron, en qualité d'évêque suffragant. Par la sagesse que Dieu lui avait donnée, il composa le Logos, qui est un discours de sagesse. Il écrivit aussi les Mystagogies, et des Lettres Festales et des Catéchèses. Les disciples de l'impure hérésie venaient à lui pour disputer de la foi ; mais par la grâce du Seigneur qui était avec lui, il dissipait leurs arguments comme une toile d'araignée. Il leur parlait avec courtoisie, leur enseignait à comprendre les mystères de la doctrine chrétienne, et les rendait semblables à Achab devant notre Père Élie le prophète.

L'hérésie des Acéphales

En la huitième année du patriarcat de Damien, une pensée satanique tomba dans le cœur des Acéphales[102] qui vivaient à l'est de l'Égypte. Car il restait quatre prêtres de ce concile impur, qui dirent : « Que ferons-nous ? Nous périssons, et il ne nous reste plus d'évêque. Venez donc, faisons l'un de nous évêque, de peur que notre souvenir ne disparaisse de la face de la terre. » Ils choisirent le plus ancien d'entre eux, nommé Barsanuphi, et les trois prêtres le prirent et l'établirent évêque ; sa doctrine hérétique fut nommée de son nom.

Quand les habitants de l'ouest de l'Égypte apprirent cela, ils s'irritèrent grandement parce que cela avait été fait sans les consulter, et se séparèrent d'eux pour ne pas se joindre à eux. Pour cette raison, ces derniers n'eurent personne pour les baptiser, leur donner la communion ou prier avec eux. Les autres ordonnèrent donc pour eux un évêque. Or le prince à cette époque était Maurice, qui aimait excessivement l'argent et rejetait les orthodoxes.

Quand le Père Théophane, le patriarche d'Antioche, entra dans le repos et alla au Seigneur, le peuple d'Antioche prit un des prêtres de l'église nommé Pierre et le fit patriarche. Il avait l'esprit grossier, l'âme pécheresse, l'intellect troublé et était contraire à la juste foi, comme l'a dit ce sage dans le Seigneur, Cyrille, le saint patriarche, au sujet des disciples d'Anatolius : « Ils sont obscurs dans leurs pensées. »

À cause de l'union des deux sièges, Pierre écrivit une épître synodale au Père Damien, le patriarche, selon la coutume habituelle. Quand cette épître synodale parvint à Damien, il s'en réjouit et assembla les évêques. Mais en examinant la doctrine de Pierre déclarée dans ce texte, il y trouva une erreur dans la confession de la Sainte Trinité. C'est pourquoi il chercha, dans sa sagesse et sa douceur, à attirer Pierre à lui par bienveillance, afin que l'Église ne soit pas divisée et que l'union entre les deux sièges ne soit pas rompue. Il lui écrivit donc une homélie dans laquelle il lui rappela tous les hérétiques et la doctrine établie par Sévère le patriarche, dans le but de lui faire comprendre la foi pour le guider dans son intelligence. Car Pierre disait dans son étrange philosophie : « Il n'est pas nécessaire de nommer la Trinité. » Or tous les Docteurs de l'Église, et Cyrille le Sage et ceux qui vinrent après lui jusqu'aux jours de Damien, confessent dans leurs écrits la sainte Trinité, déclarant qu'elle est Trois Personnes en une seule Nature et une seule Divinité, créant et ne contenant rien de créé ; qu'elle est divisée en Personnes et véritablement unie dans la substance et dans le nom.

Mais Pierre, patriarche d'Antioche, fut comme l'aspic sourd[103] qui bouche ses oreilles et ne veut pas écouter la voix du charmeur ni le remède qu'un sage prépare ; il demeura obstiné dans ses idées erronées, confessant et disant de sa langue qui méritait d'être coupée « Quel besoin avons-nous de nommer la Trinité ? » Ainsi il divisait la Trinité indivisible. Il en résulta un conflit entre les Égyptiens et les Orientaux à ce sujet ; ils demeurèrent vingt années en disputes sans parvenir à un accord, jusqu'à ce que Dieu eût pitié de son peuple, dont il prend soin en tout temps, et brisât la vie de l'hérétique en le retranchant du monde.

Damien le bienheureux patriarche demeura tous ses jours à composer des lettres, des homélies et des traités où il réfutait les hérétiques. Il y eut de son temps certains évêques qu'il admirait, s'émerveillant de leur pureté et de leur excellence ; parmi eux Jean de Borollos, et Jean son disciple, et Constantin l'évêque, et Cleistus, et bien d'autres qui cultivaient la vigne du Seigneur Sabaôth. Le patriarche Damien ne cessa d'enseigner tous les jours de sa vie. Et par la multitude de ses jeûnes, de ses prières et de ses combats, quand sa course fut achevée, il tomba malade et entra dans le repos dans la paix du Seigneur, après être resté patriarche trente-six ans, conservant la vraie foi en une bonne vieillesse. Il partit vers le Seigneur Christ qu'il aimait le 28 de Baounah.

Anastase, trente-sixième patriarche (605-616)

Le Seigneur Christ considéra son peuple, car il est le chef et le conducteur des pasteurs, et suscita un homme sage, paré de vertus, dont le nom était Anastase, habitant d'Alexandrie et l'un des prêtres de l'église, savant dans les Écritures et dans les doctrines de la foi. Il fut placé par les décrets ineffables de Dieu sur le trône apostolique, et commença à nommer évêques et prêtres selon le canon de l'Église. Anastase était d'un cœur courageux : il allait en tout temps à la cité, y entrait, y ordonnait les prêtres ; car, comme nous l'avons mentionné, les évêques orthodoxes avaient interdiction de paraître dans Alexandrie. Et il attira beaucoup de gens à lui par sa sagesse, étant un homme savant, connu pour son appartenance au conseil municipal. Il avait été prêtre président des deux églises que nous avons mentionnées — l'Angélion et l'église des saints Côme et Damien — ainsi que des couvents de vierges et de la plupart des monastères.

Anastase commença à bâtir église sur église. Il prit l'église qui se trouve sur un tertre de ruines, et une église dédiée à saint Michel. Il connut de grandes épreuves de la part du parti de Tibère et de Bélisaire, sur qui était venu le nom de Gaïanus, et des disciples de l'impur concile de Chalcédoine, et d'un autre homme nommé Euloge. Ce dernier était extrêmement indigné contre le Père Anastase et désirait faire venir sur lui tous les maux et tortures ; mais Dieu ne le livra pas entre ses mains.

En ces jours-là s'éleva un homme du palais, l'un des chefs officiers, nommé Phocas, qui tua le prince et s'assit à sa place, et commit des actes méchants. Il aimait le plaisir charnel et corrompait toutes les filles des patriciens ; il aimait la discorde sans crainte. Euloge, sachant cela et ayant entendu parler de ces faits, écrivit à Phocas une lettre calomnieuse au sujet du Père Anastase, pleine de mensonges et de sottises. Il disait que lorsqu'Anastase prêchait dans l'église de saint Jean-Baptiste, il l'anathématisait avec les princes victorieux et le concile de Chalcédoine, ajoutant : « Et je m'étonnais que les sources et les eaux ne fussent pas asséchées. » Euloge écrivit ainsi au prince pour susciter des épreuves aux orthodoxes.

Quand Phocas, qui s'était emparé de l'empire, l'apprit, il fut troublé et écrivit au gouverneur d'Alexandrie d'enlever au patriarche Anastase l'église des saints Côme et Damien avec toutes ses dépendances, et de la remettre à Euloge l'égaré. On saisit donc cette église ; le Père Anastase le bienheureux en fut attristé et retourna au monastère avec un grand chagrin et de profonds soupirs.

La réconciliation avec Athanase d'Antioche

Or Anastase désirait que Dieu réunît les membres de l'Église que Satan avait divisée — j'entends la séparation entre Antioche et Alexandrie, dont la cause avait été Pierre, patriarche d'Antioche. Et Dieu entendit ses prières ; car le susdit Pierre mourut, et fut établi à sa place, sur le trône de Sévère à Antioche, un homme qui était moine, prêtre et savant, nommé Athanase, extrêmement sage et pur de cœur. C'est lui qui prononça une homélie où il parla du saint Sévère ; et quiconque la lisait savait que le Seigneur Christ était avec lui et que la sagesse était en lui.

