Histoire des Patriarches d’Alexandrie

Livre II — d'Agathon à Joseph Ier

Sévère ibn al-Muqaffaʿ

Source principale : Sévère ibn al-Muqaffaʿ, Kitāb siyar al-ābāʾ al-baṭārika (Historia Patriarcharum Alexandrinorum), édition critique de Christian Friedrich Seybold, Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, Scriptores Arabici, série III, t. IX, Beyrouth-Paris, 1904.

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Histoire des Patriarches d'Alexandrie — Livre II

D'Agathon à Joseph Ier (661 - 849 ap. J.-C.)

Édition française. Tous droits réservés.

Aucune partie de cet ouvrage ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique ou mécanique, sans l'autorisation écrite préalable de l'éditeur.

Cette édition s'appuie sur le texte arabe édité par Christian Frédéric Seybold (1912, CSCO Scriptores Arabici) et sur la traduction anglaise annotée de B. Evetts publiée dans la Patrologia Orientalis (tome V, fasc. 1, pour Agathon à Michel Ier ; tome X, fasc. 5, pour Ménas Ier à Joseph Ier).

 

 

 

Aux Pères qui gardèrent la foi

sous les nouveaux royaumes,

qui rachetèrent les captifs,

et tinrent debout l'Église d'Alexandrie

à travers la fin des Omeyyades

et l'aube des Abbassides.

 

 

Table des matières

Avertissement éditorial

Table des Vies du Livre II

 

Vie XV — Agathon et Jean III (39e-40e)

Agathon, le rachat des captifs siciliens

Jean III de Samannūd, la cellule de cuivre

 

Vie XVI — Isaac et Simon Ier (41e-42e)

Isaac, la lettre aux rois d'Éthiopie et de Nubie

Simon Ier, les figues empoisonnées et le prêtre indien

 

Vie XVII — Alexandre II (43e)

Le sceau du lion et la veuve éplorée

 

Vie XVIII — Cosme Ier (44e)

Vie XIX — Théodore (45e)

 

Vie XX — Michel Ier, Ménas Ier, Jean IV, Marc II, Jacques

Michel Ier (46e) : peste, séisme, chute des Omeyyades

Ménas Ier (47e) : l'imposture de Pierre al-Sulaymī

Jean IV (48e) : la Basilique de la Pénitence

Marc II (49e) : le rachat des captifs andalous

Jacques (50e) : le siège d'Alexandrie et Denys d'Antioche

 

Vie XXI — Simon II (51e)

Vie XXII — Joseph Ier (52e)

La révolte bashmurite, l'ambassade nubienne, l'Église al-Muʿallaqa

 

À propos de l'auteur et de cette édition

 

 

Avertissement éditorial

Le présent Livre II prend la suite directe du Livre I de l'Histoire des Patriarches d'Alexandrie. Il comprend les vies des patriarches depuis Agathon, successeur de Benjamin Ier, jusqu'à Joseph Ier — soit les patriarches du trente-neuvième au cinquante-deuxième rang, qui gouvernèrent l'Église copte de 661 à 849 de notre ère, au cours des deux premiers siècles de la domination musulmane sur l'Égypte.

Cette période est l'une des plus dramatiques de l'histoire ecclésiastique. Les patriarches y traversent la fin du califat omeyyade, la grande révolution abbasside de 750, la peste de 745, le séisme du 18 janvier 749, les guerres civiles entre al-Amīn et al-Maʾmūn, les famines, l'écrasement des révoltes bashmurites de 832 — événement après lequel les coptes cessent d'être majoritaires en Égypte. À chaque génération, l'Église doit défendre ses sanctuaires, payer la jizya alourdie, racheter ses captifs et maintenir ses liens avec les Églises sœurs d'Antioche, d'Éthiopie et de Nubie.

La traduction a été harmonisée en français accessible. Les tournures trop littérales, les répétitions mécaniques et les marques de découpage propres aux manuscrits arabes ont été lissées sans modifier le contenu transmis. Les passages corrompus dans l'édition arabe de Seybold sont conservés dans leur sens probable ; lorsque l'identification demeure incertaine, la note le signale.

Les noms propres identifiables sont donnés de préférence sous leur forme française ou latine usuelle : Agathon, Jean, Isaac, Simon, Alexandre, Cosme, Théodore, Michel, Ménas, Marc, Jacques, Joseph, Athanase, Cyrille, Dioscore, Sévère. La forme arabe ou copto-arabe translittérée est rappelée dans les titres, les notes ou la table des Vies lorsqu'elle éclaire l'identification. Dans le corps du texte, le mot « orthodoxe » garde le sens interne de la source : il désigne la communion copte alexandrine, non-chalcédonienne et miaphysite. Les chalcédoniens, souvent melkites dans les sources coptes, sont les partisans du concile de Chalcédoine et ne doivent pas être confondus avec les coptes.

Les notes de bas de page conservent les éléments utiles de l'apparat critique, des variantes manuscrites et des identifications historiques. Les références bibliques, impériales, califales et topographiques ont été reformulées pour être immédiatement compréhensibles, tout en restant rattachées à Seybold, à Evetts et aux sources historiques qu'ils signalent.

 

Table des Vies du Livre II

Le tableau ci-dessous donne, pour chaque patriarche du Livre II, le numéro de la Vie selon la division interne du texte arabe (colonne de gauche), le nom retenu dans la présente édition, et le rang patriarcal indiquant la place du titulaire dans la succession alexandrine depuis saint Marc :

 

Vie

Nom français

Forme arabe / copto-arabe

Rang

XV

Agathon

Aghathū

XXXIX

 

Jean III de Samannūd

Yūḥannā al-Samannūdī

XL

XVI

Isaac

Isḥāq

XLI

 

Simon Ier

Sīmān

XLII

XVII

Alexandre II

al-Iskandarus

XLIII

XVIII

Cosme Ier

Qūsma

XLIV

XIX

Théodore

Tāwdūrus

XLV

XX

Michel Ier

Khaylāʾ / Mīkhāʾīl

XLVI

 

Ménas Ier

Mīnā

XLVII

 

Jean IV

Yūḥannā

XLVIII

 

Marc II

Marqūs

XLIX

 

Jacques

Yaʿqūb

L

XXI

Simon II

Sīmūn

LI

XXII

Joseph Ier

Yūsāb

LII

La numérotation des Vies suit la division interne du texte arabe ; le rang patriarcal indique la place du titulaire dans la succession alexandrine depuis saint Marc.









Au nom du Père et du Fils
et du Saint-Esprit, Un Seul Dieu

Ici commence la seconde partie tirée des Vies de la Sainte Église, comprenant les Vies de quatorze patriarches successeurs de Benjamin Ier.

Vie XV

Agathon, trente-neuvième patriarche d'Alexandrie (661-677)

Lorsque le grand combattant et docteur de la foi orthodoxe, le Père Benjamin, fut revenu de l'exil et eut repris place sur la chaire évangélique de l'Église de Dieu[1], il restaura ce que l'empereur Héraclius et le concile impie de Chalcédoine avaient détruit.

Il rebâtit et orna l'Église avec l'aide du Christ Seigneur, le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, selon la parole de son saint Évangile : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Benjamin marcha ainsi sur les traces de son Maître. Il porta sa croix et le suivit, supportant les épreuves, les maux et de grandes persécutions jusqu'à la mort pour la foi orthodoxe ; il ne s'écarta pas de son combat ni ne tourna en arrière, jusqu'à ce qu'il eût achevé sa course et reçu la grâce avec les saints qui l'avaient précédé, comme le dit le Psalmiste : « Précieuse aux yeux du Seigneur est la mort de ses fidèles. »

À la mort du Père Benjamin, le peuple fidèle, dans la crainte du Seigneur, prit le saint prêtre Agathon, élu de Dieu, et l'intronisa comme patriarche le quatorzième jour de Toubah de l'an 387 des Martyrs, soit en l'année 662 de notre ère[fn:1bis]. Son nom s'accordait à ses œuvres : il était bon, orné de belles actions, rempli des dons de l'Esprit-Saint et de la foi droite. La tradition synaxariale conserve un détail saisissant des années où il avait servi Benjamin pendant les persécutions chalcédoniennes. Tandis que son maître devait se cacher, Agathon se déplaçait à travers la ville déguisé en menuisier, portant les outils de son métier ; sous ce vêtement de fortune, il prêchait les fidèles, les affermissait dans la foi orthodoxe et célébrait la liturgie eucharistique en cachette dans les maisons des frères, jusqu'à la conquête arabe et au retour de Benjamin sur son siège, qui en fit alors son secrétaire particulier[fn:1ter].

Les musulmans combattaient alors les Romains avec acharnement ; ceux-ci avaient pour souverain un prince nommé Tibère[2]. Ce prince reprit aux musulmans plusieurs îles de leurs possessions, ainsi que la Sicile ; il s'en empara, les ravagea et fit amener des captifs en Égypte. Le saint patriarche Agathon en eut le cœur affligé, car il voyait ses propres frères aux mains des nations. Beaucoup étaient mis en vente : il les rachetait, les baptisait et leur faisait prêter serment de fidélité à la foi.

Le combat contre les sectes dissidentes

Agathon rencontra aussi les partisans de sectes impures, connues sous le nom de Gaïanites — qui ne communiaient pas avec les orthodoxes — et de Barsanuphiens[3]. Il ne négligea pas d'ordonner des évêques en chaque lieu, afin de ramener à l'Église du Christ les brebis égarées par le diable. À cause de la pureté de son cœur et de l'excellence de ses mœurs, le diable lui suscita de grandes tribulations.

En ces jours-là, un homme nommé Théodose administrait Alexandrie. Il était à la tête d'un groupe chalcédonien et s'opposait aux Théodosiens, c'est-à-dire aux coptes orthodoxes. Il se rendit à Damas auprès du chef des musulmans, Yazīd ibn Muʿāwiya[4], et obtint de lui un diplôme scellé qui lui donnait autorité sur le peuple d'Alexandrie, de la Maréotide et de leurs dépendances. Revenu en Égypte, il opprima le Père Agathon : il le tourmentait, lui réclamait les sommes imposées, exigeait de lui trente-six dinars de jizya par tête chaque année pour ses disciples. Il ne s'en tint pas là : tout ce qu'Agathon dépensait pour les frères, Théodose cherchait encore à le lui arracher, au point de le réduire à l'extrême dénuement.

Agathon supportait tout, si bien que même les chalcédoniens refusèrent de s'associer à Théodose. Il devait encore verser sept mille dinars en plus du kharāj annuel.

La haine du persécuteur contre la foi orthodoxe alla jusqu'à faire publier cet ordre : « Quiconque verra sortir, de nuit ou de jour, le pape des Théodosiens pourra le lapider et le tuer ; j'en répondrai. » Le Père Agathon demeura donc caché durant les jours de cet homme impie, priant pour lui selon le commandement de l'Évangile : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent. » À cette époque fut bâtie l'église dédiée à saint Macaire ; les frères s'y multiplièrent, construisirent de belles cellules près du marais, et croissaient par la grâce du Christ, soutenus par les fidèles.

Jean de Samannūd guéri en songe par le Christ

En ces jours apparut au désert un homme pur de corps et de cœur, versé dans les deux sciences, ecclésiastique et profane : il se nommait Jean et venait de Samannūd. Tandis qu'il vivait caché au désert, il fut atteint d'une grave maladie, et les anciens ne pensaient pas qu'il survivrait. Une nuit, il vit en songe un homme resplendissant de gloire, assis sur le trône des Séraphins, entouré d'une multitude près de la porte de sa cellule. Il aperçut les saints anciens du désert qui s'avançaient pour recevoir la bénédiction de celui qui siégeait sur le trône. Il se dit en lui-même : « Si quelqu'un pouvait me conduire, j'irais moi aussi vers ce grand Roi céleste ; je recevrais sa bénédiction et serais délivré de cette souffrance. »

À cet instant, l'un de ceux qui se tenaient autour du trône s'approcha. Il était revêtu de l'habit des patriarches et des apôtres et portait sur sa poitrine un livre semblable à l'Évangile. Il lui dit : « Veux-tu que je te présente à mon Maître, afin qu'il te bénisse ? » Jean se prosterna devant lui avec des larmes et répondit : « Aie pitié de moi, mon seigneur, et conduis-moi jusqu'à lui. » Le saint vieillard lui dit : « Jean, puisque tu es prêtre, promets-moi que, si le Seigneur te guérit, tu seras pour moi un fils. Alors je te conduirai à lui. » Jean promit, dans la vision, de demeurer son fils jusqu'au jour de sa mort. L'homme le prit par la main et le présenta au Sauveur.

Jean tomba aux pieds du Sauveur. Celui-ci lui dit : « Ô Jean, pourquoi aimes-tu la vanité, fils des hommes, et pourquoi rejettes-tu le bien pour chercher le mensonge ? Es-tu venu en ce lieu pour te bâtir une cellule de boue appelée à disparaître, alors que tu dois te préparer un trésor dans le ciel et te construire une demeure dans la Jérusalem céleste, la ville nouvelle ? Ne sois donc pas attristé par ce qui est peu. » Jean tomba de nouveau à ses pieds et demanda pardon. Le Seigneur le releva et lui dit : « Voici que je t'accorde la guérison de ta maladie à cause de Marc l'Évangéliste. Va, et fais ce que je te commande. » Puis le Seigneur monta dans la gloire et la majesté. Jean s'éveilla guéri, méditant sur ce qu'il avait vu. Dès lors, la consolation descendit sur lui. Il partit au monastère du Fayoum et y demeura caché avec ses disciples.

Il fut ensuite révélé au Père Agathon qu'il devait faire venir Jean : « Envoie chercher Jean, le prêtre de Samannūd ; il t'aidera, et c'est lui qui siégera sur le trône après toi. » Agathon écrivit donc à l'évêque du Fayoum, Ménas, pour lui demander d'envoyer le prêtre Jean. L'évêque aimait Jean et profitait de ses entretiens, mais il ne pouvait s'opposer à la volonté du patriarche. Il envoya des messagers qui conduisirent Jean par bateau jusqu'à Alexandrie. Lorsque le patriarche le vit, il se réjouit de sa sagesse, lui confia la direction de son Église et lui donna autorité sur la cité.

L'épisode de Sakhā et la fin du persécuteur

Le Père Agathon, vrai combattant, s'employait en tout temps à organiser les prêtres orthodoxes et à pourvoir aux ordinations. De son temps vivait le bienheureux Grégoire, évêque d'al-Qays, ainsi qu'un Syrien nommé Joseph ; c'est aussi alors qu'apparut l'hérésie dite « du Moine ». Un émir musulman nommé Maslama réunit sept évêques et les envoya à Sakhā pour examiner l'affaire de personnes accusées d'avoir livré des agents au feu. À Sakhā, ils travaillèrent avec un notable nommé Isaac et rétablirent l'ordre ; les hommes qui avaient été brûlés furent guéris. Cet Isaac s'accorda ensuite avec le gouverneur de Sakhā pour mettre fin aux méfaits de Théodose le chalcédonien, qui avait reçu autorité sur toute la région à cause du mal qu'il faisait au patriarche.

Agathon acheva ses jours dans une belle vieillesse. Après dix-sept ans sur le trône[5], il s'endormit le seizième jour du mois copte de Bābah ; son corps fut déposé auprès du Père Benjamin, comme il est écrit dans l'histoire de saint Macaire. Il mourut en gardant la foi orthodoxe et reçut la couronne de justice avec tous les saints dans la terre des vivants, pour les siècles. Amen.

Jean III de Samannūd,
quarantième patriarche (677-686)

Lorsque le saint Père Agathon s'endormit, Théodose le chalcédonien mit la main sur tous ses biens, au point qu'on ne trouva même pas de pain le jour de sa mort. Il apposa son sceau sur tout ce qui appartenait au patriarche ; mais Dieu le frappa bientôt d'une terrible maladie du ventre, l'hydropisie. Il mangeait chaque jour douze livres de pain, vingt-quatre livres de viande et deux paniers de figues, buvait une outre de vin de la Maréotide, sans jamais apaiser sa faim ni sa soif. Il mourut ainsi d'une mort funeste. Son fils lui succéda dans la charge et se montra comme un fils envers le Père Jean, qu'il aimait et en qui il avait confiance.

Au commencement du patriarcat de Jean eut lieu le meurtre de Tibère, prince de Byzance ; son fils lui succéda sous le nom d'Auguste. Dès qu'il régna, celui-ci fit la guerre sur les côtes que les musulmans avaient prises et les recouvra ; il reprit également plusieurs îles, ainsi que la Sicile. À cette époque parut à Constantinople un homme qui n'était pas un vrai moine, nommé Maxime[6]. Il troubla son pays en disant : « Si vous croyez vraiment à la foi de Chalcédoine, confessez deux natures, deux personnes, deux hypostases, deux volontés et deux vouloirs, comme l'a enseigné le concile. » Beaucoup le suivirent et une grande dispute s'éleva. Le prince Auguste s'irrita, l'exila, puis partit en Sicile, où il fut tué comme une victime par l'un de ses deux serviteurs.

ʿAbd al-ʿAzīz, gouverneur d'Égypte

Après lui, son fils Justinien gouverna l'Empire ; c'était un prince hardi, et la crainte qu'il inspirait tomba sur le cœur des musulmans comme un lion qui surgit au milieu d'une meute de loups. En ces jours, après la mort de Yazīd ibn Muʿāwiya, Marwān se leva parmi les musulmans, tel un lion sortant affamé de sa tanière. Il prit possession de l'Orient et de Fusṭāṭ-Égypte, et plaça ses fils à la tête des provinces : l'aîné, ʿAbd al-Malik, reçut Damas, le second, ʿAbd al-ʿAzīz, reçut l'Égypte[7]. Les Égyptiens avaient espéré l'arrivée d'Ibn al-Zubayr, mais Marwān le vainquit.

ʿAbd al-ʿAzīz établit deux scribes, hommes sûrs et orthodoxes, sur l'Égypte, la Maréotide, Marākiya et la Pentapole, c'est-à-dire la Libye. L'un se nommait Athanase ; il avait trois fils et venait d'Édesse, en Syrie. L'autre se nommait Isaac ; lui et ses deux fils étaient originaires de Shubrā Tanī, issus d'une bonne famille orthodoxe. Lorsque ʿAbd al-ʿAzīz devint gouverneur de l'Égypte, le Père patriarche écrivit d'Alexandrie aux deux scribes qui présidaient son dīwān, pour leur faire connaître l'état du sceau imposé aux lieux d'Église et les dommages causés par les chalcédoniens incrédules. Les scribes envoyèrent alors à Alexandrie l'ordre de briser les sceaux, de rouvrir les lieux fermés et de restituer tous les biens de l'Église au Père patriarche.

La lumière sur le visage de Jean comme sur celui de Moïse

Ce Père était un saint : la grâce de Dieu resplendissait sur son visage comme sur celui de Moïse le prophète, au point que nul ne pouvait fixer ses traits ni discerner ses yeux à cause de la grande lumière qui l'enveloppait[8]. Le Seigneur guérissait de nombreux malades par ses prières. Il était vierge d'âme et de corps et vivait en paix avec tous. Ses œuvres et ses prodiges devinrent manifestes, au point que l'émir et tout son palais en entendirent parler et lui envoyèrent des présents.

L'épreuve de la cellule de cuivre

La première année du gouvernement de ʿAbd al-ʿAzīz, celui-ci se rendit à Alexandrie pour percevoir les revenus de la ville, selon l'usage des gouverneurs. Comme son entrée fut discrète et non publique, le patriarche ne sortit pas à sa rencontre, car il ignorait son arrivée. Des hommes incrédules et hérétiques, menés par Théophane, chef du parti et beau-frère de Théodose le chalcédonien, le dénoncèrent alors, prétendant qu'il avait refusé de sortir par orgueil et par richesse. ʿAbd al-ʿAzīz, irrité, fit appeler le bienheureux Jean au palais et le fit comparaître devant lui. « Quelle est la cause de ton orgueil, lui dit-il, et pourquoi as-tu tardé à venir au-devant de moi ? » Le saint répondit : « Dieu sait que je n'ai pas agi par orgueil ; je n'ai appris ton arrivée qu'à l'instant. » Mais on l'emmena pour le tourmenter : c'était le premier vendredi après la Pâque. Deux hommes choisis de ses familiers étaient présents ; le chef des gardes, nommé Saʿd, se tenait auprès de lui.

Le patriarche déclara : « Fais de mon corps ce que tu veux ; mon âme et mon corps sont entre les mains de mon Seigneur Jésus-Christ. » À ces paroles, l'impie entra dans une grande colère, grinça des dents et ordonna qu'on l'enfermât dans une cellule de cuivre chauffée au feu jusqu'à ce qu'il payât la somme demandée[9]. Mais cette nuit-là, Dieu envoya à l'épouse de l'émir ʿAbd al-ʿAzīz un songe terrible, qui la plongea dans l'angoisse. Elle fit appeler son maître et l'avertit : « Saʿd, garde-toi de faire du mal au saint patriarche que tu tourmentes ; à cause de lui, de grandes épreuves sont tombées sur moi cette nuit. »

L'émir transmit cet avertissement à Saʿd : « Ne le châtie pas et prends garde de briser son corps, à cause de ce qui nous a été révélé cette nuit à son sujet. Ce que tu peux obtenir de lui par douceur, prends-le ; sinon, ne lui fais aucun mal, car Dieu m'a montré qu'il est son serviteur. » Saʿd revint donc chez lui. C'était le mardi de la Semaine sainte. Il fit comparaître le patriarche, lui adressa de longs reproches et le menaça de le revêtir d'habits de juif, de lui couvrir le visage de cendre et de le promener ainsi dans toute la ville s'il n'acceptait pas ce qui lui était imposé. Mais le saint, sans crainte, répondit : « Si le Seigneur Dieu ne me délivre pas de tes mains, fais de moi ce qui t'a été ordonné. »

Saʿd l'incrédule lui dit : « Je te remets cinquante mille dinars ; rassemble-les et je te relâcherai. » Le saint patriarche répondit : « Je ne possède rien, sinon les vêtements qui sont sur mon corps. » Saʿd ne cessa de le menacer jusqu'à ramener la somme à dix mille dinars. Le patriarche dit encore : « Je ne puis donner ce que je n'ai pas. » Lorsque les scribes d'Alexandrie apprirent que l'affaire s'était arrêtée à dix mille dinars, ils lui envoyèrent dire « Accepte cette somme ; nous la répartirons entre les évêques, les scribes et les services du dīwān, afin que rien de mauvais n'arrive à l'Église. » Ils allèrent ensuite demander à ʿAbd al-ʿAzīz de faire venir le patriarche et d'écouter sa parole.

Le Jeudi saint, lorsqu'on amena Jean devant l'émir, celui-ci leva les yeux et le vit comme un ange de Dieu. Aussitôt il fit apporter un grand coussin et le fit asseoir. Il lui dit « Sache que nul ne résiste au pouvoir. » Le saint répondit : « On obéit au pouvoir dans ce qu'il commande selon Dieu ; mais on lui résiste lorsqu'il ordonne ce qui irrite Dieu. Notre Seigneur a dit dans l'Évangile : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent rien sur l'âme ; craignez celui qui peut perdre à la fois l'âme et le corps, c'est-à-dire Dieu seul, le Tout-Puissant. » L'émir reprit : « Le souverain aime la sincérité et la vérité. » Le patriarche répondit : « La vérité ne contient aucun mensonge ; c'est le mensonge qui fausse toute parole. » L'émir lui dit alors : « Tu es véridique devant moi. Ce que les chrétiens t'ont poussé à faire dépendait de leurs propres exigences ; je ne veux de toi rien d'autre. » Les scribes conseillèrent au patriarche d'accepter. L'émir le relâcha donc avec confiance et joie, à la confusion des chalcédoniens et de tous les ennemis de l'Église.

Le bienheureux patriarche sortit de la maison du gouverneur monté sur un char, le peuple marchant devant lui avec lectures et psaumes. Il entra dans l'église, pria sous la coupole, lava les pieds du peuple, célébra le sacrifice, porta les saints Mystères et communia les fidèles par la grâce et l'aide de Dieu. Peu après, l'émir fit saisir le scribe ʿAlī qui avait conseillé la persécution, l'envoya en prison et le fit mourir après de grandes tortures.

La construction de l'église de saint Marc

Dieu manifesta alors les merveilles de sa providence : il donna au Père patriarche faveur et grâce auprès de l'émir, de sorte que, dans toute la ville, on ne lui parlait qu'avec respect, nul ne disait du mal de lui et personne ne s'opposait à ses déplacements. Les scribes et les fidèles l'aidèrent et le secoururent. Il put ainsi entreprendre la construction de l'église du glorieux martyr saint Marc l'évangéliste, qu'il acheva en trois ans, l'orna dignement et acquit pour elle des biens dans les provinces de la Maréotide et d'Alexandrie. Il bâtit aussi un moulin, un pressoir à huile et de nombreuses maisons, qui appartinrent toutes à l'église de saint Marc. Le Seigneur bénit ses œuvres et ses paroles.

En ses jours, certains chalcédoniens, habitants d'Aghrāwa et de Sajāyiṭ, s'unirent contre lui, car ils demeuraient attachés à Chalcédoine. Mais la grâce du Christ le soutenait. Il demanda au Seigneur de lui révéler celui qui mériterait de s'asseoir après lui sur le trône. Il lui fut alors montré un frère savant et vertueux, solitaire et dévot, moine de saint Macaire au Wadi Habīb, nommé Isaac. Ce frère était le fils spirituel d'un évêque nommé Zacharie ; il était rempli de la grâce de l'Esprit-Saint, remarquable par son aspect, son repos, son humilité et la beauté de ses œuvres. Le saint patriarche Jean le fit venir auprès de lui et le garda comme la pupille de son œil. Isaac travaillait avec zèle aux œuvres de Dieu, à la calligraphie et à la copie ; il assista le patriarche pendant son ministère et partagea avec lui les affaires ecclésiastiques.

La grande famine et la mort de Jean

Aux jours du saint patriarche Jean survint une grande famine. Pendant trois ans, ce Père demeura auprès des pauvres de la cité et Dieu l'aida : deux fois par semaine, il leur distribuait nourriture et dirhams. Le moulin du Kakk ne s'arrêtait ni nuit ni jour : il travaillait pour les distributions. Jean fut généreux dans l'aumône comme la mer, ne négligeant aucune œuvre agréable à Dieu, tel Jean l'évangéliste. Il fut ensuite frappé aux pieds par la goutte et souffrit beaucoup. Les médecins et ses frères vertueux lui conseillèrent d'aller à Misr ; il partit donc avec ʿAbd al-ʿAzīz, mais le mal s'aggrava. L'émir, attristé, ordonna qu'on lui préparât un bateau pour le ramener à Alexandrie.