Quand le Père Anastase apprit qu'Athanase avait pris son siège comme patriarche sur le trône d'Antioche, il se hâta de lui écrire une épître synodale pleine de sagesse, dans laquelle il l'appela son collègue, son frère, son ami, attentif à la foi et à la rectification de ce qui avait été corrompu par Pierre, le défunt égaré : « Car tout le spirituel Israël est un seul troupeau, écrivit Anastase, et tu l'uniras, afin que tu reçoives la couronne du témoignage et de l'unité. »

Or Athanase était une bonne terre féconde ; il reçut donc avec joie la semence spirituelle, prit l'épître synodale qui lui était venue, assembla les évêques de son ressort et leur dit : « Sachez que le monde aujourd'hui se réjouit dans la paix et la charité, parce que les ténèbres chalcédoniennes ont passé, et qu'il est resté ce seul rameau lumineux et porteur de fruit de la vraie vigne — qui est le siège de Marc l'évangéliste, et la province d'Égypte. Car nous avons été des hérétiques et des schismatiques depuis le patriarche Sévère, qui fut pour nous un guide et une voie de salut.

Et vous savez que Pierre l'apôtre et Marc l'évangéliste avaient un seul évangile qu'ils prêchaient ; de même, Sévère et Théodose avaient une même foi et vécurent dans l'unité, endurant l'exil et les combats jusqu'à la fin. »

À ce discours, les pères et évêques se réjouirent grandement et convinrent d'accepter l'épître synodale, et déclarèrent que les deux églises seraient une, que les deux patriarches seraient d'un seul esprit, lampe illuminant les orthodoxes. Le bienheureux Athanase prit donc avec lui cinq évêques, excellents et savants, et voyagea par navire à Alexandrie. Quand ils y arrivèrent, on les informa que le Père Anastase était dans les monastères ; ils sortirent donc vers lui. À l'annonce que le patriarche d'Antioche venait à lui, Anastase assembla évêques, prêtres et moines, et se leva en grande humilité ; il sortit à pied jusqu'à le rencontrer, avec chants et hymnes, joie et allégresse. Ils entrèrent ensemble au monastère qui est sur le rivage, au nord-est des monastères, et là ils s'assirent dans la paix et la joie.

Le Père Anastase envoya aussitôt mander tout le clergé d'Alexandrie pour qu'il fût présent à la rencontre des pères, qu'on célébrât ensemble la liturgie et qu'on communiât aux saints Mystères. Athanase prononça en cette assemblée un discours merveilleux, plein de sagesse, dont tous les présents s'émerveillèrent, et finit en disant : « À cette heure, ô mes amis, il nous faut prendre la harpe de David et chanter avec la voix du psaume[104] : La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; Athanase et Anastase se sont embrassés. La vérité est apparue de la terre d'Égypte, et la justice s'est levée de l'Orient. L'Égypte et la Syrie sont devenues unes dans la doctrine ; Alexandrie et Antioche sont devenues une seule Église, une seule épouse vierge d'un seul époux pur et chaste, qui est le Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique-engendré, Verbe du Père. »

Athanase demeura un mois auprès d'Anastase, méditant ensemble les saintes Écritures et les doctrines salutaires. Puis il retourna en paix dans sa province avec grand honneur. Et depuis ce jour, il y a eu accord entre le siège d'Antioche et le siège d'Alexandrie jusqu'à ce jour.

Anastase pourvut aux affaires de l'Église avec assiduité, et à l'enseignement spirituel, car le Seigneur lui accorda la tranquillité. Dès la première année où il s'assit sur le trône, il commença par la première des lettres de l'alphabet, et fit de chaque lettre successive la lettre initiale de ce qu'il écrivait chaque année dans un livre, qu'il s'agît de mystagogie, d'épître synodale, d'épître syntactique, d'épître festale ou d'homélie. Il demeura sur le trône, gardant la foi orthodoxe, pendant douze ans, durant lesquels il écrivit douze livres.

Durant les quarante jours du Carême avant Noël, le Seigneur Christ, qui aspire après ceux qui croient en lui et qui fait des merveilles parmi ses saints, regarda Anastase et lui plut de le transporter au pays de ceux qui vivent éternellement. Il entra donc dans le repos le 22 de Kihak, en l'an 330 de Dioclétien le tueur des justes martyrs. Que leurs intercessions soient avec nous ! Amen.

Andronicus, trente-septième patriarche (616-622)

Quand Anastase entra dans le repos, on intronisa un homme savant, diacre de l'église de l'Angélion, vierge et scribe, dont le nom était Andronicus. Il était très riche, fort enclin à l'aumône, conducteur du peuple, aimant la miséricorde et donnant sans cesse ; sa famille comptait parmi les principaux de la cité, et son cousin avait été nommé chef du conseil d'Alexandrie. Pour cette raison, à cause du pouvoir de son autorité et de son éminence, les hérétiques ne purent le chasser d'Alexandrie vers les monastères comme cela avait été fait auparavant ; il résida toute sa vie dans sa cellule à l'église de l'Angélion.

L'invasion perse

Or il s'était levé en Perse un roi nommé Chosroès, qui assembla une grande armée et marcha avec une puissance redoutable contre l'armée des Romains, la défit complètement et l'anéantit. Il prit possession du pays des Romains, des terres de Syrie, de Palestine et d'Idumée, et du pays d'Égypte ; il les foula comme les bœufs foulent l'aire à blé, et amassa toute leur richesse dans ses trésors. À cause de son amour de l'argent, il tuait un homme pour un denier ou pour trois deniers ; il avait beaucoup de sujets, ne connaissait pas Dieu mais adorait le soleil[105].

S'étant emparé de l'Égypte et ayant obtenu le pouvoir, il prit soin de conquérir la grande cité d'Alexandrie. Or il y avait au Hénaton, près de cette ville, six cents monastères florissants, semblables à des colombiers ; et les moines étaient indépendants et arrogants sans crainte, à cause de leur grande richesse, et faisaient des œuvres de moquerie. L'armée des Perses les entoura à l'ouest des monastères : il ne leur resta plus de lieu de refuge. Tous furent passés au fil de l'épée, sauf un petit nombre qui se cacha et fut ainsi sauvé. Tout ce qu'il y avait d'argent et de mobilier fut pris en butin par les Perses ; et ils ruinèrent les monastères, qui sont restés en ruines jusqu'à ce jour.

La nouvelle parvint à Alexandrie, dont les habitants ouvrirent les portes de la cité. Le gouverneur perse, chef de guerre et lieutenant du roi Chosroès, vit en songe la nuit un personnage qui lui dit : « Je t'ai livré cette cité, ses bâtiments et tout ce qu'elle contient. Prends donc garde de ne pas faire injure à la ville ; mais que ses habitants n'y soient pas laissés, car ils sont hypocrites en religion. » Or les Perses appellent leur commandant en leur propre langue Salar, ce qui signifie « commandeur » ; et c'est ce Salar qui bâtit à Alexandrie le palais nommé Tarawus, dont l'interprétation est « Maison de l'Anneau », maintenant appelé Château des Perses.

Quand le Salar eut reçu autorité sur le peuple d'Alexandrie, il agit dans sa ruse comme suit. Il commanda que tous les jeunes hommes de la cité, de l'âge de dix-huit ans à cinquante, sortissent et reçussent chacun vingt deniers. Tous les jeunes hommes de la cité s'assemblèrent et leurs noms furent inscrits, tandis qu'ils pensaient recevoir le don promis. Quand il sut qu'ils étaient tous sortis et qu'aucun ne restait dans la ville, il commanda à ses troupes de les entourer et de tous les passer au fil de l'épée. Le nombre de ceux qui furent ainsi massacrés fut de quatre-vingt mille hommes.

Le Salar fit cela puis marcha vers la Haute-Égypte. Or il y avait dans la cité de Niciu, qui s'appelle aussi Ibshadi, des personnes qui lui donnèrent renseignement sur les moines qui vivaient dans les montagnes et les cavernes, au nombre de sept cents, et lui dirent comment ils étaient enfermés dans un mur fortifié, et que leurs œuvres étaient répréhensibles à cause de la grandeur de leur richesse. Le Salar, à ce rapport, envoya ses troupes et les encercla. Quand le soleil se leva, ils entrèrent et tuèrent tous par l'épée, sans qu'un seul demeurât.

Quand le patriarche Andronicus eut accompli six ans dans son office patriarcal, et qu'il eut souffert de cette nation des Perses et vu tous ces désastres qu'il avait affrontés et endurés en patience, il entra dans le repos et partit vers le Seigneur dans une paix parfaite, tenant ferme la juste foi, la foi de ses pères, le 8 de Toubah.

Benjamin Ier, trente-huitième patriarche (622-661)

La vocation du jeune Benjamin

Un an avant la mort du Père Andronicus, il y avait un frère craignant Dieu et croyant, nommé Benjamin, dans un monastère appelé monastère de Canope. Il y était venu à ce moment et avait trouvé refuge auprès d'un saint vieillard nommé Théonas. Car les Perses n'avaient pas détruit ce monastère parmi les autres qu'ils avaient ravagés, parce qu'il se trouvait au nord-est de la ville, que protégeait Saitus. Ce frère Benjamin était originaire de la province de Béhéira, d'un hameau nommé Barshout. Il avait aspiré à la vie monastique et à la pratique de l'ascèse ; aussi avait-il quitté ses parents et tous leurs biens — car ils étaient très riches — et était parti au monastère, où le saint vieillard Théonas l'avait revêtu de l'habit de la vie monastique et l'avait élevé dans la crainte de Dieu. Il croissait de jour en jour, en sainteté, patience et maîtrise de soi. Il avait appris les Écritures par cœur, en sorte que ce qui était arrivé à Paul lui arriva semblablement ; car le grand Paul fut élevé à Jérusalem avec un homme nommé Gamaliel, puis sa propre assiduité et la grâce du Seigneur Christ l'élevèrent jusqu'à le rendre beaucoup plus capable et excellent que son maître. De même Benjamin se châtiait par des pratiques ascétiques, ne prenait aucun sommeil les nuits où il y avait office à l'église, et lisait spécialement l'Évangile du bienheureux Jean, qu'il avait appris par cœur.

Or, une certaine nuit, il vit en songe un homme en habit lumineux se tenant près de lui, qui lui dit : « Réjouis-toi, ô Benjamin, humble brebis, qui es aussi le pasteur destiné à paître le troupeau raisonnable du Seigneur Christ. » À ces paroles, il fut troublé et tourmenté ; puis il se réjouit de la grâce qui lui était donnée du ciel. Il se leva en hâte et raconta cela à son père Théonas. Le vieillard crut à ses paroles touchant cette vision, mais lui dit : « Ne t'égare pas, mon fils ; car Satan désire par là te faire périr par l'orgueil.

Va donc et veille sur toi, et ne tombe pas par la vaine gloire. Voici, j'ai passé cinquante ans dans ce couvent sans voir aucune telle vision, ni que personne ne m’ait jamais dit avoir vu rien de semblable. » Benjamin se tut et reçut les paroles de son maître ; et la grâce croissait en lui de jour en jour, envoyée du Dieu de gloire ; toutes ses paroles et ses actions étaient assistées du ciel. Le vieillard Théonas et tous ceux qui connaissaient Benjamin s'émerveillaient de la grâce de Dieu sur lui et croyaient qu'il était hors de lui-même.

Théonas finit par le prendre et alla trouver le Père Andronicus, le patriarche, à qui il exposa la situation. Andronicus dit : « Amène-le-moi que je l'entende parler. » Quand Benjamin entra, il se prosterna devant le Père Andronicus, le patriarche, qui vit la grâce du Christ qui était sur lui et lui demanda doucement de lui faire connaître ce qu'il avait vu. Benjamin avoua et lui décrivit l'événement ; et le patriarche les retint tous deux auprès de lui cette nuit-là. Au matin, Théonas demanda à Andronicus la permission de partir en paix vers leur monastère ; mais le patriarche dit : « Toi, va en paix ; mais le frère Benjamin désormais ne t'appartient plus, car le Seigneur l'a choisi pour être son serviteur. » Et aussitôt il le prit et l'ordonna prêtre. Benjamin se mit à vivre avec le patriarche, à l'assister dans les œuvres ecclésiastiques et dans son administration. Andronicus se réjouissait grandement de lui, et quand sa mort approcha, il chargea le clergé que Benjamin fût patriarche après lui ; ainsi, lorsqu'il entra dans le repos, on fit Benjamin patriarche sur le trône évangélique.

Héraclius et la persécution melkite

Les Perses demeurèrent maîtres de l'Égypte et de ses provinces six ans encore. Puis Héraclius, qui avait été chef des patrices sous Phocas, l'empereur mécréant, lui succéda sur le trône et se consacra à la tâche de combattre les Perses. Par la grâce du Christ, il marcha contre eux, tua Chosroès leur roi mécréant, ruina sa ville et la rendit déserte, emporta ses richesses et ses captifs en triomphe à Constantinople. Maître du pays, Héraclius nomma des gouverneurs en tout lieu et envoya en Égypte un gouverneur nommé Cyrus, pour être en même temps préfet et patriarche.

Quand Cyrus[106] vint à Alexandrie, l'ange du Seigneur en annonça la venue au Père Benjamin et lui ordonna de fuir : « Fuis, toi et ceux qui sont avec toi ici, car de grandes épreuves viendront sur vous. Mais console-toi, ce combat ne durera que dix ans. Écris à tous les évêques de ton diocèse qu'ils se cachent jusqu'à ce que la colère du Seigneur soit passée. » Le Père Benjamin, le confesseur et le combattant par la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ, régla les affaires de l'Église, instruisit le clergé et les laïcs, et leur enjoignit de demeurer attachés à la juste foi jusqu'à la mort. Puis il écrivit aux autres évêques de la province d'Égypte qu'ils se cachassent avant la tentation à venir.

Après cela, Benjamin partit par la route de la Maréotide, marchant à pied de nuit, accompagné de deux de ses disciples, jusqu'à al-Muna. De là, il alla au Ouadi Habib. Les moines y étaient peu nombreux, car peu de temps s'était écoulé depuis la ruine survenue aux jours du patriarche Damien ; et les Berbères ne leur permettaient pas de s'y multiplier. Benjamin sortit alors du Ouadi Habib et partit en Haute-Égypte ; il s'y cacha dans un petit monastère du désert jusqu'à l'accomplissement des dix années, comme l'ange du Seigneur le lui avait dit. Ce furent les années pendant lesquelles Héraclius et le Colchien régnèrent sur la terre d'Égypte. Et à cause de la grandeur des épreuves, des angoisses et des afflictions que le Colchien fit descendre sur les orthodoxes pour les contraindre à entrer dans la foi chalcédonienne, un nombre incalculable d'entre eux s'égarèrent : les uns sous la persécution, les autres par les présents et les honneurs, d'autres encore par la persuasion et la tromperie. Cyrus, évêque de Niciu, et Victor, évêque du Fayoum, et beaucoup d'autres renièrent ainsi la foi orthodoxe, pour n'avoir pas obéi aux instructions du bienheureux Père Benjamin et ne pas s'être cachés comme les autres ; car le Colchien les saisit à l'hameçon de son erreur, et ils se rangèrent à l'impur concile de Chalcédoine.

Le martyre de Ménas, frère du patriarche

Héraclius fit saisir le bienheureux Ménas, frère du Père Benjamin, le patriarche, et fit venir sur lui de grandes épreuves. Il fit appliquer des torches allumées à ses côtés jusqu'à ce que la graisse de son corps suintât et coulât à terre, et fit lui briser les dents parce qu'il confessait la foi. Il commanda finalement qu'on remplît un sac de sable, qu'on y plaçât le saint Mennas et qu'on le noyât dans la mer. Car Héraclius le mécréant leur avait ordonné : « Si l'un d'eux dit que le concile de Chalcédoine est véritable, qu'il s'en aille libre ; mais noyez dans la mer ceux qui disent qu'il est erroné et faux. » Ils firent donc comme le prince le commandait, et jetèrent Ménas dans la mer. Ils prirent le sac, le conduisirent à sept portées d'arc de la terre, et lui dirent : « Dis que le concile de Chalcédoine est bon et non autrement, et nous te délivrerons. » Mais Ménas ne le voulut pas. Ils firent cela trois fois ; et comme il refusait, ils le noyèrent. Ils ne purent vaincre ce champion, Ménas, mais il les vainquit par sa patience chrétienne.

Héraclius établit alors des évêques par tout le pays d'Égypte jusqu'à la cité d'Antinoé, et soumit les habitants d'Égypte à de dures épreuves ; comme un loup ravisseur, il dévora le troupeau raisonnable sans s'en rassasier. Et ce peuple bienheureux ainsi persécuté, c'étaient les Théodosiens.

Le songe d'Héraclius et l'apparition des musulmans

En ces jours-là, Héraclius vit un songe dans lequel on lui disait : « En vérité, viendra contre toi une nation circoncise, qui te vaincra et prendra possession du pays. » Héraclius pensa qu'il s'agirait des Juifs, et donna en conséquence l'ordre que tous les Juifs et Samaritains fussent baptisés dans toutes les provinces qui lui étaient soumises. Mais après peu de jours apparut un homme d'entre les Arabes, des districts du sud, c'est-à-dire de la Mecque ou de ses environs, dont le nom était Muhammad ; il ramena les adorateurs d'idoles à la connaissance d'un Dieu unique et leur fit déclarer que Muhammad était son apôtre. Sa nation était circoncise dans la chair, non par la Loi, et priait vers le sud, tournée vers un lieu qu'ils appelaient la Kaaba. Il prit possession de Damas et de la Syrie, traversa le Jourdain et l'endigua. Le Seigneur abandonna devant lui l'armée des Romains, en punition de leur foi corrompue et à cause des anathèmes prononcés contre eux, à cause du concile de Chalcédoine, par les anciens pères[107].