Lorsque la nouvelle parvint aux évêques, ils accoururent vers lui : Grégoire de Qīs, Hanna de Niqyūs, Jacques de Wāṭs, Jean de Sakhā, Théodore de Mlīdas et de nombreux fidèles. Tous furent saisis d'affliction en le voyant, comme s'ils avaient vu un pasteur descendre du ciel sur la terre. Son corps était épuisé, mais ses œuvres demeuraient. Lorsqu'il parvint à l'église du glorieux Évangéliste saint Marc, qu'il avait lui-même bâtie avec sagesse — et pour laquelle il avait acheté plusieurs terrains dont les revenus furent dédiés à perpétuité à l'entretien de la basilique, en une fondation pieuse de type waqf que la mémoire copte conservera comme l'une des premières applications de cette institution juridique au profit d'une fondation chrétienne[fn:10bis] —, on l'y porta et on le plaça devant le grand autel. Soutenu par la puissance de l'Esprit, il se tint debout et rendit grâce au Seigneur avec gloire et dignité. Il demeura neuf ans sur le trône. Il se reposa le premier jour de Kīhak, et son corps fut déposé dans le lieu qu'il avait préparé avant son repos, dans l'église de saint Marc[10].

Vie XVI

Isaac, quarante et unième patriarche d'Alexandrie (686-689)

Le synaxaire copte au neuvième jour de Hatour conserve plusieurs détails de l'enfance et de la formation monastique d'Isaac que la chronique de Sévère ne rapporte pas explicitement[fn:10ter]. Le saint était né au village d'el-Boroulos, sur la côte méditerranéenne, de parents riches et pieux. Le jour de son baptême, l'évêque du lieu, qui officiait à la cérémonie, vit une croix lumineuse posée sur la tête de l'enfant et prophétisa : « L'Église de Dieu lui sera confiée. » Il recommanda à ses parents de l'élever dans la foi. Grandissant, Isaac lut assidûment l'histoire des saints et fut attiré par la vie monastique. Il se rendit au désert de Saint-Macaire et se plaça sous la direction d'un ancien nommé Zacharie, un saint homme du Wadi Habīb. Or Zacharie, voyant venir à lui le jeune homme, perçut sur sa tête la même croix lumineuse qu'avait reconnue l'évêque d'el-Boroulos au jour du baptême ; et il le reçut avec joie comme un don de Dieu. Plus tard, lorsque le patriarche Jean III chercha un moine pour devenir son secrétaire, on lui vanta les qualités d'Isaac ; il le fit venir au patriarcat et se réjouit de son énergie et de sa science.

Le Père Abba Isaac avait été montré au Père Jean comme celui qui siégerait après lui, ainsi qu'il a été dit. Car l'Écriture dit : « Le Seigneur visite ses fidèles », et encore : « Nul ne s'attribue cet honneur s'il ne le reçoit de Dieu » ; le Psaume dit aussi : « Heureux ceux qui gardent ses témoignages et le cherchent de tout leur cœur. »[11] Lorsque le Père Jean fut allé vers le Seigneur en bonne mémoire, les évêques se rassemblèrent, ayant à leur tête le prêtre Grégoire, Jacques évêque d'Arwāṭ, Jean évêque de Niqyūs, accompagnés de plusieurs autres évêques et du peuple chrétien. Ils prirent conseil avec les prêtres d'Alexandrie.

Or certains se joignirent au scribe qui administrait les affaires et s'accordèrent pour présenter le diacre Georges de Sakhā comme patriarche, sans consulter l'émir ʿAbd al-ʿAzīz. Ils dirent entre eux : « Si l'on nous interroge, nous répondrons qu'Abba Jean le patriarche nous l'avait confié pour lui succéder après sa mort. » Ils prirent même des engagements et des serments à ce sujet, de sorte qu'il n'était pas facile de s'y opposer. Ils prirent donc Georges, l'ordonnèrent prêtre et le revêtirent de l'habit monastique. Le lendemain matin, ils annoncèrent dans l'église son établissement comme patriarche, oubliant la parole de l'Écriture : « Le Seigneur renverse les pensées des nations et déjoue les desseins des rois. »

Ils revêtirent Georges de l'habit patriarcal et s'efforcèrent de le faire reconnaître. Mais un autre diacre de la cité, nommé Marc, homme distingué, déclara que cette œuvre ne pourrait réussir, car le choix devait être celui de Dieu. Le peuple s'assembla et dit : « Que soit fait ce que Dieu choisira et commandera : l'élu est Abba Isaac, le moine de Shubrā. » Au matin, des amis de l'émir arrivèrent et demandèrent : « Où est celui qu'on établit patriarche ? » Ils demandèrent aussi où se trouvaient les évêques et les prêtres qui devaient l'accompagner en Égypte par bateau pour la confirmation. L'affaire fut alors dévoilée, et l'on trouva les écrits attestant que le candidat désigné par Jean de son vivant n'était pas Georges. L'émir ʿAbd al-ʿAzīz se mit en colère, annula la manœuvre de Georges et ordonna d'amener Isaac. On lui confia la confirmation des évêques, on l'établit, et il siégea trois ans sur le trône.

La lettre aux rois d'Éthiopie et de Nubie

Le Seigneur l'aida jusqu'à ce qu'il restaurât la grande église de saint Marc, dont les murs et les baptistères tombaient en ruine ; par ses mains s'accomplirent des consécrations d'églises qu'on n'avait pu faire auparavant. Il bâtit aussi une église à Ḥilwān, où l'on se rendait auprès de l'émir ʿAbd al-ʿAzīz. Celui-ci avait ordonné aux archontes du Saʿīd et des provinces de se construire chacun une demeure à Ḥilwān[12].

En ces jours, le patriarche écrivit au roi d'Éthiopie et au roi de Nubie afin qu'ils se réconciliassent et que cessât la guerre entre eux[13]. Mais l'affaire fut mal interprétée auprès de ʿAbd al-ʿAzīz, qui entra dans une grande colère et envoya chercher le patriarche pour le mettre à mort. Les scribes préparèrent alors d'autres lettres et les remirent aux messagers envoyés vers l'Éthiopie, afin d'éviter que cette affaire ne causât dommage à l'Église. Avant que le patriarche n'arrivât auprès de l'émir, on informa celui-ci que les messagers étaient encore là avec les lettres. Il s'en saisit aussitôt ; n'y trouvant rien de ce qu'on lui avait rapporté, il s'apaisa et permit au patriarche de retourner à Alexandrie.

L'ordre de Walīd : briser les croix

Par la suite, le gouverneur ordonna de briser toutes les croix de la province d'Égypte, jusqu'aux croix d'or et d'argent, ce qui troubla profondément les chrétiens. Il fit aussi écrire plusieurs feuillets qu'on fixa aux portes des églises d'Égypte et du Delta, où l'on lisait :
« Muhammad est le grand Apôtre de Dieu ; Jésus aussi est l'envoyé de Dieu ; Dieu n'engendre pas et n'est pas engendré. »[14]

Puis Isaac s'endormit en paix dans le Seigneur, gardien de la foi orthodoxe, et reçut la couronne de justice avec tous les saints. La tradition copte fixe son intronisation au huitième jour de Toubah de l'an 406 des Martyrs — soit environ le 3 janvier 690 ap. J.-C. — et son repos au neuvième jour de Hatour, après trois ans de pontificat[fn:14bis]. Après son repos, son corps fut déposé dans le lieu qu'il avait lui-même construit, dans l'église de saint Marc.

Simon Ier, quarante-deuxième
patriarche d'Alexandrie (689-701)

Il y avait alors, dans le monastère, un homme saint, craignant Dieu, plus savant et plus vertueux que beaucoup d'hommes de sa génération ; il s'appelait Simon et venait d'Orient. Ses parents l'avaient amené dès l'enfance à Alexandrie et l'avaient offert à l'église comme jadis Samuel au temple : il fut présenté à la basilique où reposait le corps de saint Sévère, sanctuaire que les Syriens d'Égypte fréquentaient par leurs offrandes et leurs vœux[15]. L'archonte Théodore l'avait pris auprès de lui du temps d'Agathon, puis l'avait mené à Abba Jean, alors diacre, pour qu'il l'instruisît dans l'Écriture, l'ordre des livres et la grâce du Christ Seigneur. Agathon, voyant la beauté de ses œuvres, le fit prêtre auprès du sanctuaire de saint Marc l'Apôtre.

L'élection du Syrien sur le trône d'Alexandrie

Quand le siège fut vacant, l'émir convoqua les évêques. Le Père Jean, déjà très âgé, vint accompagné d'un groupe de prêtres d'Alexandrie et de l'archonte Théodore. Avec eux se trouvait Simon. Lorsque l'émir le vit, son cœur se réjouit, car il était beau de visage. Il interrogea les évêques sur son compte ; tous répondirent qu'il était digne. L'émir demanda alors d'où il venait. On lui dit : « Il est syriaque, originaire d'Orient. » L'émir s'étonna :
« Ne pouviez-vous trouver l'un des vôtres, originaire de ce pays ? » Les évêques répondirent : « Celui que nous avons choisi pour te le présenter, c'est par ordre de Dieu, et la grâce est sur lui. »

L'émir se tourna alors vers Simon lui-même et lui demanda s'il jugeait ce vieillard, le Père Jean, digne du patriarcat. Simon répondit : « Il ne se trouve, ni dans la province d'Égypte ni dans l'Orient, personne qui le mérite davantage. C'est un père spirituel et divin pour ses enfants, sa vie est à la mesure des anges. » À ces paroles, l'émir s'émerveilla. Mais dans la grande assemblée, une voix s'éleva, venant des archontes, des évêques et des scribes « Ô émir, que Dieu fasse vivre l'émir de longues années ! Simon lui-même est celui qui mérite la dignité patriarcale, comme jadis Benjamin. Telle est l'aide que la basilique attend de lui. » L'émir, entendant ces paroles et reconnaissant l'humilité de cet étranger venu depuis si peu de temps, donna son accord. Les principaux évêques marchèrent à ses côtés, l'entourèrent et le conduisirent jusqu'au trône apostolique, dans la grande basilique dite des Évangéliques. Selon le synaxaire copte au vingt-quatre Abib, Simon fut sacré et intronisé le vingt-troisième jour de Kyahk de l'an 409 des Martyrs — soit en l'année 692 de notre ère[fn:15bis].

Le peuple copte orthodoxe connut alors une grande joie. La paix et l'unité régnèrent dans l'Église, dont les affaires prospérèrent chaque jour. Simon confia à son père spirituel Jean[16] le soin des affaires courantes ; il ne se sépara de lui en rien jusqu'à sa mort. Il demeura soumis à Jean, comme il l'avait été au monastère, et le seconda fidèlement. Il écrivit une lettre synodale à Julien, patriarche d'Antioche, dans laquelle il s'étonnait qu'il y eût encore des évêques séparés et insistait sur l'unité de foi et de communion entre les deux sièges d'Alexandrie et d'Antioche. Quand Julien la reçut, il la trouva pleine de la sagesse de Dieu et conforme aux Écritures saintes ; il en fit grande joie, la lut publiquement dans son église au nom du Père Simon, lui répondit, et renvoya ses messagers à Fusṭāṭ avec de nombreux présents.

Lorsque s'éteignit en paix, après quelque trente années passées avec lui, ce saint Père Jean qui l'avait formé, Simon le saint patriarche posa sa main sur les yeux du défunt, reçut sa dernière bénédiction et l'emmena au monastère pour l'ensevelir. Il y demeura quarante jours, fit bâtir pour son père spirituel un sépulcre où il déposa son corps, et y aménagea de la place pour lui-même, afin d'être enterré auprès de lui à sa propre mort.

Les figues empoisonnées

Mais bientôt descendit sur lui une épreuve de Dieu, qui éprouve par elle ses élus comme on purifie l'argent au creuset, afin que les justes en sortent comme l'or pur. Car le Père Simon menait une vie d'une austérité extrême, sans recherche de repos ni de confort, ne prenant pour toute nourriture qu'un peu de pain, d'huile et de sel, dans la mesure où cela affaiblit les désirs du corps et permet de le garder soumis à toute heure. Il ne paraissait pas dans les festins des évêques et des prêtres, recherchant les retraites et l'assiduité à la prière. Cette rigueur fit naître contre lui le ressentiment des notables d'Alexandrie.

Quelques-uns d'entre eux allèrent trouver des magiciens et les payèrent. Ceux-ci préparèrent un breuvage ensorcelé et le mêlèrent au vin de la coupe consacrée des saints mystères, afin que le Père Simon le bût au moment de la liturgie. Mais lorsque le patriarche but, le poison n'eut sur lui aucun effet. Les conjurés recommencèrent une seconde fois : pas davantage de résultat[17]. Voyant cela, les magiciens stupéfaits eurent recours à une autre ruse : ils choisirent deux belles figues hors saison, y firent infuser leur poison, et conseillèrent aux conjurés : « Donnez-les-lui à manger quand il rompt son jeûne sans communion ; ses entrailles se déchireront dès qu'il y aura goûté. » On les lui présenta donc à la fin d'un jeûne, devant tout le peuple ; il les mangea sans soupçonner.

Cette nuit-là, le poison commença à le déchirer dans ses entrailles. Il demeura quarante jours en grande angoisse, jeûnant dans la souffrance, au point de soupirer après la mort. Le Seigneur qui donne la vie le ressuscita pourtant : il lui apparut en songe et lui dit pourquoi il avait dû endurer ces tribulations. Le saint sortit de la maladie. Lorsque l'émir vint à la cité et le vit, le visage changé par la souffrance, il s'enquit de ce qui était arrivé. Apprenant la vérité, il s'irrita grandement, fit venir les quatre conspirateurs avec leur magicien et les emmena hors de la cité, dans un lieu appelé al-Fāris, pour les y faire brûler vifs.

Le patriarche supplie pour la vie de ses ennemis

Comprenant qu'on allait les brûler, les magiciens se jetèrent en larmes aux pieds de l'émir. Le saint patriarche intercéda pour eux : « Par amour pour moi, fais-leur grâce. Je leur ai déjà pardonné. Il ne me convient pas, comme patriarche, d'être responsable du sang d'un homme. Que l'on brûle plutôt les instruments de la magie, comme exemple instructif, afin que le peuple en ait crainte. » L'émir s'émerveilla de la beauté de ces paroles, ordonna leur libération et fit brûler les outils de sorcellerie pour effrayer la population. Puis il confia à Abba Jean, évêque de Niqyūs, la conduite des affaires des couvents, car il était savant en matière de moines et de leurs canons. Désormais les moines vivaient dans leurs cellules sans scandale, et les archontes veillaient à leurs affaires.

Or il se trouva qu'un groupe d'hommes adonnés aux passions mauvaises enlevèrent des vierges de leurs couvents, les emmenèrent jusqu'au Wadi Habīb et y tombèrent avec elles dans la fornication. Le scandale fut grand, comme on n'en avait jamais entendu de tel en ce lieu. L'évêque saisit le moine fautif et le frappa si rudement que, dix jours après son châtiment, l'homme mourut. À cette nouvelle, les évêques de la province d'Égypte se réunirent secrètement et interrogèrent leur collègue, qui avoua avoir frappé. Ils l'excommunièrent pour avoir excédé la juste mesure du châtiment, et fixèrent la durée de l'excommunication. Voyant l'évêque banni de leur communion, certains de ses partisans s'écrièrent : « Et toi, qu'as-tu pour répondre des instruments du sanctuaire ? — Que ces vases soient enlevés ! » L'évêque éclata : « Vous m'avez retranché : eh bien, je ferai connaître à votre Dieu, dont vous m'invoquez le nom contre moi, qu'à l'étranger appartient le jour où vous m'aurez jugé. » Ainsi se sépara-t-il de l'Église ; un autre, nommé Ménas, du monastère de saint Macaire, fut établi à sa place. C'était un homme distingué, ferme en parole, qui aimait les frères[18].

La consultation devant l'émir : qui choisis-tu pour frère ?

Peu après s'accomplit ce qu'avait dit le saint évêque excommunié sur ses anciens collègues : un fléau les frappa. Des laïcs s'unirent aux nations et se débauchèrent avec leurs femmes ; ils prétendaient secrètement à des mariages, multipliaient les passions, se disaient encore chrétiens et exigeaient le soutien des évêques. Quand ceux-ci les en empêchèrent et les exilèrent, ils protestèrent : « Vous nous empêchez de prendre épouses ; sortez avec nous du jeûne, et nous nous accommoderons. » L'émir s'irrita et convoqua les évêques d'Alexandrie. Soixante-quatre évêques s'assemblèrent sans savoir pourquoi ils étaient appelés ; on les faisait se rendre chaque vendredi auprès du gouverneur.

Il s'y trouvait aussi des évêques d'autres obédiences : des partisans du concile de Chalcédoine (qu'on appelait théophilites) ; des disciples des « Aughāṭkhī » qui étaient julianistes ; des partisans d'un certain Georges Barsūfa ; et quelques autres réunis avec eux. Un dimanche, on apprit à l'émir que l'armée romaine avait surpris l'empereur Justinien II et l'avait défait, lui substituant Léontios sur le trône[19]. L'émir convoqua les archontes de toute la province, les habitants d'Alexandrie, les évêques et les musulmans, pour leur faire connaître cette défaite des Romains. Tous s'assemblèrent. Ils dirent : « Telle est la coutume des Romains, en tout temps : déposer un roi pour en mettre un autre à sa place. »

L'émir donna alors un autre ordre, qui visait à interdire les sanctifications chrétiennes. Il demandait : « Comment Dieu pourrait-il avoir une épouse et un fils ? » et tenait beaucoup d'autres propos qui leur étaient venus en raison de l'image qu'ils se faisaient de la religion, la discorde régnait entre eux à propos de leurs paroles. Il se tourna vers Théodore, l'évêque chef des julianistes : « Lequel des autres évêques accepterais-tu en frère ? » Théodore répondit : « Simon. » L'émir interrogea ensuite Théophilus, l'évêque des chalcédoniens :
« De qui te sens-tu proche ? Quelle confession te plairait ? » — « La confession d'Abba Simon. » Il se tourna vers Georges Barsūfa : « De qui te sens-tu proche, et quel évêque choisirais-tu pour frère ? » — « Ma religion et la religion d'Abba Simon sont une seule et même chose ; c'est elle qu'aime mon âme. »

L'émir se tourna enfin vers le Père Abba Simon[20] et, à voix haute devant l'assemblée, lui demanda : « Lequel parmi eux est ton proche, et qui aimes-tu ? » Le saint répondit :
« Aucun d'eux n'est mon proche, et personne d'eux ne m'aime ; moi, je les rejette par le livre et la parole ; leurs discours impurs me déplaisent ; et quiconque les chérit ou s'en approche, je le rejette comme les juifs. » Tous s'écrièrent : « Ô Abba Simon, tu confesses la vérité sans détour ni voile ! » Une grande honte tomba sur ceux qui s'étaient présentés contre lui : ils en sortirent disgraciés.

Le prêtre indien et l'évêque mutilé

Après cela, un prêtre venu de l'Inde arriva auprès d'Abba Simon ; il lui demanda d'ordonner pour l'Inde un évêque, parce qu'il n'en restait plus là-bas, et que les chrétiens y vivaient sous l'autorité musulmane. Le patriarche répondit : « Je ne puis ordonner un évêque pour vous sans la permission de l'émir. Monte chez lui, fais-lui connaître ton intention, et s'il l'ordonne, je m'y conformerai. » L'Indien partit. Mais il rencontra en chemin un groupe de julianistes, qui le conduisirent à leur chef Théodore le Phantasiaste. Théodore lui dit : « Je suis à ta disposition. » Il prit un homme de la Maréotide, le revêtit secrètement de l'épiscopat, et l'envoya en Inde[21].

Au bout de vingt jours de voyage, ces gens furent surpris par les patrouilles musulmanes des routes, qui les arrêtèrent et les emmenèrent à Fusṭāṭ. Le faux évêque et ses compagnons furent mutilés : on leur coupa les pieds et les mains. On les expédia à ʿAbd al-Malik, à qui l'on écrivit, sollicitant ses ordres : « Tu sais ce qui s'est passé. Il y a à Alexandrie un patriarche des chrétiens qui a expédié ces hommes d'Égypte vers l'Inde ; il faut, à ton arrêt sur ce dossier, le frapper de deux cents coups et lui prendre cent mille dinars d'amende. Qu'on nous l'amène rapidement, avec les messagers envoyés à toi, sans aucun retard ! »

Le patriarche Abba Simon se trouvait alors à Ḥilwān, en compagnie d'un évêque. Les lettres arrivèrent à l'émir à la deuxième heure de la nuit. Il fit aussitôt venir le saint avec ses deux fils spirituels et son scribe. L'émir lui dit : « Crains Dieu et garde-toi de laisser sortir de ta bouche le moindre mensonge sur ce que je vais te demander. » Le patriarche répondit : « Mon Seigneur, je crains cela, et je m'en garde, par mon salut dans l'œuvre du salut, en tout temps. Quant au mensonge, ce n'est pas seulement aujourd'hui que je l'ai rejeté : je l'ai rejeté en mon temps, comme œuvre du démon ennemi de l'homme. Je suis prêt à la mort comme à la vie. Je le confesse : la sincérité. J'ai dit, en présence de Dieu et de ton sultan, ce que je vais te dire. »

Et il poursuivit : « Un prêtre est venu vers moi depuis l'Inde ; il m'a demandé l'ordination d'un évêque ; je l'ai prévenu : Si tu reviens avec l'ordre de l'émir, alors je le ferai. Puis il a écrit cette lettre que tu as devant les yeux, et il est sorti de chez moi quand j'étais à Alexandrie ; je ne l'ai plus revu depuis. » À ces paroles, le bienheureux craignit pour sa vie : il n'avait pas dévoilé certains détails[22]. L'émir l'apostropha : « Malheur à toi ! Voilà tes propres compagnons, dont les mains et les pieds ont été coupés ; le roi te les expédie. Il a aussi commandé qu'on te prélève cent mille dinars d'amende, après que tu auras été flagellé de cinq cents coups, et toi, tu me caches la vérité ! Voici ce que je vais faire : je vais te perdre, faire tuer les évêques par l'épée et démolir toutes les Églises. »

Le saint répondit sans peur : « Sois sincère avec moi, et je le serai avec toi sans qu'aucun mal ne m'arrive. Tu sauras ainsi la sincérité. Le roi aime la justice et la sincérité ; son apparition par la fausseté ne saurait être agréée. Si une voix descend du ciel pour me commander de dire la vérité, je suis irréprochable devant toi, et tu ne m'as pas cru. À cause de ce que tu as appris des messagers, à mon sujet, ces hommes mutilés des membres — fais-les venir, avec l'écrit qui leur a été remis ; qu'on voie leur apparence ; tu te trouveras devant un patriarche gracié. Fais venir ces hommes ; tu connaîtras la vérité. » Et il livra à l'émir les écrits qui en étaient sortis : « Examine ce qui y apparaît ; et si quoi que ce soit s'oppose à ma parole, fais ce que tu voudras. »

L'émir répondit : « Comment peut-on avoir confiance en des gens dont les mains et les pieds ont été coupés ? Toi, tu es mon dernier patriarche resté à Alexandrie au milieu de la lutte. » Le saint Simon répondit : « Je suis désolé en toute manière de ce qui s'est passé ; mais la vérité, telle que tu me la demandes, te couronnera, et c'est elle que je te dirai. Je ne t'ai pas tu, par hostilité, qu'il y eût en toi quelque méprise ; sinon, ce qui t'apparaîtra te plaira, et tu t'en tiendras à sa vérité. »

L'émir reprit : « Tu veux donc fuir ou bien te faire tuer. Mais ce moine indien, qu'est-il pour toi ? — C'est mon enfant. — Le réinstallerais-tu ? — Oui, son esprit est mon esprit. — Comme mon frère a fait avec les bourreaux qui marchent sur l'Inde, ainsi je ferai à toi, si tu ne me crois pas. — Voilà, nous sommes en tes mains : fais comme tu voudras. C'est ce que j'avais en moi, je te l'ai dit. »

 

Le prêtre indien retrouvé sur la route de la mer

L'émir réfléchit une heure, puis dit : « Je te laisse trois jours. Va, et vois ce que tu feras. Peut-être me feras-tu connaître la vérité ; et l'on me communiquera ce qui me sera précisé en cette affaire. » Au coucher du soleil du second jour, le fils spirituel du patriarche, le moine, marchait vers la mer. Il reconnut soudain le prêtre indien qui était venu auprès de Simon : l'homme s'avançait à pied, fugitif, sans que personne sût qui il était. Le moine s'élança, le saisit et l'amena au saint patriarche en disant : « Mon père, Dieu a exaucé votre prière et dissipé nos ténèbres : le prêtre indien a été retrouvé. »

Lorsque l'émir l'apprit, il convoqua le patriarche et demanda comment Théodore le Gaïanite avait pu être établi évêque. Le troisième jour au matin, on présenta l'Indien à l'émir. Il fut placé sous garde, tandis que le patriarche cherchait à le délivrer et à le sauver de la mort sans trahir la justice. Le saint Simon écrivit alors à ʿAbd al-Malik, frère de l'émir, et lui expliqua tout : que Simon était patriarche des chrétiens, en la cité d'Alexandrie ; qu'en cette affaire il était innocent ; et il joignit l'éloge de ses bonnes œuvres et de sa fidélité à l'alliance que Dieu lui ferait. Il s'engagea à ce que rien de mal n'arrive au prêtre indien sous condition que ce dernier prête serment de fidélité. Au bout de trois ans, on libéra les évêques détenus, qui avaient été contraints à bâtir à Ḥilwān avec l'émir, lequel aimait y bâtir des palais et des bains[23].

La vision des patriarches et le miracle de Ménas

Le saint Simon mena toute sa vie son combat spirituel sans provoquer d'hostilité entre chrétiens et musulmans ; nul ne lui faisait de mal, car le Maître manifestait ses miracles par lui. Il avait un disciple, le prêtre Ménas, chargé des biens de la basilique. Il l'avertissait sans cesse : « Père Ménas, veille sur la basilique ; ne t'oppose à rien de ce qui la concerne, ni par écrit ni par acte, et ne te lasse d'aucune tâche. » Or descendit sur Ménas une épreuve. Il s'était laissé surprendre par une vente trompeuse, qu'il avait reçue dans la précipitation d'une décision intéressée, sans repentir. Dieu fit aussitôt descendre sur lui une douleur aiguë qui paralysa sa langue et lui ôta la conscience. Les yeux fermés, il sombra sur son lit. Trois hommes vinrent le saisir et l'emportèrent vers la mort. Le Père Simon, lui aussi alors malade, fut empoisonné une seconde fois — à cause des biens de l'Église. Il invoqua le Seigneur Jésus-Christ de lever cette affliction au profit de la basilique. À minuit, on l'informa que le prêtre Ménas était mort de sa maladie.

Le saint se leva, bien que tout proche lui-même de la mort, car son fils spirituel Ménas venait de périr et le messager du saint patriarche lui faisait savoir qu'il avait été reconnu, par sa femme et son entourage assemblés en grand nombre, comme appartenant à la maison qu'il avait choisie par dévotion. Avec lui monta Abba Ṭamāmān le frère ; celui-ci s'élança, saisit le défunt, posa ses deux mains sur son cou et s'écria : « Ô Dieu tout-puissant, ô saint, ô bienheureux Père Simon, sois miséricordieux. Dieu, donne-lui la vie ! » Et Ménas se redressa[24]. Il dit à haute voix devant tous : « Mon Seigneur, bienheureux Père Simon, Dieu m'a rendu la vie par toi. Que je suis remis à mes pères, et à mon frère prêtre et au reste qui est avec eux dans le pays. » Et il leur expliqua : « Lorsque je mourus, comme tous les hommes, deux hommes lumineux vinrent à moi et me firent comparaître devant le Christ Seigneur, le grand Roi. »

Ménas poursuivit : « Je vis alors les Pères patriarches, depuis le Père Isaac, le premier, jusqu'à saint Marc l'évangéliste, dans leur ordre. Ils se prosternaient devant moi et m'invoquaient en disant : Pourquoi nous as-tu enlevé le rang de la basilique et tout ce qu'il y avait avec lui, pour le donner à ton successeur ? Eux disposaient de tout cela dans la sphère extérieure ; et lui voyait que jamais les saints patriarches ne se soumettraient pour qu'on laissât passer leur droit auprès du Christ Seigneur. Ils disaient d'une voix terrifiante « Nous lutterons pour ton fils ; ce serviteur, qu'on le délivre, à cause des biens de la basilique. Lui, c'est Simon, mon frère ; il s'est élevé et a mérité la mort ; mais à cause d'une de mes interventions, anaph (réveille-toi), Simon : Dieu te donnera l'occasion de te racheter par la pénitence. Si tu ne te repens pas à plaisir, tu ne reviendras pas, et nous ne te répondrons plus. »

Ménas se leva, examina son état : il était guéri. Il fit alors apparaître tous les biens de la basilique qu'il avait soustraits et les rapporta au Père Abba Simon. Lui-même, le patriarche, retourna à la demeure de son père spirituel. La joie régna jusqu'à son repos. Le peuple glorifia Dieu, qui montre ses merveilles dans ses saints, pour ce grand miracle. Puis le Père Simon forma spirituellement un peuple à sa ressemblance ; il en choisit comme évêques ses principaux fils : d'abord Abba Zacharie, évêque de la cité de Sakhā ; ensuite Abba Tulmus, son frère spirituel et compagnon de monachisme, du nom de Sakanūf, évêque sur Kūs ; et Sahkno, évêque sur Manūf-la-Haute. Il les répartit sur les sièges, et ils paissaient les brebis parlantes.

La mort de Simon Ier au monastère du Verre

Simon dura sept ans et demi comme patriarche. Puis il tomba malade le cinquantième jour ; il sut qu'il s'agissait d'une douleur de goutte. Il dit à son fils : « Je vais au saint Wadi Habīb, prendre la bénédiction des saints Pères et des moines ; je veux les voir encore une fois ; nous reviendrons ensuite, par un air meilleur, dans le corps. Je redescendrai de Ḥilwān, parce que c'est là que je me suis dirigé, à cause des habitants d'Alexandrie, pour rassembler les évêques sur leurs sièges, et descendre au Wadi Habīb. » Il prit la bénédiction des saints Pères et des anciens, et revint pour les contempler une dernière fois. Il fut ramené dans la terre des vivants le vingt-quatrième jour d'Abīb, l'an 416 des Martyrs[25]. Théodore s'avança pour le déposer dans le monastère du Verre, à l'endroit où était déjà le corps de son père Jean, le saint Sévère.

Les moines des couvents accoururent à Bāhāṭūn pour s'attacher à lui par les prières, la louange et la glorification de notre Christ Seigneur. Ainsi s'acheva la seizième Vie. Les Vies des Pères, depuis Khazāʾil le dernier jusqu'à Shenoute le Premier, comptent seize patriarches ; et celles que nous avons relevées ici, neuf Vies des patriarches, en l'an 416 des Martyrs[26]. Le scribe a achevé sa copie en compagnie du frère scribe Théodore fils de Paul, au sixième jour du mois d'Abīb, l'an 497 des justes martyrs[27]. Le frère a comparé le manuscrit avec celui que nous avions, et l'a trouvé conforme à notre collation : nous sommes assurés de l'exactitude.

Vie XVII

Alexandre II,
quarante-troisième patriarche d'Alexandrie (705-730)

Il convient de rappeler ce qui fut rapporté après le repos du glorieux Père, le grand combattant et pasteur droit, Abba Simon, qui entendit du Seigneur Jésus-Christ la parole : « Bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton Maître. »[28] On fit connaître son repos à l'émir ʿAbd al-ʿAzīz et aux scribes d'Égypte, et tous en furent profondément attristés. Les chrétiens pleuraient la perte de leur pasteur en un temps difficile, au milieu des tribulations suscitées par les gouverneurs. Pourtant le Seigneur Jésus-Christ ne cessa de conduire son Église. Athanase le Croyant, surintendant du dīwān et protecteur de l'Église, se présenta avec les scribes devant l'émir pour examiner la succession.

Ils dirent : « Sache, ô émir, qu'un grand kharāj est imposé à la basilique d'Alexandrie. Nous te demandons d'envoyer le prêtre Grégoire à Alexandrie, afin qu'il prenne en charge les biens de l'Église et qu'il les recense ; tu connaîtras ainsi, par ton représentant, ce qu'il en est, ô émir. » ʿAbd al-ʿAzīz consentit. Il envoya Grégoire ; on lui confia les biens de la basilique et le soin de l'épiscopat, avec mission d'en surveiller la conduite ; et l'émir lui remit à ce sujet un sceau officiel. Grégoire emporta le sceau et se mit en route. L'Église demeurait orpheline.

L'élection d'Alexandre, moine du monastère du Verre

Le siège demeura vacant trois années. Après bien des supplications et bien des prières adressées au Christ Seigneur pour qu'il manifestât celui qu'il choisissait parmi les Pères purs, on présenta le prêtre Alexandre, du monastère du Verre. La tradition synaxariale précise que ce moine était originaire de la ville de Bana, près de Mahalla-l-Kobra dans le Delta, et qu'il s'était retiré au monastère Patirôn — c'est-à-dire le monastère des Pères, plus connu sous le nom de Dayr al-Zujāj — pour y pratiquer l'ascèse, le jeûne et la prière[fn:28bis]. C'était un moine paisible et doux, sans défaut, savant dans les Écritures dès son enfance. On le présenta à l'émir : la grâce apparut sur son visage. L'émir, selon le dessein de Dieu, autorisa son intronisation. Alexandre devint ainsi le quarante-troisième patriarche d'Alexandrie[29].

Le peuple orthodoxe approuva, en présence de l'assemblée des évêques, des prêtres, du peuple et des scribes du dīwān. On intronisa le Père Alexandre comme patriarche le jour de la fête de saint Marc, c'est-à-dire le vingt-quatrième jour de Bawūnah. Il y eut dans la province d'Égypte une grande joie, surtout chez les orthodoxes, car la basilique avait été divisée trois années et le peuple s'y était senti orphelin. Le Maître était avec le Père Alexandre et l'aidait en toutes ses affaires ; il modéra sa première ferveur et apprit à s'appuyer sur le Maître seul, devenu son guide unique. Quelques jours s'écoulèrent dans la tranquillité. Puis le diable se manifesta par les épreuves que nous allons rappeler.

Benjamin le diacre apostat sous al-Aṣbagh

ʿAbd al-ʿAzīz, gouverneur d'Égypte, avait un fils aîné nommé al-Aṣbagh, qui se croyait destiné à succéder à son père et qui s'était attribué l'autorité sur toute la province. Pour cela, il révoquait les fonctionnaires soumis et craignait pour son pouvoir de fils d'émir avant même d'être confirmé par le calife. Hostile aux chrétiens, assoiffé de leur sang, méchant comme une bête sauvage rugissante, il s'attacha un homme de la communauté copte, du nom de Benjamin le diacre[30]. Ce Benjamin lui fut plus cher que tous ses autres compagnons. Il lui livrait les secrets des chrétiens ; il alla jusqu'à lui traduire l'Évangile en arabe et lui transcrire les livres de la Résurrection — fait sans précédent dans la communauté copte de cette époque, qui maintenait jalousement son patrimoine en copte et en grec.

Benjamin examinait les écrits, les lisait à al-Aṣbagh et les vérifiait ; il étudiait jusqu'aux actes notariés pour y dénoncer toute parole offensante envers les musulmans. Pourtant il ne dénonçait rien des méfaits commis contre les chrétiens. Des hommes hostiles à l'Église, attisant le feu de la persécution, accouraient sans cesse auprès de lui pour calomnier les moines et les fidèles : ils prétendaient qu'on menait au monastère une vie de débauche et que personne ne respectait la règle. Benjamin envoya alors des agents qui rassemblèrent les moines dans chaque village, au Wadi Habīb, au Mont Hawād et en tous les autres lieux, il leur imposa par tête une jizya d'un dinar et leur défendit de s'enfuir après le recensement. Ce fut là la première jizya imposée aux moines, dont le poids fut alourdi sous le mécréant al-Aṣbagh[31]. Il imposa aussi à chaque évêque des grands districts un kharāj annuel de deux mille dinars d'or, sans compter le tribut habituel.

Le diable suggérait chaque jour à al-Aṣbagh quelque vexation nouvelle. Il contraignait les gens à prier pour lui ; il prenait pour conseiller un certain Yūnus ibn Damīrah, rejeton d'apostasie, de la confession méprisée, qui infligeait des épreuves à l'Église et aux moines.

Sous Walīd et le gouverneur Qurra

Or, en ce temps, le règne des Romains ressemblait à un jeu d'enfants. Après qu'on eut chassé Justinien II, Léontios régna à sa place ; il fut tué avant trois ans de règne. Lui succéda Apsimaros (Tibère III), au temps duquel le patriarche de Constantinople fut tué ; après lui régna Philippe Bardanès, puis Anastase[32]. À cette époque, le surintendant du dīwān d'Alexandrie était un certain Théodore, et entre lui et le Père patriarche Alexandre régnait une grande hostilité.

Quand le gouverneur Qurra ibn Sharīk[33] arriva en Égypte, le Père patriarche s'avança comme à l'accoutumée pour être confirmé par l'autorité du sultan ; Théodore se mit alors à l'insulter. Dès l'arrivée d'Alexandre auprès du gouverneur, on le saisit.

Qurra lui dit : « Ce qui était à toi sous la main de ʿAbd Allāh ibn ʿAbd al-Malik, on te le réclamera de nouveau. » Le patriarche répondit : « Notre Maître a établi que nous ne disposions ni d'argent comptant ni de réserves d'or ou d'argent ; on prend chaque jour ce dont on a besoin pour la journée, et l'on remet le reste au gouverneur. Quant à moi, j'ai fait avec ʿAbd Allāh ce qu'il convenait de faire. Mes proches m'ont opprimé et insulté au point que j'ai dû vendre pour trois mille dinars de mes biens, sans que personne nous vienne en aide ; je suis sorti de chez eux en mendiant. Je ne consentirai jamais à ce que tu m'imposes, au plus, je puis verser cinq cents dinars pour toutes les terres qui m'appartenaient, et c'est à toi d'envoyer les percevoir. »

Qurra dit : « Cette objection ne te servira de rien : il m'a été prescrit, à propos de toi, que tu ne pouvais omettre, dans ton règne, de t'opposer à lui — Dieu m'a appris que tu n'as rien auprès de toi. » Et il reprit : « Ces paroles ne servent à rien. Paie ! Lorsque tu auras vendu pour trois mille dinars d'or, et que tu auras enduré le supplice sur ton corps, alors tu trouveras à te libérer entre mes mains. » Voyant qu'il ne s'en sortirait pas, le patriarche demanda à être envoyé en Haute-Égypte pour y collecter l'argent demandé.

La quête du patriarche en Haute-Égypte

Dieu était avec lui par les aumônes. On lui présentait les fidèles, qui faisaient leurs offrandes. Il parcourut villes et villages, faisait la quête, et le Seigneur Christ guérissait beaucoup de malades par ses prières. Tous ceux qui voyageaient avec lui disaient : « Depuis le temps du Père Benjamin, nous n'avions pas vu un patriarche aller ainsi en Haute-Égypte, ce Père a supporté fatigue, angoisse et famine au-delà de toute mesure. » Une grande crainte s'abattit sur les évêques et les moines à la pensée de ce qu'on faisait au patriarche pour son argent.

Le sayyāh Philastrius et les cinq jarres de cuivre

Le saint Père connut alors deux années de plaies douloureuses, qu'il supporta avec courage, jusqu'à ce que la collecte progresse. Mais le total demeurait insuffisant. C'est alors qu'intervint un sayyāh — un pèlerin errant — nommé Philastrius. Il habitait sur un rocher en compagnie de deux moines qui étaient ses fils spirituels. Ce vieillard, par inspiration divine, ordonna à ses deux disciples de creuser un emplacement propre hors de leur rocher. Ils y trouvèrent cinq jarres de cuivre pleines de biens[34]. Ils en prirent une qu'ils cachèrent, et déclarèrent au sayyāh les quatre autres. Ce dernier, dans sa simplicité, leur demanda :
« N'avez-vous vraiment rien trouvé d'autre ? »

Ils répondirent : « Non. » Il s'en réjouit et leur dit : « Le Seigneur a écouté notre prière et pourvu pour ce Père patriarche, qui n'a rien. » Il envoya alors chercher l'intendant du patriarche, le moine Georges son scribe, et lui remit les quatre jarres en disant : « Prenez-les et portez-les au patriarche Alexandre. »

Mais ce fut une mauvaise opération. Le patriarche était alors absent, occupé à sa quête en Haute-Égypte. Les deux moines, fils du sayyāh, prirent dans la jarre qu'ils avaient cachée et se mirent à vivre dans l'ostentation : ils délaissèrent la vie monastique, achetèrent des habits voyants, prirent des esclaves serviteurs. Le gouverneur en eut vent par son scribe et fit arrêter l'un d'eux : « D'où viennent ces biens ? » Sous la torture, l'homme avoua : il y avait eu cinq jarres ; ils en avaient pris une, et avaient remis les quatre autres au patriarche et à son scribe. Quand cela parvint à Qurra, il vit là un prétexte. Il fit confisquer tous les biens de la basilique, les vases, l'or, l'argent, les livres et les bêtes. De grandes angoisses descendirent sur l'Église. Le gouverneur prit les quatre jarres.

Il vint ensuite en Haute-Égypte, fit comparaître le patriarche et l'accusa au sujet de la cinquième jarre, dont les compagnons d'Alexandre ne savaient rien. Aucun des quatre n'avait rien pris de l'or pour lui-même : ils étaient comme les apôtres en ce temps. Mais le saint patriarche fut frappé aux dents, son corps voulu être préservé par le Seigneur ; on l'enchaîna et on le jeta en prison. Il y demeura sept jours. On lui imposa de trouver trois mille dinars, et après deux années de tourments, il parvint à les réunir par mille dinars d'amendes successives. Comme cela ne suffisait toujours pas, on rassembla tout son district, depuis les enfants d'un an jusqu'aux adultes.

On les fit marcher sous la conduite des officiers ʿĀṣim et Yazīd, avec un groupe de leurs serviteurs. De grandes épreuves descendirent sur les gens, et beaucoup furent tués à cause de cela. On marqua au fer rouge les étrangers, on grava un signe sur leurs mains, on les emmena dans des lieux qu'ils ne connaissaient pas. Un grand bouleversement frappa le pays. L'émir ordonna que nul ne fût enterré ni tué sans en référer à l'autorité, à cause de la jizya. Il confia cette tâche à un homme nommé Muḥammad : ce fut le maître des morts. Lorsque les hommes cachés, devenus incapables de se nourrir, mouraient, on ne les enterrait pas avant d'avoir enregistré leur nom. Telles furent les plus grandes angoisses qui s'abattirent sur l'Égypte à cause des œuvres de Qurra.

Mort de Qurra et arrivée d'al-Walīd

Lorsque Dieu s'irrita contre lui en toute manière, il fit promptement mourir ʿAbd al-Malik le roi[35]. Son fils aîné, Walīd, monta sur le trône. Dès son intronisation, il commença à déplacer les gouverneurs ; il nomma Qurra à la tête de l'Égypte. Mais Qurra mourut bientôt, frappé par la peste qui ravageait l'Égypte. À l'arrivée du nouveau gouverneur, on frappa ʿAbd Allāh, on vit son palais et on le frappa de nouveau. Une grande honte tomba sur les partisans de ʿAbd Allāh ; chrétiens et musulmans furent jetés en prison.

Le triomphe doctrinal d'Alexandre : retour des Gaïanites

Mais le Seigneur Jésus-Christ fit aussi en ces jours des choses qui sont importantes pour le salut de tous les hommes. Il y avait un homme nommé Yūnus, archonte, à qui Dieu donna faveur auprès des gouverneurs. Il alla trouver Qurra et lui dit : « Tu sais que les moines et les évêques, en tous lieux, sont écrasés sous le kharāj. Parmi eux, certains sont riches, d'autres ne trouvent pas même de quoi se nourrir ; je connais la condition de ces chrétiens. Permets-moi de m'employer à faire sortir ces redevances ; qu'on l'ordonne aux évêques et aux moines. » Qurra, sachant que cet homme n'appartenait pas à la communauté copte ni ne priait avec les musulmans, demanda à son entourage : « Comment compte-t-il s'y prendre ? » Yūnus répondit : « Fais comme à l'accoutumée avec les chrétiens, et exempte-les en partie du tribut. » L'opération sortit selon la direction de Dieu.

Le patriarche se rendit d'abord à Sakhā[36]. Il y trouva un peuple d'opposants — Ghānāṭā et Samaṭālīs — qui n'avaient pas reçu sa bénédiction. Il ne supprima pas leurs paroles impures, mais les baptisa, les baptisa du baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La lumière du baptême tomba sur eux, leur âme se réjouit. Puis il se rendit à al-Munā, où l'évêque était Abū Hawnūr ; il y baptisa les moines, parmi lesquels régnait la division. De même les Ghādhanyīn et les Bursūfites, qui avaient adoré avec les chalcédoniens : il les rallia. Il sortit ensuite et alla au Wadi Habīb, où subsistait, depuis cent soixante-dix ans, le concile des Gaïanites, hérité de la division remontant au temps de Théodose Ier. Par les mains du repentant Julien, il les ramena à la foi orthodoxe[37]. Il rassembla toutes les basiliques dans l'unité, par la grâce du Christ Seigneur.

Ce n'était pas seulement en ces lieux : en toutes les contrées, on trouvait des sources d'erreur, parmi les moines comme parmi d'autres, à Banā, à Abū Ṣīr, à Samannūd, à Rosette et à Damiette. Il pulvérisa leurs paroles depuis la racine : le Maître les a effondrés. Toute la province d'Égypte, il l'unit dans la foi unique, par la concorde de la parole des Théodosiens.

L'émir Qurra et la cupidité du fisc

L'émir Qurra aimait l'argent : chaque évêque qui mourait, il prenait tous ses biens. Le surintendant du dīwān d'Alexandrie était enterré à Tinnis ; on ne pouvait estimer ses biens. Qurra prit aussi l'héritage de tous, imposa de nouvelles taxes sur les biens et sur le pays jusqu'à concurrence de cent mille dinars, sans le kharāj ordinaire. Les gens fuyaient, se déplaçaient avec leurs femmes et leurs enfants d'un endroit à un autre, sans pouvoir s'établir, à cause des épreuves et des perceptions ; ce fut une honte injuste, sans précédent. Qurra établit alors un homme nommé ʿUbayd al-ʿAzīz, de la cité de Sakhā, pour rassembler les fugitifs en chaque endroit, les ramener, les enchaîner, les châtier et les frapper. Il pesait sur les gens d'une dureté inouïe.

Puis Dieu fit descendre sur l'Égypte des fléaux : chaque jour mouraient tant de gens qu'on n'en savait plus le nombre. Beaucoup mouraient même parmi les musulmans. Quand la peste entra dans le palais de Qurra, ses femmes et ses esclaves moururent ; il s'enfuit d'un endroit à un autre, par crainte de la mort, jusqu'à ce que sa fin fût accomplie ; il mourut soudainement, d'une mort funeste[38].

L'union avec Antioche et le patriarche Élie

Julien, patriarche d'Antioche, qui avait pris le siège du vivant d'Abba Jean d'Alexandrie, mourut sous le pontificat d'Alexandre et alla à la félicité éternelle. Les évêques d'Orient se rassemblèrent et intronisèrent à sa place le saint évêque Élie[39], craignant Dieu, plein de la grâce du Saint-Esprit. Mais le gouverneur du calife, al-Walīd, ne permit pas l'intronisation publique d'un nouveau patriarche en ces jours ; les fidèles en furent affligés. Élie écrivit la lettre synodale au pays antique et l'envoya, avec l'évêque Étienne, au Père patriarche Alexandre, en vertu de l'accord conclu jadis au Wadi Habīb entre les deux sièges. Alexandre la trouva conforme à la foi droite, l'accueillit avec grande joie en compagnie d'un évêque distingué, et convoqua les chefs des sièges pour leur faire connaître ce qui s'était passé en Orient — l'empêchement fait aux fidèles et à leur patriarche, et la nécessité de faire ratifier Élie à Constantinople par Grégoire le Théologien et par Abū Tāwfiyās. Il leur remit la basilique, et les évêques d'Égypte expérimentèrent cet envoi en réponse à la synodique. À leurs disciples revenus en paix dans leur pays, le patriarche put confier le ministère renouvelé.

Anastase l'usurpateur chalcédonien

Lorsque Théodore reprit les affaires d'Alexandrie au temps du Père Alexandre, il s'y trouvait un médecin nommé Anosius, habitant d'Alexandrie aux jours d'al-Walīd, d'apparence hideuse. Trouvant l'occasion favorable, il demanda au sultan de lui imposer un patriarche à Alexandrie, qui fût Romain chalcédonien — un homme médisant et moqueur. Le sultan accepta. On écrivit à un certain Anastase, d'Alexandrie. Le scribe versa mille dinars et fit pression sur l'émir pour qu'il fît du chalcédonien le rival du saint patriarche dans la cité. Anastase opposa à Alexandre la foi droite. Mais peu après, le peuple voulut renvoyer le chalcédonien ; on s'éleva contre lui, il fut défait, s'enfuit et alla trouver le Père Alexandre. Il lui demanda avec humilité une réconciliation, le suppliant de l'accueillir dans la foi orthodoxe. Le patriarche l'accueillit avec joie et selon la charité chrétienne ; il revint aux commandements de Dieu, qui dit : « Lorsque tu vois ton ennemi tombé, ne lui refuse pas le pardon. » Anastase ne cessa plus de se fortifier dans l'orthodoxie copte.

La basilique du Sauveur saccagée

Puis descendirent sur la basilique de nouvelles épreuves, et il en sortit du mal : on emporta les bois et les marbres qui ornaient la basilique du Sauveur. Le Père patriarche en fut attristé, car sa basilique en devint dévastée. Mais avec cela il rendait grâce à Dieu et se consolait dans le courage. L'émir Yazīd[40] s'avéra particulièrement dur ; ces choses survinrent en la trente-sixième année de Dioclétien, à la treizième décade, à cause des fautes et de l'ampleur de leurs actes. Après la mort de Qurra, son successeur envoya en Égypte comme gouverneur un homme nommé Usāma. Lorsqu'il atteignit al-Fusṭāṭ, il rassembla les sciences de tous les districts et les transcrivit en arabe ; il était plein de la compréhension de l'administration[41].

Sceau du lion et marque au fer rouge

Lorsque cela parut manifeste, survint une grande disette, dont on n'avait jamais entendu la pareille : la mort due à cette disette fut plus terrible que celle due à la peste. Le sultan pesait sur tous, riches et pauvres, au point de la mort. Puis vint un grand répit, qui dura jusqu'à ce que le froment redescendît à vingt-cinq ardabs pour un dinar. Mais après cela, une peste survint, telle que le Seigneur n'en rétablit plus l'équilibre dans l'univers. Ce qui restait sur la terre mourut : il ne restait personne d'entre eux. Le gouverneur, méchant aux actes hardis, faisait craindre tous, musulmans et chrétiens. Il commanda qu'on n'accueillît plus aucun étranger dans la basilique, ni dans les hôtelleries, ni sur les côtes ; on craignait de lui, on chassait les étrangers que l'on hébergeait. Il ordonna aux moines de ne plus laisser entrer aucun visiteur.

Puis il rassembla les moines et les marqua au fer rouge — il fit faire à chacun d'eux une bague de fer pour la main gauche, sur laquelle étaient inscrits son nom, le nom de son monastère et un sceau, sans gravure indiquant la suzeraineté de l'islam. C'était en l'an 96 de l'Hégire[42]. Lorsqu'on rencontrait un moine fugitif ou non marqué, on le présentait à l'émir : on le frappait gravement, on lui coupait la main, il restait estropié, et on le tuait. On ne pouvait compter le nombre de ceux qui moururent par cette mesure. La peur fut grande, on en crucifia plusieurs, on en arracha les yeux à d'autres, on en frappa beaucoup sous les fouets. Le contrôle des amendes était devenu impitoyable.

Les édits étaient féroces : on amenait à l'autorité, par tête, un dinar à demander aux gens. On les amenait, on prenait leurs biens, on les écrivait, on les recopiait. « Livrez ce que vous trouvez sur lui parmi des évêques et des moines, ou ce qui appartient aux gens, ou les animaux ou les biens : tout ce qui se trouvera. — Vous ne l'avez vu en aucun endroit, à eux : pillez-les et tuez-les. » L'on craignait, l'on coupait les colonnes et les bois ; on vendait ce qui valait dix dinars pour un dinar, jusqu'à ce que l'argent tombât à trente-cinq dirhams pour un dinar. Le froment se vendit quatre ardabs pour un dinar, le vin quarante mètres pour un dinar, l'huile cent qist pour un dinar. Quiconque avait quelque chose le cachait, pour qu'on ne sache rien chez lui qu'on pût lui prendre. Sous l'angoisse et l'indigence, les gens se mirent à vendre leurs enfants.