À cette vue, Héraclius assembla toutes ses troupes depuis l'Égypte jusqu'aux frontières d'Assouan. Pendant trois ans, il continua de payer aux musulmans les impôts qu'il avait exigés pour lui-même et son armée. On appelait cette taxe le bakt, c'est-à-dire une somme prélevée par tête. Cela dura jusqu'à ce qu'Héraclius eût payé aux musulmans la plus grande partie de son argent ; et beaucoup de gens moururent des épreuves endurées.

L'arrivée de Amr ibn al-Asi

Quand dix ans furent écoulés du règne conjoint d'Héraclius et du Colchien, lequel ne cessait de rechercher le patriarche Benjamin tandis que celui-ci fuyait de lieu en lieu, se cachant dans les églises fortifiées, le prince des musulmans envoya en Égypte une armée sous le commandement d'un de ses compagnons de confiance, nommé Amr fils d'al-Asi, en l'an 357 de Dioclétien le tueur des martyrs. Cette armée de l'islam descendit en Égypte en grande force, le douzième jour de Baounah, qui est le sixième de juin selon les mois des Romains. Le commandant Amr détruisit le fort, brûla les navires, défit les Romains et prit possession d'une partie du pays. Étant d'abord arrivé par le désert, ses cavaliers prirent la route à travers les montagnes jusqu'à une forteresse de pierre, entre la Haute-Égypte et le Delta, appelée Babylone. Ils y plantèrent leurs tentes, jusqu'à être prêts à combattre les Romains et leur faire la guerre ; et plus tard, ils nommèrent ce lieu, j'entends la forteresse, dans leur langue Bablun al-Fustat ; et tel est son nom jusqu'à ce jour.

Après trois batailles avec les Romains, les musulmans les vainquirent. Voyant cela, les chefs de la cité allèrent trouver Amr et reçurent un sauf-conduit afin que la ville ne fût pas pillée. Cette forme de traité, que Muhammad le chef des Arabes leur avait enseignée, ils l'appelaient la Loi ; et il dit à ce sujet : « Quant à la province d'Égypte et à toute cité qui consent avec ses habitants à vous payer la taxe foncière et à se soumettre à votre autorité, faites traité avec eux et ne leur faites pas tort. Mais pillez et faites prisonniers ceux qui n'y consentent pas et vous résistent. » Pour cette raison, les musulmans n'étendirent pas la main sur la province et ses habitants, mais détruisirent la nation des Romains et leur général, qui se nommait Marianus. Ceux des Romains qui échappèrent s'enfuirent à Alexandrie, en fermèrent les portes aux Arabes, et se fortifièrent dans la cité.

En l'an 360 de Dioclétien, au mois de décembre, trois ans après qu'Amr eut pris possession de Memphis, les musulmans s'emparèrent de la ville d'Alexandrie, en détruisirent les murs et y brûlèrent par le feu beaucoup d'églises. Ils brûlèrent l'église de saint Marc, qui était bâtie près de la mer, là où son corps reposait : ce lieu même où le père et patriarche Pierre le Martyr alla avant son martyre bénir saint Marc, et lui confier son troupeau raisonnable comme il l'avait reçu. Ils brûlèrent donc ce lieu et les monastères qui l'entouraient.

La tête de saint Marc retrouvée

Or à l'incendie de cette église, un miracle eut lieu que le Seigneur accomplit. L'un des capitaines des navires — j'entends le capitaine du navire du duc Sanutius — escalada le mur, descendit dans l'église, vint au sanctuaire et trouva qu'on en avait enlevé les couvertures, les pillards pensants qu'il y avait là de l'argent dans la châsse. Comme ils n'y trouvèrent rien, ils ôtèrent le voile recouvrant le corps du saint Marc, mais ses ossements furent laissés en place. Le capitaine du navire mit la main dans la châsse et y trouva la tête du saint Marc, qu'il prit. Il retourna secrètement à son navire, n'en parla à personne, et cacha la tête dans la cale parmi son bagage.

Quand Amr fut pleinement maître d'Alexandrie et eut réglé ses affaires, l'infidèle gouverneur d'Alexandrie, qui était à la fois préfet et patriarche de la cité sous les Romains, craignit qu'Amr ne le tuât ; il suça donc une bague à signature empoisonnée et mourut sur-le-champ. Mais Sanutius, le duc croyant, fit savoir à Amr la situation du père et combattant, le patriarche Benjamin, et comment il était fugitif devant les Romains, par crainte d'eux. Amr fils d'al-Asi écrivit alors aux provinces d'Égypte une lettre où il disait : « Il y a protection et sécurité pour le lieu où se trouve Benjamin, patriarche des chrétiens coptes, et paix de Dieu sur lui ; qu'il vienne donc en sécurité et en tranquillité, et qu'il administre les affaires de son Église et le gouvernement de sa nation. »

Le retour de Benjamin et sa rencontre avec Amr

À ces paroles, le saint Benjamin revint à Alexandrie avec grande joie, portant la couronne de la patience et du dur combat tombés sur le peuple orthodoxe par leur persécution par les hérétiques, après avoir été absent treize années — dix années d'Héraclius le mécréant Romain et trois années précédant la conquête d'Alexandrie par les musulmans. Quand Benjamin parut, le peuple et toute la ville se réjouirent, et son arrivée fut signalée à Sanutius, le duc qui croyait au Christ, et qui avait conclu avec le commandant Amr le retour du patriarche, et reçu d'Amr un sauf-conduit pour lui. Sanutius alla donc trouver le commandant et lui annonça que le patriarche était arrivé ; Amr donna l'ordre que Benjamin lui fût amené avec honneur, vénération et amour.

Amr, en voyant le patriarche, le reçut avec respect et dit à ses compagnons et amis privés : « En vérité, dans tous les pays dont nous avons jusqu'ici pris possession, je n'ai vu d'homme de Dieu semblable à cet homme. » Car le Père Benjamin était de beau visage, excellent en parole, discourant avec calme et dignité. Amr se tourna vers lui et lui dit : « Reprends le gouvernement de toutes tes églises et de ton peuple, et administre leurs affaires. Et si tu pries pour moi, afin que j'aille à l'Occident et à la Pentapole et que j'en prenne possession comme je l'ai fait de l'Égypte, et que j'en revienne sain et sauf et rapidement, je ferai pour toi tout ce que tu me demanderas. » Alors le saint Benjamin pria pour Amr, et prononça un discours éloquent qui fit l'admiration d'Amr et de tous les présents, contenant des paroles d'exhortation et de grand profit pour ceux qui l'entendaient, il révéla aussi à Amr certaines choses, et sortit de sa présence honoré et révéré. Tout ce que le bienheureux père dit au commandant Amr fils d'al-Asi, il le trouva vrai, et il n'en manqua pas une lettre.

Quand donc ce père spirituel Benjamin le patriarche s'assit une seconde fois au milieu de son peuple, par la grâce et la miséricorde du Christ, toute la terre d'Égypte se réjouit. Il ramena à lui la plupart de ceux qu'Héraclius le prince hérétique avait égarés ; car il les amenait à revenir à la juste foi par sa douceur, les exhortant avec courtoisie et consolation. Beaucoup de ceux qui s'étaient enfuis à l'Occident et à la Pentapole par crainte d'Héraclius, à la nouvelle de la réapparition de leur pasteur, revinrent à lui avec joie, et obtinrent la couronne du confesseur. De même, les évêques qui avaient renié leur foi, il les invita à revenir à la croyance orthodoxe ; certains revinrent avec d'abondantes larmes ; mais les autres ne voulurent pas revenir, par honte devant les hommes — qu'il fût su parmi eux qu'ils avaient renié la foi —, et demeurèrent dans leur erreur jusqu'à leur mort.

Le miracle du navire immobile

Après cela, Amr et ses troupes partirent d'Alexandrie, et le duc Sanutius aimant le Christ partit avec lui. Cette nuit-là, le patriarche vit en songe un homme en habit lumineux, vêtu comme les disciples, qui lui dit : « Ô mon bien-aimé, fais-moi place avec toi pour que je demeure en ce lieu ce jour, car j'aime ta demeure. » Or le lieu où résidait le patriarche était une demeure pure et sans souillure, dans un monastère appelé monastère de Métras, qui était la résidence épiscopale. Car toutes les églises et tous les monastères qui appartenaient aux vierges et aux moines avaient été souillés par Héraclius l'hérétique, quand il les avait forcés à recevoir la foi de Chalcédoine, sauf ce monastère seul ; ses occupants étaient extrêmement vaillants, Égyptiens de race et tous indigènes, sans étranger parmi eux ; et il n'avait pu incliner leurs cœurs.

Lorsque les navires contenant les provisions et le butin des troupes, et le bagage du duc croyant Sanutius et de ses compagnons, étaient sur le point d'appareiller, le propre navire de Sanutius demeura immobile et ne pouvait être mis en route. Une grande foule s'assembla près de ce navire, supposant qu'il avait touché le fond, attacha des câbles de halage et tira de toutes ses forces ; le navire ne bougeait toujours pas. On alla trouver le duc et on l'en informa, car il voguait avec le commandant. Le duc s'en étonna grandement, ancra le navire dans lequel se trouvait le commandant Amr et revint accompagné de beaucoup de gens. Quand il arriva au navire, il vit près de lui une foule innombrable d'hommes incapables de le faire bouger. Il leur dit donc : « Tournez la proue de ce navire vers la cité. » Quand ils l'eurent tourné comme pour entrer dans la cité, il fila comme une flèche vers elle. Le duc leur dit : « Tirez-le vers l'extérieur. » Ils le tirèrent jusqu'à sa position première, où il s'arrêta et demeura immobile. On retourna le navire vers l'intérieur, il fila ; on le tira vers l'extérieur, il s'arrêta. Cela arriva trois fois. Le duc dit alors au capitaine du navire : « Apporte-moi le bagage des matelots, que j'en fasse l'inspection, pour voir ce qu'il en est, et pour découvrir la cause qui contraint ce seul navire à demeurer immobile parmi tous ceux-ci. »

Le capitaine qui avait pris la tête du saint Marc l'évangéliste prit peur, se jeta aux pieds du duc et lui avoua ce qu'il avait fait, et que la tête était cachée parmi son bagage. On hala donc son bagage de la cale et l'on y trouva la tête. On alla en hâte faire savoir au Père Benjamin exactement ce qui s'était passé. Il monta sur-le-champ son cheval, prit avec lui un groupe du clergé, vint au duc et lui raconta le songe qu'il avait eu cette nuit-là ; sur quoi tous dirent : « En vérité, c'est la tête du saint Marc l'évangéliste. » Dès que le patriarche Benjamin arriva au navire et prit la tête pure, libérant ainsi le navire, celui-ci appareilla aussitôt et partit en ligne droite. Lui et le duc et tout le peuple connurent la vérité du récit, rendirent témoignage à ce miracle et glorifièrent Dieu. Le duc donna au patriarche beaucoup d'argent et lui dit : « Reconstruis l'église du saint Marc, et prie-le pour notre salut. » Le père patriarche retourna à la ville, portant la tête sur sa poitrine ; le clergé marchait devant lui en chantant et louant, comme il convenait à la réception de cette tête sacrée et glorieuse. Il fit faire un coffret de bois de teck muni d'un cadenas, où il plaça la tête ; et il attendit le moment où il pourrait trouver les moyens de bâtir une église.

La grande famine sous Abd Allah ibn Saʿd

Quand Amr retourna en Égypte, il en repartit encore une fois vers l'armée du prince des musulmans, et un homme nommé Abd Allah, fils de Saʿd, fut envoyé en Égypte à sa place. Cet homme arriva accompagné de beaucoup de gens ; étant cupide, il amassa pour lui-même des richesses en Égypte. Il fut le premier à construire le Diwan à Misr et commanda que tous les impôts du pays y fussent réglés.

Aux jours d'Abd Allah fils de Saʿd, une grande disette se déclara, dont la pareille n'avait été vue depuis le temps de Claude le mécréant jusqu'à son temps. Tous les habitants de la Haute-Égypte descendirent dans le Delta en quête de provisions ; les morts étaient jetés dans les rues et sur les places, comme les poissons que l'eau rejette à terre, parce qu'on ne trouvait personne pour les ensevelir ; certains dévoraient de la chair humaine. Et si le Seigneur n'avait été compatissant — par la multitude de ses miséricordes et les prières de notre Père Benjamin le saint —, et n'avait mis fin promptement à cette disette, tous les habitants de la terre d'Égypte auraient péri ; car chaque jour mouraient parmi le peuple des myriades innombrables. Mais le Seigneur exauça les prières du patriarche, eut pitié de son peuple et le rassasia de ses biens, comme il est écrit[108] : « Les yeux de tous se tournent vers toi, et tu leur donnes la nourriture en son temps ; quand tu la leur donnes, ils vivent et sont rassasiés de tes biens. »

Agathon, fils spirituel de Benjamin

Or le saint Benjamin avait auprès de lui un homme plein de grâce et de sagesse, doux comme la colombe, dont le nom était Agathon ; il était prêtre de l'église et originaire de la Maréotide. Dans les jours d'Héraclius à Alexandrie, il se déguisait en habit de laïc et allait la nuit consoler les orthodoxes qui s'y cachaient, régler leurs affaires et leur donner des saints Mystères. S'il fallait le faire de jour, il portait sur l'épaule une corbeille contenant des outils de charpentier et se faisait passer pour charpentier, afin que les hérétiques ne l'arrêtassent point ; il trouvait ainsi moyen d'entrer dans les maisons ou les logements des orthodoxes pour leur donner les Mystères, les encourager à la patience et les consoler. Il fit cela dix ans, jusqu'au temps de l'apparition des musulmans. Quand donc le bienheureux Benjamin revint à son siège en paix, il adopta Agathon comme son fils dans l'administration de la sainte Église.

La consécration de l'église de saint Macaire

Le Père Benjamin raconta à Agathon le grand mystère qu'il avait vu manifestement lors de la consécration du saint sanctuaire du glorieux Père saint Macaire, au Ouadi Habib, et les canons et règles qu'il y dressa. Voici son récit : « Quand j'étais en ma cité d'Alexandrie, ayant trouvé un temps de paix et de délivrance des persécutions et des guerres des hérétiques, vint la fête de la Nativité du Seigneur Christ, le 28 de Kihak, et nous nous assemblâmes en l'église de la Pure Dame Marie, Mère de la Lumière, qu'on appelle le Portique des Anges. Nous offrîmes de nombreuses prières en présence du clergé, des chefs de la cité et de tout le peuple, vieillards et enfants, pour célébrer la louange de la Dame et Vierge qui enfanta Dieu le Verbe véritablement incarné en ce monde, Seigneur des seigneurs et Roi des rois ; et pour observer en même temps la fête du Seigneur Christ, Fils unique-engendré, qui s'est incarné et s'est fait homme, et est né de la Pure Vierge à Bethléem de Juda, un seul Christ indivisible. Je vis alors certains moines au visage calme et digne, semblables à des anges, qui s'étaient mis au milieu de l'assemblée ; quelques-uns étaient prêtres et d'autres venaient du désert du saint Macaire. Ils ne purent m'atteindre à cause de la multitude. L'un des prêtres vint vers moi et me signala leur entrée ; je dis : Je les ai vus. Et je lui dis d'aller à eux ; il les invita à venir à moi. »

Quand ils m'approchèrent, je m'enquis de la cause de leur venue de si loin. Ils dirent :
« Nous sommes venus à toi pour prier ta paternité, en faisant prostration, de prendre pour l'amour de Dieu la peine d'un voyage au monastère de la Sainte Montagne, le Ouadi Habib, demeure de notre père Macaire le Grand, afin de consacrer la nouvelle église qui lui a été bâtie au pied du rocher parmi les cellules ; car beaucoup de vieillards et de malades habitent des cellules éloignées, près de l'eau, et se fatigueraient à monter au sommet du rocher. Sois-nous donc gracieux, ô notre père, et supporte cette fatigue, afin que les pères et les moines reçoivent ta bénédiction ; tous aspirent à voir ta sainteté. À ces paroles, je leur dis dans ma pauvreté avec joie : Ah, plaise à Dieu de me rendre digne de cette tâche ! »

Le patriarche fit le voyage avec Agathon le prêtre et Cosmas le scribe. Ils visitèrent Tarujah, puis le désert d'al-Muna qui est celui d'Abba Isaac, près de la montagne de Bernuj, et les frères qui s'y trouvaient se réjouirent grandement. Ils arrivèrent au monastère de Baramous — celui de Maxime et Domèce — où ils descendirent à l'église du saint Isidore et passèrent un jour. Enfin ils vinrent au monastère du saint Macaire. À leur approche, les jeunes moines vinrent à leur rencontre avec des palmes à la main ; après eux venaient les vieillards portant des encensoirs fumants, et un groupe du clergé chantant comme des anges, semblables à ceux qui vinrent à la rencontre du Seigneur Christ depuis Jérusalem le dimanche des Rameaux.