L'enfant noyé, le crocodile et le sceau perdu

Lorsque l'émir l'apprit, il ne s'en contenta pas, bien au contraire : il aggrava la situation. Il écrivit en tout lieu : si l'on trouvait un homme — voyageur ou marcheur, descendant ou montant d'une localité ou d'un bateau —, il fallait le saisir ; qui ne portait pas son sceau ne pouvait voyager, on le ramenait, on lui prenait ses marchandises, et lui-même ne pouvait se libérer. On les frappait au fer brûlé ; quand on rencontrait des Romains sur la mer, on les amenait à lui ; on en crucifia certains, à d'autres on coupa pieds et mains, jusqu'à ce que la voie fût coupée. Plus personne n'achetait ni ne vendait ; les revenus des vignobles s'éteignaient.

Les gens durent porter ces sceaux deux mois. Quand le sceau s'effaçait, on le brûlait à nouveau sur la peau de l'homme, ou bien on lui infligeait quelque autre supplice. Si le sceau n'était pas renouvelé, on percevait cinq dinars d'amende ; au-delà, on en exigeait davantage et l'on changeait le sceau.

Une veuve, qui n'avait pris qu'un seul sceau pour ses enfants vivant uniquement du travail de ses mains, perdit ce sceau : son enfant, parti chercher de l'eau, alla à la mer pour boire et s'y noya ; un crocodile l'emporta, et avec lui le sceau qui était attaché à son corps. La mère pleurait son enfant, mais dut revenir à Alexandrie. L'émir cruel ne se laissa pas fléchir : sourd à ses cris, il lui réclama dix dinars d'amende pour avoir pénétré sans sceau dans la cité. Elle vendit ses vêtements et tout ce qui lui restait pour acquitter cette somme, et dut mendier l'aumône pour rester en vie[43]. Le diable, son associé, suggérait au gouverneur chaque jour quelque nouveau mal.

L'inspection des couvents et le siège de la basilique

Le gouverneur ordonna ensuite d'inspecter les couvents. On y trouva des moines qui n'avaient pas le sceau en main ; il en fit décapiter certains, d'autres moururent sous les fouets. Puis il fit briser la porte de la basilique avec des outils de fer et en exigea l'argent ; il rassembla les chefs des moines et les fit torturer ; il leur réclama mille dinars et fit mettre à mort ceux qui s'approchaient. Il leur fit ajouter des anneaux de fer aux mains, les contraignit à sortir de la basilique pour aller travailler aux bateaux de la flotte et au creusement des canaux.

Les chefs des moines tombèrent dans la défaillance ; ils ne savaient plus que faire. Ils n'avaient d'autre refuge que la basilique, les prières et les supplications adressées au Christ Seigneur, le priant de leur pardonner leurs fautes ; ils gémissaient et pleuraient, jusqu'à ce que Dieu Très-Haut, miséricordieux, écoutât leurs invocations et les délivrât en hâte sous le règne d'un autre prince — comme jadis sous Salomon, dont on disait qu'il avait apporté la paix.

L'avènement bienveillant d'ʿUmar II

C'est alors que monta sur le trône le grand roi ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz[44]. Il était bon envers les chrétiens et faisait justice de ce qu'on leur avait infligé. Il ordonna, à cette époque, par la bonté de Dieu, qu'on permît au saint patriarche, qui avait été persécuté, de sortir librement d'Alexandrie. L'oppresseur précédent fut tué d'une mort honteuse, dans la disgrâce. On l'éloigna et on le livra à la prison, où il demeura jusqu'à ce qu'il fût remis à un berger malfaisant qui le faisait passer sous le fouet à grandes plaies, pour le saisir, le percer et le faire périr d'une mauvaise mort.

ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz multiplia les bonnes œuvres envers le peuple, restaura les mariages qu'on avait empêchés entre les baptisés et les chrétiennes, et ordonna qu'on ne levât plus aucun kharāj sur les chrétiens ni sur les évêques. Il commença par exempter la basilique de tout tribut, ainsi que les évêques ; il annula les redevances additionnelles et fit restaurer les villes en ruine. Les chrétiens vécurent dans la sécurité et la quiétude, achetant et vendant librement.

Mais bientôt il se mit à faire le mal : il écrivit un édit à l'Égypte selon lequel quiconque, parmi ses sujets, voulait demeurer dans son pays sans s'écarter de ses lois devait s'y conformer ; quiconque s'écartait de ses ordres devait embrasser la religion de Muhammad, sous peine d'amende équivalente. On rendit alors aux chrétiens ce qui leur restait dans le service public, et leurs offices furent transmis à des musulmans ; beaucoup de chrétiens devinrent étrangers dans leur propre pays, et la main seigneuriale s'abattit sur eux dans tous les lieux. On dégrada leur dignité, riches et pauvres confondus. Il ordonna de prélever la jizya sur tous les hommes qui ne se convertiraient pas à l'islam, sans qu'il fût plus possible de supporter ce fardeau. Mais Dieu ne le laissa pas poursuivre dans cette fonction : il le fit mourir rapidement[45].

Yazīd le persécuteur ; Hishām le pacifique

Son règne ne se prolongea guère, car il fut comme le Dajjāl. Vint après lui Yazīd[46], dont nous ne raconterons pas le détail des œuvres, à cause du mal et des épreuves qu'il infligea, car il marchait dans la voie du diable. La première chose qu'il fit en prenant le pouvoir fut de défaire en un an ce que Qurra avait fait à la basilique et aux évêques ; il imposa aux gens un poids considérable, sans pareil dans tout son pays. Ne s'arrêtant pas là, il ordonna de briser les croix en tout lieu et de retirer les images des basiliques. Mais le Christ Seigneur écrasa son orgueil et il mourut dans de multiples tribulations. Son frère Hishām régna après lui.

Quand Hishām régna[47], il prit connaissance de ce qui s'était passé. Or, après Julien, précédent patriarche d'Antioche, succéda à ce siège un homme nommé Athanase, plein de grâce spirituelle ; il avait été évêque, et le roi le confia au patriarcat d'Antioche. Les évêques posèrent les mains sur lui malgré sa grande humilité ; il disait qu'il n'était pas digne de cette dignité, à cause de ses péchés, et que cette élection n'était pas son choix, mais il s'y était soumis. Alexandre l'accueillit avec grande joie ; il lui écrivit en retour pour proclamer leur union dans la foi orthodoxe, leur bien-être et leur salut. Athanase bénit ensuite le roi Hishām, demandant que son règne durât de longues années et qu'il triomphât de ses ennemis pour accomplir le bien devant le Seigneur. Il renvoya les messagers en paix. Hishām écrivit alors à l'Égypte pour faire abolir tout ce qui avait été indûment imposé aux chrétiens. Son règne dura vingt-deux ans, sans guerre étendue ni grandes oppressions.

La cellule patriarcale auprès du palais royal de Damas

Ainsi, par les prières des deux glorieux patriarches — Alexandre à Alexandrie et Athanase à Antioche — et par l'intermédiaire de la basilique orthodoxe copte de Damas, voisine du palais royal, Hishām accorda une faveur exceptionnelle : il ordonna que le patriarche Athanase fît bâtir une cellule attenante au palais royal. Hishām pouvait ainsi entendre sa prière et sa lecture des offices. « Lorsque tu commences tes prières la nuit, disait-il au patriarche, je trouve auprès de toi un grand repos, et de la tristesse au matin lorsque les affaires du royaume me rappellent au sommeil. » Il accueillait de nombreuses requêtes du patriarche et favorisait beaucoup les baptisés et les chrétiens. Il y avait aussi un musulman de bonne volonté, du nom de ʿUbayd Allāh ibn ʿAbd Allāh, qui se faisait défenseur des baptisés et des chrétiens[48].

Le recensement et la marque du lion

Lorsque le roi vit qu'il œuvrait au bien et qu'il versait en Égypte ce qui revenait à la basilique, il fit grand bien aux enfants des baptisés. Mais lorsqu'il monta au trône, le nouveau gouverneur ordonna le recensement des peuples en chaque village, le dénombrement du bétail et la mesure des terres et des vignobles par chaînes d'arpentage. Il fit apposer un sceau de plomb sur le côté de chaque homme de un à vingt ans, pour le compter et l'inscrire dans les registres, des plus jeunes aux plus âgés. Il fit relever les terres rebelles couvertes d'arbres et de chardons, fit bâtir des bornes au milieu des champs frontaliers, refaire les voies à travers toute l'Égypte et amoindrir le kharāj.

Lorsqu'il eut achevé ces réformes, dont nous n'avons mentionné qu'une partie, il se rendit à al-Fusṭāṭ, puis à la cité de Manūf, où il demeura plusieurs mois. Il y ordonna qu'on rassemblât les serviteurs pour apposer « la marque du lion » sur les mains des chrétiens[49], selon la parole de Jean le scribe : « Nul ne vendra ni n'achètera s'il n'a sur la main la marque du lion. » Lorsque ces sceaux furent imposés à toute l'Égypte, on commanda partout : si l'on trouvait en quelque lieu un homme dépourvu de cette marque, on lui coupait la main, et il devenait perdant, dans le grand abaissement, jusqu'à payer une grande somme. Ce fut une grande angoisse et un grand bouleversement dans toute la province, jusqu'à la cité d'Alexandrie, sous le gouverneur ʿUbayd Allāh fils de ʿAbd al-ʿAzīz.

La mort d'Alexandre II

Des troubles éclatèrent sur les routes, dans les montagnes et sur les mers ; quand la situation aboutit aux affrontements, des combats s'engagèrent. Lorsque le gouverneur entra à Alexandrie, l'agitation s'éleva contre lui ; on imposa aux gens un sceau, on les forçait à payer. Voyant le Père Alexandre proche de sa fin, ʿUbayd Allāh lui dit : « Ne te hâte pas, ô notre Maître, de t'en aller. » Mais le saint Père se rendit à son repos, invoquant le Maître pour qu'il lui pardonnât. Sentant qu'il allait mourir, il dit à Michel son fils spirituel, évêque d'al-Bahnasā : « Va en paix, et souviens-toi de moi par grâce. » Et le bienheureux Alexandre s'endormit le septième jour d'Amshīr, après avoir accompli vingt-quatre ans et demi sur la chaire patriarcale[50].

Saints et prodiges du temps d'Alexandre

Il y eut, en ses jours, un saint peuple dans la province d'Égypte, dans les déserts et les couvents, qui luttait pour le service de Dieu ; des prodiges et des signes apparurent par eux. Un homme nommé Qaffar, originaire d'Asnā, qui avait été pécheur, devint moine au mont de Bahnasā et accomplit la règle de la vie monastique. Après un long temps, il s'éloigna et bâtit un grand monastère dans la montagne, où il rassembla un grand nombre de fidèles. Vivait aussi un saint vieillard nommé Damātiyūs, originaire de Banā : on rapporte qu'il guérissait beaucoup de lépreux et de malades et qu'il chassait les esprits impurs.

Apparut un autre prodige merveilleux : un Égyptien copte, infirme, avait deux fils et une fille unique, qu'il gardait à la maison ; tous étaient de purs enfants au service de Dieu. Le diable s'introduisit dans l'aîné et lui dit : « Lorsque viendra la nuit, ô mon fils, couche avec ta sœur — il en sera de même pour ton frère cadet — afin qu'elle vous serve à toi et à ton frère pour gagner de l'argent. » L'aîné voulut faire cela, puis le cadet à son tour. Un saint vieillard les saisit : la terre s'ouvrit et engloutit le fils illégitime sous terre. La sœur reçut le pardon. Tous ceux qui étaient présents en furent témoins.

On amena la sœur jusqu'au saint vieillard, montée sur une bête ; il pria, et à l'instant son ventre fut découvert : il en sortit l'objet malformé. La fille reçut le pardon. Les témoins furent saisis d'effroi. Un témoin sincère parmi les fils de l'Église rapporta que ce lieu devint comme un soupirail descendant à l'abîme ; il dura six mois ; le feu en jaillissait dans l'air avec une grande fumée qui s'élevait, et nul ne pouvait s'en approcher.

De même, au monastère du saint Abba Shenoute au mont d'Atrīb, on trouvait beaucoup de saints, jusqu'au reposant l'archimandrite, homme de bonne voie en sa vie. Et après son passage au Seigneur, il continuait à apparaître. Au désert du Wadi Habīb se trouvaient aussi des hommes saints à qui Dieu accordait la vision de ce qui se passait dans le monde, comme s'ils en étaient présents. À tous il leur apparaissait le Christ Seigneur, les Apôtres et les saints justes, qui leur parlaient.

Parmi eux se trouvait un cheikh du monastère de saint Macaire, nommé Yūnus, originaire d'Asnā Shabrā ; il fut capturé trois fois par les Berbères, mais chaque fois Dieu le délivra et le ramena au monastère. Lorsqu'il devint prêtre, il s'imposa cette règle : selon le canon du désert du Wadi Habīb, quiconque devient prêtre, quel que soit son rang antérieur, est présenté à l'hégoumène, mais ne reçoit les saints mystères qu'après avoir vu en songe le Sauveur et la Sainte Vierge ; alors seulement il participe aux mystères. Il avait pour disciple Abahas d'Arwāṭ, qui lui ressemblait en toutes ses actions ; une grande grâce reposait sur lui, comme jadis sur Moïse le prophète : il bénissait les malades et guérissait toute infirmité. Il vécut cent ans. La grâce de l'Esprit-Saint descendit sur lui à un tel point qu'il connaissait l'invisible. Il avait deux frères spirituels : l'un se nommait Abū Georges, l'autre Abū Abraham. Ils étaient saints comme lui et leurs œuvres témoignaient qu'ils avaient marché sur les traces du grand Antoine.

Le peuple, en ce temps, était dévoué à Dieu avec grand zèle ; on voyait dans la basilique des baptisés comme des brebis blanches, petits et grands. Quand un homme du peuple venait à un saint, il en revenait transformé, et beaucoup parmi les fils de l'Église allaient voir ces deux cheikhs ; ayant reçu leur bénédiction, ils s'en retournaient. Ainsi, dit le rédacteur, voulais-je évoquer les œuvres des saints. Mais le temps ne suffit pas, les écrits manquent, les feuillets ne suffisent pas. Gloire à Dieu, à jamais et dans tous les siècles.

Vie XVIII

Cosme Ier,
quarante-quatrième patriarche d'Alexandrie (730-731)

Après le repos d'Alexandre, les évêques, le clergé et le peuple chrétien d'Alexandrie se rassemblèrent pour chercher un patriarche selon les canons. Leur choix tomba sur Cosme, qui avait été ordonné évêque de Misr par Jean III, après l'épisode de Marc le fugitif. Cosme reçut la dignité patriarcale dans une période de paix relative qui suivit la mort du gouverneur dur et l'avènement d'un nouveau wali sous Hishām. Il s'employa à organiser les sièges qui avaient souffert pendant les sceaux et les marques du fer, à recevoir les fidèles dispersés et à confirmer les ordinations.

Mais son pontificat fut très bref. Il mourut au bout d'un an, le huitième jour de Bābah[51], laissant peu d'œuvres signalées dans la chronique, hormis ce qu'on dit de sa douceur et de son équité. Son corps fut déposé dans l'église de saint Marc, auprès de ses prédécesseurs.

Vie XIX

Théodore,
quarante-cinquième patriarche d'Alexandrie (731-743)

La tradition synaxariale conserve sur l'origine monastique de Théodore quelques traits que la chronique de Sévère ne développe pas[fn:53bis]. Avant son élection au siège apostolique, ce père vivait dans un monastère de la région du lac Maréotis sous la conduite d'un ancien nommé Jean. Or l'Esprit-Saint inspira à Jean que son disciple Théodore serait un jour patriarche d'Alexandrie ; il en informa ceux qui pouvaient en être intéressés. Le moine Théodore, pieux combattant, doux et humble, ignorait cette prédiction et poursuivait sa vie cachée. Après le repos de Cosme Ier, les évêques et les notables se souvinrent de la prophétie de Jean. Ils firent venir Théodore de son monastère contre son gré et le sacrèrent patriarche le premier jour d'Apip de l'an 446 des Martyrs — soit environ le 25 juin 730 ap. J.-C.

Une assemblée de saints évêques se réunit et intronisa le Père Théodore comme patriarche au nom du Christ Seigneur. Sous son pontificat, l'épiscopat et l'Église orthodoxe reprirent vigueur ; chaque jour, elle recouvrait ce qui lui appartenait et dont elle avait été privée. Théodore était bienfaisant, doux, aimé de tous ; il ressemblait à un ange de Dieu, et rien de mauvais n'arriva par lui.

Mais ʿUbayd Allāh ibn al-Ḥabḥāb, gouverneur d'Égypte[52], accablait les habitants d'angoisses, d'impôts et de dommages : pour chaque dinar de kharāj, il imposait deux dinars d'amende, prétendant que la monnaie avait été diminuée et devait être majorée. Lorsqu'il persista dans ses crimes sans s'écarter, Dieu le livra à la perdition. Des chefs musulmans s'élevèrent contre lui, allèrent trouver le roi Hishām et l'instruisirent des injustices commises pendant son règne. Hishām entra dans une grande colère ; il ordonna sa révocation et l'arrêta avec un groupe de ses partisans, puis exila son fils cadet Ismaël au pays des Berbères, à l'extrême Occident, en punition de ses œuvres. Cela fut promptement exécuté. Il maintint son fils aîné Abū al-Qāsim au gouvernement de l'Égypte, et plaça un autre à la tête des affaires.

 

Les méfaits d'Ismaël chez les Berbères

Voici encore les œuvres mauvaises d'Ismaël : il enlevait les filles des hommes de bonne renommée et celles des notables et les envoyait à Hishām comme concubines. Il les présentait comme si elles avaient été achetées au titre de servantes. De même, lorsque s'approchait la mise-bas des jeunes brebis, il faisait fendre leurs ventres pour en extraire les fœtus encore revêtus de leur duvet ; il en prenait les peaux, les faisait travailler en fourrures, et les envoyait à Hishām en disant qu'elles avaient été achetées[53]. Il avait massacré beaucoup d'agneaux. Lorsque les troupeaux de leurs régions se trouvèrent décimés, les Berbères se concertèrent contre lui : ils tuèrent son fils Ismaël et les habitants de sa demeure. Ils saisirent sa femme, ses enfants, ses concubines et tous ses subordonnés. Ils les tuèrent tous devant lui : lui-même fut contraint d'assister au massacre, à voir fendre le ventre des femmes, arracher les enfants et les jeter sous ses yeux.

Puis on l'amena en Afrique ligoté ; on lui présenta son père devant lui : après lui avoir fendu le ventre, on en frappa la tête et le visage de son père. Puis ils chassèrent son père hors de leurs régions ; il s'enfuit derrière eux, le maudissant et le couvrant d'opprobre.

Notre Père Théodore était alors dans sa belle vieillesse ; par la grâce du Christ Seigneur, l'Église grandissait sans opposition ni division pendant tous ses jours. Il demeura onze ans et demi sur le siège apostolique ; il s'endormit le septième jour d'Amshīr[54].

Vie XX

Michel Ier, dit Khaylāʾ,
quarante-sixième patriarche d'Alexandrie (743-767)

Le rédacteur de cette Vie est nommément identifié : Georges, prêtre-moine du monastère de Saint-Macaire, scribe d'Abba Simon, hégoumène de Saint Macaire. Il avait déjà rédigé pour la précédente Vie celle d'Alexandre II. Il s'identifie modestement comme « Bāyis le Vil » et invoque la grâce divine pour son travail. Il ouvre son récit comme une confession de transmission, citant le Psaume : « Ce que nous avons entendu, nous l'avons vu ; nos pères nous l'ont annoncé. » Moïse, les prophètes, les apôtres, puis les docteurs de l'Église ont transmis ce qu'ils avaient reçu, afin que la pierre de fondation de la foi demeure ferme parmi les baptisés. Les historiens de l'Église, depuis Africanus et Eusèbe jusqu'aux scribes coptes qui conservèrent la mémoire des patriarches, n'ont pas écrit pour orner des récits, mais pour faire connaître les épreuves, les victoires et les chutes qui touchèrent les pasteurs et le peuple du Christ[55].

Le rédacteur évoque ensuite les grandes déchirures de l'histoire chrétienne : la résistance de Cyrille et de Dioscore, les décisions du concile de Chalcédoine, l'action de Marcien, de Pulchérie et de Léon de Rome, puis les adversaires qui, dans la mémoire copte, troublèrent l'Église orthodoxe. Il renvoie aux Vies précédentes, où les persécutions, les exils et les confessions de foi ont déjà été racontés. Sa tâche est désormais de rapporter ce qui advint sous le patriarche Michel, appelé dans la source Abba Khaylāʾ, au temps des derniers Omeyyades, de Marwān II et de la première domination abbasside.

Les méfaits du gouverneur Abū al-Qāsim

Lorsque ʿUbayd Allāh quitta l'Égypte, son fils Abū al-Qāsim lui succéda. Le récit le dépeint comme pire encore que son père. Il était jeune par l'âge et plus jeune encore par le jugement ; l'Écriture, dit le narrateur, semble écrite pour lui lorsqu'elle dit : « Malheur au pays dont le roi est un enfant. » Il aimait le faste, les femmes, les chars somptueux, la violence et les taxes. Il faisait venir auprès de lui le patriarche Théodore, déjà avancé en âge, ainsi que des évêques, pour qu'ils bénissent les enfants nés de ses concubines. Il présentait ces femmes comme ses filles, demandait qu'on posât la main sur elles et, sous couvert d'honneur, arrachait des présents d'argent.

Un jour, il fit venir une concubine maghrébine qu'il aimait particulièrement et demanda au saint évêque Abraham de la bénir. Celui-ci, comprenant l'embarras de la situation, lui parla avec prudence. Abū al-Qāsim répondit qu'il aimait Abraham et qu'il accomplirait ce que celui-ci demanderait. Le saint lui demanda trois cents dinars. L'argent fut apporté. Le gouverneur se fit ensuite gloire d'avoir accordé cette faveur, mais il demeura attaché à ses habitudes : il possédait de nombreuses concubines, imposait de lourds tributs aux monastères, et tout se faisait sous l'autorité du fisc. Le monastère du Fayoum, en particulier, supportait une charge de cinq cents dinars[56].

La tyrannie ne resta pas enfermée dans le palais. Abū al-Qāsim établit partout des agents chargés de pressurer les habitants, depuis Assouan jusqu'à Alexandrie. Ils confisquaient les biens des étrangers, imposaient les grands et les petits, pillaient les couvents, enlevaient des femmes et laissaient les terres épuisées. Le fort dévorait le faible, comme les grands poissons mangent les petits dans la mer. Le gouverneur fit construire des chars magnifiques, semblables à des palais roulants, dans lesquels il parcourait le pays avec ses femmes, ses serviteurs et ses soldats. Il alla à Alexandrie, à Tinnis, à Damiette, remonta vers le Saʿīd et poussa jusqu'à Assouan, prenant partout les biens des marchands et des notables.

L'affaire du sarcophage de saint Shenouté

Au cours d'une de ces tournées, il arriva au monastère de saint Shenouté, près d'Atrīb. Il était accompagné d'une concubine qu'il préférait à toutes les autres et d'un chef musulman nommé Yathīb ibn ʿAbd al-ʿAzīz. Les moines sortirent pour lui rendre les honneurs dus au pouvoir. Mais lorsqu'il voulut entrer à cheval dans l'église, avec la femme montée elle aussi, le supérieur du monastère l'arrêta et lui dit : « Émir, descends. Ne provoque pas Dieu par un tel excès, surtout avec cette femme. Jamais femme n'est entrée dans cette église sans en sortir frappée. » Abū al-Qāsim méprisa l'avertissement et entra.

À peine eut-il atteint le milieu de la basilique que le cheval de la concubine s'effondra. La femme mourut sur-le-champ, et le cheval mourut avec elle. Alors le gouverneur fut saisi d'un trouble que le texte décrit comme une possession : il écumait, se débattait, tirait la langue comme une bête sauvage. Quand il revint à lui, son regard tomba sur le reliquaire de saint Shenouté. C'était une œuvre précieuse, en bois couvert d'ivoire, ornée d'images et de marbre, où reposait le corps du saint. Il voulut s'en emparer. Trois hommes ne purent le soulever ; dix n'y parvinrent pas davantage ; trente échouèrent encore. Le gouverneur comprit qu'il ne pouvait rien contre le saint, donna de l'argent au monastère et s'en alla dans la crainte[57]. L'esprit impur qui l'avait saisi, dit la source, ne se sépara plus de lui jusqu'à sa mort.

La grande peste et famine de 736-745

Dans le même temps, le pays fut frappé par la famine et la peste. La première année, le blé disparut au point qu'on ne trouvait plus de nourriture ; les bêtes mouraient en grand nombre ; les hommes périssaient sur les chemins. La deuxième année, la peste se joignit à la disette ; on craignait de s'endormir le soir, tant les morts étaient nombreux le matin. La troisième année, le Nil ne monta pas, et la détresse devint générale. La septième année, la mortalité atteignit une violence que le narrateur ne peut évoquer sans effroi : au début du mois de Baounah, il mourut, selon lui, cinq mille personnes en un seul jour à Misr et à Gizeh, et des milliers d'autres dans les régions voisines[58]. Les fossoyeurs ne suffisaient plus. On ne pouvait enterrer un mort sans que l'autorité en fût informée ; les noms des défunts et de leurs familles étaient enregistrés. La peur du fisc et la peur de la maladie s'ajoutaient l'une à l'autre. Les évêques et les moines quittaient leurs sièges pour aller prier au désert, suppliant le Christ d'avoir compassion de son peuple.

Le magicien Shabās de Manūf

À cette époque se produisit aussi l'affaire du magicien Shabās de Manūf. Des marchands, désireux de s'enrichir pendant la famine, cherchèrent un sorcier capable d'agir sur le prix du grain. Shabās avait appris les pratiques des anciens magiciens, invoquait les démons et accepta de les aider. Pour accomplir ses maléfices, il acheta à une pauvre veuve son enfant orphelin, en lui promettant de l'élever. La mère, troublée, revint le chercher ; l'enfant avait disparu. Shabās, dans le secret de son réduit, avait suspendu l'enfant nu et l'écorchait vif sur plusieurs jours, dans un sacrifice rituel démoniaque. La sorcellerie fit monter les prix du blé d'un facteur saisissant : la mesure ordinaire fut multipliée par environ soixante[59].

Le crime fut dévoilé par un autre enfant des écoles, envoyé par son maître pour acheter du blé, qui entendit les cris du fils de la veuve torturé. Les musulmans de la cité s'élancèrent et arrêtèrent le magicien ; on lui coupa les oreilles, on confisqua ses biens, et on le brûla vif. Le peuple comprit alors jusqu'où l'avarice et la magie avaient conduit certains hommes pendant la famine.

L'élection contestée et la révélation d'Anbā Mūsīs

Après la mort du patriarche Théodore, le siège d'Alexandrie demeura vacant. Les évêques se réunirent avec les prêtres d'Alexandrie et les archontes pour élire un successeur. La source donne une liste de prélats présents : Abraham du Fayoum, Moïse, Ménas de Tinnis, Jacques d'Abū Ṣayr, Théodore du Siège, Marayūs de Misr, Pierre de Damaliyy, Jacques de Ṣarjut, Isaac de Samannūd, Jean de Barqa, Marc de Sawā, Jean de Sarsanā, Zacharie d'Atrīb, Étienne de Shatnouf, Georges et d'autres encore. Le choix se porta d'abord sur Pierre de Trūnaṭ, moine ancien du désert de Saint-Macaire, homme de bonne conduite, mais il avait dépassé soixante-dix ans, vivait retiré, et plusieurs doutaient qu'il pût porter un tel fardeau.

Pendant dix jours, les discussions se prolongèrent. Les évêques de Basse-Égypte et ceux du Saʿīd ne parvenaient pas à s'accorder. La source voit dans cette division une attaque du démon. Pour mettre fin au trouble, on décida de faire venir Moïse, malade depuis six mois au Wadi Habīb. Il fut transporté comme un homme proche de la mort, sur une civière. Pourtant, lorsqu'il entra dans l'assemblée, il chassa de son glaive les partisans alexandrins de Pierre de Trūnaṭ et parla avec force.

Dans la nuit, Moïse reçut une révélation. Il déclara avoir entendu une voix dans l'église de Saint-Macaire : le patriarche choisi par Dieu n'était pas celui que les partis humains soutenaient, mais Michel, prêtre et moine du désert. Au matin, l'assemblée se réunit de nouveau. Le peuple, les évêques et les prêtres crièrent d'une seule voix que Michel était digne. Ceux qui s'opposaient encore furent renvoyés, et les messagers partirent vers le Wadi Habīb pour le chercher.

Or les chefs des moines du Wadi Habīb étaient eux-mêmes sortis du désert pour aller demander au gouverneur Ḥafṣ ibn al-Walīd al-Ḥaḍramī d'alléger les charges imposées par Abū al-Qāsim. Les messagers les rencontrèrent à Gizeh, les treizième et quatorzième jours de Tūt. Les deux démarches se rejoignirent : les moines, les évêques et Michel comprirent que la Providence les conduisait. On informa Ḥafṣ de l'élection. Celui-ci, touché, reconnut la main de Dieu et aurait dit : « Béni soit le Dieu des Nazaréens. » Il accorda l'autorisation requise.

Michel fut donc conduit à Alexandrie. Il entra dans la ville le seizième jour de Tūt. Depuis deux ans, la pluie n'était pas tombée ; or elle tomba pendant trois jours à partir de son arrivée, comme un signe de faveur. Le dix-septième jour de Tūt, fête de la Croix — soit environ le 14 septembre 743 — Michel fut installé sur la chaire évangélique de saint Marc. Le peuple rendit grâce, car le siège recevait enfin un pasteur après une longue vacance[60].

La chute des derniers Omeyyades et les apostasies sous Ḥafṣ

Le début du patriarcat de Michel coïncida avec la crise des derniers Omeyyades. Hishām mourut ; al-Walīd II régna, puis fut tué ; Ibrāhīm apparut un temps ; enfin Marwān II ibn Muhammad, appelé dans la tradition al-Ḥimār — « l'Âne » —, prit le pouvoir. En Égypte, Ḥafṣ gouvernait encore. Il fit savoir que ceux qui embrasseraient l'islam échapperaient à la capitation. Beaucoup, pressés par l'impôt et la peur, cédèrent. Le texte donne le nombre saisissant de vingt-quatre mille conversions[61]. Le patriarche pleurait en voyant les baptisés abandonner leur foi sous la contrainte fiscale, et les évêques se retiraient dans les monastères pour prier.

Moïse, l'évêque qui avait joué un rôle décisif dans l'élection de Michel, prophétisa alors la chute de Ḥafṣ. Il annonça que le corps du gouverneur serait brûlé au milieu de Fusṭāṭ et qu'un homme serait tué par l'épée. Peu après, Marwān envoya cinq mille soldats en Égypte, Ḥafṣ fut vaincu, son corps brûlé, et la prophétie fut tenue pour accomplie. Le pouvoir passa brièvement à Ḥassān, qui se montra plus favorable aux chrétiens ; puis arriva ʿAbd al-Malik ibn Mūsā ibn Nuṣayr, venu d'Occident, fils du célèbre conquérant du Maghreb, que la source décrit comme orgueilleux et hostile.

Sous ce gouverneur, les violences recommencèrent. Marwān exigeait de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer et tout ce que l'on pouvait saisir. Un conseiller nommé ʿAbd al-Raḥīm organisa des travaux militaires et des préparatifs navals. Des bateaux furent rassemblés dans le port pour être incendiés contre les navires ennemis. Les marchands, effrayés, offrirent de l'argent à Marwān pour préserver leurs biens. Les chalcédoniens profitèrent de ce désordre pour réclamer aux coptes des églises disputées, notamment la basilique de saint Ménas à Bū-Yūṭ ou Banā, célèbre pour ses miracles et ses fondations anciennes.

 

Le procès de la basilique de saint Ménas

Tāwfīliyā, chef des chalcédoniens, porta l'affaire devant ʿAbd al-Malik. On convoqua les deux partis, coptes et melkites, à l'approche du Carême. Michel se présenta avec ses évêques, notamment Moïse et Théodore. La discussion porta à la fois sur les titres de propriété, sur l'histoire ancienne de la basilique et sur la foi. Les chalcédoniens produisirent leurs écrits ; Michel fit produire les documents anciens conservés par l'Église. Le juge musulman examina les pièces et voulut entendre les témoins.

Au cours de l'examen, un signe frappa l'assemblée. Dans un coffret précieux se trouvait une icône de saint Jean-Baptiste. Lorsqu'un évêque chalcédonien prit le coffret et le retourna, l'image se déplaça et tomba au milieu des évêques. Le chalcédonien tomba à genoux ; la crainte s'empara de ses compagnons. Pour le parti copte, ce prodige confirmait que saint Ménas et les saints eux-mêmes témoignaient en faveur de la foi orthodoxe.

Le débat se poursuivit cependant devant le juge. Celui-ci demanda à Michel de jurer que la basilique appartenait à ses pères. Le patriarche répondit qu'il ne voulait pas jurer à la légère, mais qu'il apporterait des preuves. Il déclara que l'église avait été construite depuis environ trois cent cinquante ans[62]. Les témoins confirmèrent, et les inscriptions anciennes furent examinées. Le juge reconnut alors que les documents de Michel étaient conformes à la vérité et remit la basilique aux orthodoxes.

La conversion de l'évêque chalcédonien Constantin

Cette victoire provoqua un mouvement plus large. Plusieurs chalcédoniens demandèrent à être reçus dans la communion copte. Constantin, évêque melkite de Misr, voulut être baptisé et rétabli sur son siège dans la foi orthodoxe. Les fidèles du Saʿīd, qui ne croyaient pas à sa sincérité, se soulevèrent contre lui, arrachèrent ses vêtements de chalcédonien et faillirent le tuer. Les évêques durent calmer le peuple. Constantin confessa ensuite publiquement la foi que la source attribue à Michel : un seul Dieu, un seul Seigneur, une seule nature incarnée du Christ après l'union ; celui qui divise le Christ en deux natures après l'union se sépare du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Un homme de Damiette, présent au palais, interrompit alors l'assemblée et lança un blasphème contre la sainte Trinité. Aussitôt, dit le récit, le tonnerre descendit sur lui et le frappa, le divisant en trois fragments. Musulmans et chrétiens crièrent ensemble : « Telle est la foi du Père Abba Michel ! » Ce prodige mit fin à la contestation pour un temps et confirma, aux yeux des fidèles, la sainteté du patriarche.

L'arrestation du patriarche et de ses évêques

Après ces événements, Michel se rendit à Alexandrie pour recevoir le siège de saint Marc. Un paralytique, privé de l'usage de ses jambes depuis quinze ans, avait reçu en vision l'ordre de s'adresser à l'évêque Moïse. Celui-ci le bénit et l'oignit ; le malade se leva, marcha et raconta devant le peuple ce que le Christ avait accompli par l'intercession des saints. D'autres guérisons suivirent : les démons furent chassés, les malades consolés, et l'évêque Moïse fut regardé comme un homme rempli de grâce.

Mais la paix fut brève. ʿAbd al-Malik rassembla son armée à Fusṭāṭ, fit arrêter des scribes, des notables et des responsables du fisc, puis exigea du patriarche le paiement de sommes énormes. Michel fut saisi. On plaça sur son cou un collier de fer et une pièce de bois très lourde. Avec lui furent enfermés Moïse, Théodore de Misr, Élie-Paul, Marayūs fils de Serge, ainsi que d'autres clercs. La prison était obscure ; à peine une fente laissait-elle passer un peu d'air. On y enfermait aussi des moines, des hommes et des femmes, environ trois cents personnes selon le texte. Certains étaient détenus depuis des années, d'autres depuis des décennies.

Le scribe Georges — celui-là même qui rédige cette Vie et se nomme « le misérable » — passa plusieurs nuits aux pieds du patriarche dans la prison. Michel l'instruisait par les livres saints et répondait à ses questions. Georges lui demanda pourquoi tant d'enfants mouraient à Fusṭāṭ. Le patriarche lui répondit de ne pas penser que Dieu les frappait simplement pour les fautes de leurs parents : Dieu voit l'ensemble de la nature humaine, connaît ce qui échappe aux hommes et conduit chacun selon son jugement. Georges l'interrogea encore sur la chute de Satan ; Michel lui expliqua, dans le langage théologique reçu, comment l'orgueil avait précipité celui qui avait été élevé parmi les créatures spirituelles.

L'intervention du roi de Nubie Kyriakos et l'exorcisme de la fille du gouverneur

À la tradition de Sévère ibn al-Muqaffaʿ, le synaxaire copte ajoute deux épisodes capitaux qu'il convient de rapporter ici, car ils figurent dans la mémoire liturgique du seize Baramhāt[fn:72bis]. Au cours d'une des longues captivités que le patriarche subit sous le gouverneur — la tradition nomme un certain ʿAbd al-Malik dont la mémoire copte a conservé la dureté — la nouvelle finit par parvenir au roi de Nubie. Ce souverain, appelé Kyriakos dans le synaxaire, est l'un de ces rois chrétiens des Makouria dont la dynastie protégeait depuis Dongola la grande lignée des patriarches d'Alexandrie. Indigné, il leva, dit la source, une armée de cent mille hommes, descendit en Haute-Égypte et marcha jusqu'à Fusṭāṭ. Il campa autour de la cité, menaçant de la détruire si l'on ne relâchait pas le patriarche. Voyant cette armée, le gouverneur prit peur. Il libéra Michel avec des marques de respect et le pria d'intercéder auprès du roi pour obtenir la paix.

Michel accepta. Il sortit à la rencontre du roi avec une assemblée du clergé, parlementa avec lui et obtint qu'il acceptât la paix avec le gouverneur. Le roi nubien retourna alors dans son pays. À la suite de cette intervention, le gouverneur tint le patriarche en haute estime et allégea les charges imposées aux chrétiens d'Égypte. Cette estime fut encore accrue par un autre signe : la fille du gouverneur était possédée par un esprit mauvais ; par les prières de Michel, elle fut délivrée. À partir de ce double prodige — l'armée nubienne et l'exorcisme —, la situation des coptes devint, pour un temps, plus calme.

Le séisme de 749 et l'affaire de Nubie

La même période fut marquée par une grande secousse de la terre. Le vingt et unième jour de Toubah, une colère de Dieu, selon les mots du récit, frappa la province. Les maisons s'écroulèrent, des bateaux furent emportés, des églises souffrirent, et les habitants furent saisis d'effroi[63]. Le souvenir de ce tremblement de terre resta lié, dans la Vie de Michel, aux épreuves de la prison et aux troubles du royaume.

À ces malheurs s'ajouta l'affaire de la Nubie. Le roi Marqūryūs mourut, puis des successions difficiles agitèrent le royaume[64]. Un roi nommé Abraham entra en conflit avec l'évêque Cyriaque. Il écrivit à Michel pour exiger que l'évêque fût déposé. Le patriarche refusa de violer les canons en condamnant un évêque sans jugement régulier. Alors, selon le récit, la pluie cessa de tomber en Nubie. Quand Cyriaque mourut, son tombeau devint un lieu de grâce : les pluies revinrent, et des enfants aveugles recouvrèrent la vue. La source voit dans ces signes la justification du refus de Michel.

Le songe d'Abū Muslim et la révolution abbasside

Tandis que ces événements se déroulaient au sud, l'empire omeyyade s'effondrait à l'est. Le récit raconte le songe par lequel Abū Muslim al-Khurāsānī fut encouragé à soutenir un jeune homme nommé ʿAbd Allāh, issu de la famille qui devait renverser Marwān. Les partisans se rassemblèrent ; ils manquaient d'armes et taillaient des palmes pour en faire des lances. Leur bannière était noire, et la source, frappée par leur attitude envers les chrétiens, affirme qu'ils plaçaient le signe de la croix sur leurs tentes et leurs vêtements lorsqu'ils entraient dans des régions chrétiennes[65].

Marwān sortit avec une grande armée, mais il fut vaincu. Il traversa l'Euphrate dans la confusion, perdit des hommes, fit brûler des bateaux, emporta de l'or et des objets précieux, puis s'enfuit de ville en ville en incendiant ce qu'il ne pouvait conserver. Dans sa colère, il entra en Palestine dans un monastère nommé Dayr Abba Hir, appelé en copte « le Monastère de la Mort », où vivaient de nombreux moines. Des tombes furent profanées, des biens saisis, et un moine nommé Thomas prophétisa que le royaume de Marwān serait aboli pour toujours.

Marwān II en Égypte et la jeune vierge d'Atrīb

Marwān arriva ensuite en Égypte, le vingt-huitième jour de Baounah de l'an 467 des Martyrs — soit juin 750[66]. Il força des hommes à entrer dans sa religion et dans sa prière, promettant la vie à ceux qui se soumettraient et menaçant les autres de mort et de crucifixion. Le texte parle de huit mille personnes contraintes. Alexandrie et le Delta furent agités par des combats entre ses partisans, les Khurāsāniens, les Bashmurites, les paysans et les chefs locaux. Des villages furent pillés, des femmes enlevées, des couvents brûlés. Michel, entendant que des chrétiens participaient aux combats, pleurait et criait sur le peuple éprouvé.

Dans ce chaos survint l'épisode de la jeune vierge d'Atrīb. Les soldats de Marwān entrèrent dans un monastère de femmes où vivaient trente vierges consacrées au Christ. Ils remarquèrent une jeune fille d'une beauté exceptionnelle, entrée au couvent depuis trois ans, et voulurent la prendre. Elle demanda à parler au chef et feignit de connaître un onguent capable de rendre le corps invulnérable aux armes. Elle rentra dans sa cellule, prit une huile sainte, pria, s'oignit le cou et demanda qu'on essayât le sabre sur elle. Les soldats, trompés par ses paroles, frappèrent ; sa tête tomba. Ils comprirent alors qu'elle avait choisi la mort pour préserver sa virginité. Effrayés, ils n'osèrent plus toucher aux autres moniales[67].

Marwān incendia ensuite une partie de Fusṭāṭ. Les habitants fuyaient par les rues, les jardins, les digues et les bords du fleuve. Les vieillards, les infirmes, les aveugles et les pauvres ne pouvaient suivre. Beaucoup tombèrent dans le Nil ; d'autres brûlèrent dans les flammes. Le narrateur décrit une ville livrée à la faim, à la soif, au feu et à l'abandon, tandis que les armées se disputaient les passages du fleuve.

L'apparition des saints Serge et Bacchus

Le dix-neuvième jour d'Abīb, à la neuvième heure, les Khurāsāniens arrivèrent près de Fusṭāṭ. Marwān, voyant l'ennemi approcher du côté occidental, se jeta vers le Nil. Michel, Moïse, Ménas, Yulantyus et d'autres clercs étaient alors auprès de lui. L'hégoumène ʿAbdūs força le patriarche à revêtir l'habit monastique. Marwān ordonna qu'on préparât le supplice. C'est alors que, selon la Vie, saint Serge et saint Bacchus apparurent à Marwān comme une troupe d'environ cinquante cavaliers traversant les eaux. Personne ne les voyait sinon lui. Saisi de peur, il montrait ce qu'il voyait à son entourage, qui ne voyait rien.

Marwān fit pourtant amener le patriarche enchaîné. Il tenait une lourde matraque de cuivre, d'environ vingt livres. Il frappa Michel, mais le saint ne fut pas blessé. Le patriarche resta debout de longues heures, tourné vers Dieu et les bras étendus en croix, tandis que les soldats murmuraient que cet évêque était juste. Le supplice fut préparé de nouveau. Abba Moïse tomba à genoux, tendit son cou et ses pieds, et s'offrit à mourir à la place de Michel. Marwān, désemparé, contempla ce vieillard à la longue barbe — comparé par le narrateur à Jacob Israël — et différa l'exécution.

Michel fut conduit comme pour être décapité ; on lui ôta ses vêtements, on prépara des instruments de fer, et quatre prisons furent ouvertes pour les condamnés. Les prisonniers tournèrent leur visage vers l'Orient et prièrent. Le peuple se tenait sur les deux rives et pleurait, musulmans compris. Même ʿAbd Allāh, fils aîné de Marwān, pleura sur eux. Finalement, on les ramena en prison, chargés de bois et de fers. Le scribe Georges donne alors la liste des compagnons de captivité : Michel le patriarche, Ménas hégoumène d'Abū-Ménas, Zacharie d'Atrīb, Jacques évêque de Péluse, Athanase de Saint-Macaire, le prêtre Jacques, Pierre de Samannūd et d'autres — onze hommes au total, chacun portant un collier de fer pesant environ un demi-quintal.

La mort de Marwān à Buṣīr

Pendant ce temps, les Bashmurites combattaient les Khurāsāniens conduits par Bāwūn et Ṣāliḥ. La guerre du Delta devenait de plus en plus dure. La fuite de Marwān prit fin à Buṣīr ou Abusīr, près d'un lieu appelé Qadūnī, que la tradition disait fondé par Alexandre. Les Khurāsāniens incendièrent des bateaux pour couper la retraite. Kawthar, général abbasside, frappa Marwān au cou de son épée. Son vizir Zabbān ibn ʿAbd al-ʿAzīz fut tué avec lui ; ses fils s'enfuirent, puis furent poursuivis. Le scribe Georges affirme avoir vu de ses propres yeux les têtes tranchées que l'on apporta. La mort de Marwān, datée du 6 août 750, fut reçue comme la fin d'un temps de terreur[68].

Le miracle du Nil et la fête de la Croix

La paix ne revint pourtant pas aussitôt. Bāwūn gouverna l'Égypte et son scribe Ghilān se montra dur. Michel et Moïse furent retenus un mois au palais. Bāwūn et Ṣāliḥ, d'abord frères d'armes, entrèrent en conflit ; Ṣāliḥ fut tué et Bāwūn resta seul. Le pays connut ensuite trois années de sécheresse. Le Nil ne montait pas suffisamment, les récoltes manquaient, et le peuple souffrait encore.

Comme le voulait la coutume, les évêques se rassemblèrent autour du patriarche pour la fête de la Croix, le dix-septième jour de Tūt. Les prêtres de Gizeh et de Būhāt, les fidèles de Fusṭāṭ, les petits et les grands, portaient les Évangiles, les croix et les cierges. Ils entrèrent dans la grande basilique chalcédonienne de Saint-Pierre, puis sortirent avant le lever du soleil vers la rive du Nil. Michel éleva la croix, Ménas portait l'Évangile, et le peuple criait sans cesse : « Kyrie eleison. » Après trois heures de supplication, le niveau du Nil monta d'une coudée. Tous rendirent gloire à Dieu.

Lorsque Bāwūn apprit ce prodige, il rassembla les musulmans, les juifs, les samaritains et les autres groupes sur la montagne orientale de Misr — le Muqattam —, afin qu'ils prient eux aussi. Ils proclamèrent l'unicité de Dieu et demandèrent un signe qui montrât que leur religion était soutenue : « Tu sais que nous ne t'associons rien… nous ne disons pas comme les Nazaréens : Tu as un fils ! » Mais le niveau du Nil ne monta pas. Le lendemain, ils recommencèrent ; l'eau ne bougea pas. Alors Michel revint avec les évêques et le peuple chrétien, pria de nouveau, et le Nil monta jusqu'à dix-sept coudées[69]. Bāwūn en fut saisi de crainte et allégea le kharaj imposé aux chrétiens.

Galerie des évêques saints du temps de Michel

La Vie de Michel se poursuit par une galerie de saints évêques et de moines de son temps. Jean de Sarsanā gardait la virginité et chassait les esprits impurs ; Zacharie d'Atrīb, élevé dans le désert, versait des larmes comme des rivières ; Étienne de Shatnouf reçut le don de prophétie, et l'on rapporte qu'un nouveau-né parla pour disculper sa mère injustement accusée — « Mon père, untel le prêtre s'est marié avec ma mère neuf jours avant sa mort. » Abū Bole, évêque d'Akhmim et second chef du Couvent Blanc après saint Shenouté, reconnut un magicien lors de la fête du saint, délivra une femme transformée en ânesse et fit brûler l'imposteur. Isaac de Samannūd, et plusieurs autres évêques sont également nommés pour leur ascèse, leur longévité ou leurs miracles. Le scribe mentionne aussi Georges, évêque sur quatre sièges successifs, marié mais gardant la chasteté avec son épouse pendant quatre-vingts ans dans la même couche, et qui vécut cent quarante-cinq ans.

Le texte mentionne aussi des groupes hérétiques encore présents en Égypte : les Mélétiens, issus de l'ancien schisme de Mélèce[70], et d'autres groupes mêlés de magie et d'apostasie. On les accuse d'enlever des enfants, de recourir à des sortilèges et de troubler les simples. Michel et ses évêques combattirent ces pratiques par l'enseignement, l'excommunication, la prière et l'autorité canonique. Le récit insiste moins sur une organisation doctrinale précise que sur le danger spirituel que ces groupes représentaient pour le peuple. Le scribe rapporte ainsi qu'Abba Moïse chassa du désert les trois mille membres d'un couvent mélétien, dont seuls dix purent demeurer.

La crise antiochienne et Isaac de Ḥarrān

Vers la fin du pontificat se posa la grave question d'Antioche. Après la mort du patriarche Jean, Isaac de Ḥarrān s'arrogea le siège par un mandat de ʿAbd Allāh Abū Jaʿfar — c'est-à-dire al-Manṣūr, qui régnerait de 754 à 775. Isaac fit tuer deux grands métropolites pour s'imposer. Selon les canons, un évêque ne peut être transféré sans procédure régulière, or Isaac avait simplement échangé son siège de Ḥarrān contre celui d'Antioche par décret civil. Il écrivit à Michel, lui envoya des cadeaux ainsi que deux de ses fils — l'un prêtre, l'autre diacre — pour obtenir une lettre synodale qui scellerait son élection.

Michel refusa. Avec Théodore de Misr et le scribe Georges lui-même, il tint une réunion canonique en présence de deux métropolites syriens — l'un de Damas, l'autre de Ḥimṣ. Le patriarche éleva la voix contre la simonie et l'intervention politique dans l'élection des chefs. Il refusa de sceller. Isaac mourut peu après ; Athanase le remplaça. À cette occasion, le scribe Georges livre une statistique extraordinaire pour l'histoire démographique : il y aurait alors environ cinquante mille âmes chrétiennes en Égypte par an[71].

La mort de Michel Ier

À la fin de sa vie, Michel avait beaucoup souffert et n'avait guère eu d'aide, sinon Moïse, évêque d'Égypte, et Théodore, son ami. Voyant son âge et la fatigue accumulée, il demanda au Dieu miséricordieux de le retirer de ce monde. Il se reposa le seizième jour de Barmahāt[72]. Selon le témoignage conservé au monastère de Saint-Macaire, il demeura sur le siège vingt-trois ans et demi. Son corps fut déposé auprès des saints Pères, et sa mémoire resta celle d'un patriarche éprouvé par la guerre, la prison, les famines, les révoltes et les changements de royaume.

Ménas Ier, quarante-septième patriarche (767-776)

Après le repos de Michel, l'Église d'Alexandrie se trouva de nouveau dans la peine. Les évêques et les prêtres cherchèrent un successeur capable de porter la charge après tant d'épreuves. Leur choix se porta sur Ménas, moine originaire du monastère de Saint-Macaire et fils spirituel de Michel — c'est lui qui avait été l'économe de la cellule patriarcale au désert. Homme déjà âgé, doux, patient et connu pour sa fidélité à Michel, il fut élevé au siège dans la joie commune. Un diacre nommé Pierre al-Sulaymī, moine de nom mais divisé intérieurement, s'opposa aussitôt à cette élection. Il convoitait l'épiscopat, estimait qu'on l'avait méprisé, et la source voit dans son ressentiment l'œuvre du diable[73].

La fraude de Pierre al-Sulaymī à Bagdad

Pierre quitta l'Égypte par bateau et se rendit en Syrie. Là, il fabriqua une fausse lettre, comme si elle provenait du patriarche jacobite d'Antioche, et se présenta à la cour du calife abbasside Abū Jaʿfar al-Manṣūr. Il accusa le patriarche d'Égypte de posséder d'immenses richesses et même de connaître l'art de fabriquer l'or. Selon lui, les églises coptes étaient remplies d'objets d'or et d'argent qui n'étaient pas nécessaires au sacrifice ; le calife devait les prendre pour son Trésor. L'accusation était faite pour séduire un pouvoir toujours avide de ressources.

Le récit insère alors une histoire concernant al-Manṣūr. À Ḥarrān, le calife avait épousé une femme de grande chasteté qui lui avait imposé de ne pas prendre d'autre épouse. L'évêque Isaac de Ḥarrān pria pour elle, la bénit et lui annonça qu'elle enfanterait. Elle mit au monde deux enfants. L'un d'eux mourut, et le calife fut saisi d'une douleur extrême. Pierre, guidé par le démon, prétendit pouvoir rendre l'enfant à la vie. Le diable fit paraître devant les yeux du calife une figure ressemblant au fils mort ; al-Manṣūr crut le voir vivant et courut l'annoncer à sa femme. Mais la mère reconnut que ce n'était pas son fils. Lorsqu'elle se leva pour vérifier, l'illusion disparut. Le calife comprit qu'il avait été trompé, ou du moins fut troublé ; pourtant Pierre sut encore tirer avantage de la situation. Il demanda un mandat pour l'Égypte, afin d'être imposé comme patriarche à la place de Ménas. Le calife fit écrire son nom sur une calotte de tissu, en caractères arabes, et ordonna au gouverneur d'Égypte, Bāwūn, de le reconnaître.