Une vision du patriarche Macaire

Quand le matin du 8 de Toubah arriva, et qu'on commença la prière de consécration, le patriarche vit un vieillard à la grande lumière et à la radieuse éclat sur le visage. « Tandis que je le contemplais, raconte-t-il, je dis en moi-même : Cet homme est digne d'être fait évêque pour gouverner beaucoup de peuple ; et s'il plaît au Seigneur, dès qu'un siège sera vacant, je l'établirai sur lui ; car c'est un saint homme, propre à cet office. Pendant que je pensais cela, je vis un séraphin à six ailes qui m'apparut et se tint à mes côtés. Il me dit : Ô évêque, pourquoi penses-tu à ce vieillard ? C'est saint Macaire, père des patriarches, des évêques et des moines qui ont vécu dans ce désert ; il est venu pour la consécration de cette église. À ces paroles, je fus confondu devant lui et le contemplai tandis qu'il se tenait parmi ses fils dans une grande joie ; la voix de ce séraphin retentissait à mes oreilles, et j'avais peur de lui. »

Le séraphin dit ensuite à Benjamin : « Si ses fils marchent dans la voie droite où il a marché, alors ils entreront avec lui dans le lieu du Roi et se réjouiront avec lui. Mais celui qui brise ses commandements n'a pas part avec lui, mais sera chassé du troupeau et n'aura pas d'héritage avec lui. » Le saint Macaire dit alors au séraphin : « Ne mets pas ton sceau, ô mon Seigneur, sur mes fils avec ces paroles. Car s'il se trouve une seule grappe dans un raisin, elle ne périra pas, parce que la bénédiction de Dieu est en elle ; et j'ai confiance dans le Christ, l'Aimant de mon âme, que s'il trouve parmi mes enfants un seul commandement gardé — savoir l'amour les uns des autres — ou s'ils lèvent ne fût-ce qu'une fois par jour les yeux au ciel vers le Seigneur Christ, il ne les oubliera pas dans sa miséricorde, mais les délivrera de la punition de l'enfer éternel. Car le Seigneur, Aimant des hommes, accorde au pécheur la repentance et ne veut pas sa mort, mais qu'il se tourne et se repente, afin qu'il le reçoive. »

Quand j'eus entendu ces paroles de saint Macaire au séraphin, je compris son amour pour ses enfants. Toi, Agathon, et l'évêque de Niciu me dîtes : « À qui parles-tu, ô notre père ? » Et je vous dis : « Je parle à saint Macaire, père de cette montagne. Car il est un temps pour parler et un temps pour se taire. Je montai au sanctuaire, dis la prière sur le chrême, et le pris pour oindre le saint sanctuaire. » Et j'entendis une voix qui disait : « Observe, ô évêque ! Quand je marquai le sanctuaire avec le chrême, je vis la main du Seigneur Christ, le Sauveur, sur les murs, oignant le sanctuaire. Une grande crainte tomba sur moi, et un tremblement, tel que vous l'avez vu en moi ; mais vous et les présents ne saviez pas la cause, ni ce que j'avais vu et entendu. »

La vision du Paradis et les canons du monastère

Quand j'eus terminé la consécration du dôme, je sortis dans le corps de l'église pour en consacrer murs et colonnes ; et pour finir je revins m'asseoir dans le dôme. Je vous dis : J'ai été ravi aujourd'hui au Paradis du Seigneur Sabaôth, et j'ai entendu des voix qui ne peuvent être exprimées ni conçues dans le cœur de l'homme, comme le dit le sage apôtre Paul. Croyez-moi, mes frères, j'ai vu aujourd'hui la gloire du Christ remplissant ce dôme ; et j'ai vu de mes propres yeux de pécheur la sainte paume, la sublime main du Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur, oignant la table d'autel de ce saint sanctuaire. J'ai vu aujourd'hui les séraphins et les anges et les archanges, et toutes les saintes armées du Très-Haut, louant le Père, le Fils et le Saint-Esprit en ce dôme. J'ai vu le père des patriarches, des évêques et des docteurs de l'Église orthodoxe, debout au milieu de nous parmi les frères ses fils dans la joie — j'entends le Père Macaire le Grand. Vraiment ce sanctuaire est sous le trône du Tout-Puissant. Ce sanctuaire est ce que décrit le prophète Isaïe quand il dit[109] : Il y aura un autel pour Dieu dans la terre d'Égypte, et une stèle, et cinq villes parlant la langue de Chanaan.

Quand j'eus achevé le service divin et communié le clergé, je vis encore une grande grâce que je ne dois pas te cacher. Car lorsque les vieillards montaient pour la communion, je voyais une vapeur d'encens monter comme un parfum de leurs bouches, en sorte que je pensais que chacun de ces pères et moines portait un encens en venant communier. Le toit de l'église s'ouvrit, et ce parfum en monta. J'observai leurs bouches pendant qu'ils priaient en s'approchant de l'Hostie, et je vis les paroles et l'encens qui sortaient de leurs bouches monter au ciel. Je m'assurai alors que c'étaient leurs pétitions et leurs prières, qu'ils prononçaient en recevant les saints Mystères qui sont le Corps et le Sang du pur Seigneur Jésus-Christ. Je vis les anges recueillant leurs prières et les portant devant le trône du Seigneur. À cause de la puissance de leurs prières et de leurs supplications, je pensai : Vraiment ceci est le chandelier d'or portant la lampe ; ceci est le joyau précieux ; ceci est l'étoile du matin qui se lève et brille sur le monde entier.

Cette nuit-là, Benjamin vit en songe un homme lumineux qui lui dit : « Réveille-toi, ô évêque, et lève-toi pour mettre en ordre les canons de cette église et de ce sanctuaire ensemble ; afin que chacun, prêtre ou diacre, se garde dans sa conduite en parfaite patience et tranquillité vertueuse, parce que le Christ notre Seigneur et tous ses anges sont ici ; et écris ces canons en mémorial pour cette sainte église à jamais. Car viendra une génération tordue qui aimera la louange des hommes plus que la gloire de Dieu, et foulera ce saint lieu sans honte et avec arrogance, marchandant pour de l'or la grâce du Saint-Esprit qu'il a donnée à son peuple, et brisant les canons apostoliques. »

Les canons du monastère de saint Macaire

Le patriarche promulgua alors les canons suivants pour le monastère de saint Macaire (I) Aucun prêtre ne montera au sanctuaire avant d'avoir revêtu son pallium, avant de porter l'encens au sanctuaire. (II) Aucun prêtre ou diacre n'y communiera avant de s'être revêtu de l'épomis ou d'un pallium. (III) Aucun prêtre ou diacre ne dira en ce saint dôme aucune parole oiseuse, ni ne s'y assoira pour lire quelque livre. Qui transgressera ce canon sera anathème. (IV) Si quelque prêtre ou moine entre en ce dôme, à moins qu'il ne soit affecté au service de ce sanctuaire, qu'il soit anathème. (V) Si quelque prêtre de ce lieu amène en ce dôme et tabernacle saint un prêtre étranger de Misr ou un officiel, pour la gloire humaine, qu'il soit anathème. (VI) Si quelqu'un persiste à entrer en ce saint dôme indûment, le Seigneur Jésus-Christ le rejettera. (VII) Si quelqu'un transgresse pour obtenir lot en ce saint lieu par argent ou pot-de-vin, qu'il soit dégradé, lui et quiconque l'aide à y entrer pour la gloire humaine, surtout s'il est notoirement mauvais et orgueilleux.

« Sachez, mes frères, que pas un de ceux-ci ne recevra le lot de Jacob ; et la puissance qui demeure en ce lieu et en ce saint sanctuaire ne consentira à aucune de ces choses. Mais qu'un moine soit humble, pur, pacifique, parfait en toutes les qualités approuvées, comme le maître Paul l'a attesté dans ce qu'il a dit de ce degré. » Le séraphin annonça enfin à Benjamin : « Ton départ, ô Benjamin, de ce monde, qui est la séparation de ton âme et de ton corps, correspondra au jour de la consécration de cette église. Tu partiras vers le Seigneur Christ que tu aimes, pour te reposer dans la Jérusalem céleste, cité des prédestinés, avec tous les élus. »

Le miracle de la guérison du fils de l'officier

Il y avait dans la cité de Niciu un grand officier dont la coutume était d'entrer toujours dans les saints monastères du Ouadi Habib ; il était présent au jour de la consécration de l'église de saint Macaire, accompagné d'un fils à lui affligé d'une maladie, en qui se manifesta un autre grand et éclatant prodige opéré par le bienheureux Père Macaire — le père de la Sainte Montagne au Ouadi Habib, consolateur de tous les patriarches, évêques, moines et docteurs du monde entier. Cet officier confia son fils à un saint moine. Quand la consécration et la liturgie furent achevées et le peuple ayant communié, le fils de l'officier dormait dans la sainte église ; et à ce moment il poussa un cri dans son sommeil, effrayant les présents. Le moine s'enhardit, alla au jeune homme et le réveilla ; et au réveil, l'assemblée le contempla : voici, il était guéri, et semblait une nouvelle créature en ce jour. Tous glorifièrent Dieu pour ce grand miracle.