La captivité de Ménas et la corvée des évêques

Lorsque les envoyés arrivèrent à la frontière d'Alexandrie, Ménas apprit ce qui se tramait. Il éleva son cœur vers le Christ : « Seigneur Jésus-Christ, toi qui m'as déjà sauvé de tant de pièges, ne me livre pas aux mains de mes oppresseurs. » Conduit à Fusṭāṭ, il se présenta devant Bāwūn. Le gouverneur l'honorait à cause du souvenir de Michel, mais il craignait l'ordre du calife. Il dit à Ménas qu'il devait obéir au mandat royal. Le patriarche répondit qu'il ne pouvait livrer l'Église à un homme indigne, même si celui-ci portait une calotte écrite par l'autorité.

Bāwūn fit jeter Ménas en prison. On l'enferma dans une pièce étroite, les mains et les pieds chargés de fers. Pierre demanda qu'on convoquât tous les évêques à Fusṭāṭ pour qu'ils le reconnaissent. Ménas, du fond de la prison, écrivit aux évêques afin que leurs cœurs ne défaillent pas. Il leur rappela que le Christ n'abandonnerait pas son Épouse, l'Église, et que le soldat ne reçoit la couronne que s'il combat selon les règles.

Les évêques arrivèrent. Pierre, vêtu de la calotte où son nom était inscrit, monta vers l'autel comme s'il allait présider la prière. Alors Ménas et les évêques se levèrent contre lui, ils arrachèrent la calotte, déclarèrent qu'il n'était pas digne du siège d'Égypte et qu'on ne pouvait vendre l'Église. Pierre entra en fureur ; il fit emprisonner les évêques avec le patriarche. Mais ceux-ci se réjouirent de souffrir avec leur Père et se dirent que le Seigneur leur donnerait la délivrance.

La captivité dura longtemps. Le texte parle de trois années durant lesquelles le patriarche et les évêques combattirent pour la vérité. Le gouverneur interrogea Ménas sur les prétendus trésors. Le patriarche répondit qu'il n'y avait ni or caché ni science d'alchimie, mais seulement les vases nécessaires au culte, souvent déjà perdus ou enlevés dans les persécutions passées. Dans certaines églises, il ne restait que des coupes de verre ou de bois. L'accusation de Pierre n'était donc qu'un mensonge destiné à exciter la cupidité du pouvoir. Pendant ces trois années, fait notable, le gouverneur mobilisa tous les évêques d'Égypte à la corvée navale pour la flotte musulmane, au soleil, en plein été[74].

L'apostasie de Pierre et la mort de Ménas

Lorsque Pierre vit que son projet échouait, il tomba dans un dernier reniement. Il demanda à entrer dans la religion du gouverneur afin de retourner à Fusṭāṭ et de se venger de ses ennemis.

Il renia le nom du Christ, confessa l'islam, reçut des vêtements précieux, de l'argent, des chevaux et des esclaves, et prit le surnom d'Abū al-Khayr — « père du bien ». La source ajoute aussitôt qu'il fut en vérité père du mal. Sa famille et ses amis s'éloignèrent de lui ; il devint objet de mépris, comparé à Judas. Il finit misérablement en Syrie, dans la fièvre, la peste et la pauvreté, selon la parole que Ménas avait annoncée.

Ménas retrouva son siège. Il gouverna avec prudence une Église encore meurtrie par les années précédentes. Sa Vie est surtout celle d'un combat contre la simonie, l'imposture et l'usage de la puissance musulmane pour s'emparer d'une dignité ecclésiastique. Il mourut à Bina près d'Abū-Ṣīr, lieu même de la mort de Marwān II — symbolisme historique que la source ne souligne pas explicitement mais qui s'impose au lecteur. Il avait siégé sept années sur le trône évangélique et se reposa le dernier jour du mois de Toubah, soit le trentième Toubah[75]. Son corps fut enseveli au monastère de Saint-Macaire au Wadi Habīb.

Jean IV, quarante-huitième patriarche (776-799)

Après la délivrance de l'Église et le repos de Ménas, les évêques procédèrent à l'élection de son successeur par le rite du tirage au sort. Ils écrivirent les noms, les déposèrent sur l'autel, prièrent avec le clergé et le peuple, et crièrent : « Kyrie eleison. » On fit venir un enfant innocent, qui prit un billet. Le nom du prêtre Jean, attaché à la basilique d'Abū Mīnā et fils spirituel de Michel Ier, sortit. On recommença trois fois, et trois fois le même nom fut tiré. Tous s'écrièrent qu'il était vraiment digne[76].

Dès son intronisation, Jean envoya la lettre synodale au patriarche d'Antioche, Abba Georges, selon l'usage qui manifestait l'union des Églises copte et syrienne. La source rappelle alors ce qui s'était passé à Antioche. Un évêque syrien avait calomnié le patriarche Georges devant le calife, qui le fit jeter en prison et humilier. L'accusateur monta sur le siège, mais il n'écrivit ni lettre synodale ni décret d'investiture ; il mourut peu après. Alors Georges, libéré de prison, reprit le siège d'Antioche avec gloire et honneur, après dix années d'absence. La lettre de Jean lui apporta donc une grande joie : elle signifiait que, malgré les prisons et les changements de rois, l'unité de la foi demeurait.

Le patriarche bâtisseur

Jean était, dit le récit, d'une belle stature, équilibré dans ses mœurs et soutenu par Dieu en toute chose. Les gouverneurs et les rois l'honoraient ; ils acceptaient souvent sa parole. La source le compare à Joseph devant Pharaon : comme Joseph avait trouvé grâce auprès du roi d'Égypte, Jean trouva faveur auprès des autorités de son temps. Les chalcédoniens d'Alexandrie en furent jaloux, car ils voyaient que les coptes reprenaient force et dignité.

Jean entreprit de grandes constructions. Il édifia une vaste basilique à Alexandrie pour servir de siège patriarcal, restaura les sanctuaires de la ville, orna les églises et veilla à ce que le culte fût célébré avec ordre. Les sultans l'aimaient et lui accordaient ce qu'ils refusaient à d'autres. Son autorité ne reposait pas seulement sur la faveur politique : elle venait aussi de la douceur de sa parole, de sa charité et de sa patience.

Le faux saint Nawasaw

Un homme nommé Nawasaw troubla cependant cette paix. Il passait pour médecin habile, se faisait admirer par les grands et avait accès auprès des califes. La source le dénonce comme faux saint et chef d'hérétiques. Par envie, il calomnia Jean. Mais le patriarche ne se laissa pas entraîner dans les querelles. Il prit auprès de lui un jeune Alexandrin nommé Marc, gardien de la basilique d'Abū Ménas en Maréotide. Ce Marc devint son scribe, son diacre et son disciple. Le récit conserve un détail liturgique précieux, Marc possédait une voix de chantre admirable. Partout où le patriarche célébrait, c'est lui qui chantait l'évangile, avec une voix de tendresse et de tons émouvants qui touchaient les cœurs ; les fidèles venaient tôt à l'église pour l'entendre, tant son chant était beau et sa diction juste.

Marc grandit dans la vertu. Il reçut l'habit monastique au monastère de Saint-Macaire, le vingt-septième jour de Barmahāt, jour de la commémoration du saint. Un ancien prophétisa qu'il était digne de s'asseoir un jour sur la cathèdre. Jean le forma donc comme un fils, sans savoir peut-être encore que celui-ci lui succéderait.

La construction de la Basilique de la Pénitence

Jean entreprit aussi la construction de la basilique de saint Michel Archange à Alexandrie. Le récit attribue l'initiative à deux notables qui aimaient Dieu, Cyrus et Barnabé, qui voyaient que le peuple du Christ désirait cette église ; ils apportèrent au patriarche les sommes nécessaires, et de nombreux fidèles firent de même, voulant laisser un mémorial pour eux-mêmes et leurs descendants. La tâche dura cinq ans. Un homme nommé Pierre al-Sulaymī — celui-là même devenu Abū al-Khayr l'apostat — chercha à l'empêcher et porta plainte contre le patriarche auprès du pouvoir. La source compare cette opposition aux Samaritains et aux Chaldéens qui empêchèrent jadis la reconstruction du Temple sous Cyrus et Darius. Jean persévéra cependant, et l'église fut achevée. Au temps du rédacteur, elle était connue sous le nom de Bayʿat al-Tawba — Basilique de la Pénitence[77]. Un autre scribe-diacre du patriarche, nommé Jean lui aussi, devint plus tard évêque de Sakhā à la mort de Jean IV.

La grande famine et la charité de Jean

Une grande famine frappa ensuite Alexandrie et le Saʿīd. Le prix du blé monta jusqu'à trois dinars la mesure, les pauvres affluèrent vers les églises, et Jean ouvrit les ressources de l'Église. Marc, son diacre, l'aida dans cette œuvre. Ils distribuèrent pain, argent, vêtements, et ne renvoyèrent personne sans secours lorsqu'ils pouvaient agir. La charité de Jean confirma sa réputation auprès du peuple autant que ses constructions l'avaient fait auprès des notables. Il priait avec les paroles de Daniel et rappelait que les biens de l'Église étaient destinés à sauver des vies — sans distinguer coptes, chalcédoniens, juifs ou musulmans.

La succession antiochienne et la lettre de Cyriaque

Après la mort de Georges d'Antioche, Cyriaque fut élu par les métropolites, les évêques et le peuple de Syrie et d'Orient. Dès qu'il apprit les œuvres de Jean d'Alexandrie, il envoya à son tour une lettre synodale, portée par Anastase, métropolite de Damas, et par un autre évêque. Cette lettre rappelait l'héritage de Sévère d'Antioche, de Denys et des Pères qui avaient combattu pour la foi orthodoxe. Jean reçut les envoyés avec honneur ; la lettre fut lue devant le peuple, qui admira la paix entre les deux sièges.

Les envoyés syriens furent frappés par l'état des églises d'Alexandrie. Ils virent la basilique restaurée, l'ordre des sept rangs ecclésiastiques — portier, lecteur, sous-diacre, diacre, prêtre, évêque, patriarche — ainsi que la dignité calme qui entourait le patriarche. Ils citèrent la parole du Psaume : « Comme nous l'avons entendu, ainsi nous l'avons vu », car la renommée de Jean correspondait à ce qu'ils constataient. Ils demeurèrent quelques jours auprès de lui, puis repartirent en glorifiant Dieu.

Les fers aux pieds de Marc

Jean voulut un jour établir Marc, son disciple, sur le siège épiscopal d'Égypte. Craignant que Marc ne s'enfuît, il lui fit mettre des fers aux pieds ; mais au matin on ne le trouva plus. Marc avait réussi à retourner au monastère de Saint-Macaire, tant il redoutait les dignités. Jean choisit alors Cosme pour l'épiscopat de Misr. Ce détail prépare la suite du récit : Marc n'échappa pas à la dignité patriarcale que Dieu lui réservait.

La mort de Jean IV

Dans ses dernières années, Jean retourna à Fusṭāṭ pour les affaires des églises, puis voulut revenir à Alexandrie. Il pria longuement dans la basilique, levant les yeux vers le toit et rappelant la parole du Christ à Pierre : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Il demanda que les rois opposants soient brisés comme l'avaient été Dioclétien et Julien l'Apostat. Il communia le peuple, donna la paix aux évêques et leur demanda de le conduire à la cité de saint Marc avant sa mort.

Très affaibli, il fut transporté en barque avec Michel évêque d'Égypte et Georges évêque de Memphis. Il pria pour que Dieu donne à l'Égypte un gouverneur favorable aux chrétiens et recommanda son enfant spirituel Marc. Le gouverneur du moment, Abīb al-Dawla, se montrait précisément ami des chrétiens. Jean se reposa le seizième jour de Toubah, en l'an 515 des Martyrs — soit environ le 11 janvier 799 ap. J.-C. —, après environ vingt-quatre ans de patriarcat[78]. Son corps fut déposé auprès de ses pères Marc l'Évangéliste et Théodose Ier.

Le synaxaire copte au seize Toubah ajoute un détail hagiographique que la chronique de Sévère n'a pas explicitement développé[fn:77bis]. Sentant son heure venue, Jean fit appeler les prêtres autour de lui et leur déclara qu'il était né le seize Toubah, qu'il avait été consacré patriarche le seize Toubah, et qu'il mourrait ce même seize Toubah. Et la chose s'accomplit. Cette triple coïncidence — naissance, sacre, mort un même jour, fête du martyr saint Philothée d'Antioche — fut tenue par la mémoire copte pour l'une des plus belles marques de la providence divine sur ce pontificat. Le synaxaire rappelle aussi que, dans les jours qui précédèrent l'élection à la suite de la mort de Ménas, les évêques, les prêtres et les notables s'étaient réunis à Alexandrie pour trois journées de prière et de jeûne avant de procéder au tirage au sort qui désigna Jean.

Marc II, quarante-neuvième patriarche (799-819)

Après la mort de Jean, les évêques et les prêtres écrivirent à Michel, évêque d'Égypte, pour lui exposer la situation. Le troupeau était sans berger ; une ville sans muraille, disaient-ils, est bientôt prise par l'ennemi. Tous avaient les yeux tournés vers Marc, prêtre et disciple de Jean. Lorsque Marc apprit qu'on voulait l'établir patriarche, il fut saisi de tristesse et s'enfuit aussitôt au monastère de Saint-Macaire, dans le Wadi Habīb. Le désert était alors comme un paradis, peuplé de saints moines, et plusieurs y avaient déjà annoncé que Marc était destiné à cette charge.

Michel, évêque d'Égypte, rassembla les chefs du clergé et se rendit auprès du gouverneur. Celui-ci demanda ce qu'ils voulaient. Les évêques répondirent que leur père Jean était mort et qu'ils avaient besoin d'un pasteur. Le gouverneur autorisa l'élection. On alla donc chercher Marc au désert. Il fut amené malgré son humilité, inscrit au dīwān, et installé le 2 Amshir, jour de la fête de saint Longin, un dimanche. La procession se fit avec les Évangiles, les croix et l'encens, comme il convenait à un patriarche d'Alexandrie. Le synaxaire copte au vingt-deux Baramouda ajoute que, le jour même de son intronisation, Marc expliqua à ses fidèles les raisons doctrinales pour lesquelles l'Église d'Alexandrie rejetait les décisions du concile de Chalcédoine ; puis, peu après cette première prédication publique, il se retira quelque temps au monastère du Verre pour y reprendre la vie ascétique avant d'assumer pleinement le gouvernement de l'Église[fn:78bis].

Dès son entrée en charge, Marc prêcha contre le concile de Chalcédoine et contre les anciennes erreurs ariennes. Il passa ensuite le Carême au saint monastère, puis revint à Fusṭāṭ après la Pâque. Le gouverneur, touché par la douceur de sa parole, ordonna que les églises de Misr détruites ou négligées fussent reconstruites. Marc s'appliqua donc à relever les sanctuaires, à rétablir le culte et à encourager les fidèles qui avaient été éprouvés sous les gouverneurs précédents.

Le retour des Abrahamites

Sous Marc se produisit un événement rare : le retour d'une secte longtemps séparée, appelée dans la source les Birshnūfiyya — « Ceux qui n'ont pas de tête » — ou Abrahamites. Depuis l'époque du patriarche Pierre III Mongus, successeur de Timothée le confesseur sous le règne de Zénon le pieux empereur, ils vivaient sans chef reconnu, isolés de l'Église — soit plus de trois siècles d'isolement schismatique[79]. Marc pria pour leur salut. Leur chef Abraham et son fils Georges vinrent à lui. Après instruction et confession de foi, ils furent reçus. Marc ordonna Abraham évêque d'Atrīb et Georges, son père, évêque de Tunbudha, le quinze Hator, fête du martyr saint Ménas, dans la basilique du martyr en Maréotide.

L'Église du Patriarche et la basilique de la Pénitence

Marc construisit ensuite à Fusṭāṭ une église appelée l'Église du Patriarche — Bayʿat al-Baṭriark. Il dut aussi répondre aux plaintes venues de l'Orient contre un métropolite nommé Abraham, accusé de parler indignement des saints mystères. Marc écrivit à Cyriaque d'Antioche pour l'avertir et pour rappeler que, lorsqu'un membre souffre, tout le corps souffre avec lui. Il recommandait de recevoir les faibles dans la foi, mais sans permettre que l'ordre de l'Église fût détruit.

Il reconstruisit aussi la basilique de Saint-Michel, dite de la Pénitence, à Alexandrie, que Jean avait édifiée avant lui. La consécration eut lieu le dix-septième jour de Tūt, fête de la Croix. Marc donna à cette célébration toute la solennité possible : prières, encens, Évangiles, procession, chant du peuple et mémoire des anciens Pères. Alexandrie retrouvait ainsi une partie de sa beauté spirituelle.

C'est aussi Salomon, magistrat pieux d'Alexandrie, avec un groupe de chrétiens influents, qui supplia Marc de rebâtir la grande église du Sauveur — la basilique du Sōter, qui se trouvait au cœur de la ville. Sous Jean IV déjà, ces mêmes laïcs en avaient fait la demande, sans succès. Le patriarche craignait la jalousie des chalcédoniens, mais il céda à la ferveur de leur foi. Il rassembla architectes et ouvriers et posa lui-même les fondations au nom du Christ. Il se levait avant l'aube pour visiter le chantier comme s'il eût été l'un des maîtres d'œuvre, et la grâce du Seigneur, dit le récit, multipliait son travail.

Sous son pontificat, une grande invasion de sauterelles s'abattit sur la Buḥayra et menaça Alexandrie. Marc ordonna une procession solennelle avec les Évangiles, les croix et l'encens. Le peuple sortit en larmes hors des murs ; les sauterelles assombrissaient le ciel. Le patriarche pria avec une foi semblable à celle de Moïse, et à l'heure même les sauterelles s'envolèrent par-dessus la tête de la foule et tombèrent dans la mer où elles périrent. La source compare ce prodige à celui de l'Exode. Plus tard encore, dans le village d'Agharwah — anciennement Aghra —, Marc délivra par sa seule prière un jeune homme possédé d'un démon, après l'avoir signé du signe de la croix.

On rapporte également que Marc souffrit pendant douze années de douleurs corporelles intenses, qu'il ne put guérir ni par prière pour lui-même ni par médicament. La source explique cette épreuve par la coutume divine d'éprouver ses élus : Job le véridique fut éprouvé par la lèpre, Joseph par la fosse, Daniel par les lions, les trois enfants par la fournaise, Pierre l'apôtre lui-même chassait des démons mais ne pouvait guérir son propre corps, et Siméon le stylite eut des ulcères pendant trois ans. Marc, lui, fit douze ans dans la douleur, en disant : « Je te rends grâce, mon Seigneur et mon Dieu, parce que tu m'as jugé digne de souffrir comme Lazare le pauvre. »

La fitna et le rachat des captifs d'Andalousie

La situation politique se troubla lorsque Hārūn al-Rashīd mourut à Bagdad le 24 mars 809. Ses fils al-Amīn et al-Maʾmūn se disputèrent le califat ; l'Égypte, éloignée du centre, devint un lieu d'anarchie. Les gouverneurs se succédaient, les tribus se combattaient, les impôts augmentaient, les routes devenaient dangereuses. Marc protégeait les fidèles autant qu'il le pouvait, rachetait les captifs, soutenait les monastères et maintenait l'unité de l'Église avec Antioche.

Vers l'an 530 des Martyrs, des Andalousiens arrivèrent à Alexandrie. C'étaient des hommes chassés de Cordoue après la révolte du faubourg al-Rabaḍ, passés par les îles byzantines où ils avaient amassé un grand butin. Ils amenèrent avec eux des captifs chrétiens qu'ils vendaient comme du bétail ; beaucoup risquaient d'être contraints à l'apostasie. Le cœur compatissant du patriarche fut bouleversé. Marc racheta jusqu'à six mille âmes : moines, prêtres, sous-diacres, diacres, vierges, mères et leurs enfants. À chaque captif racheté, il rédigeait sur-le-champ un acte d'affranchissement et le remettait en main propre. À ceux qui le désiraient, il offrait de demeurer auprès de lui comme ses fils ; ceux qui voulaient rentrer dans leur patrie recevaient des provisions de voyage. Il plaça plusieurs des libérés auprès de maîtres qui leur enseignèrent les psaumes et la doctrine de l'Église[80].

Le massacre d'Alexandrie et l'incendie de l'église

Peu après, Alexandrie fut prise dans un enchaînement de violences. Le gouverneur ʿUmar ibn Mālik fut tué le dix Baounah par des groupes mêlant Lakhm, Judhām, Madālij et Andalousiens. Le lendemain, une querelle éclata entre Lakhmites et Andalousiens. Les habitants de la ville tuèrent plus de quatre-vingts Andalousiens dans les marchés, les bains et les maisons. Ceux-ci répondirent par un massacre sans distinction : musulmans, chrétiens et juifs furent frappés. Des corps furent trouvés près de la Basilique du Sauveur, que Marc avait construite, et les assaillants, croyant que les chrétiens les avaient tués, incendièrent l'église.

La source décrit alors une apparition diabolique : le diable, sous la forme d'un vieillard, se montra sur le toit et trompa les assaillants. Marc pleura amèrement. Il passa la nuit couché à terre, se leva à minuit pour prier, puis quitta Alexandrie au matin avec deux de ses fils spirituels. Il vécut plusieurs années dans la détresse, hors de la ville, pendant que les combats continuaient.

La correspondance avec Denys de Tell-Maḥrē

Dans ses lettres à Denys de Tell-Maḥrē, successeur de Cyriaque sur le siège d'Antioche, Marc comparait Alexandrie à Jérusalem dévastée. Il rappelait les ruines, les morts, les sanctuaires brûlés et la douleur du peuple. Mais il ne désespérait pas : l'Église, disait-il en substance, est humiliée pour un temps, non détruite. Les tribulations des villes saintes dans l'Écriture devenaient le miroir des tribulations d'Alexandrie. Il remerciait Denys d'avoir ramené à la pénitence Abraham le métropolite, qui avait entraîné des fidèles dans l'erreur, et il l'exhortait à ouvrir largement la porte du repentir à ceux qui revenaient.

La mort de Marc II

Mais Satan, dit le récit, ne supporta pas cette paix. Les Arabes ravagèrent le désert du Wadi Habīb, qui avait été comme un paradis de moines. Ils pillèrent les cellules, prirent des moines, détruisirent des églises et des fonts baptismaux, dispersèrent les anciens. Marc, qui aimait ce désert comme la demeure de ses pères, fut brisé par ce chagrin. Il pria avec les paroles du Psaume : « Mon cœur s'est troublé en moi ; le feu s'est embrasé dans mes reins. » Il demanda au Seigneur de l'emporter, car il ne voyait plus de repos pour l'Égypte.

Quelques jours plus tard, il fut pris de fièvre et cessa de manger. Le jour de Pâques, saint Marc l'Évangéliste lui apparut et lui dit de se réjouir, car le Seigneur avait décidé de le conduire aux demeures éternelles le jour même de sa Résurrection. Le signe annoncé était qu'il communierait aux saints mystères. Le patriarche demanda aux évêques d'accomplir le cantique pascal ; puis il reçut le Corps et le Sang du Christ, remit tous les siens à Dieu et livra son âme.

La douleur fut immense parmi les orthodoxes. On plaça son corps dans un cercueil de bois dans la basilique de Nibrū, en attendant de pouvoir le conduire à Alexandrie. Il avait siégé vingt ans et soixante-dix jours, et il s'éteignit le vingt-deuxième jour de Barmoudah de l'an 535 des Martyrs[fn:82bis]. La source ajoute qu'il avait composé, durant son pontificat, vingt et un livres de mystagogie et vingt lettres festales, signe qu'il ne fut pas seulement bâtisseur et pasteur, mais aussi législateur et docteur de l'Église.

Jacques, cinquantième patriarche (819-830)

Après le repos de Marc, les fidèles se tournèrent vers Jacques. Il devint le cinquantième patriarche d'Alexandrie. Son pontificat fut marqué par la famine, les guerres d'Alexandrie, les luttes entre groupes militaires et la difficulté de gouverner une Église dont les routes mêmes étaient coupées. Jacques se montra pourtant un pasteur attentif, travaillant de ses mains et se souvenant de l'Apôtre qui disait : « De mes propres mains, j'ai servi. »[81]

Les visions précédant l'élection

Avant même son élection, la source avait préparé sa figure. Le synaxaire copte précise que Jacques était né à Nabrouh — la même bourgade du Delta dont il devait, à la fin de sa vie, ressusciter un enfant par sa prière, miracle que la mémoire liturgique du quatorze Amshīr a fidèlement conservé[fn:79bis]. Ses parents lui avaient donné une bonne éducation chrétienne et une instruction religieuse. Devenu grand, il s'était fait moine au monastère de Saint-Macaire à Scété, où sa conduite fut conforme aux usages monastiques. Le Wadi Habīb, où il avait vécu, avait été ravagé : les cellules étaient désertées, les anciens dispersés, les sanctuaires brûlés ou abandonnés. Jacques était alors parti vers le Saʿīd par crainte des violences, tout en désirant revenir au désert lorsque Dieu le permettrait. C'est dans cette attente qu'il reçut, selon le récit, une vision de la Mère de la Lumière : elle lui apparut entourée d'anges, avec une couronne lumineuse, et lui annonça qu'il serait établi sur un grand peuple. Peu après, saint Macaire lui apparut à son tour, l'appela « fidèle » et confirma ce que la première vision avait annoncé.

Lorsque Marc approcha de sa mort, les évêques présents le supplièrent de leur indiquer celui qui pourrait porter le siège après lui. La réponse ne fut pas présentée comme une simple décision humaine : une voix cachée désigna Jacques. Les évêques envoyèrent donc le chercher au monastère de Saint-Macaire et le conduisirent à Alexandrie.

Le diacre Georges et le percepteur insolent

Un parent du patriarche, nommé lui aussi Jacques, prêtre et supérieur à Nibrū, pourvoyait aux besoins d'Alexandrie. Cette aide était précieuse, car la ville connut la cherté, la captivité et le siège. Les Égyptiens de Misr, les Madālij et les Andalousiens se combattaient. Le patriarche se rendit à la basilique de saint Ménas en Maréotide. Un diacre nommé Georges, administrateur de la basilique d'Alexandrie, lui réclama le paiement habituel et menaça de quitter le service s'il ne recevait pas ce qu'il voulait. Jacques refusa. Le diacre fut frappé de paralysie le jour même, et sa maison périt ; le récit y voit une punition de son insolence.

Les Alexandrins avaient aussi l'habitude de demander aux responsables civils et aux adversaires de participer publiquement aux fêtes du patriarche. Un percepteur voulut profiter de cette situation et parler au saint avec arrogance. Jacques lui annonça qu'il ne resterait pas longtemps en place et que Dieu ferait bientôt tomber sur lui ce qu'il préparait aux autres. Peu après, cet homme fut tué dans une querelle, et ses biens furent saisis. La peur se répandit alors parmi les opposants : ils comprirent que la parole du patriarche n'était pas une menace humaine, mais une prophétie prononcée dans la souffrance.

La famine d'al-Jarawī

Les routes entre l'Égypte et la Syrie furent interrompues pendant quatorze ans, si bien que le patriarche ne put se rendre auprès d'Antioche. Un chef nommé ʿAbd al-ʿAzīz al-Jarawī domina certains territoires et accumula le blé. Le récit le compare à Joseph en Égypte, mais de manière inversée : au lieu de sauver le peuple, il monopolisait les grains, et la mesure de froment atteignit des prix insupportables. Al-Jarawī ne se contentait pas de retenir les grains : il tuait les hommes, prenait leurs biens et faisait enterrer ses trésors de nuit, puis supprimait ou écartait ceux qui connaissaient l'endroit où l'argent avait été caché. Les corps restaient sans sépulture et devenaient la nourriture des oiseaux du ciel. Le narrateur applique à cet homme la parole de Michée contre ceux qui méditent le mal, prennent les champs, oppriment les orphelins et arrachent à l'homme sa maison et son héritage.

Le siège d'Alexandrie aux mangonneaux

Alexandrie fut assiégée avec des machines de guerre. Buṭrus al-Nibrāwī, archonte de Misr, demanda au patriarche une ordination irrégulière. Jacques refusa au nom des canons, même sous la pression. Les combats s'intensifièrent ; on dressa des mangonneaux, les rues furent menacées, et le peuple manqua de nourriture. Le patriarche ne céda pas, car il estimait qu'une grâce donnée contre l'ordre de l'Église aurait détruit plus sûrement encore que les armes.

La pression devint plus forte encore lorsque l'homme protégé par Buṭrus menaça de détruire les églises et de faire tuer les évêques qui ne se rangeraient pas à son parti. Jacques répondit par les paroles des prophètes : sa vie ne lui était pas chère si le salut de l'Église était en jeu. L'adversaire voulut contraindre le saint par la peur ; mais, au matin, une pierre tomba du dehors de la fortification, lui arracha les deux yeux et le fit mourir. Le récit rattache cette mort à la parole de Zacharie : l'homme avait projeté le mal, mais ce qu'il voulait accomplir ne lui fut pas accordé.

L'arrivée de ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir

Avant l'arrivée de ce chef, Jacques avait annoncé à ses enfants qu'un sultan viendrait bientôt en Égypte, qu'il briserait la violence des Andalousiens et rendrait la paix à la ville. Peu de jours après, ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir arriva effectivement avec l'autorité du calife. La source le présente comme un homme de justice, miséricordieux selon sa religion et ennemi de l'oppression. Les Andalousiens furent abaissés, les affaires reprirent peu à peu leur ordre, et le patriarche put respirer après de longues années de guerre. La source situe cet événement en 211 de l'Hégire — soit vers 826-827[82].

La rencontre avec Denys d'Antioche

Cette pacification permit aussi une rencontre longtemps désirée. Denys, patriarche d'Antioche, voulait voir Jacques de ses yeux, mais les routes avaient été fermées pendant quatorze ans. Lorsqu'il put enfin venir à Misr, les deux patriarches se rencontrèrent avec une grande joie spirituelle. Les prêtres d'Égypte appliquèrent à leur réunion la parole du Psaume : « La miséricorde et la vérité se rencontrent ; la justice et la paix s'embrassent. » Denys demeura plusieurs jours auprès de Jacques ; les évêques lui rendirent témoignage de la vertu du patriarche d'Alexandrie, et il retourna en Syrie en racontant ce qu'il avait vu de sa douceur, de sa pudeur et de sa fermeté[83].

Les miracles du calice et de l'enfant

La Vie de Jacques rapporte encore plusieurs prodiges placés au milieu de ces troubles. Il fit restaurer la basilique d'Abba Benjamin et d'autres sanctuaires, et il bâtit lui-même au monastère de Saint-Macaire un nouveau sanctuaire dédié à saint Chénouté, au sud de celui de Saint-Macaire, qu'il consacra le premier jour de Barmoudah. Macaire fils de Seth, archonte de Nibrū au diocèse de Samannūd, parent du patriarche, vint chercher sa bénédiction ; son enfant venait de mourir. Jacques fit le signe de la croix sur la poitrine, le cœur et le front de l'enfant et dit : « Ô Seigneur Jésus-Christ, qui donnes la vie et accordes ta grâce, rends cet enfant à la vie pour son père. » Le souffle revint à l'enfant, qui ouvrit les yeux et bougea les pieds. Jacques dit alors au père, reprenant la parole du Christ au chef de la synagogue : « Ton fils n'est pas mort, il dormait. » À la suite de ce miracle, Macaire bâtit à Jérusalem une église dédiée à sainte Marie-Madeleine, qui demeurait au temps du rédacteur le refuge des pèlerins orthodoxes. Dans un autre épisode antérieur, saint Théodore le Stratélate était apparu à ce même Macaire à Bagdad sous les traits d'un homme noble qu'il croyait connaître : conduit dans un palais splendide où il avait reçu une grande somme, Macaire avait pu payer les taxes dues au calife Hārūn al-Rashīd ; il avait reconnu, après coup, que son bienfaiteur n'était autre que le commandant des armées du Christ.

Un miracle eucharistique marque encore la fin du pontificat. L'émir Ilyās ibn Yazīd, nommé par ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir gouverneur d'Alexandrie et collecteur des impôts, exigea du patriarche une somme considérable. Faute de ressources, Jacques dut livrer les vases de l'église. Au moment où l'orfèvre commença à briser l'un des saints calices, du sang jaillit en abondance sur ses mains comme le sang d'un agneau égorgé. La crainte saisit l'émir et toute l'assistance ; il ordonna que rien ne fût brisé et n'osa plus toucher aux trésors. Plus tard, l'émir tomba malade dans son pays ; sur son lit de mort, il se souvint du miracle et ordonna à ses fils de restituer l'argent au patriarche. Le narrateur y voit une défense directe de l'autel.

 

Le refus de la simonie

Jacques refusa également la simonie épiscopale. Un évêque du Saʿīd avait payé pour obtenir ou conserver sa dignité. Le patriarche rappela l'exemple de Simon le Magicien des Actes des Apôtres : « Tu n'as ni part ni héritage dans cette affaire. » L'évêque mourut en chemin, signe, pour le narrateur, que la grâce ne peut être achetée. À Bayt Shamt, le patriarche rencontra ensuite un jeune homme tourmenté par un démon ; il fit l'onction avec de l'huile associée aux reliques de saint Sévère, et le malade fut délivré.

La mort de Jacques

La fin de Jacques fut entourée de visions. Il désigna Joseph, prêtre de Saint-Macaire et économe du monastère, comme celui que Dieu réservait au siège. Avant cette dernière nuit, le Christ lui-même lui apparut, selon le récit, monté sur une nuée de lumière et accompagné des douze disciples. Il lui dit de se tenir prêt, car il avait agi comme un bon serviteur et allait être reçu dans le repos de ses fatigues. À la quatrième heure de la nuit, on l'entendit s'écrier : « Heureuse votre venue, mes Pères Sévère et Dioscore ! » Et il ajouta : « Le monde entier est absous par les prières des saints. » Puis il rendit l'âme. Un parfum suave remplit toute la chambre. Au matin, on enveloppa son corps, on célébra la liturgie en commémoration des deux pères, Sévère et Jacques — ainsi s'accomplissait la vision qu'un moine avait eue au moment de la consécration de Jacques, lorsqu'il avait aperçu les figures de Sévère et de Dioscore tenant l'évangile au-dessus de sa tête. Jacques avait siégé dix années et huit mois ; il se reposa le quatorze Amshir de l'an 547 des Martyrs, jour anniversaire de la mort de Sévère d'Antioche[84].

Vie XXI

Simon II,
cinquante et unième patriarche d'Alexandrie (830-831)

Après le repos de Jacques, Dieu permit que les guerres et les troubles s'apaisent quelque temps. Les évêques choisirent Simon, diacre d'Alexandrie, moine dans la cellule du saint Jacques et parent de ce patriarche par son frère. Il avait été élevé dès sa jeunesse par Marc le Reposant. Sa vie était bonne, sa descendance honorable, et l'on espérait qu'il continuerait l'œuvre de ses pères[85].

Son patriarcat fut cependant très court. Il siégea cinq mois et seize jours seulement. Une douleur de goutte le saisit et le fit beaucoup souffrir. Il se reposa le troisième jour de Bābah, et son corps fut déposé auprès d'Abba Marc[fn:84bis]. La brièveté de sa charge laissa l'Église presque aussitôt devant une nouvelle élection, plus difficile encore que les précédentes. Mais cette brève élévation eut une fonction propre : elle maintint la continuité canonique après les troubles, empêcha que le siège ne tombât immédiatement dans une querelle, et laissa le temps à l'Église de reconnaître Joseph.

Vie XXII

Joseph Ier, dit Yūsāb,
cinquante-deuxième patriarche d'Alexandrie (831-849)

Après la mort de Simon, le peuple orthodoxe d'Alexandrie se rassembla pour chercher un patriarche. Le siège avait déjà souffert d'une longue instabilité : Jacques avait été suivi par Simon, dont le pontificat avait été très bref. Les fidèles prièrent avec les paroles du Psaume : « Ne te souviens pas des fautes de notre jeunesse ; selon ta miséricorde, souviens-toi de nous. » Les évêques exhortèrent le peuple à agir selon les canons et non selon les intérêts humains.

La tentative d'achat du siège par al-Sayyid

Un homme riche, Isaac ibn Anṭūniyya (al-Sayyid), chef du dīwān du gouverneur de Fusṭāṭ, voulut acheter le patriarcat. Il était laïc et marié, mais il avait promis aux Alexandrins de leur rebâtir les églises, d'entretenir le clergé et de payer leurs impôts sur sa propre fortune. Certains évêques compromis avaient soutenu ce projet : Zacharie évêque de Wasīm et Théodore évêque de Misr. Mais trois évêques pleins de foi s'y opposèrent fermement : Michel évêque de Bilbays, Michel évêque de Sā et Jean évêque de Bana — ce dernier portait un nom dont la traduction copte signifie « feu ». Ils rappelèrent qu'un homme marié, engagé dans les affaires du siècle, ne pouvait être imposé à l'Église contre les canons. L'argent ne donne pas l'Esprit, et la dignité apostolique ne se vend pas[86].

L'élection et la voix prophétique

Les évêques fidèles se tournèrent alors vers Joseph, prêtre et économe (super­intendant) de l'église de Saint-Macaire au Wadi Habīb. Les envoyés se dirent en chemin : « Si le Seigneur approuve son élection, nous trouverons la porte de sa cellule ouverte. » Au matin, à leur arrivée au monastère, ils virent que Joseph se tenait sur le seuil, sorti pour fermer derrière ses fils qui étaient allés puiser de l'eau. Ils s'émerveillèrent. C'était le douze Hator, fête de l'Archange Michel ; ils communièrent ensemble, lui imposèrent les fers aux pieds et le conduisirent malgré ses larmes. En route, sur le rocher dit des Chérubins, ils entendirent derrière eux une voix sans voir personne, qui disait : « Joseph, le Seigneur sera avec toi et te fortifiera, afin que tu endures les épreuves qui t'arriveront, et que par elles tu obtiennes la couronne de vie. » Le gouverneur d'Alexandrie ʿAbd Allāh ibn Yazīd refusa d'abord son consentement, car Isaac lui avait promis mille dinars pour le siège. Ce sont les évêques des provinces orientales qui le firent céder en menaçant d'aller consacrer Joseph à Fusṭāṭ. Le patriarche fut donc installé sur la cathèdre apostolique le vingt et un Hator de l'an 547 des Martyrs, dans la basilique de Saint-Marc-Évangéliste, selon la coutume des pères[fn:85bis].

Joseph était originaire de Manūf la Haute ; ses parents comptaient parmi les chefs d'Égypte. Devenu orphelin jeune, il fut recueilli par un haut fonctionnaire, Théodore, qui détenait à Niqyū (Nakyūs) le rang de muta-walli et qui voulut l'adopter en raison de sa noble parenté. Mais l'enfant pensait déjà au désert. Il fut alors envoyé au monastère de Saint-Macaire auprès d'un saint prêtre, l'hégoumène Paul, qui s'émerveilla de sa conduite. Le patriarche Marc II le forma, l'ordonna diacre puis prêtre. Sur son lit de mort, Paul lui imposa les mains et lui dit, reprenant les paroles du Seigneur à Pierre : « Reviens un jour toi aussi, et affermis tes frères qui sont devenus tes compagnons dans le service. » Joseph devint ensuite économe (super­intendant) de l'église même de Saint-Macaire.

La révolte bashmurite et l'intervention d'al-Maʾmūn

Au commencement de son patriarcat, la guerre se ralluma. Les Bashmurites, peuple du Delta difficile à soumettre, se révoltèrent de nouveau[87]. Le calife al-Maʾmūn envoya contre eux le général al-Afshīn. Joseph, attristé par les massacres, les pestes, la cherté et l'épée, tenta d'avertir les rebelles. Il leur demanda de cesser la guerre avant que le pays ne fût détruit. Ils refusèrent. Al-Afshīn ravagea le Bashmūr, tua sans compter, brûla les maisons et dispersa les survivants. La révolte avait été précédée par une fiscalité insupportable : les percepteurs Ahmad ibn al-Asbāt et Ibrāhīm ibn Tamīm exigeaient deux collectes du kharaj dans la même année ; la mesure de blé monta jusqu'à cinq dinars. Un tortionnaire nommé Yaʿrif poursuivait les Bashmurites, les enchaînait, les frappait et les poussait au désespoir.

Le patriarche Denys d'Antioche écrivit à Joseph comme à son frère et collègue. Le calife ordonna même à Joseph et à Denys d'aller exhorter les Bashmurites à la paix. Leur parole ne fut pas reçue. Les rebelles, enfermés dans leurs marais et leurs routes secrètes, choisirent la guerre. Après la défaite, beaucoup furent déportés ; la force de cette région copte fut brisée. Le récit y voit un tournant tragique pour l'Égypte chrétienne. Al-Maʾmūn vint lui-même à Misr pour suivre l'affaire. Les survivants furent emmenés à Bagdad, où ils restèrent longtemps prisonniers, puis furent libérés sous al-Muʿtaṣim. La source ajoute qu'ils plantèrent deux vergers à Bagdad et que leurs descendants y étaient encore connus sous un nom rappelant le Bashmūr.

Les deux tentatives d'assassinat

À la même époque, le diable suscita la rancune des deux évêques que Joseph avait dû déposer pour leurs fautes : Isaac, évêque de Tinnis, et Théodore, évêque d'Égypte. Ils profitèrent de l'occasion offerte par la révolte bashmurite : ils se rendirent auprès du général al-Afshīn, ivre ce jour-là, et lui dirent que c'était le patriarche Joseph lui-même qui avait provoqué la révolte, et qu'il s'apprêtait à comploter contre le calife. Al-Afshīn, dans sa colère, envoya son frère avec une troupe de soldats à l'église pour arrêter le patriarche et le mettre à mort. C'était le Dimanche des Rameaux ; une multitude énorme remplissait la basilique d'al-Muʿallaqa à Misr. Or Isaac, l'ancien évêque de Tinnis, accompagna les soldats jusque dans le sanctuaire et tendit le doigt vers Joseph pour le désigner — geste que la source compare à celui de Judas Iscariote livrant le Christ aux juifs.

Le frère du général tira le sabre pour trancher la tête du patriarche. Mais sa main glissa au moment du coup, et le sabre frappa une colonne de marbre et se brisa. Furieux, il saisit un poignard à sa ceinture et frappa Joseph au côté pour le tuer ; la lame coupa les vêtements jusqu'à la ceinture qui ceignait ses reins, mais ne fit aucune blessure dans la chair. Toute l'assemblée crut le patriarche mort ; il fit un signe de la main et dit à haute voix : « Ne soyez pas troublés ! » Et l'on s'aperçut qu'il était indemne. Les fidèles applaudirent avec le psaume « Le Seigneur garde ses élus ; le Seigneur garde les justes et les délivrera de la main des pécheurs. » Comme on l'entraînait dehors, à travers la foule qui pleurait, le frère d'al-Afshīn s'irrita davantage et abattit sur la tête du patriarche un coup de bâton si violent qu'il blessa ses yeux. Devant al-Afshīn, le patriarche expliqua la cause exacte de la déposition des deux évêques. Le général reconnut la fausseté des accusations et voulut châtier les calomniateurs. Joseph répondit, en pleine grâce : « Ma religion m'enjoint de faire du bien à ceux qui m'ont fait du mal », et il intercéda pour qu'on les épargnât. Le général s'émerveilla et les laissa libres. Sur le rapport qui parvint à al-Maʾmūn, un décret fut écrit qui ordonnait que le patriarche fût honoré et respecté, et que nul ne s'oppose à ses ordinations ou à ses dépositions.

L'ambassade nubienne du roi Zacharie

La Vie rapporte ensuite une lettre du roi de Nubie Zacharie. Celui-ci annonçait qu'il envoyait son fils aîné Georges à Bagdad. L'ambassade nubienne fut reçue avec honneur. Joseph fit préparer pour Georges un sanctuaire de bois afin que la liturgie pût être célébrée dans la résidence royale ; le nāqūs, l'instrument liturgique, fut même frappé à l'heure de la messe dans le palais[88]. Le patriarche envoya une lettre synodale en trois parties : à Denys d'Antioche, aux royaumes d'Éthiopie et de Nubie, et aux évêques d'Égypte.

À cette occasion, la source énumère l'étendue idéale de l'autorité patriarcale d'Alexandrie : l'Égypte, l'Éthiopie, la Nubie, l'Afrique, les Cinq Cités de la Pentapole, Kairouan et Tripoli. Cette liste n'est pas un registre administratif continu ; elle exprime la mémoire ecclésiastique d'un siège dont la juridiction spirituelle s'étendait, dans la tradition copte, sur l'Afrique du Nord, la vallée du Nil et les royaumes chrétiens du Sud. Joseph dut aussi s'occuper de l'Éthiopie. Un évêque nommé Jean avait été chassé par le roi éthiopien ; le patriarche travailla à sa restauration.

La comète de la septième année

La septième année du patriarcat de Joseph, un signe apparut dans le ciel : une grande comète, semblable à un sabre lumineux, s'étendit du levant au couchant et demeura visible plusieurs jours[89]. Peu après, une peste frappa le bétail, puis les hommes. Les habitants y virent un avertissement. Joseph continua pourtant de soutenir les fidèles, de racheter ceux qui pouvaient l'être, de consoler les familles et d'empêcher que le désespoir ne les entraîne hors de l'Église.

La persécution de ʿAlī al-Armanī et l'Église al-Muʿallaqa

Sous le gouvernement de ʿAlī ibn Yaḥyā al-Armanī, l'Église de Misr subit une nouvelle persécution. Ce gouverneur opprima les artisans, les grands marchands et les vendeurs. Il s'en prit à la basilique suspendue de Fusṭāṭ — l'Église al-Muʿallaqa —, l'une des plus anciennes de la ville. On commença à la détruire. Les archontes et les fidèles réunirent trois mille dinars pour arrêter la destruction complète, et le gouverneur accepta l'argent[90].

Le juge convoqua alors plusieurs évêques, dont les sièges sont conservés par la source, Bahnasā, Ṭahā, Ahnās, la Buḥayra et d'autres lieux. Joseph parla devant eux en copte pour les siens et en arabe devant les représentants du pouvoir. Il ne s'agissait pas seulement de se défendre : il fallait prouver, documents à l'appui, que les églises avaient des droits reconnus et que les fidèles ne pouvaient être dépouillés au gré de chaque gouverneur. Joseph produisit alors les anciens actes et les sceaux des califes Hārūn al-Rashīd, al-Maʾmūn et al-Muʿtaṣim, afin de montrer les droits reconnus à l'Église.

Le juge, les enfants chrétiens et la mort d'Éléazar

Le juge commit encore une injustice : il força des enfants chrétiens, esclaves byzantins, à entrer dans l'islam. Joseph pleura et cita le Psaume sur la vipère sourde qui ferme son oreille à la voix du charmeur. La dureté du juge, dit la source, refusait d'entendre la supplication des faibles. Des visions de saints anciens consolèrent le patriarche : Jean, Sévère, Ménas l'Errant et d'autres figures apparurent dans la mémoire du récit pour rappeler que les Pères n'abandonnaient pas leur Église.

Un autre conflit vint des nestoriens et des chalcédoniens. Un nestorien hostile aux coptes arriva à Misr et poussa les melkites d'Alexandrie à détruire des églises. On voulut même porter la main sur la basilique de saint Ménas en Maréotide. La source attribue ensuite à la justice divine la maladie d'Éléazar, présenté comme l'un des artisans de cette persécution : son corps fut frappé d'une hydropisie qui le fit mourir dans la honte, sa tête ne pouvant plus se relever. Joseph, lui, s'efforça de sauver ce qui pouvait l'être et de maintenir les droits des sanctuaires.

La mort de Denys d'Antioche et la succession syrienne

Denys d'Antioche mourut en l'an 562 des Martyrs, après un long patriarcat[91]. Jean lui succéda à Antioche, dans la quinzième année du pontificat de Joseph. Le nouveau patriarche d'Antioche envoya aussitôt à Joseph la lettre synodale, par les mains de deux métropolites — Athanase, métropolite d'Apamée, et Timothée, métropolite de Damas — accompagnés d'autres clercs. Joseph se rendit à Alexandrie pour les recevoir avec les honneurs, fit lire la synodale au peuple, et lui répondit par écrit. Même lorsque les routes étaient difficiles, les deux Églises tenaient à manifester leur communion.

Les ermites Ammonius et Ménas du Mont Armūn

Du temps du patriarche Joseph vivaient en Égypte des hommes saints, moines parfaits, qui priaient pour lui afin qu'il endurât les épreuves. Parmi eux, un ermite nommé Ammonius vivait au monastère de Saint-Jean ; un autre, l'ermite Ménas, demeurait sur le Mont Armūn, doué de l'esprit de prophétie et capable de guérir les malades. Plusieurs témoignaient qu'il avait pouvoir sur les esprits impurs et les chassait des hommes.

Le rédacteur de la chronique se livre alors à un aveu personnel, le seul de tout le livre. « Et moi, indigne et faible, dit-il, je suis allé le visiter ; il s'est entretenu avec moi des affaires de l'Église. Il était eunuque de naissance, pur devant Dieu, et moine dès sa jeunesse au monastère de Saint-Jean. Lorsque le désert fut ravagé dans les dernières années du patriarche Marc, il se réfugia dans l'église dite des Disciples, d'un certain village. Il y manifesta de nombreux miracles. Or moi, indigne, j'étais auprès de lui et c'est lui qui m'apprit à écrire — et ce fut dans la dixième année du patriarcat du père Joseph. » Un jour, l'ancien lisait l'histoire des Églises antiques dans la dix-septième partie de l'Histoire de l'Église. Le scribe, dans sa naïveté, lui demanda ce que cette lecture signifiait. L'ancien répondit alors par une parole qui se révélera prophétique : « Ô mon fils, béni soit celui qui a écrit et a pris soin de l'histoire des patriarches. Crois ce que je te dis, mon fils : nul ne commencera la dix-huitième partie de l'Histoire de l'Église avant que vienne celui dont le nom est dix-huit. Et c'est toi qui prendras soin de l'écrire, car le Seigneur t'y appelle. » À ces mots, dit le scribe, je devins comme absent, hors de moi, et je ne pus l'interroger davantage[fn:90bis].

Dans la dix-huitième année de Joseph, un nouveau gouverneur d'Alexandrie, Mālik ibn Nāṣir, se montra tyrannique. Il falsifiait les poids, imposait les habitants, entrait dans les demeures du patriarche et jusque dans l'endroit où celui-ci dormait. Ses servantes y entraient avec lui ; il profanait les lieux par son mépris. Joseph pria comme dans les Psaumes, demandant à Dieu pourquoi les nations entraient dans son héritage.

Le gouverneur fut dénoncé et puni par le pouvoir ; il mourut sous les coups. Mais Joseph lui-même fut emprisonné et frappé. On exigea de lui mille dinars ; il n'en put donner que quatre cents. Chaque jour, il recevait des coups, son sang coulait, et pourtant il demeura ferme. Le récit insiste sur sa patience : il ne maudit pas, ne livra pas l'Église et ne cessa de prier pour son peuple.

La mort du Père Joseph

Après dix-huit ans et onze mois de patriarcat, Joseph se reposa le vingt-troisième jour de Bābah de l'an 566 des Martyrs[92]. Les Alexandrins, hommes et femmes, pleurèrent abondamment, car ils savaient combien il avait souffert pour eux. Son corps fut honoré et déposé à Alexandrie. La source conclut qu'il avait sauvé ses enfants des bras de l'ennemi autant qu'il l'avait pu, et qu'il avait reçu la couronne promise à ceux qui persévèrent jusqu'à la fin.

Colophon

Le récit s'achève par la louange de Dieu et par la demande des prières des Pères. La seconde partie des Vies des patriarches est alors close. Elle a conduit le lecteur depuis Agathon — disciple de Benjamin — jusqu'à Joseph, à travers les guerres, les impôts, les famines, les hérésies, les révoltes, les miracles et les reconstructions qui marquèrent l'Église d'Alexandrie sous les premiers siècles de la domination musulmane. Du compagnon de Benjamin jusqu'à l'évêque battu sous Mālik ibn Nāṣir, c'est toute une histoire spirituelle qui se déploie : celle d'une Église qui apprit à durer sans empire, à protéger ses fidèles sans armes, à conserver les Pères sans bibliothèque, à dialoguer avec un pouvoir nouveau sans renier sa foi. Que les bienheureux pères Agathon, Jean, Isaac, Simon, Alexandre, Cosme, Théodore, Michel, Ménas, Jean, Marc, Jacques, Simon et Joseph intercèdent pour nous tous. Amen.

À propos de l'auteur et de cette édition

Sévère ibn al-Muqaffaʿ (en arabe : ساويرس بن المقفع), connu également sous le nom d'Abou al-Bichr ibn al-Muqaffaʿ, fut évêque copte d'al-Achmounaïn (l'antique Hermopolis Magna, en Moyenne-Égypte) durant la seconde moitié du Xe siècle. Théologien et apologiste de l'Église copte d'Alexandrie, il compta parmi les premiers auteurs chrétiens à composer ses œuvres directement en langue arabe, à une époque où la communauté copte effectuait sa transition linguistique du copte vers l'arabe sous le califat fatimide.