Le Père Benjamin appela le jeune homme et lui dit : « Ô mon fils, explique-moi ce que tu as vu en songe et ne m'en cache rien. » Le jeune homme dit : « Pendant que je dormais, je vis un grand vieillard à la barbe légère descendant sur sa poitrine, qui pressa mon corps de ses mains, en sorte que je criai de douleur. Puis il saisit de sa main le bord de mon vêtement et le tira par-dessus ma tête, et je vis toute ma maladie et mes plaies adhérant à mon vêtement, qui furent enlevées avec lui de mon corps. Et il me dit : Aie bon courage, mon fils, car voici, tu es guéri. Quand ce père et moine eut fini, je me suis relevé guéri. C'est ce qui m'est arrivé, ô mon seigneur et père. »

La mort du Père Benjamin

Le bienheureux Père Benjamin fut atteint d'une maladie aux pieds, outre la vieillesse qui était venue sur lui. Il demeura ainsi malade deux ans, jusqu'à ce que les saints prient pour lui afin que Dieu le libère de la prison de ce monde plein de tristesse et le conduise à eux au lieu où il n'y a ni tristesse ni douleur, mais qui est plein de joie au pays des vivants. Dieu accepta leurs prières et envoya à Benjamin trois personnages, savoir Athanase l'Apostolique, Sévère et Théodose les patriarches, qui furent présents à sa mort et précédèrent sa sainte âme, tandis que les saints anges la portaient sur leurs ailes pures, montant avec elle au ciel avec gloire et honneur, les voix de louange et de glorification la précédant, jusqu'à ce qu'elle atteignît le pays des saints, comme l'époux entre dans sa chambre ou le roi dans son palais.

Il partit donc vers le Christ son roi, après avoir achevé son combat, fini sa course et gardé sa foi, sans avoir perdu une seule de ses brebis, le 8 de Toubah, après avoir été patriarche trente-neuf ans, gardant la foi, portant la couronne de l'exil qu'il avait reçue du Seigneur Christ. À lui soit gloire avec le Père miséricordieux et le Saint-Esprit, le Donneur de Vie. Amen.

Abba Agathon dit : « Ceux dont les pensées sont au ciel sont éclairés par la gloire de Dieu, qui est le Père de la lumière ; l'amour spirituel de Dieu est en eux, comme il est écrit[110] : Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Tel fut le Père Benjamin, le patriarche, le maître des orthodoxes, qui comprenait l'interprétation des Écritures, demeurait au désert et saisissait beaucoup de mystères ; car il méprisait son corps et tranchait ses désirs, pour l'amour du Seigneur Christ notre Dieu qui est au-dessus de tout. Et moi, le pécheur Agathon, je fus le fils du Père Benjamin et j'ai connu beaucoup de ses vertus par mon intimité avec lui. »

Avec l'aide de Dieu s'achève la première moitié de la première partie du Livre des Histoires des Patriarches de la grande cité d'Alexandrie, successeurs de saint Marc l'Évangéliste. Que Dieu nous accorde la bénédiction de ses prières et des leurs ! Et leur nombre est de trente-huit patriarches.

À propos de l'auteur

Sévère ibn al-Muqaffaʿ (en arabe : ساويرس بن المقفع), connu également sous le nom d'Abou al-Bichr ibn al-Muqaffaʿ, fut évêque copte d'al-Achmounaïn (l'antique Hermopolis Magna, en Moyenne-Égypte) durant la seconde moitié du Xe siècle. Théologien et apologiste de l'Église copte d'Alexandrie, il compta parmi les premiers auteurs chrétiens à composer ses œuvres directement en langue arabe, à une époque où la communauté copte effectuait sa transition linguistique du copte vers l'arabe sous le califat fatimide.

Sa contribution la plus considérable demeure la compilation de l'Histoire des Patriarches d'Alexandrie, vaste chronique ecclésiastique des successeurs de saint Marc à la tête de l'Église copte. Selon son propre témoignage dans la troisième préface, Sévère rassembla les notices et biographies dispersées dans plusieurs centres monastiques — notamment le monastère de Saint-Macaire au Ouadi Natroun et celui de Nahya — et fit traduire en arabe les documents originellement rédigés en copte ou en grec, sollicitant pour cette tâche le concours du diacre Michel, fils d'Apater.

Cette première partie de l'Histoire — couvrant la période qui va de la prédication apostolique de saint Marc à Alexandrie jusqu'à la mort de Benjamin Ier vers 661, c'est-à-dire les trente-huit premiers patriarches — constitue une source précieuse pour la connaissance des origines du christianisme égyptien et de sa traversée des grands débats christologiques. Elle s'inspire largement de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée pour les événements antérieurs au IVe siècle, qu'elle complète et enrichit de traditions propres à la mémoire copte : récits hagiographiques, anecdotes miraculeuses, listes synaxariques. Pour les époques postérieures, Sévère s'appuie sur des sources désormais perdues, en particulier les Actes du Débat d'Archélaüs (sur Manès) et plusieurs vies hagiographiques antiques.

L'œuvre fut éditée pour la première fois dans son texte arabe original par Christian Frédéric Seybold à Hambourg, puis dans la prestigieuse collection du Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium (Beyrouth, 1904). Une traduction anglaise annotée, accompagnée d'une édition critique parallèle, fut établie par B. Evetts et publiée en 1904-1907 dans la Patrologia Orientalis dirigée par Mgr Graffin et l'abbé Nau (tome I, fascicules 2 et 4 ; tome V, fascicule 1 ; tome X, fascicule 5). La présente édition française, fondée sur ces sources convergentes, vise à rendre accessible au lecteur francophone ce monument de l'historiographie copte, en simplifiant la langue, en transcrivant les noms propres selon les usages français, et en conservant l'intégralité des récits et anecdotes qui font la saveur originale du texte.



[1]Cf. Jérémie XLVI, 25 ; Nahum III, 8 ; voir aussi Ézéchiel XXX, 14-16 (Vulgate).

[2]Romains V, 3-4.

[3]Hébreux XII, 8.

[4]Jean XVII, 12 ; XVIII, 9.

[5]Matthieu V, 14-16.

[6]Matthieu XI, 28.

[7]Matthieu VII, 7 ; Luc XI, 9.

[8]Psaume CXV, 1-3 (Septante CXIII, 9-11).

[9]Les versions grecques portent : « du temps de Justinien de pieuse mémoire ».

[10]ἀργυροπράτης, un commerçant en argent.

[11]L'Urim et le Thummim, en grec Δήλωσις καὶ Ἀλήθεια, en latin Doctrina et Veritas.

[12]Du grec κῶδιξ, registre officiel.

[13]Luc IV, 14-22.

[14]Psaume CX, 4 (Septante CIX).

[15]Psaume LXXXIX, 48 (Septante LXXXVIII).

[16]Cf. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, I, 3.

[17]« Dans les Mémoires de sa captivité » (Ἐν τοῖς τῆς αἰχμαλωσίας αὐτοῦ ὑπομνήμασιν).

[18]Cf. Bargès, Homélie sur saint Marc, Paris, 1877, p. 73-80 (premier appendice).

[19]Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 16.

[20]Cf. Bargès, op. cit., p. 81-90 (second appendice) ; Acta Sanctorum, 25 avril.

[21]Tὰ Bουκόλου, « le Pâturage des bœufs », un quartier d'Alexandrie en bord de mer, à l'est de la ville.

[22]Σύρωμεν τὸν βούβαλον ἐν τοῖς Βουκόλου — « Traînons le bouvillon dans le quartier de Boucalia ».

[23]Τὸ Ἀγγέλιον, lieu dit d'Alexandrie.

[24]Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 24.

[25]Eusèbe, op. cit., III, 14 et 21.

[26]Eusèbe, op. cit., III, 21.

[27]Eusèbe, op. cit., IV, 1 et 4.

[28]Eusèbe, op. cit., IV, 4 et 5.

[29]Eusèbe, op. cit., IV, 5 et 11.

[30]Eusèbe, op. cit., IV, 11.

[31]Eusèbe, op. cit., IV, 11 et 19.

[32]Eusèbe, op. cit., IV, 19 et V, 9.

[33]Eusèbe, op. cit., V, 9 et 22.

[34]Cf. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 22 ; VI, 2, 3, 8, 19, 26 ; Acta Sanctorum, 9 octobre.

[35]Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 1. Léonidès, le père d'Origène, fut effectivement martyrisé sous Sévère.

[36]Eusèbe, op. cit., VI, 4-5. Aquila était le préfet d'Égypte qui mena la persécution. Le supplice eut lieu sous le pontificat du pape Démétrius, en 203, principalement dans la région de Thébaïde.

[37]Il s'agit du Didascalée d'Alexandrie. Le terme grec τῆς κατ' Ἀλεξάνδρειαν κατηχήσεως καθηγεῖτο signifie « il dirigeait la catéchèse d'Alexandrie » (Eusèbe, VI, 6).

[38]Eusèbe, op. cit., VI, 7.

[39]Eusèbe, op. cit., VI, 8.

[40]Eusèbe, op. cit., VI, 8.

[41]Eusèbe, op. cit., VI, 9.

[42]Eusèbe, op. cit., VI, 10.

[43]Ibid.

[44]Eusèbe, op. cit., VI, 11.

[45]Soit l'âge total de Narcisse.

[46]Eusèbe, op. cit., VI, 12.

[47]Eusèbe, op. cit., VI, 15.

[48]Eusèbe, op. cit., VI, 17.

[49]Eusèbe, op. cit., VIII, 9-10.

[50]Cf. Eusèbe, op. cit., VI, 19.

[51]Eusèbe, op. cit., VI, 23-25, 32, 36.

[52]Eusèbe, op. cit., VI, 25.

[53]I Corinthiens II, 12.

[54]Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 15.

[55]Eusèbe, op. cit., VI, 26.

[56]Eusèbe, op. cit., VI, 28.

[57]Eusèbe, op. cit., VI, 29.

[58]Ibid.

[59]Il s'agit de Fabien. Eusèbe, op. cit., VI, 29.

[60]Eusèbe, op. cit., VI, 29.

[61]Selon Eusèbe, op. cit., VI, 30, Théodore (ou Grégoire) et Athénodore étaient deux disciples d'Origène. Grégoire le Thaumaturge et son frère Athénodore deviendront évêques au Pont.

[62]Eusèbe, op. cit., VI, 31. Il s'agit de Julius Africanus, chroniqueur célèbre du IIIe siècle.

[63]Eusèbe, op. cit., VI, 37. Il s'agit de la doctrine des thnétopsychites, condamnée par Origène lors d'un synode.

[64]Celle des Elcésaïtes, Eusèbe, op. cit., VI, 38.

[65]Eusèbe, op. cit., VI, 39. L'empereur Philippe l'Arabe (244-249), parfois considéré comme le premier empereur favorable aux chrétiens.

[66]Eusèbe, op. cit., VI, 40.

[67]Eusèbe, op. cit., VI, 41.

[68]Le manuscrit arabe et certains manuscrits d'Eusèbe portent ici « Fabien ».

[69]En grec : κάλαμοις ὀξέσι, « avec des roseaux pointus ».

[70]Quinta, selon Eusèbe.

[71]Mauvaise lecture du texte grec d'Eusèbe, qui mentionne deux personnes distinctes : un certain Sérapion et une vieille femme nommée Apollonia.

[72]Eusèbe écrit κάλιλοις ἐποχούμενοι, « portés sur des chameaux », peut-être lu par le traducteur arabe comme κάμηλοις.

[73]Besas, selon Eusèbe.

[74]Dionysia, selon Eusèbe.

[75]Ammonarion, selon Eusèbe.

[76]Chérémon, évêque de Nilopolis. Eusèbe, op. cit., VI, 42.

[77]Il s'agit de Novatien.

[78]Eusèbe, op. cit., VI, 43.

[79]Καθαροί, en grec. D'où le nom de « cathares » donné aux Novatiens.

[80]Le nom devrait ici être Novatien, mais Eusèbe lui aussi a Νοουάτος.

[81]Ce sont les nombres du clergé catholique de Rome. Eusèbe donne 42 acolytes, 52 exorcistes, lecteurs et portiers.

[82]« Évêque du diocèse des Hermopolitains », en grec dans Eusèbe, op. cit., VI, 46. Al-Achmounaïn (Hermopolis Magna) est précisément le siège épiscopal de Sévère, l'auteur compilateur de cette Histoire.

[83]Mauvaise traduction d'Eusèbe, op. cit., VIII, 1.

[84]Étienne. Eusèbe, op. cit., VII, 2-5.

[85]Eusèbe, op. cit., VII, 5.

[86]Denys écrit ici à Sixte et parle d'Étienne. Eusèbe, op. cit., VII, 5.

[87]Mauvaise interprétation d'une phrase d'Eusèbe, op. cit., VII, 10.

[88]Sévère dérive peut-être ce nom du grec ἀκόλουθος, « accompagnateur, suivant ».

[89]Eusèbe, op. cit., VII, 13. Il s'agit de l'édit de tolérance de Gallien (260).

[90]Eusèbe, op. cit., VII, 14.

[91]Eusèbe, op. cit., VII, 27. Premier concile d'Antioche, vers 264.

[92]Eusèbe, op. cit., VII, 30.

[93]Eusèbe, op. cit., VII, 30-31.

[94]Le récit suivant de Manès, Marcellus et Archélaüs est tiré des Actes du Débat d'Archélaüs, qui n'existent plus que dans une version latine. Des fragments d'une version copte de ces Actes proviennent du Monastère Blanc en Haute-Égypte et ont été conservés à la Bibliothèque nationale à Paris.

[95]Le reste de cette vie est tiré d'Eusèbe, op. cit., VII, 32.

[96]Theomètor (Mère de Dieu), en grec. L'une des premières mentions historiques d'une église dédiée à la Theotokos.

[97]Voir les trois versions des Actes de saint Pierre, publiées par Baronius puis Mai (Spicil. Rom., III, Rome 1840), Surius (25 novembre), Combefis (Paris, 1660), Viteau (texte grec, Paris 1897), Bedjan (version syriaque, Acta mart. et sanct., t. V, Paris 1895), et Hyvernat (Actes des Martyrs tirés des manuscrits coptes, Paris 1886).

[98]Jean XI, 50 ; XVIII, 14.

[99]Psaume LXVIII, 1 (LXVII Septante).

[100]Cette ordination clandestine inaugure pour près d'un siècle une situation particulière de l'Église copte : un patriarche orthodoxe résidant hors d'Alexandrie, dans les monastères ou en exil, tandis qu'un patriarche melkite (chalcédonien) tient le siège officiel sous protection impériale.

[101]Reliquat du schisme mélétien du IVe siècle (voir Pierre Ier). Les mélitiens d'Égypte avaient développé un rituel sacramentaire particulier resté dissident.

[102]Du grec ἀκέφαλοι, « sans tête ». Faction monophysite extrémiste, séparée du patriarcat d'Alexandrie depuis l'accord entre le patriarche Pierre III et Acace de Constantinople (Henôticon de Zénon, 482). Leur nom vient de leur refus de toute autorité épiscopale jugée trop accommodante.

[103]Psaume LVIII (Septante LVII), 4-5.

[104]Psaume LXXXV (Septante LXXXIV), 10. Adaptation par Athanase du verset : « La miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées. »

[105]Chosroès II Parviz (590-628), roi sassanide. Sa conquête de l'Égypte (619-629) ravagea les structures monastiques de Wadi al-Natroun et accentua la séparation entre coptes et Romains, préparant indirectement la conquête arabe.

[106]Cyrus, évêque de Phasis en Colchide (le « Colchien » des sources coptes, « al-Muqawqis » des sources arabes), fut nommé par Héraclius patriarche melkite d'Alexandrie et gouverneur d'Égypte (631), avec mission de ramener par force les coptes à la foi chalcédonienne sous le compromis monothélite. Voir A. J. Butler, On the identity of Al-Mukaukis of Egypt (Trans. of Soc. of Bib. Arch., 1901).

[107]Cette explication providentialiste de la conquête arabe comme châtiment divin de Byzance pour Chalcédoine est typique des sources coptes. Elle reflète l'expérience de Sévère et de la communauté copte, pour qui les Arabes furent d'abord perçus comme des libérateurs de la persécution melkite.

[108]Psaume CIV (Septante CIII), 27-28 ; CXLV (Septante CXLIV), 15.

[109]Isaïe XIX, 19 et 18.

[110]Psaume XXXIV (Septante XXXIII), 8.