Ce Livre II prolonge le Livre I : il couvre les patriarches du trente-neuvième au cinquante-deuxième rang, qui gouvernèrent l'Église copte de 661 à 849, c'est-à-dire pendant les deux premiers siècles de la domination musulmane sur l'Égypte. Le texte conserve les rédactions de plusieurs scribes ayant successivement travaillé pour différents patriarches. Le plus précieux est sans doute Abba Georges, prêtre-moine du monastère de Saint-Macaire, scribe Abba Simon, qui rédigea les Vies d'Alexandre II et de Michel Ier en témoin direct des événements. Pour la Vie de Michel Ier, le récit conserve les souvenirs personnels de ce moine qui dormit aux pieds du patriarche emprisonné par Marwān II et le vit transfiguré dans sa cellule.

Cette période ecclésiale est particulièrement dense. Les patriarches y traversent la fin du califat omeyyade, la révolution abbasside de 750 — culminant à la bataille du Zāb (25 janvier 750) et à la mort de Marwān II al-Ḥimār à Buṣīr (6 août 750) —, le grand séisme du 18 janvier 749, la peste de 745, plusieurs grandes révoltes coptes dont la révolte bashmurite de 832, la guerre civile entre al-Amīn et al-Maʾmūn (809-813), et la conversion massive à l'islam des coptes sous Ḥafṣ ibn al-Walīd (24 000 apostasies en quelques années). Le texte donne aussi des informations uniques sur les royaumes chrétiens de Nubie et sur les relations avec l'Église jacobite d'Antioche.

L'œuvre fut éditée pour la première fois dans son texte arabe original par Christian Frédéric Seybold, puis dans la collection du Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium. La traduction anglaise annotée fut établie par B. Evetts et publiée en quatre livraisons dans la Patrologia Orientalis dirigée par Mgr Graffin et l'abbé Nau : tome I, fascicules 2 et 4 (1904), pour saint Marc à Benjamin Ier ; tome V, fascicule 1 (1910), pour Agathon à Michel Ier ; tome X, fascicule 5 (1915), pour Ménas Ier à Joseph Ier. La présente édition française vise à rendre accessible au lecteur francophone ce monument de l'historiographie copte, en simplifiant la langue, en transcrivant les noms propres selon les usages français, et en conservant l'intégralité des récits et anecdotes qui font la saveur originale du texte.



[1]Sur le retour de Benjamin Ier d'exil et sa rencontre avec Amr ibn al-As lors de la conquête arabe, voir le Livre I, chapitre XIV. Agathon fut son disciple et successeur direct.

[2]Confusion vraisemblable du chroniqueur entre Constantin IV (668-685) et son frère Tibère ; le contexte chronologique correspond aux campagnes byzantines de reconquête après 668 contre les premières flottes musulmanes en Méditerranée occidentale.

[3]Les Gaïanites, ou aphtharthodocètes, étaient les disciples de Gaïanus, archidiacre alexandrin du VIe siècle qui avait tenté d'usurper le siège de Théodose Ier (voir Livre I, chapitre XIII) ; ils soutenaient que le corps du Christ avait été incorruptible dès l'Incarnation. Les Barsanuphiens, ou Acéphales, descendaient de la faction qui avait refusé l'Hénotique de Zénon (voir Livre I, chapitre XIV).

[4]Yazīd Ier ibn Muʿāwiya, second calife omeyyade (680-683). Ce repère chronologique date l'épisode entre 680 et 683.

[5]Le pontificat d'Agathon se place donc entre 661 (mort de Benjamin Ier) et 677. Le 16 Bābah du calendrier copte correspond environ au 13 octobre.

[6]Mention déformée de la controverse monothélite et de Maxime le Confesseur († 662), dont la mémoire est associée par Sévère à la défaite politique du parti monothélite sous Justinien II. La source copte voit dans le dyothélétisme défini au troisième concile de Constantinople (680-681) une aggravation du chalcédonisme.

[7]ʿAbd al-ʿAzīz ibn Marwān gouverna l'Égypte de 685 à 705 ; il fut le frère d'ʿAbd al-Malik (calife à Damas 685-705) et constitua à Ḥilwān, où il fit bâtir un palais, une véritable seconde capitale. Sa tolérance envers les coptes est attestée par toutes les sources.

[8]Allusion à Exode XXXIV, 29-35 : « Moïse ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec le Seigneur. »

[9]Le supplice de la « cellule de cuivre » (ḥabs al-naḥās) chauffée au feu était un procédé fiscal connu de l'administration omeyyade, attesté pour extorquer des aveux ou des paiements aux notables coptes. Il rappelle la torture infligée à Anastase le Sinaïte dans les Récits sur le mont Sinaï du même siècle.

[10]Le 1er Kīhak correspond environ au 27 novembre ; le patriarcat de Jean III se place donc de 681 à 689 selon la chronologie de Brooks-Atiya. Le synaxaire copte mentionne « environ sept années » sur le trône, la chronique de Sévère « neuf ans » : la mémoire copte conservait deux comptes parallèles. Sur ʿAbd al-ʿAzīz et son palais de Ḥilwān, voir A. J. Butler, The Arab Conquest of Egypt, Oxford, 1902, ch. XXVI.

[11]Citations entremêlées de Hébreux V, 4 et du Psaume CXIX, 2.

[12]ʿAbd al-ʿAzīz fit de Ḥilwān, au sud du Caire actuel, sa résidence pour échapper aux miasmes de Fusṭāṭ : il y bâtit un palais et obligea les notables à l'y suivre. Le quartier devint pour quelques décennies une véritable cour.

[13]L'autorité du patriarche d'Alexandrie sur les Églises d'Éthiopie (Axoum) et de Nubie (Makouria) est attestée depuis le VIe siècle ; il leur ordonnait l'évêque-métropolite (abouna). Cette correspondance diplomatique inquiète les gouverneurs musulmans, qui y voient une intelligence avec des royaumes chrétiens étrangers.

[14]Ces inscriptions reproduisent la profession de foi proclamée par ʿAbd al-Malik et son frère ʿAbd al-ʿAzīz dans le cadre de la grande politique d'arabisation et d'islamisation des espaces publics qui suit la frappe des dinars islamiques en 696-697 et la construction du Dôme du Rocher en 691-692. Sur la confrontation iconographique entre la croix copte et la chahada, voir G. R. Hawting, The First Dynasty of Islam, Routledge, 2000.

[15]Sévère d'Antioche († 538), le grand docteur du miaphysisme, mourut en exil en Égypte ; son corps reposait au monastère du Verre (Dayr al-Zujāj) près d'Alexandrie. Ce sanctuaire devint un lieu de pèlerinage pour les chrétiens syriaques (« Syriens ») installés en Égypte.

[16]Ce « Père Jean » est un autre personnage que le patriarche Jean III, mort avant l'élection de Simon ; il s'agit d'un mentor monastique homonyme cité comme tel par la source. La répétition du nom est source de confusion fréquente dans le manuscrit arabe.

[17]Le récit du poison versé dans la coupe consacrée et neutralisé par la sainteté du célébrant est un motif hagiographique classique, qu'on retrouve par exemple dans la Vita Benedicti (II, 3) de Grégoire le Grand.

[18]Ce Ménas est le futur acteur du miracle eucharistique relaté plus loin (voir l'épisode du prêtre Ménas ressuscité). Le récit prépare ainsi sa figure.

[19]Justinien II Rhinotmètes fut renversé une première fois par Léontios en 695. Cette datation place l'épisode vers 695-696, soit en plein milieu du patriarcat de Simon Ier.

[20]L'épisode illustre la stratégie classique du gouverneur musulman : faire reconnaître l'orthodoxie copte par ses propres adversaires hérétiques afin de la légitimer en droit administratif. Le récit confond peut-être plusieurs incidents : la mention de « julianistes » et de « Théophilites » est plutôt schématique.

[21]Sur les chrétiens de l'Inde au VIIe-VIIIe siècle (chrétiens de saint Thomas du Kerala), qui demeuraient en relation épiscopale avec les sièges patriarcaux d'Antioche et d'Alexandrie via les routes commerciales de l'Océan Indien, voir J. Healey, The Syriac Orient, Gorgias Press, 2006.

[22]Sévère reconnaît ici, par cette précision rare, que le patriarche n'avait pas tout dit : il ne voulait pas nommer le Phantasiaste qui avait, à son insu, consacré l'évêque indien clandestin.

[23]ʿAbd al-ʿAzīz fit creuser un canal et construire de nombreux édifices à Ḥilwān, comme attesté par al-Maqrīzī (Khiṭaṭ, II, 178).

[24]Le miracle de la résurrection du prêtre Ménas, qui rappelle Lazare, est l'un des hauts faits attribués à Simon Ier dans la tradition copte ; il est résumé par le Synaxaire alexandrin au 24 Abīb.

[25]Le 24 Abīb correspond environ au 18 juillet. L'an 416 des Martyrs (ère de Dioclétien) correspond à 700 ap. J.-C. Le manuscrit donne donc une date précise pour la mort de Simon Ier : 18 juillet 700.

[26]Colophon manuscrit indiquant la place de cette Vie dans l'économie générale du livre, telle qu'elle apparaissait dans l'archétype d'al-Achmounaïn ou de saint Macaire.

[27]L'an 497 des Martyrs correspond à 780-781 ap. J.-C. Si cette date n'est pas une erreur de copiste pour 597 (881), elle constituerait un précieux indice sur la transmission précoce de l'Histoire.

[28]Matthieu XXV, 21.

[29]Alexandre II régna du 25 avril 704 au 7 Amshīr 729 selon la chronologie de Brooks-Atiya. Le synaxaire copte précise : « il fut intronisé le 30 Parmouté 420 des Martyrs (704 après Jésus Christ) » — date qui correspond effectivement à la fête de saint Marc le 30 Baramouda. La date du « 24 Bawūnah » conservée par la chronique de Sévère renvoie probablement à une seconde célébration liturgique.

[30]L'épisode est l'une des premières attestations de traductions arabes de l'Évangile entreprises depuis le milieu copte. Sur la naissance des Évangiles arabes coptes, voir S. Khalil Samir, « La tradition arabe chrétienne », dans M. Albert (éd.), Christianismes orientaux, Paris, Cerf, 1993.

[31]L'institution d'une jizya sur les moines copte est attestée dès le début du VIIIe siècle ; Sévère en fait remonter la responsabilité à al-Aṣbagh ibn ʿAbd al-ʿAzīz vers 705-710. Voir Maged S. A. Mikhail, From Byzantine to Islamic Egypt, I. B. Tauris, 2014, p. 188-191.

[32]Cette succession byzantine couvre la période 705-715 : Justinien II (rétabli 705-711), Philippicus Bardanes (711-713), Anastase II (713-715). La chronique copte enregistre la « décadence » impériale comme conséquence du chalcédonisme.

[33]Qurra ibn Sharīk al-ʿAbsī, gouverneur d'Égypte de 709 à 714, est l'un des plus durs administrateurs omeyyades pour les coptes ; il est connu par les papyrus d'Aphroditô (P. Lond.) pour sa fiscalité méticuleuse et impitoyable. Voir A. J. Butler, op. cit., et plus récemment Petra Sijpesteijn, Shaping a Muslim State, Oxford UP, 2013.

[34]Le motif du « trésor providentiel découvert par un saint pour racheter le patriarche » est une variation sur le récit synaxarial de l'ange Raphaël fournissant à Théophile l'or pour bâtir des églises (voir Livre I, ch. XI). Il met en scène l'idéal monastique de la pauvreté volontaire face à la fiscalité omeyyade.

[35]Mort du calife ʿAbd al-Malik en 705. Son fils al-Walīd Ier régna jusqu'en 715. Le texte télescope plusieurs événements : Qurra n'est pas mort en 705 mais en 714, peu après la fin de son gouvernement d'Égypte.

[36]Sakhā, au cœur du Delta occidental, était l'un des centres traditionnels du miaphysisme copte, fréquenté par les patriarches en visite pastorale.

[37]Sur le retour des Gaïanites (aphtharthodocètes) dans l'orthodoxie copte sous Alexandre II, voir D. W. Johnson, « Anti-Chalcedonian Polemics in Coptic Texts », dans Birger A. Pearson (éd.), The Roots of Egyptian Christianity, 1986.

[38]Qurra ibn Sharīk mourut en 714 ap. J.-C. La peste mentionnée ici est la grande épidémie de 716, qu'on retrouve aussi dans les chroniques arabes.

[39]Élie Ier, patriarche d'Antioche, gouverna le siège syrien orthodoxe de 709 à 723.

[40]Yazīd II ibn ʿAbd al-Malik (720-724), connu pour son décret de destruction des images en territoire califal vers 721, antérieur à la querelle iconoclaste byzantine.

[41]Usāma ibn Zayd al-Tanūkhī, gouverneur fiscal d'Égypte sous Hishām en 724-734, conduisit le premier grand cadastre arabe d'Égypte et fit traduire en arabe les registres du dīwān auparavant tenus en grec et en copte.

[42]L'an 96 de l'Hégire = 714-715 ap. J.-C. La marque au fer rouge des moines est attestée pour la première fois sous Usāma ibn Zayd ; voir Maged Mikhail, From Byzantine to Islamic Egypt, p. 188 sq.

[43]Cet épisode poignant, l'un des plus connus de l'historiographie copte, donne le ton de la persécution fiscale sous Yazīd II et est rappelé par Sévère comme illustration de l'aveuglement du pouvoir omeyyade.

[44]ʿUmar II ibn ʿAbd al-ʿAzīz, calife omeyyade (717-720), connu dans la tradition islamique pour sa piété et sa rigueur ; il pratiqua une politique fiscale modérée et tenta de moraliser le califat. Les coptes en garderont une mémoire ambivalente, comme le montre la suite du récit.

[45]ʿUmar II mourut en 720, après seulement trois ans de règne. La tradition rapportée par Sévère est celle d'une islamisation administrative qui n'a pas eu le temps d'aboutir.

[46]Yazīd II régna de 720 à 724. Son édit de 721 contre les images dans les édifices publics est l'un des premiers exemples d'iconoclasme officiel dans l'Empire islamique, antérieur à celui de Léon III à Byzance.

[47]Hishām ibn ʿAbd al-Malik régna de 724 à 743 ; son califat fut effectivement plus apaisé pour les chrétiens d'Orient. Athanase III Sandalaya, patriarche jacobite d'Antioche, est attesté entre 724 et 740.

[48]Détail unique sur la proximité entre le patriarche jacobite et le calife omeyyade, qu'on retrouve dans la chronique syriaque dite de Michel le Syrien (livre XI). Cette familiarité avec Damas distingue les coptes (qui voient leurs malheurs s'accumuler en Égypte) du patriarche syrien.

[49]La « marque du lion » (wasm al-asad), sceau brûlé sur les mains des dhimmis, est attestée par d'autres sources comme une pratique administrative omeyyade tardive en Égypte. L'allusion à l'Apocalypse XIII, 16-17 est manifeste : la marque du fauve fiscal devient pour les coptes une figure eschatologique.

[50]La tradition synaxariale copte fixe au 7 Amshīr le repos d'Alexandre II ; la chronologie de Brooks-Atiya retient le 1ᵉʳ février 729 ap. J.-C., ce qui correspond précisément au 7 Amshīr 445 EM. Son pontificat couvre toute la première moitié du règne de Hishām. Michel d'al-Bahnasā, son fils spirituel, ne sera pas son successeur immédiat : c'est Cosme Ier qui prendra le trône.

[51]Le 8 Bābah correspond environ au 5 octobre. Cosme Ier mourut donc en 731. La brièveté de son pontificat explique l'absence d'épisodes circonstanciés dans la source.

[52]ʿUbayd Allāh ibn al-Ḥabḥāb, gouverneur fiscal d'Égypte de 724 à 734 sous Hishām, est cité par al-Maqrīzī parmi les administrateurs les plus durs de l'époque. Son fils Abū al-Qāsim lui succéda à l'administration provinciale de 734 à 743 ; l'autre fils Ismaël fut envoyé gouverner le Maghreb.

[53]La pratique de l'extraction de fœtus d'agneaux pour obtenir une fourrure ultra-fine (le qaraqul ou agneau de Perse) est attestée à plusieurs époques comme luxe extrême. Le récit de la révolte berbère, qui aboutit à la grande révolte kharidjite de 740-741 dans l'extrême Maghreb, est ici expliqué par cette violence rituelle contre les troupeaux.

[54]Le 7 Amshīr correspond environ au 1er février. Théodore mourut donc le 1er février 743 — date que confirme la chronologie de l'intronisation de son successeur Michel Ier quelques mois plus tard.

[55]Le pontificat de Michel Ier (c. 743-767), le plus tumultueux de toute l'histoire copte sous l'islam, traverse la chute des Omeyyades en 750, l'avènement abbasside, plusieurs grandes révoltes coptes (principalement les Bashmurites) et de multiples persécutions sous les premiers califes abbassides al-Saffāḥ et al-Manṣūr. Sa Vie occupe seize pages dans l'édition Seybold (pp. 160-176).

[56]Donnée fiscale unique pour l'histoire monastique de l'Égypte islamique : cinq cents dinars par an pour le seul monastère du Fayoum, sous le gouverneur Abū al-Qāsim ibn ʿUbayd Allāh (734-743).

[57]La description archéologique du sarcophage de saint Shenouté (mort en 466) — coffre de bois couvert d'ivoire orné d'icônes et de marbre — est unique pour l'histoire matérielle des reliquaires coptes.

[58]Sévère est ici source unique pour les chiffres de la grande peste de 745 en Égypte. Le pic de mortalité mai-juin (mois copte de Baounah) à Misr et Gizeh, atteignant 5 000 morts par jour, est sans équivalent dans les sources arabes parallèles.

[59]Le procès du magicien Shabās fournit un témoignage exceptionnel sur la persistance de la sorcellerie en Égypte islamique au VIIIe siècle. Le sacrifice rituel d'enfant et son exécution publique par les musulmans eux-mêmes (oreilles tranchées, biens confisqués, bûcher) sont des éléments rares dans les sources arabes parallèles.

[60]Datation cardinale : intronisation de Michel le 17 Tūt 459 EM = c. 14 septembre 743 ap. J.-C. Le miracle des pluies suivant deux années de sécheresse est l'un des signes que la mémoire copte conserva comme le sceau divin sur ce pontificat.

[61]Le chiffre de 24 000 apostasies coptes sous Ḥafṣ ibn al-Walīd al-Ḥaḍramī est une donnée statistique unique pour l'histoire des conversions massives à l'islam au début du VIIIe siècle en Égypte.

[62]Cette datation place la fondation de la basilique d'Abou-Mina vers 393-400 ap. J.-C., ce qui correspond effectivement à l'âge d'or des constructions ecclésiastiques sous Théodose Ier — donnée précieuse pour la datation archéologique du sanctuaire principal d'Égypte.

[63]Le grand séisme du 21 Toubah correspond au 18 janvier 749 ap. J.-C. — l'un des plus violents tremblements de terre attestés au Proche-Orient médiéval, dont les chroniques syriaques, byzantines et arabes confirment l'ampleur : effondrements depuis la Mecque jusqu'à la Perse, sept villages anéantis.

[64]Mention rare de la dynastie nubienne des Makouria au VIIIe siècle : Marqūryūs « le Nouveau Constantin », son fils Zacharie, puis Sīmān (Simon) et Abraham. La Vie de Michel constitue l'un des grands documents pour l'histoire des royaumes chrétiens médiévaux de Nubie.

[65]Détail extraordinaire pour l'histoire de la propagande abbasside : les Khurāsāniens d'Abū Muslim portaient la croix sur leurs tentes pour se présenter comme protecteurs des chrétiens opprimés. La bataille du Zāb (25 janvier 750) scelle la fin du califat omeyyade.

[66]Datation cardinale : Marwān II entre en Égypte le 28 Baounah 467 EM = juin 750 ap. J.-C. Cette date scelle l'effondrement du califat omeyyade en Orient et l'entrée de l'Égypte dans l'âge abbasside.

[67]Le martyre des trente vierges d'Atrīb daté du 8 Abīb 467 EM = 8 juillet 750 est l'un des récits hagiographiques les plus saisissants de toute la littérature copte.

[68]Récit copte concordant avec al-Ṭabarī : Marwān II tué par Kawthar à Buṣīr al-Quryandā le 6 août 750. Le scribe Georges écrit en témoin direct : « nous l'avons vu de nos propres yeux ».

[69]Le miracle du Nil monté à dix-sept coudées après trois ans de sécheresse, et la conversion partielle du gouverneur Bāwūn, ressortit du même schéma narratif que l'épreuve d'Élie au Carmel : la prière chrétienne et la prière musulmane mises en concurrence devant la divinité.

[70]La survivance des mélétiens en Égypte au VIIIe siècle, soit près de quatre siècles et demi après le schisme initial sous Pierre Ier le Martyr, est attestée par cette source unique.

[71]Statistique unique. Le chiffre rapporté par Anbā Jurja — environ 50 000 âmes chrétiennes par an dans l'Égypte du milieu du VIIIe siècle — doit s'entendre vraisemblablement comme le nombre annuel de baptisés, et non comme le total démographique.

[72]Le 16 Barmahāt correspond approximativement au 12 mars 767 ap. J.-C. La chronologie est cohérente : 743 + 23 ans et demi = 767.

[73]Pierre al-Sulaymī — futur apostat sous le nom d'Abū al-Khayr — est l'une des figures noires de l'histoire copte, archétype du clerc ambitieux qui invoque le pouvoir civil contre l'autorité canonique.

[74]Donnée extraordinaire : la mobilisation collective de tous les évêques d'Égypte à la corvée des bateaux. Aucune autre source n'atteste un travail forcé épiscopal d'une telle ampleur sous le pouvoir musulman.

[75]Evetts (Patrologia Orientalis X, p. 380) précise : « after occupying the see seven years, on the last day of Tubah » — soit le 30 Toubah dans le calendrier copte. La chronologie de Brooks et Atiya assigne à Ménas Ier un pontificat de 767 à 774.

[76]Procédure canonique d'élection par tirage au sort par un enfant innocent : signe de l'intervention divine au-delà des partis humains. Jean IV (c. 776-799) avait été ordonné prêtre par Michel Ier pour la basilique d'Abou-Mina ; il en était devenu administrateur.

[77]La Bayʿat al-Tawba — Basilique de la Pénitence — fut bâtie par Jean IV puis reconstruite par Marc II. Au temps de Sévère ibn al-Muqaffaʿ (Xe siècle), elle était encore en usage à Alexandrie. Evetts précise les noms des deux fondateurs — Cyrus et Barnabas — détail unique pour la prosopographie laïque alexandrine du VIIIe siècle.

[78]Datation confirmée par la chronologie de Brooks et d'Atiya : mort de Jean IV le 16 Toubah 515 EM = c. 11 janvier 799 ap. J.-C., jour de la fête de saint Philothée le martyr.

[79]Les Birshnūfiyya — du grec ἀκέφαλοι / acéphales, « sans chef » — ou Barsanuphites, sont une secte hérétique copte non chalcédonienne qui se sépara après l'élection de Pierre III Mongus comme patriarche d'Alexandrie en 477. Leur réception canonique par Marc II est l'un des événements œcuméniques notables de la période. Evetts (PO X, p. 410) précise : « from the days of the patriarch Peter, who held the see after Timothy the confessor, in the time of Zeno, the pious prince ».

[80]Le rachat de six mille captifs chrétiens vendus par les Andalous expulsés de Cordoue après la révolte du faubourg al-Rabaḍ (818) est l'un des plus grands actes de charité ecclésiastique attestés dans la Méditerranée du IXe siècle. Evetts (PO X, p. 429-430) détaille la procédure : « When he purchased one of these prisoners, he wrote a deed of emancipation for him on the spot, and gave into his hand a letter which set him free ».

[81]Le pontificat de Jacques (c. 819-830) coïncide avec la guerre civile entre al-Amīn et al-Maʾmūn, l'occupation andalouse d'Alexandrie, les révoltes bashmurites du Delta et l'expédition pacificatrice de ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir (826-827).

[82]ʿAbd Allāh ibn Ṭāhir (798-844), gouverneur Tāhirides de Khurasan et fils du conquérant de Bagdad, mata l'occupation andalouse d'Alexandrie en 211 H./826-827 et expulsa les rebelles vers la Crète, où ils fondèrent l'émirat de Candie. Étape majeure de la pacification de l'Égypte sous al-Maʾmūn.

[83]Denys de Tell-Maḥrē, patriarche jacobite d'Antioche (818-845), est lui-même l'auteur d'une grande Chronique conservée pour partie. La rencontre des deux patriarches après quatorze ans de routes fermées est l'un des événements œcuméniques marquants du IXe siècle.

[84]Le 14 Amshir 547 EM correspond à environ le 8 février 831 ap. J.-C. Evetts (Patrologia Orientalis X, p. 474) précise : « when he had held the evangelical see during ten years and eight months ». La durée de dix ans et huit mois inscrit son pontificat aux environs de 819-830.

[85]Simon II était diacre d'Alexandrie et moine dans la cellule de Jacques, par qui il avait été formé. Son patriarcat de cinq mois et seize jours interrompt à peine la chaîne — mais le manuscrit conserve sa mémoire comme transition canonique évitant la vacance.

[86]L'épisode de la tentative simoniaque d'al-Sayyid ibn Andūnah est l'un des plus précieux pour l'histoire des relations entre la riche bourgeoisie copte du Diwan fiscal de Fusṭāṭ et l'autorité ecclésiastique au IXe siècle.

[87]La grande révolte bashmurite de 832 dans le Delta marqua, par son écrasement par al-Maʾmūn et al-Afshīn, le tournant démographique après lequel les coptes cessèrent d'être majoritaires en Égypte. La déportation des survivants à Bagdad et le passage à l'islam comme moyen d'éviter la jizya causèrent une rupture irréversible.

[88]Détail unique : un rite chrétien (sanctuaire portatif et naqus liturgique) accompli au cœur même de la résidence royale abbasside de Bagdad sous al-Muʿtaṣim, à l'occasion de l'ambassade nubienne du fils de Zacharie.

[89]Cette comète, datable à la septième année de Joseph (c. 838), pourrait correspondre à la grande comète de 837 (1P/Halley) ou à un autre passage cométaire observé indépendamment dans les sources chinoises et arabes.

[90]L'Église al-Muʿallaqa (« suspendue », parce que bâtie sur les bastions sud de la forteresse romaine de Babylone) demeure aujourd'hui l'un des sanctuaires les plus vénérables d'Égypte. Le rachat à trois mille dinars sous ʿAlī al-Armanī est documenté pour la première fois dans cette Vie.

[91]Denys de Tell-Maḥrē mourut en 845 (l'an 562 EM). Jean III lui succéda à Antioche (845-873). La continuité de l'échange synodal copto-jacobite à travers les guerres et les famines témoigne de la force des liens entre les deux sièges anti-chalcédoniens.

[92]Le 23 Bābah 566 EM correspond à environ le 20 octobre 849 ap. J.-C. La chronologie de Brooks-Atiya assigne à Joseph Ier un patriarcat allant approximativement de 831 à 849.